U LKS HARMONIES DU SON
Ton sonnait en Thonneur de la divinité qui était consultée. Les événements extraordinaires, tels que les éclipses, le passage d'un criminel conduit au supplice, étaient annoncés au son des cloches.
Dans le moyen âge , on attribuait au son des 'cloches le pouvoir de faire des miracles : il mettait en fuite le
Fig. 79. — Cloche h main , d'api^s une miniature d'un ras. du XUl* si<^le.
démon, opérait la délivrance des femmes en couches, détournait les orages. Des légendes terribles racontaient que certaines cloches, poussées par une main invisible , annonçaient la mort; que le bruit d'une cloche souterraine attirait le voyageur et le plongeait dans un des gouffres de Tenfer. Les cloches banales , qui avaient pour mission de rassembler les habitants d'un même ban ,
INSTRUMENTS A PEJICUSSION. 315
étaient placées au haut des beffrois. Leur suppression marquait presque toujours la perte des libertés et des franchises de la ville. Lorsque Charlès-Quînt eut dompté la ville de Gand , il fit casser la cloche dite de Roland, parce qu'elle servait à réunir le peuple; il la laissa sonner comme elle était , pour qu'elle rappel&t aux habitants le châtiment qui leur avait été infligé.
Il serait difficile de fixer l'époque où Ton commença à établir les carillons sous leur forme la plus simple; mais vers le quatorzième siècle on imagina d'accorder un grand nombre de petites cloches , que Ton dirigea par le moyen d'un clavier. Cette invention, que l'on nomma carillon, de quadrille, parce que les premiers instruments de cette nature furent d'abord de quatre cloches , s'est répandue particulièrement en Belgique et en Hollande , où des hommes , souvent d'une habileté extraordinaire , les mettaient enjeu et leur faisaient exécuter des airs variés. Le premier carillon de ce genre fut établi à Alost, en Flandre, en 1487 ; celui de Dunkerque fut un des plus célèbres ; quelques-uns des airs qu'il faisait entendre mécaniquement sont devenus populaires, entre autres la ronde qui se dansait sur l'air dit du CariZ/on de Dunkerque. Parmi les villes de Flandre, Cambrai ne resta pas en arrière; dès l'année 1558, la ville eut son carillon , composé de dix cloches; on retrouve le millésime sur neuf, une autre
sans date parait avoir été fondue à la même époque. Plus tard, en 1597, en 1673 , en 1682 et en 1718, le nombre en fut successivement augmenté et porté à trente-sept, qui forme le carillon actuel.
On comprend l'excessive fatigue que doit éprouver l'artiste chargé de mettre en branle ce gigantesque et bruyant
Fig. 80. — Carillon , neuvième siècle. Manuscrit de Saint-Blui^e.
instrument; voici comment s'exprime M. Félis, au sujet du carillonneur en général : ce II ne sufQt pas d'entendre un carillonneur pour se faire une juste idée de son mérite et de la difficulté de son art; il faut aussi le voir livré à sonpénible exercice. Deux claviers sont placés devant lui :
INSTRUMENTS A PERCUSSION. an
le premier est destiné aux mains, pour exécuter les parties supérieures; l'autre, qui doit être joué par les pieds, appartient à la basse. De gros fils de fer par- . tent de toutes les cloches et viennent aboutir à l'extrémité inférieure de chaque touche de ces claviers. Ces touches ont la forme de grosses chevilles, que le carillonneur fait baisser en les frappant avec le poing ou le pied.
ce L'artiste est assis sur un siège assez élevé pour que -ses pieds ne posent point à terre , afin qu'ils tombent d'aplomb
Fig. 81. — Carillon de Thorloge de î-aint-Lambert ^ ^ ,
Ce uége. et avec force sur les
touches qui appartiennent aux grosses cloches. Le poids de ces cloches exige une force musculaire peu commune , pour les mettre en mouvement. Telle est la violence de l'exercice des deux bras et des deux pieds, qu'il serait impossible à l'artiste de conserver ses vêtements; il ôte son habit 9 retrousse ses manches, et, malgré ces précautions, la sueur ruisselle bientôt sur son corps. »
Le carillon de Saint-Germain-l'Auxerrois , à Paris , doit renfermer des merveilles, si les plans exposés par quelques chroniqueurs se .réalisent. Il comprendra quarante cloches et jouera deux fois par jour des airs nouveaux, à deux heures de l'après-midi et à huit heures du soir. Son répertoire sera varié à l'infini; il ne condamnera pas les habitants du quartier, comme le firent ceux de Dunkerque, de Bruges, de Malines, de Saint-Quentin, à entendre toute la vie à peu près le même air. Les pédales, qui exigent des efforts musculaires exorbitauts de Tartiste carillonneur, doivent être exclues, ainsi que le système se composant de cylindres pointés, de tambours, de rouages, de poids énormes qu'il faut sans cesse remonter. 11 parait qu'au moyen d'une machine à gaz, l'air s'accumulera à deux atmosphères et demie dans un réservoir, et , à l'aide de cet air, qui sera réparti par des soufflets remplaçant les anciens leviers^ l'artiste pourra obtenir les sons qu'il demandera à l'instrument, par un toucher aussi doux que celui du piano.
Nous trouvons dans les lignes suivantes un excellent conseil relativement à la sonnerie des cloches : ce Aucune Église n'a peut-être conservé aussi fidèlement les traditions de la sonnerie religieuse que l'Église de Lyon ; là ,
chaque volée, chaque tintement, chaque glas porte une
pensée. En prêtant l'oreille à ces notes expressives, le chrétien comprend s'il doit remercier Dieu d'une victoire, compter les dernières pulsations d'un agonisant ou prier pour un mort... Repoussons de nos églises ces sonneries insignifiantes qui n'ont plus aucun langage pour la foi ni pour le cœur ; bannissons ces airs profanes, ces carillons qui étourdissent par leur fracas , sans pensées religieuses, sans correspondance intime I avec l'âme chrétienne * ! »
On appelle jacquemart une figure
Fig. 82. — Jacquemart de Notre-Dame de DUon. '® Pl^^ SOUVCUt CU
* H. RÉTT, Étude histoiique sur le chant religieux, etc., p. 357.^
320 LES HARMOiNIES DU SON.
métal, représentant un homme armé d'un marteau à la main pour frapper sur une cloche ou sur le timbre d'une horloge afin de sonner les heures ; ce nom se donne également à tout l'appareil. On Ta ainsi nommé, dit-on, du nom de l'ouvrier qui en a été l'inventeur et qui s'appelait Jacques Marc. Le jacquemart de Notre-Dame de Dijon est un des plus célèbres (fig. 82).
Ce n'est que vers le commencement du huitième siècle que l'on prit l'habitude de baptiser les cloches; il est parlé de cette intéressante et pieuse cérémonie, dans Alcuin, disciple de Bède, comme d'un usage antérieur à l'an 770.
Après avoir exorcisé et béni le sel et l'eau, l'évéque lave avec Taspersoir le dedans et le dehors de la cloche , et fait en dehors sept onctions en forme de croix , avec l'huile des infirmes, et quatre en dedans, avec le saint chrême ; puis il nomme le saint sous l'invocation duquel elle est bénite. On parfume ensuite l'intérieur de la cloche, on chante l'Évangile, et le célébrant termine la cérémonie en faisant sur elle le signe de la croix.
Le bronze des cloches, connu sous le nom de métal de cloches y est composé en diverses proportions de cuivre, d'étain , de zinc , de plomb , et accidentellement de bismuth et d'argent. On a prétendu que ce dernier métal devait nécessairement entrer dans la composition des
cloches ; beaucoup de personnes pensent encore que sans cela y le son ne serait pas aussi clair, aussi pur«
Les faits qui ont accrédité cette opinion sont assez nombreux. Dans Tusage anciennement établi de baptiser les cloches et de leur donner un parrain , on conférait en
Fig. 8S. ~ Fonte d'une doche , en présence d'un évéque (pii la bénit. D'après une mi- <^ niature du nationale de G. Durand , ms du xiv* siècle. Bibliollil'que de M. Arabroise Firmin-Didot.
même temps à un prince ou à une personne de grande distinction l'honneur de plonger dans le four, et de ses propres mains j la quantité d'argent dont il faisait cadeau à la paroisse y et qui était destinée à embellir le son de l'instrument; les dames de l'endroit étaient admises à concourir à ce résultat, en ajoutant quelques pièces de
leur argenterie. Malgré toute la publicité donnée à cette opération y il ne se trouyait p9s plus d'argent dans les pièces terminées qu'il n'y en avait dans les métaux employés par le fondeur. Voici comment la chose ^e passait : le trou ouvert sur le haut dji fournes^u et destiné à ï'eçevoir tout l'argent que l'on voulait y apporter, était pratiqué directement au-dessus du foyer, et cette partie du fourneau^ à réverbère, étant séparée de la sole du four, sur laquelle les matières sont mises en fusion, il résultait de la dispbsition de ce trou, par lequel on introduisait aussi le combustible, que toute la quantité d'argent que l'on y projetait, au lieu d'être introduite dans le bain de bronze liquéfié, tombait directement dans le fond du cendrier, où le fondeur ne manquait pas de l'aller chercher après l'opération.
Il parait que le phosphore donne au cuivre un timbre précieux; MM. de Ruolz-Montchal et de Fontenay ont présenté à l'Académie des sciences deux cloches de même dimension, coulées. Tune en phosphure de cuivre à la dose de îJô, l'autre en bronze dans la proportion ordinaire de 78 de cuivre et 22 d'étain : ce Le son de la première, disent-ils, possède des qualités d'acuité, d'intensité et de timbre qui nous paraissent très-supérieures à celles de la seconde. Grâce à la grande affinité du phosphore pour le cuivre, la composition du phosphure est la même dans toutes ses parties; et l'on sait que le métal de cloche ordinaire est loin de présenter cette homogénéité. Il y a lieu de croire que la portée relative du son doit être plus considérable. Nous espérons que des épreuves auxquelles on veut bien se livrer pour nous à ce sujet , au port de
INSTRUMENTS A PERCUSSIQN. 3:25:
Toulon, pourront avoir pour la marine (notamment pour les cloches d'alarme placées à bord (Jes navires) dçâ résultais d'une sérieuge importance*. » ; ,
Fig. 84. — La grosse cloclie de Moscou.
Voici, d'après VEngineer^ le relevé du poids des cloches les plus lourdes du monde : Anvers, 8,000 kilog.;
* Comptes rendus de V Académie des sciences, 1876, 2* semestre.
Rome, 9,500; Malines, 10,000; Bruges, 11,500; Co« logne, lâ,500; Erfurt, 15,000; Paris (le bourdon de Notre-Dame), 16,000; Sens, 17,000; Vienne (Autriche), 20,000 ; Londres (Saint-Paul), 21 ,600 ; Novgorod, 3 1 ,000 ; Pékin, 65,000; et Moscou 70,500; enEn, dans cette dernière ville, existe encore la plus énorme cloche qui ait jamais été fondue : elle pèse 220,800 kilogr. et date de 1653 ; sa hauteur est d'environ 7 mètres 50, sa circonférence à la base de 21 mètres 50; mais elle n'a jamais été suspendue (fig. 84)*
Voici également quelques détails intéressants sur le service des cloches du nouvel Opéra : ce service est composé de dix cloches de grosseurs différentes et donnant , non la gamme entière , mais seulement les notes qui doivent s'accorder avec le chant de plusieurs grands ouvrages du répertoire de notre première scène lyrique, tels que Hamletf les Huguenots j Freischutz, Robert le Diable, etc. . L'emploi des cloches dans ces conditions indique suffisamment qu'il a fallu obtenir, dans la fonte , des pièces donnant des sons de la plus grande précision. Cette opération a parfaitement réussi , grâce à l'habileté du fondeur, et sur dix cloches, une seulement a dû être soumise à Topération secondaire du burinage, opération qui consiste à diminuer l'épaisseur du métal, au moyen du rabotage sur le tour.
Le tableau suivant indique les notes, les poids et le diamètre de chaque cloche, en commençant par la plus grosse :
Notes.
Fa
Fa dièzfi .
Poids.
Diamètre*
820 kilogr.
l'-OS
Notes. Poids. Diamètre.
Si 280 — 0-78
Do 230 — O^TO
Mi 120 — 0"56
JPfl 8b — O^M)
Faàîèie ^.. .' 71 — 0"»48
50/ - 59 — O^ié
La 41 — 0"»40
S* bémol 40 — 0"40
La hauteur des cloches est à peu près égale à leur diamètre; les principes admis dans Tart de la fonderie étant que la hauteur d'une cloche jusqu^au milieu delà couronne doit égaler son diamètre. Ces dix cloches ne portent d'autre inscription que celle de la note qu'elles donnent et le nom du fondeur; elles ont été fondues au moyen d'un alliage de 78 parties de cuivre rouge et 22 parties d'étain.
On va, dit-on, remettre incessamment en état la fameuse horloge solaire qui surmonte le pavillon du labyrinthe du Jardin des Plantes* Cette horloge a été inventée par Buffon et construite par le mécanicien Mille, d'après les dessins de Yemiquet.
Le globe terrestre figurant au milieu d'une sphère armillaire sert de marteau qui , jadis, tombait à midi sur un tambour de cuivre. Ce marteau , mis en mouvement par UQ contre-poids, frappait les douze coups et était retenu par un fil de crin; à midi, ce fil brûlait sous l'action d'une loupe inclinée suivant la hauteur du soleil. Chaque jour, cette machine se remontait et devait recevoir un nouveau crin.