CHAPITRE X
Jusqu'ici on s'est appliqué, àan^ ce livre, à mettre en lumière les merveilleuses harmonies de l'univers visible et invisible, physiqueet moral, social et religieux. La conclusion de ces méditations, toujours ;ippujées sur la science, c'est qu'il existe un Dieu unique et de nature spirituelle, parfaitement intelligL'iit, puissant, bon et juste, paternel et prévoyant, auteur, organisateur et conservateur du monde et infininicnt digne du nom de Providence.
Cependant si ce Dieu est si bon et si juste que rien n'égale ni sa bonté, ni sa justice, coninjenL y a-t-il icibas tant de mal, tant de désordres, tant de misères? Comment cette terre, oîi nous naissons pour souffrir et mourir, mérite-t-ellc le nom de vallée des larmes?
Cette objection s'élève dans les âmes les plus pieuses ; elle a toujours préoccupé les esprits les plus religieux. Il est indispensable de l'examinor avec recueillement
aw LES HAimONIES PtlOVIDENriELLES.
C'est un devoir d'y réflédiir d'abord afin de se répondre à soi-même et alin de répondre aussi à ceux qui croient y trouver des raisons de douter soit de l'esistence de Dieu, soit de sa bonté providentielle.
Le mal et le désordre sont tellement évidents qu'il serait absurde d'en contester la réalité, trop souvent poi^^nante. Avouons que le mal existe. Reste à en concilier l'étendue et la persistance avec le gouvernement d'un Dieu inépuisablement bon. Là est le nœud de la difficulté.
Une première règle est à observer. Lorsque dftux vérités sont également certaines et qu'elles semblent se contredire, a-l-on le droit de nier l'une ou l'autre? Kullement. Deux vérités certaines doivent absolument, nécessairement s'accorder. La vérité n'est jamais en contradiction avec la vérité. Si une vérité en contredit une autre, ce n'est qu'en apparence. Le devoir de tout esprit qui pense est de chercher à dissiper cette apparence faus.se et de réfléchirjusqu'à ce qu'il y ait réussi. .4 supposer qu'il n'y parvienne pas, la raison commande de continuer à tenir ces deux vérités pour vraies et d'avouer seulement qu'il n'en aperçoit pas l'iiarmonie.
Ainsi n'eût-on aucun moyen d'expliquer la coexistence de la bonté infinie et du mal dans l'univers, il faudrait néanmoins déclarer et croire que Dieu existe et qu'il est parfaitement bon.
.Mais riiiliHii^oiice humaine n'en est pas réduite à cette exLrémilé, Au lieu de prendre les choses en bloc, HU lieu de a'altaclier ses regards qu'aux malheurs qui ilucablent, qu'aux désordres qui épouvantent, que l'on it^nsL-ntu à étudier le monde avec un soin patient; on
cQiupi'endra mieux ut l'on verra s'éclaircir plus d'une lilaute.
DIFFICULTÉS. ÏH
Pour nous orienter au milieu des coinplexitiis du i>io-
blèine, distinguous et tâchons de résoudre les qucstioQB
suivantes.
1" Le mal dans le monde l'emporte-t-il sur le bien',' 2" Le mal et le bien moral sont-ils en wi^a du bien et
du mieux? Le progrès peut-il en sortir"?
5* Le mal physique est-il en vue du bien et du mieux?
Le progrès peut-il en sortir?
Le mnl dans te monde l'emporle-l-il -ui' i« liie»"
Les hommes auxquels il échappe di' s'cciiiif (]iie k monde et la vie n'offrent que mal et désordre, peuvent être sincères au moment où ils parlent. L'excès du désespoir arrache de ces cris. Cependuit, si, ayant repris leur sang-froid, ils se demandent w ijue c'est que h mal et le désordre et en quoi ils con>isl<>iit, \U n'oseront répéter cette afiirmation, tant elle v>l fausse.
Pour tous les esprits qui compnnnent le sens des mots, le mal est le principe de la désorganisation, de la destruction, de l'aDéantissement. Le mal, par rapport à chaque être, c'est ce qui arrête son développement, ce qui enraje ou brise les ressorts, -jù (jui détruit les conditions harmonieuses de sa vît!. Le rcial produit le désordre, et le desordre amène l;i déco m position, iy ruine, la mort.
Si donc le mal l'emportait dans le mondt* sur le bien, qu'arriverait-il ? Rien ne durerait un jour, une
'm LES ilARIfONlES PROVIDENTIELLES.,
heure, iinu minute. Aucune harmonie ne s'établirait car dès qu'elle commencerait d'cire, le principe contraire l'aiiéantirnit aussitôt. Le système des mondes astronomiques ne se serait pas fondé; l'équilibre des 8j)hères ne se serait pas établi. A plus forte raison cet équilibre n'aiirait-il pus duré des milliers de siècles. Il n'y aurait aucune relation régulière entre les planètes et le soleil ; aucune entre le soleil et la terre; pas de succession de jours et de nuits; pas de retour périodique des saisons. 11 n'y aurait aucun lien entre tes divers règnes de la nature, ni entre l'homme et les autres êtres, ni entre l'homme et l'homme. Ou plutôt il n'existerait ni soleil, ni planètes, ni terre, ni lune, ni règnes, ni animaux, ni hommes, car l'existence de ces êtres a pour condition une multitude d'harmonies permanentes. Il n'y aurait que le chaos, si toutefois il y avait quelque chose.
Mais taisons une supposition moips absolue. Admettons que, le monde, ayant subsisté jusqu'aujourd'hui, subitemeut, à l'heure qu'il est, le mal l'emporte sur le bien et qu'il en triomphe. Ce serait l'anéantissement instantané de toutes les lois consenatrices de l'univers. Soudain, les lois universelles de l'attraction disparaissant, les astres se heurteraient et se briseraient l'un contre l'autre dans un épouvantable pêle-mêle. Ou bien. ta gravitation persistant par hasard, mais toutes lesau- Irea lois étant, réduites à néant, la lumière s'éteindrait, la chaleur cesserait d rire etd'agiret c'en serait fait des
légL'tales ei. animales.
P-l^n^ a pas n se récrier ni à regimber; voilà, — 1 autres choses, — ce qui arriverait forcément si - monde était un seul moment plus fort
■ Il estdonc clair comme lejour que te pessinti^nic n'es! pas soutenabie et que ceux qui le défendent ou liion ne croient pas un mot de ce qu'ils disent, ou bien n'y ont jamais réfléchi.
Mais voici qui est plus signilicatif. Il n'y a pas de jour, pas d'heure où l'homnie ne prouve, par toutes ses aspirations et par tous ses actes, qu'il estime le bien, dans l'univers et dans la vie, infiniment plus jr^and et plus puissant que le mal.
De tous les sentiments humains, quel csL celui qui ne le cède à aucun autre en force et en ténacité? N'estce pas le sentiment de la conservation? Et cet instinct dominant qu'est-ce autre chose que l'amour de l'être, que l'attachement à la vie? On aime mieux souffrir que mourir. L'horreur de la mort est profondément piiracinép dans le cœur de l'homme. Chaque journée est une lutte contre les forces ennemies qui menar:i'nt notre existence. Le malade, le blessé se soumettent n des opérations atroces pour échapper à la mort. Les infortunés qui lâchent pied dans ce combat et qui abandonnent la vie sont l'exception. On les considère comme ayant la raison affaiblie.
L'homme aime la vie pour lui-même ; il l'aime aussi pour les êtres qui lui sont chers. Qu'un de ces êtres soit en péril, sur-le-champ, il engage une lutte béroique contre la mort autour du lit du pauvre malade. Pour vaincre cet adversaire redouté, il n'est pas d'armes qu'il "n'emploie. Soins, veilles, remèdes, médecins, recours ardent au Père de la vie, tout estmis en œuvre, imploré, invoqué. Il faut sauver le patient coûte que coûte. Le sauver, entendez-vous ce mot? Et le sauver de quoi? De la mort. Et pourquoi ? Afin de lui conserver la vie. La vie est donc un bien.
250 LES lURVONIES PROVIDENTIErXLS.
Si elle est un mal, pourquoi donc voulez-vous la conscner à ceux qu*elle abandonne? Si elle est un mal, pourquoi se crce*i-on une famille, pourquoi donne-t-on le jour à des enfants ? Le jour d*un mariage est une fête; le jour d'une naissance, une joie. Une famille nombreuse est un spectacle qui enchante. L'idée que son enfant peut mourir est insupportable à une mère. Elle se révolte contre le danger que court le fruit de SCS entrailles. Elle veut qu'il vive; elle l'ordonne; elle espère contre toute espérance et quand tout le monde autour d'elle se prend à désespérer. Demandez-lui donc, pessimiste, si c*est un mal qu'elle entend infliger à son (ils bien-aimé en lui conservant l'existence !
Le plus terrible châtiment édicté par les lois humaines est la peine de mort. La peine I comprenez-vous? Perdre la vie est donc le pire des supplices. Et remarquez que les juges ne prononcent cette peine qu'en tremblant, et qu'on n'ose en frapper le coupable que pour préserver la vie des honnêtes gens. Ainsi la mort n'est ici qu'un moyen de protéger la vie.
Celui qui meurt au service de sa patrie accomplit le suprême sacrifice. 11 donne ce qui lui est le bien par excellence, afm de défendre le sol natal, l'honneur du pays, la sûreté des foyers, bref la vie nationale et les conditions de cette vie. Il paye le bien de tous au prix de son bien personnel. 11 veut que sa patrie vive ; il c^aiit^onc que la vie est bonne à sa patrie ; il le croit jusqu^ïtvsang.
Chacun\eut être, conserver l'être, étendre son être; chacun dcsrt:e vivre, développer sa vie , s'assurer une longue vie. Chacun prouve par là qu'il considère la vie comme une carrière où il y a plus de biens que de maux. A ceux qui prétendent le contraire, leurs paro-
les, leur conduite, leurs affections donnent d'éclatants démentis.
Notre première question est résolue. Oui, dans le inonde et dans Thomme le mal est moindre que le bien, — le bien plus grand et plus fort que le mal. Maintenant, le mal et le bien sont-ils en vue du mal, doivent-ils finalement aboutir au mal? Ou, tout au contraire, le mal et le moindre bien sont-ils en vue du bien et du mieux, aboutissent-ils au bien, au mieux, a^ progrès?
Le mal et le bien moral ônt-iis pour fin le bien, le mieux,
le pfogrès?
Considérons d'abord l'homme. Ses puissances diverses, son intelligence, sa faculté d'aimer et de jouir, sa volonté, son organisation physique, sont un mélange de bien et de mal. Tâchons de voir clair dans ce mélange ; attachons-nous à le débrouiller.
L'individu est un objet d'étude moins complexe que la société. Examinons d'abord l'individu.
L'homme naît intelligent. Qu'est-ce que l'intelligence? C'est un pouvoir de connaître ce qui est et d'arriver par là à la vérité qui se définit : l'exacte connaissance de ce qui est. L'intelligence tend naturellement vers la vérité qui est son but et son bien. Personne ne doute que la vérité ne soit un bien pour Tintelligence, ou, ce qui est tout un, pour l'homme en tant qu'intelligent Celui qui connaît mieux la vérité, qui connaît
2 LES HARMOMES PROVIDENTIELLES.
lus de vérités que ses semblables, on le déclare supéeur à ses semblables, on le juge plus riche du côté de esprit. On estime que celte richesse est une force, une aissance, une lumière, en un mot, un bien noniulcment pour celui qui la possède mais aussi pour »us ceux avec lesquels il la partage et doit la parger.
Or l'homme est ainsi fait que plus il connaît lavété, plus il brûle de la connaître. C'est une soif dont ardeur augmente à mesure qu'on Pétanche. Mais si i vérité est un bien, une plus grande somme de vérités ît un plus grand bien, un mieux. En sorte que Tinlligencc est en moi d'abord en vue de ce bien qui est vérité ; puis encore en vue d*un bien plus grand, le 'Ogres dans la vérité et par conséquent dans la science. Le bien de l'intelligence est donc en vue du bien et I mieux. L'intelligence est constituée en vue de son ogres. Elle est donc perfectible.
A l'exercice de l'intelligence s'attache un plaisir vif. aime à connaître pour la joie de connaître. Ce plaistimule l'âme à chercher, à interroger, à appren- ;, et à augmenter ainsi le bien particulier de l'esprit, te joie est plus intense chez le savant qui, au lieu de îontenler de la vérité déjà trouvée, découvre de noules vérités. Archimède découvre le principe de phy le qui porte son nom : il sort de son bain et court 3 vêtements dans les rues de Syracuse, en criant, s un transport d'allégresse : « Je l'ai trouvé ! je Tai ivé? » A ce degré, le plaisir de connaître est un bonr. A tous ses degrés ce plaisir, qui est un bien, te l'homme à connaître mieux et davantage. Les ; de la connaissance sont donc en vue du bien et du iT personnel de l'individu. Et comme les connais-
sances se répandent, elles sont un bien [lour lousceux à qui les savants les communiquent.
Mats si l'intelligence a ses biens, elle a aussi ses maux. Faut-il dire que ses maux sont aussi en vue du bien et du mieux et ont pour fin son progrt-s?
Les maux de-l'intelligence sont : la peine du Iraviiil, l'ignorance et Terreur.
L'homme ne s'instruit pas sans effort; cL l'effort est pénible. La connaissance de la vérité ne bii est accordée qu'au prix du labeur. Ce travail est toujours fatigant, surtout dans les commencements. Depuis le simple écolier qui se tourmenle pour retenir sa leçon. Jusqu'au savant qui use ses forces, et risque sa vie pour faire avancer d'un pas la connaissance des faits ou celle des lois qui les gouvernent, quiconque étudie est condamné à peiner.
Sans contredît : le travail intellectuel, l'ouime tout autre, est toujours dur aux débutants. Ëtnit-il possible qu'un être borné tel que l'homme fût exempt de cette douleur? Est-il juste de dire que Dieu aurait dû l'en dispenser? Ce qui est certain do toute oerLitude, c'est que Dieu est la bonté parfaite. Il n'a donc p^is pu prendre un mauvais parti. Sa bonté étant prouvée, s'il nous a soumis à la souffrance, c'est que cela était sage et nécessaire. Cette souffrance est une épreuve. Voyons comment en sortent ceux qui l'acceptent avec courage et soumission.
Chacun sait par expérience que le travail n'est pénible que dans le principe. Il n'y a que les premiers efforts qui coûtent : cette vérité est proverbiale. L'exercice rend l'application de plus en plus aisée ; riiabitude en fait une occupation facile. Il y a plus : celte occupation devient insensiblement un besoin dont la satisfaction
256 LES HARMOMES PROVIDENTIELLES.
soutenir que ce fléau est en vue du bien et du progrès? .
Certes oui : Terreur en elle-même, l'erreur en tant que mal n'enfante que le mal. Mais Terreur, à la bien comprendre, n'est pas exclusivement un maL
L'erreur, c'est l'esprit de l'homme prenant pour vraie une connaissance qui est fausse. On doit distinguer le cas où celui qui se trompe n'a pas le moyen de reconnaître son erreur, du cas où il a le pouvoir de la constater et de la corriger. ^
Un pauvre paysan a une idée fausse que ses ancêtres lui ont léguée. Il la juge vraie ; il en fait Tune des règles de sa vie, et il devient victime de son illusion. C'est positivement un malheur ; mais impuissant, comme il Test, à se désabuser, il est innocent, et le mal qu'il souffre n'étant pas mérité, la justice exige que pour ce mal gratuit réparation lui soit tôt ou tard donnée. 3'aulre part, les hommes instruits qui le rencontrent )u l'approchent, sont tenus de l'éclairer autant que posible. Ils y sont intéressés, car la même erreur qui Ta >orté à se nuire à lui-même, peut l'entraîner à nuire ux autres. S'il commet quelque crime, toujours par aite de cette erreur, les tribunaux humains devront lettre son ignorance en ligne de compte et ne lui delander qu'autant qu'il lui aura été donné. Les mal- 3urs qu'entraînent ces erreurs involontaires sont la çon faite par les événements aux riches de savoir qui \ s'inquiètent pas assez de répandre leur richesse. En 3e de ces désordres, la société éclairée, si elle cède aux nehants providentiels, est émue à la fois de pitié et crainte. Elle s'attache à distribuer aux pauvres abusés lumière qui leur manque.
Disons plus : elle a le devoir de le faire. L'accom- ^,ment consciencieux de ce devoir sacré de l'assis -
tance intellectuelle, serait le bien sortant du mal de Terreur, selon la loi de Diea. Ce n'est pas la faute de Dieu, — qu'on nous passe ces mots, — quand les indigents vieillissent et meurent dans la superstition, dans le iftensonge, dans Terreur féconde en actions criminelles. Les crises sociales qui ébranlent le monde sont des avertissements divins assez terribles, assez clairs. Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, les entendent ; que ceux qui ont une raison pour les comprendre, les comprennent. Et surtout que personne ne se flatte que, plus les foules sont ignorantes, plus il est facile de les gouverner; sur ce point. Terreur désormais n'est plus permise.
Dans beaucoup de cas, l'homme possède les moyens de connaître son erreur, et de l'abandonner. Le principal de ces moyens, c'est de ne jamais s'endormir définitivement dans ses idées acquises ; c'est de vérifier sans cesse les fondements de son savoir ; c'est de ne pas croire par infatuation ou par paresse que Ton sait ce que Ton ne sait pas. L'amour-propre, dit Pascal, est un excellent instrument à nous crever agréablement les yeux. On s'imagine avoir tout appris en se promenant ; on néglige d'étudier. Tandis que tout homme rangé et sage fait chaque soir le compte de son argent, combien connaissez-vous de personnes qui se demandent chaque jour ce qu'elles ont appris de solide, et en quoi elles se trompent? Une foule d'erreurs sont notre ouvrage. Et pourtant, mille circonstances devraient nous avertir que nous nous égarons. Ces indications noussontdes lumières. Mettons-les à profit. Acquérons la vraie mesure de notre valeur intellectuelle. Le sentiment exact de ce que nous pouvons excitera notre esprit à se fortifier lui-même, au lieu de faire le procès aux hommes et à la Providence.
S58 LES HARMONIES PUOVIDENTIEfXES.
L* erreur est donc un mal ; mais comme c'est l'intelligcnce qui commet Terreur et que rintelligence a la faculté de se juger et de se redresser elle-même, le remède est à côte du mal. En outre la peine, la déception, le mécompte qui est attaché à Terreur est non-seulement un frein et un remède, c^est encore une excitation à mieux gouverner son esprit. En sorte que Terreur, tantôt sous forme de châtiment, tantôt sous forme de stimulant et d*é[ireuve, porte et produit de quoi nous éloigner d'elle et de quoi nous rapprocher de plus en plus de la vérité.
* Apprendre de Terreur à fuir Terreur et à chercher le vrai, c'est mieux comprendre la Providence ; c'est s'épargner beaucoup de souffrances, surtout de ces souffrances qui nous viennent de notre faculté d'aimer. Aimer, est-ce un bien, est-ce en vue du bien? Aimer est bon à Thomme : c'est Textension de son être en dehors de lui-même. Une sainte du moyen âge définissait Satan : un malheureux qui ne peut plus aimer. Aimer est un bonheur. Voilà pourquoi on aime sans effort, avec un élan de nature, son père, sa mère, son pays. Voilà pourquoi Thomme parvenu à la force de Tâge se crée une famille, et pourquoi tout ce qu'il souffre pour elle lui semble doux. « Amour, a dit un poète, tous les autres plaisirs ne valent pas tes peines. » L'amour n'est pas seulement une joie; c'est une force. A celui qui aime, rien n'est difficile. 11 brave les dangers, la douleur, la mort. L'amour enfante Théroïsmc. Il rend l'âme fertile en vertus sublimes. Il est donc un bien ; il produit, plus sûrement que tout autre puissance, le mieux et le progrès. L'égoïste qui n'aime -" soi, est le plus stérile des êtres. C'est un frelon i la ruche humaine. C'est aussi un malheureux.
Après n'avoir longtemps chéri que sa personne, vient un moment où sa vie n'est qu'un désert, il se maudit alors ; mais il est trop tard. Ne pas aimer est un mal ; haïr est presque toujours un supplice, si ce n'est quand on hait le maL
Mais l'objection est celle-ci : nos affections les plus pures sont troublées par bien des souffrances. Pourquoi le Dieu bon a-t-il mêlé aux délices du cœur tant d'amertume, tant de poisons?
Sans répéter qu'une loi vraiment divine no peut être ni mauvaise ni injuste, allons au fond des choses.
Les souffrances de l'affection, comme celles de l'intelligence, sont ou méritées ou imméritées. Supposons-les imméritées et prenons des exemples frappants.
La douleur dont souffre celui qui aime d'une affection pure, quand elle est imméritée, l'éprouve, le trempe, l'élève au-dessus de lui-même et le rend plus fort dans les combats de la vie, pourvu qu'il ait compris la haute signification de la douleur.
Avez-vous observé les personnes qui ont peu souffert, qui sont nées dans l'aisance et auxquelles presque tout a facilement réussi? Dès qu'un mécompte leur arrive^ dès qu'un malheur les menace, — que ce malheur soit public ou privé, — elles tombent dans un abattement qui fait pitié. Inquiètes, troublées, quelquefois éperdues, elles passent le jour à craindre, la nuit à frémir. Vous les plaignez et vous dites : « Voilà un homme qui n'a pas assez souffert. La bonne fortune Ta gâté, la vie heureuse l'a amolli. » N'est-ce pas comme si vous disiez : « Mieux vaut à l'homme être éprouvé et devenir courageux et ferme, que de jouir toujours et de rester timide. » Vous proclamez par ces mots la sagesse divine
260 LES HARMONIES PAOVIDENTIELLES.
dont les sévérités paternelles n'oiit d'autre (in que notre progrès moral.
Mais une pauvre mère qui a enduré des tortures pour mettre au jour son enfant, qui a veillé, peiné pour le nourrir, l'élever, le guérir et qui le voit périr en pleine fleur, ne subit-elle pas une destinée inutilement cruelle? Où donc est le bien dans un tel mal ?
Ce malheur en effet serait une criante iniquité si l'existence présente était la seule. Et voilà une des raisons pour lesquelles nier l'immortalité de l'âme, c'est commettre une erreur violente que ni le cœur ni l'intelligence ne sauraient supporter. Cependant, même icibas, cette poignante épreuve, pour qui en pénètre le sens, contient un bienfait. L'âme si rudement atteinte s'épure et se sanctifie. Elle comprend mieux que la vie actuelle est non en vue du bonheur, mais eu vue du devoir. Puis, sa tendresse un instant refoulée, se répand ensuite avec effusion sur les pauvres, sur les orphelins, pour ramour du cher être qui s'est envolé. Ce cœur se tourne aussi vers Celui qui seul possède la puissance de cicatriser cette blessure. Je n'invente rien; j'affirme, parce que cela est, que les âmes qui ont passé par les flammes de cette douleur, peuvent en sortir agrandies, entourées de cette auréole, de ce quelque chose d'achevé que le malheur seul sait donner.
Quelquefois aussi, pourquoi ne pas l'avouer ? les peines de l'affection sont méritées. lien est que Ton attire soi-même sur sa tête. Alors l'homme seul est responsable, et selon le mot de Platon : « Dieu est hors de cause. » Une mère frivole a couru aux fêtes et laissé son petit enfant à la maison, aux soins d'une servante. Un mal subit l'a pris. Celle à qui Ton avait confié la
'le créature, avait, à l'exemple de sa maîtresse, couru
au plaisir et déserté son poste. Abandonné, l'enfant n"a pas été secouru, il a succombé ; et l'on nccuso Dieu !
Un père insouciant et dissolu, a étalr deviml les yeux •le son lils une vie de désordres. Le fils imite ce modèle et se perd. Et le père accuse Dieu I
Un peuple vaillant et bien doué, mais trop ami du luxe, du plaisir, de ses aises, s'en est remis a un seul chef du soin de défendre le sol, de protéger l'honneur, d'assurer la gloire de la patrie, Sécurilé, grandeur et gloire, tous ces biens lui échappent. Et ce peuple accuserait Dieu?
Plus juste, c'est soi-même que l'on accuse. Avec plus de réflexion et de clairvoyance, on s'étonne au contraire que de pareilles tempêtes n'éclatent pas plus fréquemment sur les familles et sur les natiouï^. On remarque combien de ressources sont encore laissées aux imprudents ou aux coupables pour racheter h passé et préparer un nouvel avenir. On constate qur', si la nature humaine est vouée à la douleur, elle a des forces surprenantes qui lui permettent de n'y pas succomber, et d'en faire sortir une prodigieuse amélioration d'ell(>même.
En effet, cette douleur morale qui a son ori^'ine dans nos a (Tect ion s déçues ou brisées, écrase rarement celui qu'elle a frappé. Le temps émousse peu à peu la pointe aiguë du dardi Les larmes rafraichissent la blessure cuisante. On n'oublie pas, et pourtant insensiblement on se calme, on se console. Et si l'on a de la raison et de hi piété, on puise dans les leçons de la douleur, ce maître impitoyable mais bienfaisant, des ensei<,mcmenls dont il dépend de chacun de tirer l'amendement de sa vie, la correction de ses défauts, l'agrandissement de ses dons naturels et l'heureux dé veloppemenl de ses FacuUcs
Les puissances de Tàme sont si étroitement associées et fondues, elles sont tellement, malgré leur diversité, une seule et même âme, qu^en étudiant les biens et les maux clp l'intelligence et de l'amour, j'ai malgré moi, traité des biens et des maux de la volonté. Je pourrai donc être plus bref sur ce dernier sujet.
L'homme est libre et il est fini. Sa liberté est un pouvoir de mal faire autant qu'un pouvoir de bien faire. Le don de cette liberté imparfaite et faillible, n'est-il pas semblabIcJi celui que ferait un père à son fils d'une arme mortelle aux autres et à l'enfant lui-même ?
Se servir à son gré de son corps, de ses membres, de ses organes de perception, — suivre ou ne pas suivre rimpulsion de ses penchants, obéir à sa raison ou lui résister, agir librement en un mot, c'est une puissance qui fait de l'homme l'être le plus élevé, le plus noble de cette terre. Que ce pouvoir soit bon en lui-même, qu'il devienne une source de biens selon l'usage qu'on en fait, il est impossible de le nier.
D'abord la libre action physique, le mouvement, l'exercice corporel sont des plaisirs. L'enfant s'y livre spontanément avec joie, et parla, ses organes s'assouplissent et se fortifient. Il y puise la croissance facile et la santé, ce bien particulier du corps. L'homme fait y trouve le même plaisir et de non moindres avantages. Son activité physique, habilement dirigée par l'intelligence, constitue le travail qui lui procure le profit, quelquefois la richesse, qui le préserve'de l'ennui et l'éloigné du vice. Sous ce premier aspect, Taclivité libre est créée en harmonie avec le bien de l'homme et avec son progrès matériel.
La libre action morale et intellectuelle porte des fruits
core plus précieux. J'ai déjà parlé de la dernière.
Quant à Taction morale, à son plus haut degré elle est la vertu. Une seule bonne action, une seule victoire rem-^ portée sur notre égoïsrae est déjà une joie qui charme le cœur. Toutefois, une bonne action isolée ne fait pas plus la vertu qu'une seule hirondelle ou un seul beau jour ne font le printemps, selon la belle image d'Aristote. Mais il dépend de nous que le bien faire se tourne en habitude, et l'habitude engendre la vertu, qui est la disposition constante à bien faire.
Pour fonder cette disposition vertueuse, l'effort est d'abord nécessaire. Mais quand on Ta courageusement établie en son âme, les actions nobles, honnêtes, généreuses, jaillissent de l'âme naturellement. Elles donnent à riwmme un bonheur réel que rien ne peut lui ravir; voilà le bien de la liberté. Elles engendrent des vertus ' nouvelles, des progrès nouveaux ; voilà le mieux de la liberté. Ainsi, votre liberté est incontestablement née en harmonie avec le bien qui enfante le mieux.
L'homme est profondément convaincu que sa liberté est un bien, et en vue du mieux. La preuve, c'est qu'il regarde comme un malheur tout ce qui gêne et entrave cette puissance de son être moral. La captivité, l'escla-. vage, la persécution, l'oppression par le despotisme et par la tyrannie, ne sont des calamités que parce qu'elles atteignent l'homme dans sa liberté.
Cependant, la liberté porte dans son sein des maux qui lui sont propres et qu'il serait puéril de ne pas reconnaître.
L'être libre souffre de son impuissance à faire tout le bien qu'il congoit ; il souffre de la puissance qu'il possède de mal faire alors même qu'il vise au bien ; il souffre enfin quand il fait sciemment et volontairement le mal.
Ne pouvoir accomplir tout le bien que Ton rêve, c'esl une douleur, et pour lésâmes généreuses, un supplice. C'est la conséquence forcée des limites de nos facultés. On en a tiré souvent un argument contre la bonté divine. On a dit : puisque riioramc ne pouvait naître capable de faire tout le bien qu'il conçoit, mieux valait ne le point créer.
Redisons-le sans nous lasser : l'être parfait est infiniment bon ; et il aurait été méchant, — ce qui est contradictoire et absurde, — s'il eût choisi le pire parti. Puisqu'il a créé Thomme imparfait, c'est qu'il était bon que, quoique imparfait, l'homme fût créé. Voilà qui reste inébranlablement vrai, quand même nous ne voyons pas l'accord des deux vérités qui semblent se combattre.
Cela bien entendu, essayons au moins d'apercevoir au fond de la difficulté, sous ces apparences troublantes, tout ce que notre raison est capable de saisir.
Je suis de nature finie. Ma libre action rencontre à chaque pas des obstacles qui la font trébucher, des barrières qui l'arrêtent. Cette impuissance m'afflige, m'irrite quelquefois, souvent me décourage. Cependant, à mesure que je connais mieux les limites de mes facultés, j'en souffre moins, parce que je cesse de tenter ce qui passe mes forces. Je me tourne alors à n'entreprendre que ce qu'il m'est donné d'exécuter.
Sincèrement, le champ ouvert à mon activité n'est-il pas très grand encore, quoique restreint? Et l'homme qui saurait tirer de ses puissances tous les fruits dont elles sont grosses, ne serait-il pas moins désolé de ne pas ntrp, tout-puissant? Au total, celui qui réalise chaque out son possible, n'est-il pas plus heureux -de son - malheureux de son impuissance? Une autre
Lu-
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DIFFICULTÉS. acr.
joie l'attend ; car, s'il est boraé, il est pcifcctibli?. A chaque effort (ju'il s'impose, il voit sa puissance grandir. Ne perdons jamais de vue ce caractère essentiellement providentiel de nos facultés : elles,sont perfccLibles. Cela veut dire qu'il dépend de nous do tes aiTraiidir cotitinucUcment, et dé diminuer ainsi graduellement le mal de notre impuissance. Donc, notre libre aclîvité toute bornée qu'elle est, lorsqu'elle s'applique à ce qui est possible, voit s'élargir le champ du possible. Quand nous voulons avec une énergie persévérante, le mal particulier de la volonté diminue, tandis que son bien s'accroît. Son bien l'emporte conséquemmcnt sur son mal et contient de quoi produire le mieux.
Il arrive à l'homme non pas seulement di' manquer le but qu'il poursuit, mais d'en atteindre un mauvais où il ne tendait pas. 11 lui arrivede faire le mal envoulant le contraire, et d'en souffrir cruellement. Son intention était innocente ; bien plus, elle était bonne ; or voilà que son acte est déplorable et que les conséquences de cet acte l'accablent. N'est-ce pas là un grand défaut d'harmonie dans la région des choses morales?
Examinons. Celui qui a fait le mal en travaillant au bien, a des regrets ; il n'a pas de remords ; et le remords est ta douleur la plus profonde que cuise l'usage malheureux de la liberté. Cependant les regrets sont encore une peine très-vive. Or, en droit, cet homme qui n'a cherché que le bien et qui n'a fait le mat qu'involontairement, n'a mérité aucune peine. La souffrance du regret peut donc paraître lui être injustement infligée.
Oui, si vous la considérez comme un châtiment. Mais ce n'est qu'une épreuve, une excitation à redoubler d'étude et d'attention dans l'exercice de ta libort/
266 LES HAUMOiSIES PROVIDENTIELLES.
Instruit parce chagrin, l'homme s'examine; il se demande s'il a été assez prudent. Il s'observe désormais davantage et se gouverne ihieux. Les conséquences douloureuses de nos fautes involontaires sont la leçon de notre avenir et la condition de notre progrès. On peut les comparer à ces flambeaux que l'on place la nuit au bord des trous et des fondrières pour que le passant les évite. Sans doute, même en surveillant avec vigilance la marche de sa liberté, l'homme s'égare encore. Il a du moins réussi à s'égarer plus rarement, à se rendre irréprochable et à devenir meilleur.
Lorsqu'il n'est pas une épreuve, le mal de la liberté est une expiation, un châtiment. Le châtiment a une signification morale sur laquelle on ne saurait assez méditer. L'homme assez intelligent pour préméditer une faute ou même un crime, est assez éclairé aussi pour prévoir qu'il en sera puni au moins par le remords, très-probablement à la fois par le remords et par la justice humaine. Il sait donc où il va. N'est-il pas vrai que, neuf fois sur dix, la crainte du châtiment suffit à empêcher la faute? N'est-il pas vrai que trèssouvent la seule perspective d'une existence empoisonnée par le remords, trouble le cœur d'un homme qui va devenir coupable, et retient son bras? Ou bien encore, on redoute la déconsidération, la honte, l'infamie. Mais ce sont là autant d'obstacles que la Providence' a accumulés et dans l'âme de l'être libre et autour de lui. La peine, ne fût-elle que prévue, a déjà un effet de préservation salutaire. Elle est l'empêchement préparé par une soUicitude divine pour nous rendre le mal moins facile et moins prompt.
Mais que la faute soit commise, le crime consommé : alors le châtiment du remords intervient et, comme un
ressort puissant, il repousse le coupable vers le bien dont il s'est éloigné. C'est une force mystérieuse qui tend à refaire l'harmonie entre la liberté et le devoir. Toutefois, chacun demeure libre de se raidir contre ce pouvoir invisible; chacun demeure le lïiaitre de fermer l'oreille à cette voix sévère et de feindre d'y être sourd. C'est une forfanterie misérable dont il y a des exemples. Ceux qui laffectent, n'y gagnent que de se corrompre tout à fait. Mais ils l'ont bien voulu. Au contraire, c'est un grand avantage que de savoir écouter les reproches de la conscience. On se juge alors; on garde le souvenir efficace de la douleur que Ton a ressentie. Cela seul est désormais un frein. Le châtiment venu de l'extérieur et qui nous est infligé soit par l'opinion, soit par la sentence des tribunaux, produit le même effet sur ceux dont la vie morale n'est pas éteinte. Le châtiment humain imite de son mieux la sévérité divine de la conscience. L'un et l'autre sont un secours pour la liberté aux égarements de laquelle ils s'opposent.
On reproche aux lois humaines de punir plus qu'elles ne corrigent. Ce reproche est jusqu'à un certain point mérité. Certains coupables sortent des prisons et des bagnes pires qu'ils n'y sont entrés. Cette imperfection de la pénalité est de plus en plus comprise. On travaille à y porter remède. On espère que des mesures plus habiles et plus humaines rendront meilleurs les détenus. Cette pensée et ce travail prouvent que, dans l'esprit des sages amis de l'humanité, le châtiment, quand on l'applique avec la connaissance de Pâme et le désir de la purifier, peut la ramener au bien. D'heureuses expériences témoignent qu'il est possible d'arriver même à la perfectionner dans ces lieux d'expiation nécessaire.
Ï68 LES HAHHoNies eRonDmuei.Lf.i.
Concluons donc que le mal de la liberté, dans ses formes multiples, est un mal :>ans doute, mais ud mnt en vue du bien et du mieux.
Le mal moral prend de temps en temps de vastes proportions, des formes générales; telles sont les guerres, les révolutions, les crises sociales. Ce sont là des fléaux terribles qui vont jusqu'à déconcerter les âmes et qui les portent à douter de la bonté de Dieu.
La guerre en elle-même est un mal. Ce qu'elle traîne à sa suite de calamités, est-il besoin de le dire? Les peuples devraient eu conclure qu'il ne faut jamais s'y jeter qu'à la dernière extrémité. Si cette règle était observée, combien de maux seraient épargnés à l'humanité!
La guerre n'est nécessaire, elle n'est moralement permise que lorsqu'elle est juste. Elle n'est juste que lorsqu'elle a pour fin la défense de la patrie, du droit, du faible opprimé. Même dans ces cas, on doit, avant de s'y résoudre, épuiser les moyens de conciliation.
Esl-elle reconnue juste et indispensable : l'humanité exige qu'elle soit courte. Pour cela, la plus grande prévoyance est imposée aux gouvernements. Être prêt à se défendre, c'est être capable de vaincre vite et d'abréger l'effusion du sang. Etre prêt, c'est presque toujours emjièchcr la guerre, car on n'attaque pas celui qui est fort. Â supposer que l'on ait le droit pour soi, et que l'on soit vainqueur, la guerre développe de mâles vertus, le courage, la constance, le mépris de la mort; elle exalte le patriotisme, elle lui infuse une vie ardenle ' puissante, car il est dans la nature de l'homme de •cher plus Fortement à ce qui lui a coûté les plus s sacrifices. Ainsi, dans l'hypothèse que j'ai dite, ■nal de la guerre le bien peut résulter. El non-
seulement le bien, mais un progrès considi^riiblc qui se marque principalement par une sécurité assurée, une prospérité féconde et, ce qui est le plus précieux, par b grandeur morale.
Est-on vaincu, quoique ayant raison ; la guerre alors est une épreuve où la nation puise de profondes legons, des lumières sur son état intime, de graves motifs de se réformer et de s'améliorer en toute chose pour rétablir sa puissance et ressaisir son droit. L'histoire en fournit lies exemples mémorables. Pour un peuple qui sait réilLchir, la défaite n'est qu'un feu qui puriGe et qui trempe l'âme de la nation.
Mais dans ces luttes sanglantes, l'innocent souffre et périt. Le faible, si préparé qu'il soit, est écrasé. Le vainqueur insolent lui ôte son nom, son diapcau, son langage. De tels maux ne sont-ils pas sans compensation"; Dans ce monde, j'en conviens. Et encore, la fortune a ses retours. Mais quoi qu'il en soit, lui dédommagement ne peut être refusé tât ou tard par la suprême justice s un petit peuple violemment conlis({ué par des voleurs de territoires.
Mais voici maintenant la guerre injuste. Celle-ci, il faut la regarder en face pour apprendre à l'exécrer et à ne jamais la faire. Il faut lui arracher le masque dont elle cache son visage. Regardez-la bien: ce n'csL qu'un brigandage, te plus grand de tous. C'est lu crime avec des proportions gigantesques. Aussi ceux qui la souhaitent ont-ils soin de se la faire déclarer alin d'abuser l'univers et de lui persuader qu'ils sont attaqués, non agresseurs, et qu'ils ont pour eux le droit de légitime défense. Là est le comble de l'art. C'est le crime doublé d' hypocrisie.
Ce crime obtient parfois la victoire matérielle. Devunt
i70 LES lURSONIES PROTIBE!nTELLES.
son triomphe, le cœur de rbumanité frémit; il débord'f d'amertume. Où donc est la ProTidence, et que faitelle? murmurent les gens de bien. Ds parlent ainsi parce qu'ils croient que la victoire d'un peuple injuste est un bien sans égal et sans mélange pour qui la remporte. C'est une erreur.
Même vainqueur, le peuple injuste se fait à lui-même un mal immense qui est, dès ce monde, son châtiment providentiel. D* abord son succès lui coûte cher. Avec , rar<rent des vaincus, le conquérant ne peut rendre la vie à tant de soldats que l'ennemi lui a moissonnés. Il a ses orphelins, ses veuves, la goutte de fiel au fond de la coupe où il se grise. Si ces cruelles guerres recommencent, les mères le maudissent bientôt, comme ou l'a vu chez nous. Mais il y a plus ; la guerre injuste n'étant que la méconnaissance du droit et Tabus de la force, le peuple qui s'y livre se corrompt. Il confond la force avec la justice. Il va s'accoutumant au meurtre, à Tinccndie, au pillage. Le soldat rapporte ces habitudes dans son pays. Vient un temps où il est un danger pour le vainqueur qui Ta perverti.
La guerre injuste a cette autre conséquence que le vaincu en accepte rarement le résultat. De là des haines qui se contiennent plus ou moins, mais qui persistent vivaces et terribles. Une telle guerre n'est jamais terminée, L« vaincu épie patiemment l'heure où il pourra se relever. Le vainqueur ne dort plus : il craint pour ses conquêtes et pour lui-même ; il sent que ce qui est édifié sur l'injustice n'a pas d'avenir. Il croit de son intérêt de frapper encore quelque grand coup. Et il re- ^mmence la guerre, aussi injustement que la première mais avec ce désavantage que ses ruses sont perjour. D'abord désintéressés ou indifférents, les
autres peuples s'alarment. Dans de telles inquiétudes, on lésa vu s'unir et écraser le perturbateur pour rendre le repos au monde.' Il dépend des nations fortes d'être aussi justes, modérées et sages, afin que l'histoire n'ait rien de tel à raconter. Mais plus on a été injuste, plus le présent est incertain et l'avenir difficile.
Le bien qui sort de là c'est d'abord cette vérité que la gloire, quelque resplendissant qu'en soit l'éclat, ne doit jamais être achetée au prix de l'iniquité. Les désordres épouvantables de la guerre injuste apportent avec eux un autre bien. A la lueur des incendies qui embrasent les villes et les hameaux, l'idée du droit s'éclaire. Les peuples sentent la nécessité de mettre la justice au-dessus de tout; ils comprennent qu'il faut s'unir et s'entendre pour la protéger contre l'égoïsme de ceux qui n'adorent que la force. Cette nécessité devient de plus en plus évidente. Le froissement que les âmes droites ont éprouvé en ces tristes derniers jours, prouve que la guerre de proie se fait détester davantage chaque fois qu'elle reparait. Cette malédiction qui la frappe la rendra désormais moins audacieuse et, espérons-le, moins fréquente.
À parler sans détour de nous-mêmes, nos cruelles défoites peuvent singulièrement nous servir. La France est parvenue à un très-haut degré de civilisation. Or qu'est-ce que la civilisation ? C'est l'ensemble des biens physiques, moraux, scientifiques, accumulés par des siècles de travail et de progrès. Mais plus on a de biens, plus on a de ressources, plus aussi on a de devoirs. Celui qui peut davantage, doit davantage. Pensez-y fortement : une richesse de plus n'est qu'un instrument de plus. Un instrument, pour quoi faire? Pour le mal? Mille fois non. Pour le bien? Évidemment. Mais le bien des biens, le bien premier et obligatoire, c'est le devoir.
272 LES HARMOMES PROYIDEN'TIELLES.
Ainsi nous avons d*au(ant plus de devoirs que la ciTili sation nous a faits plus riches de toute manière.
Le devoir est le but souverain de la vie présente. Rien nVst plus permis que de goûter les jouissances io* uocentes et élevées qui reposent la liberté et la fortilient. Rien nVsl plus légitime que de savourer lestniit du devoir accompli. Mais le peuple qui n'acquiert hl richesse et qui ne s'en sert que pour jouir, non pour grandir, cesse bientôt et de jouir et de grandir. Il manque à la destinée humaine et il s*abaisse. Les catastrophes, lorsqu'il sait en pénétrer la signification, Tavertissent providentiellement de revenir à Tamour de h grandeur morale et à Taccomplissement du devoir. Au contraire, l'impunité le perd et le succès facile et répété* Faveugle et Ténerve. Le maître parfait dont les lois imposent aux peuples Téprcuve el le châtiment, est un père, non un bourreau. Les liens qui attachent invariablement les souffrances nationales aux fautes nationales sont des harmonies réparatrices qui ramènent les peuples aux harmonies morales et religieuses. II n'y a là ni fatalité aveugle, ni despotisme tyrannique : il y a amour et paternelle bonté.
Les grands ébranlements que Ton nomme révolutions semblent à certains esprits plaider la cause de la fatalité contre la Providence. C'est un profond sujet de méditations. 11 y a des révolutions qui ont enfanté le bien ; d'autres ont été plus funestes qu'utiles. L'histoire sait en découvrir les causes dans la conduite des hommes; elle enseigne que c'est sur les hommes qu'en pèse la responsabilité. On est tellement convaincu que ce sont
hommes qui les produisent, que les partis se les irait à Tenvi. Ce que l'expérience enseigne, c'est que 1 que les révolutions amènent coûte cher. Ce bien
îc paye de secousses terribles et de ciiliimités ilésastrcuics. La sagesse dit aujourd'liuî avec une éloquence saisissante qu'aux révolutions, il faut subslîlucr enfin les évolutions.
Les évolutionii, ce sont les perfiM:lLonnements ;^raduels et lents qui transforment ce qui rsl au lieu de le renverser violemment, qui gardent avec soin du passé tous les éléments qui peuvent servir a fonder, à consolider, à enrichir l'existence future des Fociétés. L'évolution, c'est le progrès patient, intell i>,'cnt, mesuré. Au contraire, les révolutions sont la forme du progrès la plus brusque et la plus )érillËuse. Trop souvent elles «ntrainent les peuples aa delà du luit et les contraignent ensuite à rétrograder. C'est \tiw lièvre ; or, peuple ou individu, on n'a pas impuiiéincnt i;i. fièvre; et quand on l'a presque continuellemeiil, on s'y use et on y périt. La marche lente et calculée fuit arriver plus tard au terme désiré ; mais où l'on p;in iont ainsi, on y reste, sans tristes retours en arrièie, sans perle de temps, sans convulsions funestes. L'AiiffleteiTc marche de ce pas depuis deux siècles. S'en Irouvc-t-elle plus mal?
Puisqu'un peuple voisin a pu ae ré^der à ce point, il n'y a donc là rien qui passe la puissance humaine. Faisons comme ce peuple : cela vaudrit miens que d'accuser tantôt le destin, tantôt la Providence. La Providence a donné aux Français, non moins qu'aux Anglais, la raison pour juger, la mémoire poui' ,se souvenir, l'iotel- Hgence pour constater et comprendre les événements de l'histoire, la volonté pour agir à propos. C'est assez pour faire des progrès, je ne dis pas sans efforts, mais sans folle impatience et sans secousses morlelles. C'est à nous d'user de nos facultés, de ne pas aimer nos dé-
274 LES UAnHOMES PROVIDENTIELLES.
fauts, de ne pas nous flatter misérablement les uns les autres. Nous verrions ainsi les révolutions diminuer, et le bien de notre pays croître de période en période par un progrès plus réel et au prix de maux beaucoup moindres.
Voilà pour la question du mal moral. On vient de s'assurer que cette espèce de mal ne l'emporte pas sur le bien, et que le bien et le mieux en peuvent dériver au contraire, à la condition toutefois que l'homme se serve courageusement de sa raison et de sa volonté.
En est-il de même du mal physique ?
Le bien et le mal physique sont-ils en vue du bien et du mieux?
Il est superflu sans doute de prouver longuement que la santé, la force physique, la richesse donnent à qui les possède un plus grand pouvoir de bien faire. A vertu égale, à science égale, un médecin vigoureux et 'riche visitera plus de malades et prodiguera soins et médicaments gratuits à un plus grand nombre de malheureux que son confrère chétif et besogneux. A génie égal, un savant dont le corps est robuste, supportera mieux le travail, les veilles, les fatigues, les voyages qu'un homme délicat. Ainsi des autres. N'insistons pas. Le bon côté du mal physique est moins facile à montrer.
Ce mal atteint l'homme dans ses biens par la violence ^s éléments, les orages, les hivers rigoureux, les ternes, les grêles qui écrasent les moissons, la sécheresse es tue, les inondations qui les emportent ou les
couvrent de boue. Ce ma! le poursuit dans sa santé par l'invasion des maladies et par les accid(;nts imprévus. Il le frappe dans sa vie. Comment voir là autre chose que des désordres, que des obstacles décourngeants à l'accomplissement du bien, à la reclierclie du mieux, au développement régulier de notre destinée?
Qu'un point essentiel soit bien entendu entre le lecteur et nous. On n'a garde de soutenir en te livre que, malgré ces misères, tout est bien dans te monde. Ce serait absurde et révoltant. Mais ce que l'on croit fcrrmement et ce que l'on s'efforce d'établir, c'est que les maux qui a^ligent rhumanité, peuvent, en une certaine mesure, tourner à son bien et contribuer ;"i son progrès. On ne prétend rien de plus. On examinera d'ailleurs, en finissant, si ce monde suffit h réaliser le bien conçu et soubaité par l'homme. Par exeni|ile, je conçois l'harmonie nécessaire de la vertu et du bonheur. Je déclare d'avance que cette harmonie n'est point réalisée en ce monde. On verra ce qui en réMiltc. Quant à présent, il ne s'agit que d'une question : le mal physique est-il en vue du bien, pourvu que riiorurae veuille et , sache en user?
C'est de ce point de vue que nous allons considérer le mal physique.
Du mal physique qui toujours le menace et qui chaque jour l'atteint, résulte pour l'homme la nécessité de bien connaître le monde matériel et de le transformer, à force de travail, en un docile instnintenl de son progrès. Les calamités physiques sont la révolte des choses encore Indomptées. C'est une guerre ;i laquelle l'Imnianilé doit répondre par la guerre de l'élude et du labeur. C'est de là qu'est né le progrès des sciences théoriques et des sciences appliquées à l'industrie, à lagri-
27<) LES flARHOMIES PROVIDENTIELLES.
culture, au commerce, aux arts. Du gouvernement habile et sûr de la matière naît raccroisscment de la richesse et du savoir lui-même. Le progrès amène un redoublement de procurés. Une découverte engendre d'autres découvertes imprévues. Le savant ne trouve pas toujours ce qu'il cherche ;. mais son investigation n'est pas inutile : il trouve souvent ce qu'il ne cherchait pas.
Le mal physique est un instituteur sévère, mais bienfaisant. C'est pour échapper au froid, à la faim, à la pauvreté que l'homme a graduellement appris à cha^ ser, à cuire ses aliments, à forger le fer, à tailler le bois et la pierre, à bâtir des maisons, à construire des vaisseaux. Il est devenu de moins en moins faible, désarmé, souffrant ; de plus en plus habile, armé, puissant, capable de commander à la nature et de la subjuguer.
L'aiguillon de la souffrance a un auxiliaire dans la curiosité ardente de l'esprit. L'esprit à son plus haut degré de puissance est le génie. Le génie a inventé le paratonnerre, l'électricité et ses prodigieuses applications ; le génie a découvert la vapeur et sa force, et ses effets variés; il a découvert la poudre à canon, utile ailleurs qu'à la guerre et qui fait sauter les rochers et livre passage aux chemins de fer. Les ennemis physiques de l'homme ont été réduits à lui obéir, à le servir comme des esclaves. C'est en souffrant de leur violence que l'homme a appris d'abord à reconnaître leur force, puis à s'y soustraire, puis à la mesurer et à s'en faire un outil. Est-ce un bien? Est-ce un mieux?
De terribles calamités le frappent néanmoins encore
' le frapperont longtemps. C'est la preuve qu'il n'a pas
' étudié, assez répandu ses connaissances, assez
Tué et fécondé son savoir déjà acquis. Force lui
est d'apprendre sans repos, d'étudier sans relâche. U est puni quand il s'endort dans l'ornière creusée par ses deTancicra. La nécessité lui fait sentir les lanières de son fouet. Bon gré, mal gré, il faut qu'il avance, qu'il grandisse, il faut qu'il se surpasse lui-même.
Par exemple, il sait qu'un volcan n'est pas éteint, qu'il se rallumera tôt ou tard. Après une éruption qui a détruit villes et villages, l'homme s'obsline à rebâtir sa maison sur ce sol gros de tempêtes de feu. Une prochaine éruption survient et châtie son obstination imbécile.
Il sait qu'en déboisant les montagnes, il enlève toute stabilité aux terres élevées, tarit les sources ci décuple la violence et la fréquence des inondations. 11 s'cntète à jeter bas des forêts tutélaires. On fléau plus terrible que les précédents le punira lui ou ses iils. Est-il bien reçu à accuser la Providence?
U sait par la chimie, du par l'expérience la plus simple qu'en maniant sans précaution des substances explosibles, des liquides inflammables, il risque sa vie, celle de ses voisins, l'existence de tout un quartier. N'importe, il va au hasard et provoque des calastrophes.
Voyez au contraire quels sont les fruits d'un travail courageux guidé par la science. Les faits abondent. Prenons-en un seul. Les famines étaient autrefois terribles et fréquentes ; et la peste venait après elles. De nos jours, dans les pays civilisés, il y a quelquefois disette, c'est-à-dire insuffisance et cherté des grains ; mais de ces famines qui étaient pour le grand nombre un manque absolu de pain, il n'y en a plus. Pourquoi ? Parce qu'une culture plus intelligente de la terre en a augmenté la f"-"-"'m"- ■ — I — 1"|- 1I1Y f|-— "i-i de
fer et à la navigalia |ui récol-
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■ITt LES HABX0!1IES PBOTIDE.STIELLES.
lent trop eovoient à temps des céréales à ceux qui n'en oat pas assez. E^st-ce un progrès palpable ? Et la crainte des horreurs de la famine n'y est-elle'pour rien?
La pauvreté n'a pas disparu cependant. Travaillons comme s'il était possible de la fatrc disparaître. L'amour de nos semblables et le devoir nous le commandent. Les progrès déjà accomplis nous y encouragent, ou plutôt nous y obligent. Lcà statistiques démontrent que, proportion gardée, le nombre des pauvres va diminuant et que les pauvres d'aujourd'hui sont moins misérable): que ceux d'autrefois. Par où ? Par le progrès du travail, (te l'épargne, de l'assistance, du crédit, de la charité fralemelle, par l'inOuence heureuse de la science économique. Le mal physique secoue et réveille rhomme, le travail grandît, la science s'étend; le mal physique détermine la diminution du mal physique.
Maisia maladie, quelautrecnnemi acharné Je l'homme et quelle destinée que d'y être sans cesse exposé ! ^'était-il docc pas possible d'en exempter l'humanité ?
Ce que Dieu pouvait faire, je l'ignore. Ce que je sais, c'est qu'il n'a pu ni se tromper ni mal faire. Ce dont je suis sûr, c'est que la maladie nous enseigne ellemême à la combattre, à la vaincre de plus en plus, à l'éviler quelquefois et que, pour ce combat, la Providence nous a fourni des armes.
Distinguons les maladies individuelles des maladies
générales qui s'abattent sur des contrées tout entières.
Et cor'|is de l'homme est à la fois la condition de son
^slcuce t<?rrestre et l'instrument de ses progrès dans
•tous les sens. Il a le devoir de le conserver, d'épargner,
10 fortifier cet instrument de son devoir. On ne sait pas
iz combien il est rare que l'homme se rende compte
obligation cl la remplisse.
■ DIFFICCLTÉS. 279
Combien peu d'entre nous se préoccu|nîQt Je connaître leur organisation corporelle. Et pourtant il est vraî ' de dire que chaque homme a son temptranient particu- ■,
lier auquel ne convient pas ce qui convient à une autre '. . complexion, et réciproquement. Chacun est averti dès ,
la jeunesse des répugnances el des convenances de son |
tempérament par certains troubles dont il soulïre quand i
■I commet quelque excès. S'il en tient compte, s'il s'en 1
souvient, ces désordres lui enseignent quelle doit être ,
son hygiène personnelle ; et en s'abstennnt à propos de ^
ce qui lui est contraire, il peut échapper à do graves -*
maladies. Que s'il y tombe, et qu'il ait la cbance d'en guérir, le souvenir de ces maladies est uni' excellente leçon pour son régime et sa conduite. >'csl-il pus reconnu que, parmi les heureux qui n'ont jinuiis été ma- f ladcs, beaucoup succombent à la premièii.' indisposition ' ] sérieuse? C'est qu'ils se croient invulnérables, bravent i follement !e danger, et n'acceptent pas de remèdes.
Jusque-là, les maladies par imprudence ou par ignorance sont des épreuves et des leçons. D'autres fois elles prennent le caractère d'un juste châtiment. Il n'est pas d'excès qui ne porte sa peine, pas nièiue le noble excès du travail. Et sans entrer dans trop de détails, la passion des boissons alcooliques, aujourd'hui si lamentablement répandue, reçoit tôt ou tard un châtiment effroyable. Un des premiers symptômes des ravages qu'elle exerce est le tremblement nerveux. Puis arrive une perpétuelle insomnie à laquelle succèdent parfois des rêves elTrayanls, des cauchemars pleins de terreurs. ^
C'est ensuite la perte de la vue, l'cpilepsie, la paralysie '*| et enfin des (roubles irrémédiables de l'intelligence. ^
' Bientôt la mémoire disparait, la parole s'embarrasse ; 1
la pensée devient vague et confuse. Enfin se produit le «
280 LES HiRMONIES PROVIDEMIfiLtES.
délire furieux, ou bien une folie véritable, la folie alcoolique, la plus cruelle de toutes peut-être et celle qui aboutit le plus souvent au dégoût insurmontable de la vie et au suicide *.
Voilà le châtiment de ce vice honteux. La science crie chaque jour cela à toutes les oreilles. C'est à chacun à écouter sa voix.
Mais la science répand encore d autres leçons dont il faudrait savoir profiler. La sobriété, la vie laborieuse et réglée sont d'admirables préservatifs contrôles maladies et dispensent de recourir au médecin. La propreté est aussi un puissant moyen de conserver sa santé, de renouveler ses forces, de les accroître. On s'imagine que la propreté est chose malaisée et coûteuse ; on se trompe. Sans doute, tout le monde n'a pas le linge en abondance, ni des bains dans son appartement. Mais, qu'on nous laisse le dire avec une entière 'franchise de termes, — les moins riches ont bien un seau d'eau et un lambeau de toile à leur disposition. C'est assez : voilà ud établissement de bains. Ceux qui chaque matin, même en hiver, et quand il gèle, entendez-vous ? ceux qui ont le courage d'inonder rapidement d'eau froide leur personne tout entière, puis de la frictionner rudement, acquièrent une vigueur inattendue et bravent la rigueur de l'hiver. Ils n'ont pas besoin de s'exciter au travailpar des libations d'alcool ou d'absinthe, qui sont de vrais poisons. Ils sont souples, ils sont agiles et sains. Voilà qui est simple et souverainement bienfaisant. Que ne le faiton ? La malpropreté est une source de maladies, et des >lus repoussantes. Elle n'a d'autre cause que la paresse et
gnorance. Que les, maladies qu'elle cause et qui sont
^al des Débats du 4 février 1872, article de M. Ph. Richet.
trop connues pour que j'en parle, nous apprennent à pratiquer la pureté matérielle, auxiliaire indispensable de la pureté de Târae.
On répondra que les maladies épidémiques frappent à tort et à travers et n'épargnent personne. Ce n'est pas exact. 11 est avéré que le choléra-morbus par exemple, a toujours fait plus de victimes parmi les individus affaiblis par les excès et surtout par la hideuse ivrognerie. Les blessures accidentelles et celles que l'on reçoit à la guerre, s'enveniment et deviennent promptement gangreneuses chez les hommes adonnés à Talcool. Ce qui est certain aussi, c'est que les gens tempérants, modérés, réguliers dans leur vie, fournissent beaucoup moins de victimes aux maladies épidémiques.
Au reste à mesure que les maladies paraissent ou reparaissent, on les étudie avec une attention plus profonde, on arrive à les combattre plus efficacement et à en restreindre les ravages. Il es démontré que la santé publique s'est notablement améliorée par les travaux de la science, par l'assistance prompte donnée aux pauvres, par l'assainissement des villes, des hôpitaux, des rues, des égouts. Certaines maladies horribles ont disparu dQ la face du monde. Ce qu'on nommait autrefois la peste, ne se reproduit plus. Epouvanté par les fléaux publics, cruellement instruit de la désolation qu'ils sèment , l'homme s'est redressé contre cet ennemi et lui a livré une guerre où le triomphe de la volonté et de la science est de plus en plus fréquent. Mais c'est à chacun de combattre pour son compte et de travailler bravement à assurer non-seulement sa conservation, — ce ne serait pas assez, — mais son progrès physique et celui de ses semblables.
Assurément, même en dépit des plus énergiques ef-
!8î l£S UARHOMES mOVlDENTlElLES.
forts, la maladie et les accidents afOigeront souvent des innocents et des inrorlunés qui n'ont nullement pu les prévenir et qui périssent avant d'en pouvoir tirer aucun enseignement salutaire. Ceux-là même dont la vie est exemplaire ne sauraient se flatter d'y échapper toujours. Que dis-je? Celui qui se dévoue meurt bien souvent victime de son dévouement : ses Torces s'épuisent, la contagion le gagne ; il sauve son semblable, et il périt.
Ces faits nous ramènent encore une fois à la souffrance et à la mort imméritées. C'est la question de la vie future qui reparaît. Nous y touchons.
Si grands en cRct que soient les progrès de la science, de l'hygiène, de la moralité, du dévouement, la mort demeure inévitable. On peut réussir à prolonger la vie présente, mais non à supprimer la mort. La moyenne de l'existence humaine augmente constamment. On allonge la roule, on en recule le terme ; le terme n'en arrive pas moins infailliblement. S'il est une loi divine, c'est celle-là.
Puisque Dieu est la bonté parfaite, que signilie la mort? Qu'est-elle? Est-ce l'anéantissement définitif de notre être? N'est-ce que la fin d'une première existence et l'enfantement d'une vie nouvelle ?