LIBRAIRIE HACHETTE ET C
UOULEVARD SAINT'GERMAIN, K' 79
Droits de propriétu et de traduction résonés
M. KDOUAliU CIIARTOÎN
Acceptez, je vous prie, la dédicace do ce livre. C'est vous qui m'avez engagé à l'entreprendre et décidé à le terminer. Quels qu'en soient la valeur et le succès, ji^ vous devrai de m'avoir imposé, par voire insistance à la fois douce et irrésistible, l'accomplissement de l'un (les devoirs les plus urgents du pliilosoplie en ces jours de crise intellectuelle.
J'avais commencé cet ouvrage en 1867; je ne l'auhèvc qu'en 1872. Pourquoi ce retard'.' Vous en connaissez les causes. Je ne vous en rappellerai que deux, parce que celles-là] même à une époquo de paix et <.<
II DÉDICACK.
calme, auraient sufû pour me faire procéder avec lenteur.
J'étais résolu, en abordant ce sujet, à renouveler, autant qu'il était en moi, la démonstration de la Providence divine et, en même temps, à la rendre accessible à tous les esprits dont vous m'aviez vous-même proposé le type. Ce type, c'était un jeune ouvrier de seize ans, ayant reçu une bonne instruction primaire. Il n'était pas facile de remplir ces deux conditions. J'ai cru cependant que ce n'était pas impossible, pourvu que je ne fusse avare ni de mon temps, ni de mes soins.
On ne peut aujourd'hui répéter la démonstration de la Providence sans essayer de la mettre en rapport avec l'état présent des esprits. Quand une vérité aussi éclatante que celle de l'existence et de la bonté de Dieu ne frappe plus aussi fortement qu'autrefois toutes les in* telligcnces, ce n'est nullement qu'elle ait cessé d'être vraie ; c'est que l'heure est venue de la présenter sous un jour quelque peu nouveau. On de nos maîtres les plus chers l'a dit en termes pleins d'autorité et de vive éloquence :
(< L'antique vérité doit être sans cesse redite, sans cesse accommodée aux nouveaux besoins, aux infirmités nouvelles de Thumanilé, sans cesse retournée sous toutes ses faces, repourvue de toutes ses armes, justifiée par de nouvelles expériences, par de nouvelles découvertes^ »
"il. de Rémusat, Philosophie religieuse, p. 131. Gernier-Bail-
BÈDlCVCli:. m
Je me suis pénétré de ces préce|}teH. En redisant l'anlîfjue çérité, j'ai tenté de l'accommoder aux nouveaux besoins de la raison humaine. De ces besoins intellectuels, le plus évident, le plus impérieuï est de faire cadrer la croyance avec la science. Croire à l'encontre de ce que l'on sait; savoir à l'encontre de ce que l'on croit, c'est un supplice et une cause de perturbation morale. Quand on enseigne d'une part à des esprits à peine instruits que Dieu a créé le monde et qu'il l'a organisé avec une sagesse infinie, et que d'autre part certains savants leur crient chaque jour que Dieu n'est qu'une hypothèse surannée et inutile, quel embarras pour des âmes honnêtes, et comment en sortir'?
Depuis douze ans, j'étudie les sciences en vue de les concilier avec la philosophie. Je me suis convaincu que, bien loin d'ébranler ou seulement d'obscurcir la notion du Dieu-Providence, la science moderne, la science la plus récente consolide et éclaircit cette notion. Partant de là, j'ai rassemblé et coordonne les faits les plus certains, les plus frappants, les plus nouveaux et j'en ai formé la base de ce travail. J'en aurais produit bien davantage, s'il n'avait fallu se borner et choisir; car ceux que j'ai omis ne sont pas moins concluants que ceux que je cite.
Tous ces faits se rattachent les uns ans autres par des rapports tantôt prochains, tantôt lointains, toujours réguliers ou régulièrement variables. Ainsi liés, ils composent nn fait général, immense, merveilleux : l'unité harmonieuse du monde. Cette harmonie, les savants la