V. DEDICACE
Le second point était de se rendre très-accessible, facilement intelligible. J'ai donc écarté les arguments qui, dans un livre tel que celui-ci, eussent été en quelque sorte de luxe. Au surplus, je pense, comme le maitre que je citais plus haut, que toutes les preuves de l'existence de Dieu se ramènent à deux, et qu'on peut les exprimer ainsi : « L'ordre du monde prouve une cause intelligente. L'idée de Dieu dans l'esprit humain prouve son objet. » C'est à ces deux preuves que je m'en suis tenu.
Afin de les rendre bien claires, j'ai Tait ce que j'ai pu : j'ai pris pour moi presque toute la peine. Je dis presque toute, car enGn faut-il encore que le lecteur consente au moins à lire avec attention. Il est un niveau au-dessous duquel la science, même la plus éléioentaire, ne saurait descendre. On ne fait grandir personne en l'abaissant. « La vérité, — a dit Bossuet, — est semblable aux eaux des fontaines publiques que l'on élève pour les mieux répandre. »
Il n'est pas permis non plus d'aplatir, encore moins d'estropier h langue, sous prétexte de vulgariser tes connaissances et les idées. La règle est peut-être celle-ci : pas de technicité inutile; l'honnête langage français, sans platitude ni enflure. Le style sans-gêne, avec ses allures débniillées, humilie souvent ceux qu'il vise à Qatter et qui sont blessés qu'on les traile comme une espèce inrérieurc. En outre, il fausse le goût, qui tient à la conscience morale. Quant à l'emphase, luler les déclamateurs, dont on a assez. La
DÉDlCAr.E, , \ Il
vérité n'a que Taire des liatlloiia donl l'atTublent les uns ni des costumes de Ihéàtre dont la cliargent certains autres. Son vêlement naturel lui suflit, et ce vêtement c'est la lumière.
Vous ne trouverez point ici de polémiijue. Notre cadre n'en admettait pas. Pour ceux auxquels nous parlons, il n'y a pas lieu de discuter les grandes erreurs de la métapliysique transcendante. 11 en est une cependant qu'il fallait combattre parce qu'elle se fait populaire aujourd'hui. Elle est réfutée dans ces pages, mais beaucoup moins par des procédés de dialectique que par la démonstralion directe de la vérité contraire. J'ai dû cependant consacrer un long chapitre aux dil'iicultés que soulève le problème de la Providence, parce que ces diriîcultés sont de tous les jours et naissent tôt ou tard dans tous les esprits.
Je vous donne ces explications, mon cher ami, pour que vous sachiez à quel point j'ai pris à cœur la lâche que vous m'aviez condée. Maintenant, je souhaite à mon livre de faire aux jeunes âmes françaises un peu de ce bien que vous n'avez cessé de leur faire vous-même pendant tout le cours de votre vie.
Je vous serre la main,
Ch. lÉVÊQUE.
liclleTae.Kiua-Heu[lon, 19 oclobre t87S
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