LA GUITARE ET LE SITAR
Guitare vient du grec kithara^ lyre. C'est un instrument à six cordes, autrefois à cinq, et dont la capacité est une boite presque ovale, ayant deux dépressions latérales , à peu près comme une caisse de violon ; l'ovale, un peu resserré vers le milieu , forme deux ventres, dont celui qui tient un manche est un peu plus petit. Les deux tables sont planes et parallèles ; les côtés ou Téclisse ferment la boîte tout à Tentour ; la table de dessus est en sapin ; elle est percée à jour d'une rose ou cercle de
huit à neuf centimètres de diamètre que Ton décore de diverses dentelures ou mosaïques en ébène, nacre, etc. Ce trou est destiné à laisser sortir les vibrations de Pair.
Les éclisses et la table de dessous sont en érable , en acajou, etc.
Le manche est fixé vers le haut de Tovale , comme au violon; seulement il est plus long et plus large. Il est recouvert dans toute sa longueur d'une touche, sorte de plaque d'ébène sur laquelle on pose les doigts, en appuyant sur les cordes pour les accourcir et leur faire rendre le son que Ton désire.
En haut du manche est collé transversalement le sillet, petite barre en ivoire, creusée de cannelures peu profondes où portent les cordes sonores. C'est à compter du sillet que la corde vibre lorsqu'on l'attaque à vide, c'està-dire lorsqu'on ne l'accourcit pas en y posant les doigts.
Le manche de la guitare est très-long, afin de pouvoir se prêter à tous les accords; aussi, pour jouer de l'instrument, ne le tient-on pas comme un violon : on pose la caisse sur les genoux, et le manche est tenu et entouré par la main gauche dans une situation inclinée, la table et les cordes tournées en devant; on pince les cordes avec trois doigts de la main droite ; Tannulaire et l'auriculaire demeurant appuyés pour soutenir le poignet sur la table.
Les cordes sont très-près de la touche et de la table , et le chevalet fort bas , afin que le peu de son que Ton peut tirer du pincé soit rendu avec toute l'intensité possible ; cependant il ne faut pas que les cordes soient trop rapprochées de la table, parce qu'elles fouetteraient;
aussi les attaque- t-on parallèlement à la table et non perpendiculairement. Des six cordes qui entrent dans cet instrument, trois sont en soie revêtues de laiton et se nomment bourdons; trois sont en boyaux, ce sont les plus aiguës; on les nomme en partant de la plus grave, dite sixième : mi, la, ra, soi, si^ mi. Des divisions établies le long du manche de l'instrument, de manière à correspondre à autant de demi- tons, facilitent l'exécution.
On appelle guilarisle celui ou celle qui joue spécialement de cet instrument.
Les guitares les plus sonores sont aujourd'hui celles qui sonl fabriquées en Espagne. On a pu en voir à l'exposition de 1867, d'un modèle nouveau, donnant des sons exceptionnellement beaux. Par une invention qui lui est propre, M. Gonzalès est parvenu à renforcer les sons et à prolonger les vibrations de cet instrument pendant vingt secondes, lorsque la musique exige de longues tenues. Ces guitares , dont le travail est très-fini , sont du prix de 1000 francs.
Nous tenons la guitare des Espagnols, chez qui les Maures Pont probablement apportée; elle parait être aussi ancienne que la harpe. C'est un des plus anciens instruments; on en trouve la figure sur les monuments égyptiens. Plusieurs voient dans le Kinnor des Hébreux une espèce de guitare *.
* Dans la première partie de cet ouvrage , nous avons parlé de l'usage continuel que les Hébreux faisaient de la musique : parmilcurs instruments à cordes, on en remarquait deux principaux : 1® le Kinnor (fig. 150, n« 26), instrument semblable à notre harpe et dont le nombre de cordes pouvait varier; saint Jérôme lui attribue 2i cordes et la forme triangulaire ^fig. 150, n° 24); d'autres voient dans le
Fig. 120. — Ititruments de musique mentionnés dans les psaumes. Voir la note de la page 304.
Le charme de la douce rêverie qu'elle inspire, lorsqu'elle est touchée par une main habile , parait avoir de l'analogie avec le caractère d'une nation tendre , galante , discrète et mélancolique; le silence des belles nuits d'Espagne favorise son harmonie. Aussi a-t-elle été constamment en usage dans ces contrées et a-t-elle acquis de droit le nom d'instrument national. Elle a eu le môme succès chez les Portugais et chez les Italiens, et en France sous le règne de Louis XIV.
« Le développement progressif de la puissance sonore dans la musique, depuis la seconde moitié du dix-huitième
Kinnor une espèce de guitare (fig. 150, n» 23). 2° Le Nébely instrument phénicien que les Grecs appelaient Nabla ; il avait de cinq à dix cordes et la forme d'un delta renversé, sur un cofTre rond en bois couvert de cuir (fîg. 141, n"' 12 et 13, face et profil) ; selon d'autres, il ressemblait au luth tel qu'on le voit fig. 1 50, n°' 27 et 28 de profil et de face ; d'autres le représentent par le n° 26 ; d'autres encore lui donnent la forme de la lyre n** 29 et 31. Le Nébel'Asor avait une forme quadranguliire et possédait dix cordes (fig. 150 n** 30). — Les instruments à vent que nous trouvons chez les Hébreux avant l'exil sont au nombre de quatre : 1** VOugab dont la forme est inconnue, mais qui, selon les anciennes versions, est une espèce de flûte ou d'orgue ; les savants y ont vu une espèce de cornemuse, composée d'une peau enflée et de deux flûtes, la Sampogna des Italiens (fig. 141 n** 21), les autres la flûte de Pan, composée de sept tuyaux de longueur différente et proportionnée (fig. 14 f , n<* 17). 2'' L'Halil ou yehila, flûte faite de roseaux, de bois ou de corne et qui avait probablement différentes formes (fig. 120, n"" 7 et 10; fig. 141, n" 15 et 16). 3** VHaçocera, trompette droite en mét.l, telle qu'on la trouve représentée sur l'arc de triomphe de Titus (fig. 120, n** 1). 4"* Le Schophar, trompette recourbée faite en corne, et qui est aussi désignée par les noms de Kéren, Corne, et de Yobel, jubilation, retentissement (fig. 141, n**» 20 et 22). — Les instruments de percussion étaient également au nombre de quatre principaux : 1° le Toph, tambourin dont se servaient surtout les femmes pour battre la mesure avec la main , en dansant et en chantant (fi^. 120, n** 2) ; selon d'autres il avait la forme du n*" 3 et on le battait avait une baguette. 2** le Cetcelim ou Mecillhaim, cymbales des anciens et castagnettes (fig. 120, n°' 8 et 1 1). 3° le Menanéim, du verbe noua, agiter; probablement les sistres (fig. 120, n"* 6 et 6). 4** le Schalischim, probablement les triangles , qui, selon Athénée, sont d'origine syrienne (fig. 120, n» 9). — Ce résumé est fait de documents dus à Joël Lœwe, à Forkel, à S. Munk (Voir Univers pittoresque, Palestine). —Les fîg. 120, 141 et 150, représentent les instruments de musiques mentionnés dans les psaumes.
siècle, remarque Fétis, a fait successivement disparaître du domaine de cet art tous les instruments dont la sonorité
était douce et discrète Si nous remontons à quarante
ans du moment actuel, nous verrons la guitare cultivée avec amour par une multitude d'artistes et d'amateurs;
Ki^. 121. — Silar à sept cordes, vu de face et de profil, du Dekan-Dcdjapour.
l'illustre compositeur du Barbier de Séoille en tirait un effet charmant dans la sérénade de cet ouvrage; mais la guitare n'a plus assez de son pour la musique fiévreuse des derniers temps; elle est abandonnée, et l'Espagne est à peu près le seul pays en Europe où elle donne encore signe de vie '. »
* Ripport sur rExposilion.