CHAPITRE II
KAAMONIES DES CORPS TERRESTRES 1HANIMÉ5
Ifanijue apparent ds loute unlli^ dans kt rorps lerreslree iiiamnnV.
Vus sous un certain jour, les coq»s inanimés, simples ou composés, solides, liquides ou gai^eux, semblent dépourvus de cette unité sans laquelle il n'y a aucun ordre, aucune harmonie. Examinons-les d'abord ù ce point de vue.
C'est aujourd'hui une opinion universellement admise par les savants que les corps les plus simples, c'est-à-dire ne renfermant qu'une seule espèce de matière, sont en même temps multiples, c'est-à-dire formés d'un nombre variable de particules inlinîment petites. Il leur manque donc celle première sorte d'unité qui est l'unité numérique.
Ont-ils du moins cette autre unité que leur attribue l'ignorance ou l'inattention, et qui consisterait, si elle existait, dans la juxtaposition mathématique des parties
26 LES HARMONIES PROVIDENTIELIES.
sans aucun intervalle ni solution de continuité? Pas plus celle-là que la précédente. La conipressibilité des corps en est la preuve. Sous une pression suffisante, le volume des gaz éprouve une diminution ; il en est de même des liquides, quoique à un degré moindre ; les solides sont compressibles aussi. Pour que les corps diminuent de \olume, il faut évidemment que les molécules qui les forment se rapprochent les unes des autres. Dès que cesse la pression, le volume reprend ses dimensions primitives; pourquoi? Parce que les molécules reprennent Jeurs distances. Il y a donc entre elles des intervalles qui les séparent et qui tour à tour s'étendent et se resserrent. Ainsi les corps ne sont pas des continus.
Ce sont des groupes ou, comme disent les savants, des systèmes de molécules douées du double pouvoir de s'attirer et de se repousser. Elles s'attirent assez pour rester ensemble ; elles se repoussent assez pour demeurer distantes et distinctes ; et les corps se maintiennent par l'équilibre de ces deux forces.
On le voit : l'unité numérique et Tunité d'étendue des corps ne sont guère que des apparences. En y réfléchissant davantage on reconnaît que ces apparences sont plus vaines et plus fuyantes encore qu'on ne l'avait cru au premier aspect.
Il y a des physiciens qui pensent que la multiplicité des parties qui composent les corps a une limite, et que cette limite, c'est l'unité des molécules elles-mêmes qu'aucun de nos instruments ne saurait ni saisir, ni diviser. A quoi nous répondons que la science admet la divisibilité des dernières molécules, ce qui revient à en nier l'unité. On insiste ; on réplique en alléguant non -plus l'indivisibilité de la molécule, mais du moins celle
de ratome, cet élément infiniment petit des plus petites particules corporelles. Qu'on y songe pourtant : de deux choses Tune ; ou bien Fatome est étendu, par conséquent divisible, et alors l'unité n'est pas plus dans l'atome que dans la molécule ; ou bien Tatome est inétendu, par conséquent indivisible et un ; mais alors l'unité de l'atome n'étant plus étendue,' n'est pas une unité matérielle. En sorte qu'ainsi conçu, cet extrême élément des corps, doué d'une unité incorporelle, devient la négation absolue de l'unité corporelle ou physique. Ainsi l'unité numérique ou mathématique des corps est un rêve. Cette unité n'existe pas!
Faudra-t-il cependant rompre en visière au sens commun ? Ira-t-on jusqu'à prétendre qu'une barre de fer, une pépite d'or, une pierre précieuse, un diamant, un bloc de granit n'ont pas une certaine unité? Cette nnité existe évidemment puisqu'elle est souvent la condition même de notre sécurité matérielle et qu'elle communique la durée aux corps dont elle maintient les parties assemblées. La maison que voici ne s'écroule pas. C'est que le rocher qui la porte est solide; c'est que les pierres qui la forment sont dures et résistantes. Ce Ht que voilà ne rompt pas sous le poids de mon corps; c'est que le fer dont on l'a fait est tenace. Solidité, dureté, résistance, ténacité, autant d'aspects de l'unité. La matière est donc une, pour le moins à ces degrés et en ces divers sens.
Point d'illusion toutefois. Oui, il y a une espèce d'unité matérielle qui est l'unité de cohésion. 11 y a des liens qui rattachent les uns aux autres les atomes des corps. Mais ces liens, qui sont toujours plus ou moins lâches, reconnaissons qu^ils sont fragiles et souvent brisés.
18 LES HARMONIES PUOVIDENTIELLES,
Une masse rocheuse se détache de la montagne et roule en bondissant vers la vallée. A chaque choc, elle broie les rochers qu'elle rencontre et elle s'y broie. Certains monolilhes d'une grosseur prodigieuse et du grain le plus serré se cassent comme le verre, rien qu'en tombant de leur hauteur. A Locmariaker, dans le Morbihan, un menhir gigantesque, un obélisque de granit dont la longueur est de 25 mètres, l'épaisseur de 5 , le poids de 200,000 kilogrammes , gît sur le sol. Un jour, une cause quelconque l'a renversé : sa chute l'a coupé en quatre. Tôt ou tard , le marteau d'un paysan le réduira en moellon et le temps en poussière, Les pyramides d'Egypte ont jusqu'ici bravé l'effort des siècles. Qu'importe : la force qui doit les écraser existe : à la (in elle les atteindra.
D'ailleurs la cohésion des masses solides cède à d'autres puissances que celle du choc des corps durs. La vague en battantle rocher, le creuse au pied. Le sommet delà falaise avance et surplombe graduellement, tandis que de plus en plus la base recule. Un dernier coup de- ressac détruit cet équilibre : le faîte s'écroule. Moins bruyante, la glace des hivers est aussi redoutable. La pluie emplit les fissures de la pierre. La température s'abaisse et cette eau gèle. Gelée, elle occupe un volume plus grand qu'à l'état liquide et, pareille à un coin de fer qui grossirait de lui-même, elle écarte, disjoint et disperse les fragments du rocher.
L'air en mouvement a d'irrésistibles poussées. Le vent soulève des masses énormes d'eau salée : il en forme tantôt des montagnes qu'il amoncelle, tantôt des trombes ou cyclones dont les spirales tournoyantes mettent en pièces les grands vaisseaux comme les pe-
■htfMM
HARMONIES DES CORPS TERRESTliES INANIMÉS. 29
tits. Il déracine, coupe, décapitç les chênes séculaires. Sur les rivages aplatis ou non abrités, il fait ployer les -phares de granit malgré le poids de leurs assises et la ténacité de leurs armatures de fer. Les coups de son aile lancent au loin des toitures, abattent les clochers, déchaînent les avalanches, ébranlent et précipitent les rochers.
Dilatés par la chaleur, l'air, les vapeurs, les gaz développent une force d'expansion à laquelle ne résistent ni la cohésion, ni la pesanteur. Devant cette énergie, lorsqu'elle atteint un haut degré, il n'y a pas d'unité matérielle qui puisse tenir. Sous la croûte terrestre, au delà d'une couche assez mince où la température demeure invariable, la chaleur va s'élevant d'un degré par 55 mètres. On en conclut non sans raison que le centre de notre globe est un immense foyer de chaleur, une fournaise de proportions gigantesques. Presque tous les corps qui composent notre planète sont là en fusion, à l'état de vapeur ou de gaz. Portés à une température sans limites connues, ces vapeurs et ces gaz font un perpétuel effort pour élargir l'espace qui les retient captifs. Ils poussent en dessous l'enveloppe qui nous porte, ils la distendent, la secouent et, par endroits, la déchirent. Ainsi se produisent les tremblements de terre qui bouleversent en peu de temps de vastes pays. Au mois d'août 1868, une série d'épouvantables convulsions du sol ravagea le Pérou et la république de l'Equateur. Au Pérou, Aréquipa,Tacna, Arica et plusieurs autres villes importantes furent anéanties. Trois jours après, dans l'Etat de 1 Equateur, Iburra, capitale de la république, et Olavalo furent ruinées de fond en comble ; Catachi disparut entièrement et fut remplacée par un lac d'eau bourbeuse.
50 LES> HARMONIES PROVIDENTIELLLS.
Les cratères volcaniques sont des perforations causées par la rupture du sol. Dans les éruptions, la force de tension des gaz joue le principal rôle. Ce sont les gaz< qui soulèvent la terre et qui y forment ces saillies, ces gibbosités qu'ils finissent par faire éclater. Selon qu ils se dilatent ou se condensent, les lacs de feu s'élèvent ou s'abaissent. Ils grondent comme des légions de tonnerres ; ils lancent vers le ciel des pluies de fumée et de cendres, des grêles de laves et de pierres. Ils engloutissent des montagnes et des îles, et en font surgir de nouvelles. Mais ces gaz, ces vapeurs obéissent à la puissance supérieure du feu qui les tend et les pousse dans tous les sens et qui les a formés en soumettant les métaux terrestres à l'action des plus violentes températures.
Ce travail incessant des forces physiques secondé par Ténergie dissolvante des actions chimiques, détruit les formes régulières de la nature inanimée. La confusion empiète sur Tordre, les masses indistinctes succèdent aux figures élégantes et symétriques. Les corps les plus beaux deviennent poussière, cendre, boue, vase, limon, scories, résidus. Autant ils nous charmaient en leur première architecture, autant les informes débris qui en restent nous laissent indifférents et nous dégoûtent.
Unité purement apparente puisqu'elle cache toujours la multiplicité ; apparence d'unité purement mobile et fuyante et par conséquent ombre vaine d'harmonie ; enfin désordre et incohérence, voilà ce qu'une vue rapide de l'univers peut présenter à l'intelligence. Mais la raison commande de contrôler ce premier jugement.
Malgré les faits constatés tout à l'heure, il y a dans
HAUMOmES DES CORPS TERRESTRES INANIMES. 51
les corps inanimés terrestres de l'unité et de Taccord. Les harmonies qui les relient entre eux sont de deux sortes : elles s'établissent les unes à distance, les autres à proximité ou au contact.
Harrriooies de l'attraction à distance. Attraction terrestre.
La force d'attraction exercée par notre globe sur les corps terrestres est un phénomène tellement continuel qu'il en est devenu vulgaire; il n'est cependant pas moins digne d'admiration que la gravitation en vertu de laquelle s'est fait, se maintient et se corrige, à l'occasiion, Vordre astronomique. Remarquons que la masse de notre petit monde n'est point homogène : les éléments qui en constituent l'assemblage se distinguent les uns des autres par des caractères très-divers. Eh bien, malgré cette diversité, malgré la force centrifuge qui tend à les disjoindre et à les disperser, ils convergent vers le centre qui les attire cl les retient. Ne dirait-on pas que leurs mouvements sont concertés et qu'ils se sont entendus pour viser au même but? C'est en vain que des forces contraires les en détournent. A défaut des voies directes qui leur sont fermées, ils savent se rapprocher de ce point fixe par cent détours. Ils ont un art singulier de battre, de miner, de rompre, ou bien, si la violence y est impuissante, 4e pénétrer ou de traverser même, d'outre en outre, les obstacles qui se dressent devant eux. Après avoir été poussée à la surface^ du sol par des forces sou-
'1 ii< ^V.-^^yi - ?rjK:rrv nyiiF<
trfFil^e* K.:»*reGr& * la r«saiitc«ir« la lave des Tolcans rel^ -r.i !e':''?iC'fr.t, s:*:» W* prtxt-s le* pins sinueuses, r-t jj-me j»r:ï s ;"r-a U i :A ôe la montagne qui l'a vo- :::ie. Purir^ i i-s hr^î«ctir> ên^rm*'^ sous fonnp de vapeur, IV.- li rv • j'Hit e en fî v ns de neige sur la cime d^s niôRls \nv:c >>:*: '.-:>. E.l** s'arr^ie li et s\ accumule ^n :zlâi:ier>. Mii> que le >o!e!! Tienne dissoudre les liens -solides qui rer.«:h-!nent. ei!e se liquêGe, derient lorrcnl, ^uî^^rau, rivière-, fleuve, el ne s'arrêle que dans les mcTs d*où ré\ap:rjti-^n TaTait fait sortir. Qu'un bloc de roch»fr lui harre le chemin, elle le creuse pendant lies siècle*, le perce, passe au travers et Ta |H)ursuiTre an delà sa course interrompue. Les gaz qui se dégagent dans les cavités volcaniques n\ demeurent pas emprisonnés : ils soulèvent et renversent les murailles de leur cachot, s^élancent dans Tespacc et vont reprendre parmi les zones supérieures de Falmosphère, la place à laquelle ils ont droit, à moins qu'une onde d^atr froid ne les condense et ne les précipite.
Si le conflit des éiiergies opposées mêle à chaque instant les corps de pesanteur différente, cette pesanteur même se charge de rétablir les grands équilibres rompus. Après les périodes de trouble, tous les corps terrestres se reprennent à tendre vers le commun giron. Mais chacun y marche à son pas ; chacun s'arrête à la limite voulue. Quoiqu'une impulsion générale et maîtresse entraîne cette armée tout entière, les bataillons divers gardent leurs rangs et observent les distances.
HARMONIES DES COUPS TERRESTRES INANUIÉS. r.3
Échange harmonieux de chaleur et de lumière entre les corps terrestres.
Ainsi disposés, les corps inanimés terrestres ne vivent pas en guerre éternelle. On les voit se traiter en frères, et se donner mutuellement une part de ce qu'ils ont. Par exemple, il n'en est aucun qui garde en égoïste la chaleur qui est en lui. Pour les corps inanimés, la chaleur, c'est une richesse, car ils y puisent Tune de leurs forces essentielles. Cette richesse, ils se la communiquent avec une libéralité vraiment équitable, puisqu'elle se mesure aux besoins mêmes de ceux qui la provoquent. Entre les corps inégalement échauffés, l'équilibre de température s'établit ; cette harmonie en prépare et en produit d'autres. Accumulée dans des corps différents, la chaleur en surexcite les affinités ; un moment arrive où elle détermine la combinaison.
Les corps terrestres échangent aussi leur lumière, tpie cette lumière soit blanche, c'est-dire complète, ou qu*elle soit décomposée et n'ait conservé qu'une de ses couleurs.
Même quand le soleil est dans toute sa splendeur, il y a une multitude d'objets terrestres de l'hémisphère tournés vers cet astre, qui ne sont point frappés directement de sa lumière. Ces objets ne participent qu'à la lumière diffuse ; c'est ainsi que l'on nomme celle qui a été réfléchie une ou plusieurs fois. Dans cette diffusion de la lumière, tous les corps jouent, à divers degrés, le rôle de réflecteurs. Le nuage qui passe au-dessus de
:^A LES HARMONIES PROTIDENTIELLES.
nos têtes, l'eau tranquille ou agitée, les cailloux du chemin, le sable du rivage, les parois de la montagne, les pentes nues ou boisées de la colline, le moindre éclat de verre, les parcelles de métal, les gouttes de rosée contribuent à répandre en tous sens, et à multiplier à rinfini la quantité de lumière départie à notre planète. Ils centuplent pareillement les pâles rayons de la lune et ces lointaines clartés qui tombent des étoiles. Une sorte d'harmonie lumineuse tend à s'établir entre les corps inanimés, en prenant pour instrument et pour règle les pouvoirs rédecteurs dont ces choses sont douées.
Les reflets nuancés se répètent et se répandent comme la lumière blanche elle-même, et créent des spectacles d'une étonnante magnificence. Il y a des corps qui absorbent, qui éteignent tels rayons et qui ne réfléchissent que tels autres. Il en est de parfaitement incolores qui n'absorbent point de rayons solaires et qui n'en réfléchissent qu'une seule espèce. Il en est enfin qui, traversés par la lumière, la dépouillent de ses couleurs, à Texception d'une seule. Les cristaux opaques ne renvoient qu'une sorte de rayons, ceux dont ils revêtent la couleur. L'azur du ciel n'est que de la lumière réfléchie par les particules les plus petites et les plus incolores de l'atmosphère terrestre, qui n'absorbent aucune couleur et n'en réfléchissent qu'une seule, la bleue. L'éclat rougeâtre des Alpes, le matin et le soir, est dû à de la lumière transmise, c'est-à-dire à de la lumière qui, en traversant les grandes épaisseurs de l'atmosphère, s'est dépwnllée de ses beaux rayons bleus constitutifs par une série de réflexions successives.
Dès que se sont produits ces reflets colorés, de
nou-
velles réflexions les reproduisent. Comme elle a des échos pour les sons, l'harmonieuse nature a des échos de lumière. Le ciel pur se- mire dans la mer calme : aussitôt la mer renvoie au ciel sa belle imag^ azurée. Un nuage rose s'étend au-dessus des flots : les flots répondent au nuage en se teignant de cette pourpre légère. Il y a en peinture une harmonie particulière, essentiellement chromatique, infiniment graduée, qu'on nomme la localité d'un tableau. Les peintres cherchent cette harmonie avec soin, la plupart avec effort; trèspeu la rencontrent. Sous le pinceau d'un artiste, mille fois, plus puissant qu'eux, la localité se fait journellement dans les tableaux de la nature. Elle est particulièrement sensible au lever et au déclin du jour. Souvent à Athènes, j'ai vu le soleil couchant colorer en violet des masses superbes de nuages qui formaient son cortège. Soudain, montagnes, plaines, monuments, tout le paysage s'enveloppait d'un voile de gaze violette. Chaque obj^t gardait sa couleur propre ; mais chaque couleur était baignée dans ce fluide transparent, semblable aux vapeurs ténues de l'iode. Les tons étaient distincts et pourtant fondus, vifs et moelleux, brillants et suaves.
Voilà quelques-unes des faces de cette unité que créent entre les corps terrestres inanimés leurs relations à distance. Les relations physiques et chimiques qui ont lieu à proximité ou au contact sont plus étroites. Elles offrent de frappants caractères de puissance et de profondeur. L'harmonie qui en résulte est telle, qu'elle ressemble à la fusion même des éléments. Pour en avoir la claire intelligence, il est utile de se placer au double point de vue de la matière première et de la formis propre des corps simples et composés.
if) LES HARMONIES PROVIDENTIELLES.
Itrmonie par Tarfinité moléculaire. Cohésion. Cristallisation des corps
simples.
Certains savants se croient en droit d'affirmer qu'il
l'y a au monde qu'une seule matière. Ils ajoutent que
3 nombre des atomes qui composent cette matière est
iGni. Ce sont là deux propositions contradictoires. Si
\ nombre des atomes est infini et si, comme on l'ac-
trde, les atomes sont distincts les uns des autres, il y
lutant de matières numériquement distinctes qu'il y a
itomes. La seule formule exacte, dans cette hypothèse
'ait celle-ci : il n'y a qu'une seule espèce de matière
is l'univers ; mais cette espèce unique embrasse un
nbre infini d'individus. Ainsi entendue, l'unité de la
tière serait seulement spécifique et non point sub-
itielle. C'est une totalité de choses semblables au lieu
re une seule et même chose susceptible d'affecter
!eet mille aspects différents.
dmettons toutefois que cette opinion, ainsi expii-
î, soit aussi vraie qu'elle est répandue. L'univers,
point de vue, aura pour le moins l'unité qui résulte
similitude de toutes les matières ; et les êtres qui
nstituent auront entre eux cette harmonie qui est la
iquence de l'intime ressemblance des particules
rantes et substantielles .
pposons que les matières soient différentes par ^.e; que l'hydrogène, par exemple, diffère de ) non pas uniquement par le groupement des
atomes dans Tun et l'autre corps, mais encore par la nature intrinsèque des particules constitutives, il y aura évidemment des substances matérielles de plusieiirs sortes. Cependant il n'y en aura pas en nombre infini. Quoique la liste n'en soit pas encore fixée, les savants ne la jugent pas inépuisable : ils entrevoient même la possibilité de la réduire. Il y a donc, dans le règne des corps inanimés, des genres et des espèces, c'est-à-dire des unités collectives. Or ces unités étudiées, soit en elles-mêmes, soit dans leurs rapports réciproques, révèlent de nombreuses et profondes harmonies.
Prenons d'abord les corps qu'on appelle simples, ceux dont l'analyse ne tire qu'une seule espèce de matière ; nous les trouverons toujours d'accord avec euxmêmes et invariablement fidèles à leurs habitudes, pourvu qu'ils soient placés dans les mêmes conditions.
C'est déjà un point remarquable qu'il n'y ail que trois états des corps : le gazeux, le solide, le liquide. La science n'en connaît pas encore un quatrième.
Elle a beau les tourmenter, les violenter même : elle réussit bien ordinairement à faire passer les corps de l'un de ces trois états aux deux autres. Quelquefois cependant elle y use vainement de tous les moyens dont elle dispose. Quant à les pousser en dehors et au delà de ces trois transformations, elle y est impuissante.
C'est qu'entre les particules d'un même corps simple, il existe de fraternelles harmonies qu'il est permis à l'homme de modifier, mais qu'il ne saurait ni créer, ni détruire. Ces harmonies sont charmantes à contempler. Elles nous raviraient si nous prenions ^^
58 LES IlAnHONIES PROVIDENTIELLES.
peine d'y être attentifs. Sur les feuilles lisses de certaines plantes, la rosée dépose de fines gouttelettes qui restent isolées. Penchez une feuille en divers sens, de façon à mouvoir ces petites perles : qu'elles viennent à s'effleurer, aussitôt elles se confondent et forment une perle plus grosse. Une goutte de pluie pend à un brin d'herbe : elle demeure intacte, indivisée tant que le soleil ne la boit pas. C'est que la cohésion maintient unies les imperceptibles molécules qui en font une larme de cristal. Les parcelles du mercure, courant sur un plan mobile, s'unissent dès qu'elles se touchent. Ce n'est pas assez pour ces semblables d*étre semblables : il leur faut Tharmonie intime de l'unification.
Sans doute la température en s'élevant détruit la cohésion ; mais en s'abaissant elle la rétablit. Dans les zones glaciales, le mercure gèle, parce qu'il ne reste liquide que si le thermomètre ne tombe pas à 39" audessous de zéro. La fusion de l'argent exige 1 ,000** de chaleur; celle du cuivre environ 1,050**; celle de l'or près de 1,250"* ; celle du platine plus de 1,700*"; mais, à des températures inférieures, chacun de ces métaux conserve la solidité. Cet état d'unité par la .cohérence, d'harmonie par l'affinité moléculaire, ne périt donc jamais sans retour. S'il disparaît, c'est pour reparaître tôt ou tard, et parler ici de destruction, c'est abuser du mot. En réalité, rien n'est détruit en ce cas, si ce n'est im aspect de la matière. Mais en perdant cet aspect, sous l'influence de la chaleur et de la pression, le corps produit, engendre un nouvel aspect de sa substance. La matière possède là une sorte de puissance génératrice ; l'attraction hannonieuse de ses molécules lui donne comme une fécondité, au moins quant à la form p. extérieure.
IIARMOîilES DES CORPS TERRESTRES INANIMÉS. 39
Cette fécondité est double, ou pour mieux dire, elle est à deux degrés dans le phénomène de la cristallisation. Au premier degré, les molécules en se rapprochant, créent simplement la masse, la masse cohérente . il est vrai, mais confuse, sans contours réguliers. Au second degré, les affinités moléculaires enfantent à raîde du refroidissement la géométrie de la formel la figure correcte et symétrique, souvent rehaussée par réclat de la couleur. Et certains corps, nommés dimorphes, ont même la propriété de cristalliser géométriquement sous deux formes distinctes.
Choisissons parmi ces derniers et citons le soufre. Abandonné à lui-même dans un vase ouvert, le soufre cristallise graduellement, de la circonférence au centre. ICn versant le liquide du milieu, avant qu'il soit figé, on met à nu de longues et belles aiguilles prismatiques. L'orfèvre qui a ciselé ces bijoux, c'est l'affinité moléculaire par son travail régulier et harmonieux. Elle opère autrement et d'après un autre modèle si Ton dissout le soufre dans un liquide, par exemple dans le sulfure de carbone. La solution une fois accomplie et abandonnée dans un vase ouvert, le liquide dissolvant se volatilise et disparaît comme un ouvrier qui a fini sa tâche. Le soufre se solidifie et, cetle fois, engendre des cristaux octaèdres, c'est-à-dire à huit facettes triangulaires. |
Ces diamants merveilleusement taillés sont tantôt d'un beau jaune transparent, tantôt d'un rouge pourpré.
Le cuivre possède aussi la cristallisation dimorpbique. i
Soumis à la fusion et refroidi, il engendre des cristaux j
de forme cubique. En le traitant par la voie galvanique, on peut l'obtenir en octaèdres réguliers. Ainsi les molécules des corps simples sont mobiles aussi longtemps qu'une suffisante température relâche entre elles les
10 LES flARXU^lCS PROTIBE.VnELLES.
liens de la cohésion. I^ que cette chaleur tomber elles se groupent et se fixent selon des types géométriquement réguliers ; pareilles aux danseurs qui, sitôt que Porchestrc se tait, se retrouTent et s^arrètent dans leurs positions symétriques.
Alfifiiitf chimique. Formation barmooieufe des corps composée.
Cristallisatioa de ces corps.
Si les atomes de chaque espèce de corps simples ne s'unissaient qu'entre eux, la riche diversité de la nature inanimée serait moindre qu'on ne la voit et n'augmenterait pas. Cette richesse est immense et se développe sans cesse parce que les atomes des diverses espèces de corps simples ont la faculté de s'associer avec les atomes de plusieurs autres corps d'espèce différente. De ces alliances naissent de nombreuses séries de composés qui, à leur tour, en engendrent de nouvelles.
Ces alliances ne ressemblent nullement à des jonctions fortuites. Elles ne sont ni Teffet du hasard ni le fruit du caprice des puissances naturelles se poursuivant en aveugles, et se rencontrant à l'aventure. Les forces du monde inanimé ne se comportent pas à la façon d'une troupe d écoliers jouant à colin-maiilard. Des lois invariables règlent mathématiquement le mode selon lequel ont lieu les unions chimiques, que ces unions soient de simples mélanges ou des combinaisons. A rencontre de ces lois, l'harmonie est impossible et le mariage ne se consomme pas.
L'air que les anciens prenaient pour un corps simple,
ilÂRMOMES DES COUPS TERRËSTBES INANIMES. 4t
est un composé d'oxygèpe et d'azote, non combinés, mais mélangés. Ce mélange naît dès qu'un poids de 25,15 parties d'oxygène se trouve réuni à un poids de 76,87 parties d'azote. Que dans un total de cent parties de ces deux gaz les proportions soient autres, lerésultat de l'association ne sera plus del'air atmosphérique. L'eau longtemps regardée, elle aussi, comme un corps simple, est une combinaison d'oxygène et d'hydrogène. Cent parties pondérales d'eau renferment H, H, d'hydrogène et 88,89 d'oxygène. Au delà et en deçà de ces proportions, l'eau ne se forme pas. II y a donc une harmonie fixe, préétablie qui régit la production des composés chimiques. Cette harmonie a trouvé sa formule dans la loi dite des proportions définies.
On se tromperait en pensant que, dans les composés, les éléments se perdent et disparaissent radicalement, essence et propriétés. Au sein d'un mélange ou même d'une combinaison, le corps simple ne périt pas. La composition, ou, comme disent les savants, la synthèse, le dissimule; la décomposition, l'analyse, le remet en évidence tout entier, sans déperdition de la moindre de ses parties. Cette fois encore le mot de destruction serait inexact : il n'y a eu que métamorphose avec possibilité persistante de retour à l'état primitif.
Il en faut dire autant des états différents dans lesquels un corps composé peut se présenter. Qu'il devienne gaz, liquide, solide, sous ces diverses apparences son individualité se maintient identique à elle-même. A travers ces changements, son unité persiste, son essence demeure inaltérable et inaltérée.
Ce n'est pas tout. Les formes visibles que revêtent les corps composés se modèlent docilement, comme cellef-
42 LES ilAHMONIES PROVIDENTIELLES.
des corps simples, sur des types dans lesquels les relalions réciproques des angles, des lignes, des plans réalisent une exquise symétrie. La neige n'est que de Teau gelée. Vue au microscope, c'est un ravissant asseml)lage de cristaux dont les aiguilles délicates savent s'arranger en figures hexagonales d'une étonnante perfection. De semblables objets d'admiration sont chaque jour offerts au chimiste qui dirige, reproduit et contemple les évolutions des corps composés. Il habite une région féerique, le monde du cristal, où l'imagination croit rêver tant les métamorphoses éblouissantes y abondent. Voici, par exemple, l'iodure de cadmium qui cristallise en tablettes hexagonales transparentes, incolores il est vrai, mais douées d'un grand éclat. Plus loin, voici le bisulfure de fer ou la pyrite, avec ses deux physionomies distinctes : la pyrite jaune, 'qui forme soit des cubes, soit des dodécaèdres d'un jaune d'or à reflets métalliques, et la pyrite blanche dont les prismes rhomboïdaux sont d'un jaune terne et verdâtre. Le chlorure ferreux vous donnera tantôt des écailles blanches et nacrées, tantôt des prismes obliques d'un vert bleuâtre. L'oxyde cuivreux se trouve dans la nature sous la forme de beaux hexaèdres rouges. Un certain carbonate de cuivre, l'azurite de montagne sculpte ses cristaux en prismes rhomboïdaux obliques d'un bleu superbe. Devant les vitrines des bijoutiers, le passant s'arrête et admire. Qu'il entre dans le laboratoire du savant ou dans ces magasins où sont exposés les produits variés des manipulations chimiques : il y verra ^ des échantillons brillants de l'art mystérieux et infaillible avec lequel la puissance harmonieuse de l'affinité rapoche, soude, travaille et polit les molécules éléments des minéraux composés.
Changements -progressifs et finalement harmonieux de notre glohe.
Des faits précédents et des réflexions qu'ils suggèrent, les conséquences semblent être celles-ci. Non, il n'y a dans la nature inanimée ni unité numérique absolue, ni unité de continuité; mais il y a unité de relations réciproques, ce qui revient à dire qu'un certain ordre et une certaitie harmonie régnent parmi les corps terrestres inanimés. Le désaccord, le désordre, les conflits, la destruction n'y sont qu'en apparence. En effet, le désaccord véritable désunit, mais sans réunir de nouveau ; le désordre complet désorganise sans réorganiser; les conflils allument et entretiennent la guerre sans en faire sortir la paix ; la destruction enfin ne mérite son nom que lorsqu'elle renverse sans relever. Tels ne sont point les niouvements même les plus impétueux des corps terrestres ; dociles à des lois d'alternance, à des périodicités souvent très-larges, mais d'un retour assuré, ils défont les choses et les refont avec mesure, ainsi que le vieil Heraclite l'affirmait de la puissance divine du feu. Quand un corps se dissout et paraît mourir, c'est un autre corps qui naît ou ressuscite, un composé différent et quelquefois plus riche qui arrive à l'existence. Sous ses multiples changements d'aspect, l'ordre harmonieux persiste donc. Et avec la permanence, il possède la fécondité, puisque de ses flancs inépuisables sortent successivement des mélanges, des combinaisons, des formes tour à tour simples et com-
.)t LES HAnMONItS PROVIDENTIELLES. ;
plexes; puisque par des liens aussi forts qu'ils sont élé^ mentaires, chaque partie se rattache au tout, chaque détail à l'ensemble.
Soit, répondra-t-on peut-être : c'est ià de l'harmonie,: nous l'accordons; cette harmonie a sa beauté et dénote une direction unique. Cependant elle est entachée d'uo défaut grave : le progrès y manque ; or l'unique perfection des choses fmies, condamnées à rester imparfaites, c'est de s'acheminer constamment vers la perfection et d'en approcher toujours davantage. Votre univers de corps inanimés ne se transforme que pour reparaître tel qu'il fut déjà. Il ne sait que se répéter luimême, et, commePénélope,recommencer indélinimenl son œuvre. En un mot, il tourne, mais n'avance pas. Belle diversité que celle qui n'accumule que des redites ; belle harmonie que celle qui se réduit à l'uniformité. .
Cette objection fût-elle fondée, n'aurait pas la portée que l'on croit. Se répéter à la manière de l'univers physique n'est pas le fait d'un médiocre mécanisme. On oiiblied'abord que cette machine ne s'use pas; on oublie ensuite que si parfois elle semble se déranger, elle porte en elle-même de quoi se réparer, et, selon l'eïpression de Bossuet, de quoi se relever de ses ruines. Mais l'argument qu'on nous oppose s'appuie sur cette idée fausse que la terre est parvenue un certain jour à son point de perfection relative, et que depuis lors elle n'a plus changé. Tout indique au contraire que sa marche évolutive est ininterrompue. De même que le \ monde célesle, le monde terrestre tourne et marche en tournant. Dans la masse des clioses sans vie, la science saisit et montre les premières tentatives, les essais, j'oserai dire les préludes de l'organisation vivante. Par cliacune de ses évolutions passées, par chacune de ses
transformations présentes, le monde terrestre inanimé, cet ensemble qu'on nommait jadis le règne minéral, s'est façonné et se façonne en vue des existences plus richement organisées que la sienne. Les catastrophes géologiques ont été autant d'efforts par lesquels la terre se rendait apte à recevoir des êtres nouveaux et préparait rharmonie entre les temps écoulés et les siècles à venir. Ces vastes cataclysmes, désormais inutiles, ont cessé ou peu s'en faut, et ont fait place à de moins gigantesques élabora tions. Mais celles-ci poursuivent le même but que les précédentes. Elles visent à fonder l'harmonie entre les êtres inanimés et les êtres vivants: elles perfectionnent, elles élèvent les premiers, en les faisant servir à la formation, à la conservation et à la propagation des seconds. Endurant, le monde inanimé croit saq3 cesse et sans cesse se surpasse lui-même :
Mohilitate viget; vires acquirit eundo.
La science actuelle n*hésite pas à indiquer quelquesunes des plus importantes modifications qui ont graduellement transformé notre globe, et qui sont k ses yeux autant de perfectionnements.
Les pythagoriciens, dans l'antiquité, Descartes, Leibnitz, Buffon et Laplace, chez les modernes, ont admis que la terre a été d'abord incandescente. Cette fluidité ignée rendait toute vie impossible. La surface de la planète s'est refroidie peu à peu depuis des millions de siècles. Elle est descendue à une température telle, que l'eau provenant des vapeurs atmosphériques condensées, a pu rester à l'état liquide. Jusque-là et plus tard encore peut-être nul être vivant ne parut : car l'humidité est une des conditions essentielles de l'organisation animée. L'Océan d'alors était presque sans bor-
nesetpen profond. Seulement les parties les plus élevées de U crdûte oxydée du globe, dépassaient les mers et les parsemaient d'îlots innombrables. Les eaux une fois devenues permanentes, au fond de bassins qui les contenaient se déposèrent des sédiments formés par l'altération et la décomposition des roches émergées. Aux roches cristallisées, massives, nées du refroidissement des fluides incandescents , s'ajoutèrent 'des dépôts en couches successives et superposées, ou, comme oq dit, stratifiées. La structure de ces couches et l'arrangement des matériaux qui les composent, en révèlent avec évidence l'origine sédimentaire. Les trois quarts de la surface des terres émergées de nos continents et de nos îles, ne sont que des dépôts de ce genre, argileux, sableux, calcaires, caillouteux. Â partir des temps où la terre eût revêtu ces nouvelles enveloppes, un autre ordre .de choses commença. Les causes qui l'ont produit agissent encore a l'heure présente pour le maintenir et le développer.
En effet, il n'est pas d'année, pas d'instant où quelque phénomène tantôt retentissant et subit, tantôt latent et imperceptible n'apporte des changements à la constitution et à la configuration de la terre. Ces changements, tout compté, tout rabattu, l'améliorent. Ils prouvent en outre que dans ses limites, elle se meut avec une certaine liberté, et que tout en elle n'est ni raide comme la géométrie, ni inflexible comme le destin. Il y a pourtant des esprits systématiques ou prévenus qui soutiennent que, depuis la venue de l'homme, notre planète demeure stationnaire à jamais. La raison de cette illusion, c'est que les changements géologiques sont peu notables, presque insensibles même pour périodes de plusieurs dizaines de siècles. Ils y met- ^
i .JJ^JUJU*
tent ,1e. temps, il est vrai, mais ils s'accomplissent; et il en est bien peu, si toutefois il en est, qui ne présentent à des regards exercés les caractères d'un progrès. Compter et décrire ces progrès, ce serait empiéter sur les méditations qui vont suivre. Bornons-nous en ce moment à constater que si les corps inanimés terrestres ne vivent pas, ils ont une puissance propre de préparer la vie et de s'y adapter. Ainsi les évolutions de la planète qui nous porte attestent, dans sa durée précédente, aussi bien que dans sa présente existence, des associations réglées, des rencontres prévues, des progrès calculés, des harmonies préétablies. Que ces admirables enchaînements proclament une intelligence, il faut avouer cela, ou nier la lumière. Quanta éparpiller cette intelligence, qui est forcément harmonie et unité, quant' à la répandre par morceaux dans la multitude infinie des atomes et des forces du monde inanimé, c'est proposer une explication contradictoire dans les termes. L'intelligence, cause de l'unité, ne saurait avoir pour substance que l'indivisible unité de Tesprit.