CHAPITRE XI
C'est à l'étude attentive ] I o d noire oi stitution physique et moni q p n a ous d mante des lumières sur la dest \ et de 1 1 o me
Persévérons dans cette ¥0 Cl ho a h c s mêmes harmonies nous offriront le niojen de dissiper quelquesunes des obscurités qui liriM'Ioppciit le problème de la mort et celui de notre dislinée i'uture. Bedoublons d'attention et de rceueillLinent. Il s'a^'it maintenant de l'avenir définitif de l'hoiLiine.
Et d'abord, que le lecteur se remémore les raisons qui prouvent que la vie, quoique mêlée de beaucoup de mal, est cependant une cunière où le bien l'emporte sur le mal.
L'bomme est né pour vivre : son organisation le proclame hautement, car elle est en profonde harmonie avec la vie. Il n'est pas en lui une seule faculté, une seule aspiration qui ne tende :'i l'être, à la continuation de l'être, au développemeiit, au perfectionnement de l'être.
2U LBS HARMONIES PROTtûgKTIELLES.
Et pourtant le boaheur complet n'est pas de ce monde. Cependant l'eiisteoce actuelle comporte un certain degré de boaheur. Que l'on réfléchisse, on reconnaîtra ijue le bonheur de chacun croît et se consolide à mesure que l'harmonie s'établit davantage entre chacune de ses puissances et le but qu'elle poursuit, et entre ces puissances elles-mêmes. Plus simplement, il est d'autant plus heureux que ses facultés s'csercent avec plus d'énergie, d'accord mutuel et de succès. C'esl dire (|ue la croissance de ses facultés est bonne et lui est bonne quand elles agissent et grandissent selon la toi divine du devoir.
Bref, l'homme conquiert le bonheur que la présente vie comporte en se perfectionnant lui-même conformément à la loi du devoir. — Et comme le devoir commande de perfectionner aussi, autant qu'on le peut, ceux sur lesquels on a de l'inDuencc, le bonheur de cette vie croit selon que nous travaillons à accroître notre être et l'être des autres dans le sens de la perfection.
Tel est le but de la vie ; tel en est le bien et le bonheur.
' Si la vie est une carrière dans laquelle on peut bien agir, grandir, se perfectionner de plus en plus, et jouir de se sentir croître en perfection, la mort qui interrompt ce perfectionnement et anéantit le bonheur qui en résulte, est donc un malheur. Et si la mort est pour nous la fin de toute existence, si elle nous précipite dans le néant absolu, la mort est un malheur sans au- ' eune compensation. Parlons nettement : la mort saus lendemain serait, de la part de l'Auteur de la vie une . iniiistice ol une cruauté.
ute ce malheur injuste et cruel aurait des
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degrés divers ; il serait plus ou moins connu, plus ou moins senti; mais à ses différents degrés, mais plus ou moins vivement senti et compris, il resterait toujours une injustice indigne de la bonté divine.
On peut, effectivement distinguer des différences dans les biens que la mort enlève à l'homnic et dans les pertes qu'elle lui inflige. Il y a le bien de la vie à l'état de simple espérance et de promesse pour l'uvc^iiir. 11 y a aussi le bien déjà réalisé, déj^ acquis, chèrement payé el dont on est en pleine possession. Si te bien n'est encore qu'espéré, que promis, que possible, la perte sera moindre. Ce sera cependant une perte et par conséquent un malheur. La perte causée par une mort sans lendemain, sera certainement grande à l'excès, si l'homme perd à la fois et des biens acquis déjà et des biens plus nombreux et plus précieux encore qu'il allait pouvoir acquérir.
A ce double point de vue, la mort suivie du néant serait une criante injustice ; et, ce que l'on ne remarque pas ordinairement, c'est que cette injustice serait d'autant plus révoltante qu'elle frapperait l'homme ayant longtemps et vertueusement vécu.
Des exemples rendront cette vérité claire comme le jour.
Un enfant meurt en naissant, ou très-peu de temps après sa naissance. C'est une douleur cruelle pour ses parents, surtout pour sa mère, parce que dans le sein maternel, une harmonie par la chair et le sang s'était établie entre ce petit être et sa mère, et que ta mort brise cette harmonie. C'est, il est vrai, une mort que l'on déplore peu, parce que la vie n'était pas encore devenue pour cet enfant un bien fortement réalisé. S'il perd les espérances de la vie, il ignore qu'il If"-'
perd ; et quant à des biens effectifs et réalisés, il n'en possédait pas encore. Mais considérez non ce qu'il sait ou ce qu'il sent, mais ce qui lui est enlevé. Sa fin si prompte est un malheur, car elle le prive des moyens de grandir en perfection et de jouir de son perfectionnement. Et comme il est innocent, il a droit à un dédommagement. La mort suivie du néant serait pour lui sans dédommagement : ce serait donc une mort injuste. Dieu ne se joue pas ainsi de la vie dont il est le père infiniment bon.
Un jeune homme meurt en pleine fleur, à vingt ans. Cette mort est jugée bien plus malheureuse. Elle ravit à sa victime les brillantes espérances de l'avenir ; elle lui dérobe le bénéfice de ses efforts précédents ; elle lui arrache les biens que Teiïbrt, Tétude, le travail lui avaient déjà conquis. Entre cette jeune âme et la vie, les harmonies s'étaient déjà multipliées , enrichies , amplifiées :
Son beau voyage encore est si loin de sa fin; Il part, et des ormeaux qui bordent le chemin 11 a TU les premiers à peine!
Mais il en a vu quelques-uns ; il a goûté la douceur de ce spectacle; il s'est senti marcher, croître, devenir meilleur ; de belles perspectives se sont ouvertes devant lui. Au moment de quitter la vie, il le sent et s'écrie lui aussi :
Je ne veux pas mourir encore!
Si sa mort est un anéantissement, la vie Fa cruellement trompé. Dites si cette mort ne serait pas un malheur atroce? L'Auteur de la vie ne commet pas d'alro-
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cités. Cojeuno homme était comme rempli de palpitantes harmonies qui le portaient puissamment à prendre de plus en plus possession de l'existence. Qui donc avait mi» en lui ces énergies naturellement lancées vers l'avenir? Qui avait donné à son âme ces fortes ailes? A qnoi bon ees énergies pour tendre au néant et ces ailes |)our l'y jeter ? Ne voyez-vous donc pas que c'est absurde ?
Un homme a cinquante ans. Il est dans toute la puissante maturité de son être. Par un travail d'un demisiècle, il a transfonné ses facultés en autant d'instruments de vertu. Il a élevé une famille, servi son pays, secouru ses semblables, développé son intelligence. Il est le centre et le lien d'un ensemble d'harmonies excellentes. Après de longues épreuves, il commence enfin à jouir quoique peu d'avoir invariablement aimé le bien et de l'avoir toujours accompli. 11 se sent capable désormais de l'accomplir beaucoup plus sûrement encore. Mais une maladie mortelle le saisit et en peu de jours l'emporte.
Calculez l'étendue de sa perte. Son être était devenu grand par les affections nobles, par l'intelligence, par la vertu. Ces richesses morales avaient d'autant plus de prix qu'il les avait, pour une large part, créées luimême. Ce bien, il l'aurait augmenté de jour en jour, si les jours lui avaient été laissés. Cet homme était icibas, à lui-même et aux autres, un organe admirable de progrès et de bonheur. Au moment oîi il va goûter la joie souveraine d'accomplir le bien facilement, rapidement, parce qu'il s'en est fait une habitude ; — au moment où il va cueillir en abondance les fruits mûrs de sa belle vie, tout à coup il s'éteint. S'il tombait dans le néant, Celui qui l'a créé, Celui qui l'a formé capable de s'élever si haut et qui lui en a imposé le
devoir, serait au-dessous du plus méchant dés pères. Cet homme, en effet, était plus que jamais puissant pour la vie, en harmonie avec la vie ; plus que jamais il aspirait à être et à produire Têtre. Ces puissances et CCS harmonies qui s'accordaient non-seulement en luimême, mais autour de lui, pour fonder Tavenir, vous voulez que rPitre éternellement et parfaitement bon ait décidé qu elles périraient juste au moment où elles proclamaient et appelaient la vie? Y a-t-il sur la terre un ingénieur assez stupide pour briser en morceaux un merveilleux mécanisme, à l'heure où ce roécani^ne vient d'atteindre sa perfection? Non, n'est-ce pas? Et vous trouveriez naturel que l'intelligence suprême commit les extravagances qu'un homme ne commet pas?
Mais si un homme meurt plein de jours, pourquoi déplorer sa mort? N'a-t-on pas raison lorsqu'on dit : Il avait fini sa carrière et obtenu son lot ; il en avait joui. Son heure était venue : qu'aurait-il fait ici-bas? Et qu'at-il besoin d'une autre vie ?
Ainsi raisonnent les gens qui réfléchissent peu. Us devraient cependant faire une remarque : c'est que les vieillards dont les facultés sont à peu près intactes ne trouvent jamais qu'ils ont assez vécu. Us comptent bien durer encore. Combien? Ils ne savent pas; mais ils travaillent, agissent, bâtissent, plantent et font des projets d'avenir, tout en parlant de leur fin prochaine. Ils estiment évidemment que la prolongation de leur vie est un bien pour eux.
Ils ont raison, s'ils sont restés capables d'avancer encore dans la voie de la perfection. Or plus ils y avancent, plus leur anéantissement absolu serait inique et '^""'•de. Insistons sur ce point.
UAnHOSlES FliTtmES 289
Sup{K>sons qu'un homme ait vécu aus^i bien qu'il est possible, qu'il ait' atteint une grande vicillcsac, et que ses organes et ses facultés soient sain^. Quelle est l,i situation de ce vieillard par rapport à la vie? quelles sont tes harmonies qui existent encore entre la vie et l'organisation de cet homme?
Ces harmonies sont à leur plus haut de^^ré. Il a luit dans tous les sens des progrès considérables. Par cela seul qu'il en a fait beaucoup, il est cap;iltle, à ce moment, d'en faire beaucoup plus encore, i!L avec pins d'aisance et de certitude que jamais, car il possède maintenant l'art de se gouverner lui-même. Il a acquis ce qu'une longue vie peut seule donner : l'expérience. Avec cette expérience, il est apte à diriser aussi ses parents, ses semblables. .Ainsi, en lui, tout est aujourd'hui plus que jamais apte à )a vie, puissant pour la vie et pour la belle vie. Tout, dans cet litiruinc, inarclie, tend, agit, aspire en sens inverse du nùirit. Si la mort le prend dans cet état et le précipite ilaiis le néant, qu'en faudra-t-il conclure? Ceci, évidurament : que l'Auteur de la vie est en contradiction avec lui-même, puisqu'il anéantit un ctie qu'il avait crné pour la vie, et qu'il l'anéanlit juste à l'heure où cet ètie est au plus haut degré capable de bien vivre. Uiru i^uc Dieu peut so contredire à ce point, c'est exprimer une impossibilité absolue. Donc il est impossible que ce vieillard soît anéanti par la mort.
On répond : Mais les vieillards sont pour la plupart faibles, inrirmes, incapables de nouveaux progrès. La mort, même délînitive, leur est une délivrance.
Examinons cet autre cas, et supposons que le vieillard infirme ait grandi jusqu'au jour, jusqu'à l'année où les maladies ont alTaibli son corps et arrêté l'essor de son
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àme. Ce jour-là, cette année-Iù, la mort avait commencé sur cet homme son œuvre de destruclion. Lorsque ce commencement de mort Ta saisi, il était apte à être, désireux de continuer à être,' puissant pour Tétre, puisqu'il avait développé de jour en jour ses facultés, qui étaient des forces tendant à l'action, a la vie, à rélrc. Ce commencement de mort est donc venu ralentir, suspendre peut-être sa marche vers une vie plus longue à laquelle son âme élait préparée et dont elle était capable et digne. Que cette mort lente, le détruisant pièce à pièce, le conduise définitivement au néant, nous verrons reparaître la même conclusion que tout à Theure. Cette fois encore, l'Auteur de la vie n'aura produit et organisé la vie que pour aboutir à la détruire : il se sera misérablement démenti lui-même. Comment admettre cela ?
On aurait beau varier les exemples, on arriverait toujours au même résultat. Résumons donc les conséquences des faits précédents.
Pour l'innocent qui meurt en naissant, la mort sans lendemain est une injustice, car la promesse de la vie, les conditions de la vie, lui sont à la fois, par un jeu cruel, prodiguées et enlevées.
Pour l'homme qui a pris possession de la vie et qui déjà depuis longtemps y a grandi conformément au devoir, la mort avec le néant pour lendemain, est une injustice plus criante encore. En effet : le néant le prendrait, s'il le prenait, alors que, selon la loi de Dieu, il s'est rendu lui-même plus puissant et plus liî3 de vivre qu'il ne le fut jamais. L'harmonie entre core da vie serait violemment détruite précisément à cent, pnù celte harmonie aurait acquis le plus d'éabsurdeie force et de hauteur. C'est un non-sens.
HABMÛSIES rUTllRES. 201
Mais il y a plus, inrinimentplns. S'il en était ninsi, la loi morale n'aurait pas de sanction suflisante. Lch hoDS elles in<ïcliauls, iïnalement conrondus ilans la même Jestinéc, sombreraient par un même naufrage, et le néant les engloutirait. Le scélérat et le héros, l'assassin et le bienfaiteur de l'humanité, le brigand et le saint auraient marché par îles voies diverses à un même terme, le rien.
A cela, certains esprits répliquent que chacun rc- <;oit ici-bas le prix de ses œuvres et que lajusiice est satisfaite.
Est-ce exact ? D'abord, on vient de le voir, nos puissances d'être et de vivre débordent de tous côtés les limites de la présente existence. La raison se refuse à comprendre que le néant soit infligé à des créatures dont toutes les énergies se portent à exister de plus en plus. Et comme l'homme de bien, en se perfectionnant chaque jour, multiplie en lui ses forces naturelles de vivre et de grandir par l'àme, si le néant h détruisait ni plus ni moins que le méchant, la perle de l'homme vertueux et son malheur définitif se trouveraient surpasser énormément la perte et le malheur du scélérat. Voilà une dirTiculté à laquelle on ne réfléchit pas assez. Mais revenons à cette opinion que chacun est dès ce monde traité selon son mérite. Pour la juger, distinguons les diverses espèces de sanction attachées ici-bas à la conduite humaine, c'està-dîre les cliàtinienis et les récompenses que les méchants et les bons rencontrent dans le cours de la vie actuelle.
!l y a premièrementla sanction physique. On entend par là les maladies, les infirmités, les pertes d'argent, la misère, l'abandon qui punissent le débauché et le malhonnête homme dans son existence malérielic ;
292 LES lURMOMES PEOVn)£N;iGLLES.
et les biens, la santé, la prospérité, l'aisance, la richesse même dont jouit Thomme de bien.
II y a ensuite la sanction morale. On nomme ainsi le remords qui tourmente le méchant et la joie intérieure que goûte l'homme vertueux.
Il y a la sanction sociale. C'est, pour le coupable, le blâme, la désapprobation, le mépris, l'exécration même de ses contemporains; — pour l'homme de bien, c'est l'estime, l'approbation, la considération et parfois l'admiration et les bénédictions de ceux qui le connaissent.
Il y a enGn la sanction civile ou légale, l'action de la justice régulière, le jugement des tribunaux qui infligent aux coupables, selon les cas, l'amende, la prison, le bagne et même la mort ; — tandis que, dans presque tous les pays, il y a des récompenses, des honneurs, des grades, accordés par dés lois spéciales à ceux qui ont rendu des services à leur patrie ou à l'humanité.
Comment soutenir, comment prouver que ces sanctions diverses ont, en cette vie, leur plein accomplissement? comment démontrer que chacune de ces peines et de ces récompenses échoit invariablement à qui l'a méritée?
Sans doute, le châtiment physique atteint le plus souvent Thomme vicieux. Les victimes volontaires de la débauche sont innombrables. La misère s'abat habituellement sur les paresseux, les ivrognes et les voluptueux. Cependant, on en voit dont la constitution vigoureuse résiste à la violence et à la fréquence de leurs honteux excès. On compte bien des fourbes qui jouissent jusqu'à la mort des fruits d'une fortune indignement acquise. A côté de ceux-là, des hommes probes, laborieux, sobres, sont en proie à des maladies imméritées. De bra- ^'^^ <^ens languissent et s'éteignent dans la gêne, parfois
UARMOM£S FUTURES. 203
dans rindigence, malgré de longs et honorables effortn. La sanction physique est donc insuflisante.
La sanction morale l'est-elle moins ? Le remords suit généralement la faute ; on peut même dire que, dans les âmes qui ont gardé quelque droiture, il la suit toujours. Il est très-rare que ce supplice intérict/r ne cli/i* ti^ pas le crime, toutefois, cet organe si délicat qu'on nomme la conscience morale peut ne pas conserver sa sensibilité native. Il arrive qu'il s'émousse, qu*il sV^ndurcisse, puis enfin qu'il se pétrifie en quelque fuv'^tiy à mesure que la raison du scélérat s'obscurcit par 1 lia* bitude et l'accumulation des actions criminelles « CVst un abrutissement moral dans lequel il ne souffre plus, parce qu'il n'a plus de scrupules. Il a conquis ainsi ^ u force de crimes, l'impunité de consciencis An rontraire, certaines personnes, scrupuleuses au plus haut degré, se reprochent le moindre manquement ; ontelles commis une peccadille, les voila malbeurcunes. f^e progrès continuel dans la voie du bien rend Tliomme vertueux sévère envers lui-même. Le rc;^ard toujours fixé sur la perfection, il mesure sans cesse la distance qui Ten sépare, et la trouve trop grande. Il se tourmente, il s'inquiète. Assurément, la joie qui est comme le parfum d'une bonne vie, ne lui est pas refusée ; muis cette joie n'est jamais entière, jamais sans mélanga* Kn eût-il d'ailleurs la complète jouissance, la mort viendrait tôt ou tard la lui ravir; et une joie passagère, un bonheur sans lendemain, ne sont pas de véritables récompenses.
Quanta la sanction légale, ceux qui l'appliquent sont en général plus éclairés et plus justes que les distributeurs capricieux de l'éloge et du blâme. Mais ce sont des hommes, et comme tels, môme avec des lumières
i9i LES lIVRMO^iliS Pr.OVIOEINTIELLES.
même avec une volonté droite, ils sont sujets à s'égarer. Tantôt le coupable leur échappe ; tantôt de déplorables apparences, trop semblables à la réalité, Icsentrainenl à condamner un innocent. A qui voulez-vous qu'en appelle un innocent mis à mort, s'il n'y a ni juge suprême et infaillible, ni vie nouvelle où ce juge rétablisse les droits de la justice et de la vérité ? N'y eût il jamais eu qu'un seul innocent conduit à l'échaf'aud, c'en serait assez pour que la vie future fût nécessaire et démontrée.
Dans l'ordre des récompenses, les appréciateurs humains de Teffort et du mérite ne se trompent pas moins souvent. L'intrigant audacieux ravit la couronne due au savant désintéressé, à TofOcier modeste, au soldai simple de cœur qui n'a pensé qu'à son devoir.
Ainsi, d'aucune façon la loi de justice ne reçoit en cette vie son entier accomplissement. 11 est donc de nécessité absolue que la mort soit suivie d'une vie nouvelle où l'harmonie soit faite entre le mérite et la récompense, le crime et le châtiment.
On objectera encore que l'homme de bien ne doit désirer aucune récompense ; que la pure vertu agit par amour du devoir, sans motif intéressé ; que réclamer ou seulement espérer un prix pour ses mérites, c'est ressembler à un mercenaire qui n'a qu'un salaire pour but. On en conclut que la pensée d'une rémunération future rapetisse les caractères et abaisse les âmes.
En raisonnant de la sorte, on se trompe plusieurs fois. D'abord on fait trop bon marché de la destinée de ceux qui, au lieu d'être récompensés en ce monde, sont au contraire persécutés, humiliés, honnis, punis comme "oupables, alors qu'ils sont ou innocents, ou ver- Ces infortunés n'acceptent pas la théorie hau-
MARM08IES fllTfUES. . ™)5
•taine el dure qui les condamne non-spu!cmenl à la vertu sans espérance, mais encore à la vertu suppliciée.
Certes il est hors do doute que la vcrlu parfaite accomplit le bien pour le bien sans éj,'ard au pris qu'elle en recueillera. C'est là une vertu essentiellement noble et haute. Mais la vertu soutenue par l'espcrancc est encore une vertu. Et tenez, observez aUenLivement ceux qui se montrent si dédaigneux des récompenses divines : ils réclament plus haut que personne le salaire de leurs travaux terrestres. Ils entendent qu'on distingue promptement leur mérite et qu'on l'Iionore largement. Ne les en blâmons pas ; mais n'est-ce pas une inconséquence et un démenti donné à leur doctrine?
Enlin, ils perdent de vue te point capital : c'est que Dieu est la justice absolue : c'est que Dieu, par cela seul qu'il est Dieu, rend à chacun selon ses œuvres. Sa per- Teclion étant donnée, lajustice en résulte niiturellenienl. L'harmonie entre la justice parlaîte et les récompenses futures, entre l'équité souveraine et les peines avenir est une conséquence de la perfection même de Dieu. Quiconque admet l'un des deux termes est forcé d'admettre l'autre.
Une certaine classe d'esprits croit avoir trouvé contre l'immortalité de l'homme un argument cUicisif. Il n'existe au monde, — disent-ils, — que de la matière. Or tout ce qui est matériel est composé et se dissout par la mort. Donc, l'homme, qui n'est que matièrie, comme tout le reste, est dissous, détruit par la mort. Il n'y a donc pas de vie future.
Sans doute, si l'homme n'était que ntaticrc, si sa nature ne consistait qu'en une réuuion de parties corporelles, la mort, qui défait cet ensemble, détruirait par là même l'homme et sa personne.
LES IIARUOMëS PROVIDEINTIËLLES.
Mais il n*en est pas ainsi. Déjà nous avons montré que Thomine a une âme distincte de son corps. Redisons-le avec plus de force.
Chacun a en soi un principe qu'il connaît sans cesse. 11 connaît ce principe intérieur sans se servir ni de ses yeux, ni de ses oreilles, ni de ses mains, ni d*aucun de ses sens. Ce principe est donc aperçu d'une autre manière que le corps. Il n'a rien de semblable à un corps : il est invisible, intangible. Bien plus, j'aperçois plus clairement cet être invisible quand je ferme les yeux et quand je me bouche les oreilles. Cet être n*est donc pas un corps.
Soyons plus attentifs encore. Ce principe intérieur, cet être que j'appelle moi, non-seulement je n'y vois rien de ce qui est corps, mais je le sens être parfaitement simple et indivisible. Quand je considère mon corps, je le vois long, large, étendu, plus ou moins gros. Je comprends qu'on pourrait le couper en deux, en trois, en quatre, en cinq parties. Je puis parler de la moitié, du tiers, du quart de mon corps. Ces expressions ont un sens : elles répondent à quelque chose de réel. Puis-je pareillement parler du tiers, du quart, de la cinquième partie de mon âme? Mon corps est susceptible d'être placé dans une Balance et exactement pesé. Mon âme est-elle pondérable? Nullement. Le principe qui est en moi, ou plutôt le principe que j'appelle moi, je le sens simple, je le sais simple. Ce principe n'est donc ni corps ni matière.
Regardcz-Ie sous un autre aspect. J'ai la faculté
"^^agir, la faculté d'aimer, la faculté de penser. Mais
^ une âme pour penser, une autre pour vouloir,
autre pour aimer ? Non. Il serait ridicule et absurde
ire : mes âmes sont malades, mes âmes sont ré-
HARÙONIES FUTURES. ï07
voilées, par l'injusticfi; — ou bien, ma prymière âme est très-vaiilante, mais ma troisième àme val paresseuse. Je senR, je sais qu'une seule àme pcn.se, veuf, aime en moi. Mon àme est donc essentiellement une, comme elle est parfaitement simple, tandis que mon corps n'est pas simple et n'a pas la même unilé.
Enfm, mon corps se renouvelle continuellement dans sa substance. Je suis astreint à prendre de la uourriLurc plusieurs fois par jour pour réparer les pertes que mon corps subit sans cesse. La peau tombe en petites écailles et se reforme, les cheveux poussent ainsi que \es angles, la matière des os et de tous les organes est emportée et remplacée par un courant qui ne s'arrête pas. C'est ce qui fait que le corps grandit, maigrit, engraisse, dépérit, reprend des forces, vieillit. A un certa'n nombre d'années d'intervalle, on n'a plus 1'^ même corps. Ainsi le corps n'est pas un être permanent, un être identique dans sa substance.
Tout an contraire, i'àme, quels que soient ses progrès ou ses défaillances, reste la même quant à sa substance invisible. Le moi que j'étais il y a dix ans, vingt ans, cinquanle ans, est encore le moi d'aujourd'hui. Celui qui a commis un crime il y a vingt ans sait avec pleine certitude qu'il est à l'heure présente le même coupable qui s'est souillé de ce crime. Celui qui a accompli il y a trente ans une action d'éclat et qui en demande aujourd'hui la récompense proclame par là que son àme d'il y a trente ans et son âme d'aujourd'hui sont une seule àme identique à elle-même. Si l'on s'nvisail de réconduire en lui disant : « Que récIame7.-vous? Votre moi d'autrefois n'existe plus; celui d'à présent est un moi nouveau qui ne mérite pas du tout ce dont l'anricn moi était digne ; » cet homme se mettrait en colère, et
298 LES HARMONIES PAOVIOENTIELLES.
il aurait raison. L^àmc est identique, reste identique à travers les années quant à sa substance. C'est le contraire pour le corps.
L'ame est donc immatérielle, simple, une, identique. Le corps est le contraire de tout cela. Le corps péril par la dissolution de ses parties ; l'àinc, qui n*a pas de parties, n*cst donc ni dissoute, ni détruite par la décomposition du corps. Sa nature lui permet donc de survivre à la décomposition du corps.
Cette raison ne suffirait pas pour qu^elle fût immortelle. Elle prouve du moins que la mort du corps n'entraine pas la mort de Tâme.
Dieu, qui est tout-puissant, pourrait, s*il le voulais anéantir Tâme de quelque autre manière. Mais Dieu est la justice parfaite. S'il faisait mourir Tâme au moment de la mort du corps, en la détruisant d'une autre façon, la loi de justice resterait inaccomplie. Or il faut que ( cette loi ait sa sanction pleine et entière. Pour cela, il | est nécessaire que Tâme survive au corps; donc l'âme j est immorlelle. i
Maintenant, en quoi consiste cette immortalité? . On a prétendu que l'homme ne continuerait à vivre que dans ses enfants, dans sa postérité, dans l'humanité. Ce serait une immortalité dérisoire. C'est personnellement que l'homme fait le bien et le mal : il est juste qu'il soit puni ou récompensé personnellement. Si sa personne se perdait, se noyait après la mort dans une multiplicité d'autres personnes, ce n'est pas lui qui jouirait ou souffrirait de cette vie nouvelle, puisqu'il ne serait plus lui-même. L'immortalité conforme à la justice est forcément l'immortalité d'un être qui reste luimême et qui se reconnaît être la personne qu'il était dans la ^ 'eue. Sans cela il ne saurait ni qu'il est
HAUSIOSIES FUTURES. ïll!)
|.uni, ni qu'il est récompensé, ni pourquoi il l'est. Lu sancLÎon morale n'aurait aucun sens.
On a dit encore qu'après sa mort l'homme entrerait dans le sein île Dieu et (]u'irserait à jamais confondu avec k substance difine. Cette erreur est semblable fi la précédente. Confondu avec la substance divine, riionime cesserait d'être une personne. Il [l'aurait aiicuii souvenir de sa vie passée ; il ne saurait plus i]u'il a bien ou mal agi. Cette fois encore la sanction morale revctirail une forme inintelligible.
La vie future de l'tiomme sera donc une existence essentiellement personnelle, conscrenlo de soi-même, gardant toujours présent le souvenir Je la vie anté-
Que savons-nous de plus par la seule raison? Ayon^ pleine confiance dans la justice ineffabicment parfaite. Dieu nous a créés en harmonie avec Pimmortalité. )l nous a doués du pouvoir d'affermir et de développer en nous cetle barmonîc qui vise au «leli'i de la vie présente et toutes les autres harmonies di: notre nature. 11 ne crée pas pour tuer; il ne forme pas pour détruire. Il n'anéantira injustement aucune des harmonies dont il est l'auteur. 11 récompensera l'homme do les avoir agrandies en donnant à ses puissances leurterme suprême, en lui accordant l'objet si ardemment ])oursuivi de son intelligence et de son amour.
Cet objet excellent, c'est lui-mémc. 11 se donnera donc lui-même à connaître sans voile, à aimer sani: erreur, sans défaillance, sans intermittence. Là sera la suprême récompense et le suprême bonheur.
■ 11 nous réunira aux âmes humaines avec lesquelles l'harmonie n'était en ce monde qu'ébauchée. Cette harmonie sera désormais consommée. Kilo s'accom-
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â(!0 LES UARNO!il£S PROTlDKnriELLES.
plira par lui, en communication a¥cc lui. Ceux qu'on avait perdus, on les retrouTera, et on ne les reperdra plus.
Les harmonies de l'univers physique et moral,
scientifiquement étudiées, sans intervention aucune de l'imagination poétique, démontrent l'existence d'une Intelligence unique, supérieure à Tunivers.
La notion du parfait qui est dans notre raison démontre que cette Intelligence est non-seulement supérieure à l'univers, mais encore parfaite, infiniment bonne, juste, puissante, prévoyante.
Cetle Intelligence, c'est Tètrc créateur de tous les êtres, c'est Dieu. H est l'auteur et le modèle de toutes les harmonies. Imitons selon nos forces ce que nous connaissons de ses perfections. Imitons-le surtout en développant au plus haut degré toutes les harmonies dont il nous a donné les principes. Comme l'univers physique, l'àme individuelle, la famille, la patrie, Thumanitc, la société religieuse, sont des harmonies d'origine divine. Travailler à perfectionner ces harmonies, c'est suivre l'exemple de Celui qui ne veut que le bien; c'est la voie véritable du progrès pour les hommes et pour les peuples.
On cherche un moyen de pacifier, de concilier, d'unir les hommes, de les empêcher de se haïr et de se détruire les uns les autres, de les faire s'entr'aimer. Quel moyen meilleur pour approcher du but que l'étude sérieuse des harmonies providentielles?