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CHAP TRE II

L'OREILLE

Appareil de l'audition. — Oreille externe. — Oreille interne. — Oreille moyenne. — Jeu de ces organes. — Richesse et sensibilité du clayier nerveux. — Mécanisme de l'audition. — Battements, dissonnances, consonaances. — Mesure de la durée des impressions sonores. — Perfectionnement de l'oreille. — Fait intéressant. — Méthode à suivre.

L'appareil de l'audition, ou Torei/te proprement dite, se compose de trois parties principales : V Voreille externe; 2^ Voreille interne ou labyrinthe, 3° Voreille moyenne *.

L'oreille externe est l'appendice en forme d'entonnoir qui se remarque sur les parties latérales de la tête, présentant à son centre une ouverture qui dirige les ondes sonores sur la membrane du tympan , membrane dure , résistante, tendue à la manière d'une peau de tambour, et qui sépare l'oreille externe de Toreille moyenne.

^ Nous suivons, pour les détails anatomiques, un de i nos maîtres iUustres, M. le docteur Auzoux, le savant et ingénieux promoteur de l'anatomic élastique, auquel nous sommes heureux de témoigner ici toute notre reconnaissance, pour les services que nous a rendus sa féconde invention et l'affectueuse bienveillance avec laquelle il a toujours mis à notre disposition sa profonde science. — Nous remercions également son habile préparateur, M. le docteur Lemercîer, pour son concours empressé et qui ne fait Jamais défaut.

On appelle pavillon toute la partie placée en dehors de la tête, et conduit auditif externe l'ouverture qui donne passage aux ondes sonores. Le pavillon présente, selon les sujets, de nombreuses variétés dans sa forme et dans ses dimensions. On remarque des saillies et des enfoncements disposés de manière à former des courbes propres à diri-

Fig. 219. — Appareil de Taudirion.

«I, pavillon de l'oreille; b. conduit auditir externe ; r, conque de Toreillc; rf, membrane du tympan; e, caisse du tympan; ff, fenêtres ronde et ovale fiiisant communiquer la caisse du tympan avec le vestibule; g, vestibule; hfihy canaux semi-circulairt'S ; i, limaçon; /, trompe u'Eustaclic ; m, nerf acoustique.

ger les ondes sonores vers le conduit auditif. Ces saillies et ces enfoncements ont reçu les noms de conque^ de ira- (/us, d' hélix j de lobule, etc.

De petits muscles placés sur le pavillon augmentent ou diminuent ces saillies et ces enfoncements; d'autres muscles plus volumineux, allant du crâne au pavillon, diri-

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gent, par leur contraction, cette espèce de cornet acoustique en haut, en bas, en avant, en arrière, dans tous les sens. Chez la plupart des hommes, l'action de ces muscles est peu sensible, mais dans les mammifères, ils sont

Fig. 220. — Appareil de l'audition , rampes du limaçon isolées pour en montrer la disposition.

A, conduit auditir externe Jermé par la membrane du tympan.— BB, chaîne des osselets tenant par une de ses extrémités à la membrane du tympan, par Tautre À la fenêtre ovale. — C , oreille moyenne ou caisse du tympan. — D , fenêtre ovale sur laquelle repose Tétrier. — E , vestibule. — F, canaux demi-circulaires. — GH , tube, formant le limaçon s'ouvrant par Textrémité (G) dans le vestibule, par Textrémité (H) dans la caisse du tympan. -~ T, trompe d*Eustache.

doués d'une force de contraction très-puissante, et font exécuter au pavillon des mouvements très-étendus.

L'oreille iîiterne ou labyrinthe se compose de conduits de très-petits calibres différemment contournés sur euxmêmes, logés dans une masse osseuse très-dure, appelée

rocher, qui est une dépendance de l'os temporal. Trois des canaux dont nous venons de parler sont disposés en demi-cercle : on les appelle canaux demi-circulaires ,- un autre, roulé en spirale, est appelé limaçon. Tous ces canaux s'ouvrent dans une ampoule , appelée vestibule , dont ils semblent n'être qu'une dépendance.

, Le vestibule présente une ouverture, appelée fenêtre ovale y qui met le labyrinthe en rapport avec les impressions du dehors, ou ondes sonores j et une autre ouverture, appelée conduit auditif interne, par laquelle passent les nerfs qui mettent l'oreille en rapport avec le cerveau. Le fond de ce conduit est fermé par une lame mince percée d*ouvertures microscopiques, par lesquelles passent les filets nerveux.

Le limaçon, ainsi désigné à cause de sa forme, est tout simplement un tube plus long que les canaux demi-circulaires, dont une extrémité se confond avec le vestibule, et par conséquent avec la fenêtre ovale, et dont l'autre extrémité se termine par une ouverture appelée fenêtre ronde, qui met le labyrinthe en rapport avec l'oreille moyenne. On voit que ce tube est replié sur lui-même , de manière que ses deux extrémités se trouvent très-rapprochées.

La cavité du labyrinthe est remplie d'un liquide assez semblable à de Teau, appelé liquide de Cotugno. Pour empêcher ce liquide de s'écouler, la fenêtre ovale et la fenêtre ronde sont fermées par une pellicule très-mince , assez résistante pour s'opposer à son écoulement et assez flexible pour recevoir les vibrations produites par les ondes sonores et les transmettre.

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Pour les animaux qui vivent habituellement dans Teau, comme les poissons , l'appareil de l'audition se borne au labyrinthe; les membranes sont à nu à la surface de la

Fig. 231. — Canaux demi-circulaires éuorméineiit grossis, montrant les viUosités des rénaux membraneux.

tête. Pour les animaux qui vivent dans Tair, une détonation trop violente eût pu rompre ces fines membranes, aussi sont-elles protégées au fond du conduit auditif externe par la membrane du tympan.

560 LES HAPMONrES DU SON.

L'espace compris entre la membrane du tympan et le labyrinthe, a reçu le nom d'oreille moyenne ou de caisse du tympan. Cette caisse est remplie d'air, qui lui est fourni par un conduit en forme d'entonnoir dont Texlréniitéla plus large s'ouvre dans les fosses nasales. Ce conduit, toujours ouvert, a reçu le nom de trompe d^Euslache. Quatre petits osselets désignés sous les noms de marteau, d'enclume j d'os lenticulaire et d'e/rter, à cause de leur forme, articulés les uns avec les autres, établissent une communication entre la membrane du tympan et la fenêtre ovale. Le mouvement communiqué au tympan par les ondes sonores est transmis à la fenêtre ovale et au liquide de Cotugno par cette chaîne osseuse.

Un gros cordon nerveux, appelé nerf acoustique ou auditif f met l'oreille interne en rapport avec le cerveau. — Dans le liquide qui remplit le vestibule, les canaux demicirculaires et le limaçon, c'est-à-dire tout le labyrinthe, on voit flotter des myriades de fibrilles nerveuses dont les filets se dirigent vers le conduit auditif interne , par lequel ils sortent. En se réunissant, tous ces filets forment des faisceaux dont Tensemble constitue le nerf acoustique, qui après un court trajet vient se fondre avec la masse cérébrale par deux racines : l'une, rubanée grisâtre, passe en arrière du corps restiforme; l'autre, arrondie, plus dense, passe au devant : l'une et l'autre se perdent dans l'épaisseur de la substance grise que revêt la face postérieure de ce corps.

ce 11 est enfin dans le labyrinthe, dit M. Tyndall, un organe merveilleux, découvert par M. le marquis de Corti, qui , suivant toute apparence, constitue un instrument de

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musique, tvec ses 3,000 cordes tendues, de manière à recevoir des vibrations de toutes les périodes, et à les transmettre aux filaments nerveux qui traversent Torgane. Chaque frémissement musical qui arrive à l'organe, choisit parmi toutes les fibres tendues celle qui convient à son ton, et amène cette fibre à vibrer à son unisson. De cette manière, et quelque compliqué que puisse être le mouvement de Tair extérieur, ces cordes microscopiques l'analysent et nous révèlent les mille sons constituants dont il se compose \ »

L'appareil où l'onde sonore vient, après divers voyages, impressionner le système nerveux est donc un véritable clavier, et remarqubns-le : « Le clavier nerveux est bien autrement riche, autrement sensible que les claviers ordinaires; ceux-ci aujourd'hui ont quatre-vingt-quatre notes, Toreille en a trois mille environ. Entre les limites où les sons demeurent perceptibles, elle peut apprécier les plus subtiles, les plus exquises nuances ; elle possède trente-trois touches en moyenne par intervalle d'un demiton. Cette délicatesse lui permet d'apprécier le timbre des sons avec une facilité merveilleuse. Elle peut analyser dans le flot mélodieux que lui apporte un orchestre des centaines de notes, chargées non-seulement de leurs harmoniques , mais encore de ces notes accessoires que fait naître la juxtaposition de sons divers ^ :f> .

Nous devons en effet remarquer avec M. Laugel que les harmoniques ne sont pas les seules notes qui se superposent à celles que le musicien a en vue. Rappelons

* Tyndall, le Son, p. 352.

2 Laugbu la Voix, VOreille et la Musique, IV.

que dès 1740, un organiste allemand, SorgeÇ découvrît que, si deux notes vibrent ensemble , il en naît spontanément une troisième, appelée note de combinaison ^ plus grave et plus faible. Il faut tenir les deux notes avec force et longuement, pour entendre comme en sourdine la note de combinaison dite différentielle ^ parce que le noijibre de ses vibrations est égal à la différence des nombres des vibrations des deux noies principales. Sorge n'a connu que cette dernière, aussi bien que le violoniste Tartini. Helmholtz, à Faide de ses résonnateurs délicats, a décou* vert une note de combinaison additionnelle plus aiguë.

KJg. 222. — Limaçons de l'oreille de rhomme, grandeur naturelle, décrivant un tour et demi, — deux tours, — trois toifrs.

puisque le nombre de ses vibrations est la somme des nombres des vibrations des deux notes premières!

Toutes les oreilles n'apprécient pas également bien les sons : un habile chef d'orchestre, au milieu de nombreux exécutants, peut reconnaître que tel ou tel instrument ou telle ou telle voix fournit quelques vibrations de plus ou de moins et n'a pas donné le son voulu ; ces oreilles d'élite ont sans doute pour elles une longue pratique, beaucoup d'exercice, mais elles ont surtout le privilège d'une bonne et complète organisation. C'est ce que paraît démontrer les différences que l'on remarque dans la conformation de l'oreille interne, et particulièrement dans l'étendue du

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limaçon ; chez les uns le limaçon peut présenter une spirale composée de trois tours^ chez d'autre de deux tours et demi à un tour et demi seulement (fig. 222).

Il est facile maintenant de nous rendre compte du mécanisme de l'audition. C'est par l'épanouissement des fibrilles nerveuses que Timpression est reçue et portée au cerveau 9 et cette impression est d'autant plus parfaite qu'un plus grand nombre de fibrilles sont impressionnées à la fois. Il se passe quelque chose d'analogue dans tous les sens : pour le toucher et pour le goût les fibrilles nerveuses s'épanouissent dans la peau à la manière de la soie dans le velours; pour l'odorat, ils s'épanouissent sur une charpente osseuse que l'on nomme les cornets ; pour la vision, le corps miré soutient les fibrilles nerveuses du nerf optique, et leur permet de présenter une grande surface à l'action des rayons lumineux ; pour Taudition les fibrilles du nerf acoustique s^épanouissent dans le liquide qui remplit les canaux labyrinthiques.

Les ondes sonores , dirigées dans le conduit auditif interne par le pavillon de l'oreille ébranlent la membrane du tympan; dans ces oscillations cette membrane entraîne le manche du marteau , le marteau ébranle l'enclume, et l'enclume attire ou repousse l'étrier, la pellicule qui ferme la fenêtre ovale sur laquelle est appliqué l'étrier, mise en

jeu, ébranle le liquide renfermé dans le labyrinthe. Les molécules du liquide ébranlé se heurtent les unes les autres, et heurtent à la fois les myriades de fibrilles nerveuses tenues en suspension et produisent des impressions qui sont transmises au cerveau.

Quand deux notes très-voisines, sans être à l'unisson, vibrent ensemble, on entend comme un petit murmure ou roulement régulier, provenant des alternatives périodiques de force et de faiblesse du son. Ces alternances, nommées battementSj fournissent le moyen de mesurer en quelque sorte la pureté d'un intervalle. Sur le clavier vivant de l'oreille, chaque fibre est habituée à ne subir qu'une vibration à la fois, le son le plus complexe porte ses vibrations simples à autant de cordes différentes. Cependant, une fibre auditive ne peut être ébranlée fortement sans que ses voisines les plus rapprochées en soient un peu émues : deux notes fort rapprochées peuvent donc embrasser la même fibre dans leur zone d'ébranlement ; alors le même filet nerveux est soumis au même instant à deux vibrations qui ne sont pas en complète harmonie. Ces deux mouvements condamnent le nerf à une sensation qui, au lieu d'être continue, a des intermittences périodiques, des alternatives de violence et de faiblesse qui rirritent et le fatiguent et desquelles résulte la dissonance dans le son.

Les dissonances blessent Toreille, elles font sortir les cordes du clavier auditif de leur rôle, en ce qu'elles ne leur permettent plus d'analyser nettement les sons et de nesen» tir qu'une note à la fois ; les consonnances, au contraire, ne donnent àToreillequedes impressions simples et con-

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tinues; c'est dans la définition des consonnancesetdes dissonances qu'apparaît toute Timportance de la découverte des harmoniques.

On peut donc dire que le secret du laid en musique et du déplaisir qu'il fait éprouver se trouve dans les battements, dans les phénomènes qui s'y rattachent ^

On est arrivé à ranger les consonnances dans l'ordre hiérarchique de pureté qui suit : octave, quinte, sixte, quarte, tierce majeure, tierce mineure. Cependant la limite des consonnances et des dissonances n'est pas d'une précision absolue : les oreilles très-fines découvrent les battements dans les consonnances moyennes ou imparfaites : oc Le nombre des battements ou intermittences du son double, dit M. Laugel, a une influence directe sur l'agacement du système nerveux : le déplaisir est au plus haut point suivant M. Helmholtz, quand il s^en produit dans une seconde de trente à quarante. Le petit vacarme devient alors aussi grinçant que possible. L'oreille souffre moins quand les battements sont très-lents, comme il arrive quand on écoute deux tuyaux d'orgue qui sont presque à Tunisson. C'est ainsi que les vacillations d'une lampe ne fatiguent plus quand elles sont assez lentes pour être suivies docilement par l'œil. D'une autre part, quand les battements sont assez précipités pour que l'on ne puisse plus les distinguer, les nerfs n'y sont pas très-sensibles. L'o* reillene peut guère çlistinguer plus de 130 battements par seconde ; au delà de cette limite, les impressions in-

* La Voix, V Oreille et la Musique, VI. Nous empruntons l'explication de ce phénomène à cet excellent ouvrage que nous avons cité plusieurs fois, et qui analyse parfaitement les beaux travaux de M. Uelmholtz.

termittentes se confondent, se débordent. Cest ainsi qu'un charbon tourné rapidement semble un cercle de feu. »

M. Alfred Mayer a publié une méthode aussi simple qu'ingénieuse 9 à l'aide de laquelle il est parvenu à déterminer la durée relative des diverses impressions sonores sur l'oreille, ainsi que la loi suivant laquelle cette durée varie d'un ton à un autre. Cette méthode ressemble beaucoup à celle en usage pour l'étude des phénomènes analogues de la lumière.

Elle consiste à faire vibrer un diapason près d'un résonnateur dont il est séparé par un disque tournant, percé de trous équidistants entre lesquels se trouvent des espaces pleins, d'une largeur double de celle des trous. Le son simple du diapason est ainsi arrêté par le disque ou renforcé par le résonnateur. Ce dernier communique au moyen d'un tube en caoutchouc, avec l'une des oreilles de l'observateur, dont l'autre oreille est hermétiquement bouchée par un épais tampon de cire d'abeille. L'oreille libre perçoit de la sorte une série de battements qui se succèdent avec plus ou moins de rapidité suivant la vitesse de rotation du disque.

L'observateur continue à distinguer avec netteté les battements successifs, tant que le disque tourne assez lentement pour que l'intervalle compris entre ceux-ci ne surpasse pas la durée de l'impression de chacun d'eux sur l'oreille ; mais dès que cette vitesse de rotation a dépassé une certaine limite, les battements cessent et sont remplacés par un son continu. A ce moment, le temps qui s'écoule entre les passages de deux trous successifs du dis-

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que au-devant du résonnateur, est sensiblement égal à la durée d'impression des diverses notes, depuis Vut de 64 vibrations par seconde jusqu'à Twf 5, de 1024 vibrations. De toutes les recherches de M. Mayer, il s'est dégagé cette loi remarquable qui avait été prévue^ il est vrai, mais qui n'avait pas encore été constatée directement : la durée des impressions sonores est plus grande pour les notes basses que pour les notes hautes ; elle va même en diminuant régulièrement de Vut^ à Vut 5. La même méthode et le même appareil peuvent également servir à déterminer pour chaque son le nombre de battements par seconde, qui produit la plus grande dissonance \

L'oreille peut éminemment se perfectionner, et nous croyons utile, sous ce rapport, de citer le passage suivant qui est plein d'enseignements : a Mendelsohn, à huit ans, étonnait par la perfection précoce de son jeu et de son intelligence musicale. Il passait ses récréations au piano, avec Haendel et Bach, et jouait de mémoire leurs fugues les plus compliquées. Un jour, au grand étonnement de son maître, qui lui faisait déchiffrer un o7'a(ano de Bach, il y découvrit des fautes d'harmonie et s'amusa à les corriger. On raconte encore qu'à travers le retentissement d'un orchestre complet et le bruit d'une symphonie, il dis-

* Les Mondes scient) fi q^^^^^ ^875, 2°* semeslre.

cernait la moiudre fausse note et savait en désigner Tauteur. Ces preuves d'aptitude musicale, surprenante partout, étonnaient moins en un pays où tout enfant apprend l'harmonie^ et cela en se jouant, sans l'aide de théories ennuyeuses ou de grands mots rébarbatifs, le plus souvent parles moyens les plus élémentaires et les plus simples, en interrogeant le verre à pied du grand-père, en recherchant sur quelle note de la gamme on peut placer le son de la vitre ou l'appel printanier du coucou. Car, si au delà du Rhin on n'attache pas grande importance à la réussite d'une cadence, au fini d'un trille, en revanche on ne pardonne pas une erreur de mesure, on se montre impitoyable pour toute faute qui dénote un manque d'éducation musicale primitive, ou de respect pour la pensée du compositew. L'importance pour eux, c'est cette éducation musicale^ comme ils l'appellent, et qui ne consiste pas, comme chez nous, à exercer les doigts, à transformer le musicien en serinette, mais à reconnaître les intervalles , les accords, à s'en servir avec ordre et selon les règles du goût \ »

Voici quelques passages de noire traité d'Éducation maternelle d'aprh les indications de la nature^ qui ne nous semblent pas déplacés ici : (n L'enfant est porté à imiter les cris, à chanter, de même qu'à crayonner, à imiter les contours des objets qu'il voit, à tracer des bonshommes, des arabesques, des ébauches de toute sorte. Alors, bien loin de le gronder, de le rebuter comme on le fait habituellement, on Tencouragera dans ces choses afin de

* Selden, la Musique en Allemagne, p. Il et 12.

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pouvoir les modifier, et former, sans même quMl s'en aperçoive, sa voix, son oreille, rendre sa main sûre et juste et donner de la rectitude à son coup d'œil. Tout cela peut se faire avec une facilité que Ton ne soupçonne même pas.

... a II en est de même pour tout ce qui a rapport à la justesse de la voix et de Toreille : ce n'est pas précisément la musique qu'on lui enseignera d'abord, mais les tons, la gamme, quelques applications faciles, propres à former ses organes, à les fortifier, à leur donner la justesse et la perfection dont ils sont susceptibles, avant qu'ils aient reçu de fausses impulsions.

« Les plus simples exercices suffisent pour faire des organes de notre enfant d'habiles instruments, et pour que les germes du beau déposés chez lui se développent tous les jours insensiblement, se fortifiant et grandissant avec son être; c'est là la loi de la vie et de l'organisation. Il sera bientôt parfaitement disposé pour entreprendre toute étude sérieuse sous ce rapport, le sentiment et les dispositions à la pratique de tous les beaux-arts lui étant devenus comme naturels * . />

* V Éducation maternelle, d'après les indication^ de la nature, par J. Rambgsson, ouvrage couronné par la Société nationale d'encouragement au bien, et par la Société libre d'instruction et d'éducation populaires.

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