‹ Les harmonistes des XIIe et XIIIe sièclesChapitre 2 sur 2 · IO · texte numérisé non relu

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3) Quidam vero fuit alius Anglicus, et habebat modum Ànglicanum notandi et etiam in quadam parte docendo. Post ipsos et tempore suo fuit quidam Johannes supradictus, et continuavit modo omnium supradictorum usque ad terripus Franconis cura quibusdam aliis magistris sicut : magister Theobaldus Gallicus et magister Simon de Sacalia, cum quodam magistro de Burgundia, ac etiam quodam Probo de Picardia,cujus nomen erat Johannes le Fauconer.

» Boni cantores erant in Anglia, et valde deliciose canebant, sicuti magister Johannes filius Dci; sicuti Makeblite apud Wyncestriam, et Blakesmit in curia domini régis Henrici ultimi.

» Fuit quidam alius bonus cantor in multiplia génère cantus et organi ; cum quibusdam aliis de quibus alias faciemus mentionem, etc. »

Il résulte de ces textes que, dès le xn° siècle, on exécutait de la musique harmonique à Notre-Dame de Paris, et que celle-ci était employée aussi dans l'accompagnement du plain-chant par l'orgue. Ce qui n'est ni moins important ni moins curieux, c'est que nous avons là les noms d'un certain nombre de maîtres de chapelle de cette célèbre cathédrale.

Ainsi, on y voit d'abord un nommé Léon ou Léonin, organiste et déchanteur; il était auteur d'un livre d'orgue pour le graduel et Tantiphonaire.

A sa mort, il fut remplacé par Pérotin, appelé le Grand (« Perotinus magnus »), à cause de l'excellence de ses compositions harmoniques (« optimus discantor erat et melior quam Leoninus »). Jean de Garlande(« quondam in studio Parisino expertissimus atque probatissimus' ») cite Pérotin comme auteur de quadruples excellents2 ( « quadrupla optima »).

A Pérotin succéda Robert de Sabillon; vinrent ensuite Pierre, surnommé « optimus notator », probablement Pierre de Croix (Petrus de Cruce), dont nous publierons les compositions, et Jean, appelé « Primarius ».

Dans le manuscrit qu'on vient de citer, il est it que ces maîtres de cha-

1 Ainsi s'exprime Philippe de Vitry dans un par le R. P. Schubiger. manuscrit du monastère d'Einsideln , dont un 2 « Scriptorum de musica medii aevi nova

extrait nous a été obligeamment communiqué séries ». etc., page. 116.

pelle de Notre-Dame de Paris pratiquaient la méthode de notation dont parle Fauteur du document, méthode, ajoute-t-il, suivie jusqu'au temps de «Franco primus», et de Francon de Cologne, qui donnèrent d'autres règles.

A ces noms, il faut ajouter ceux de : Thomas de. Saint- Julien, de Paris; Pierre Trothun, également de Paris, et maître de plain-chant à Orléans ; maître Théohald le Gallois; maître Simon « de Sacalia »; Jean de Bourgogne; Jean le Fauconnier, dit « Probus», de Picardie; «Admetus», d'Orléans ; Pierre le Viser.

L'Angleterre possédait aussi, à la même époque, d'excellents déchanteurs, au nombre desquels se faisaient remarquer un maître Jean ; Makeblite, de Winchester; Blakesmit, attaché à la cour du roi Henri II, et un autre simplement appelé « Anglicus », notant sa musique d'après la méthode alors en usage en Angleterre.

Parmi les artistes anglais de cette époque, il faut ranger encore Robert Brunham, W. de Duncaster, Robert Trowell, et surtout le moine de Reading, qui écrivait, avant 1226, le canon à six voix, rapporté par Burney et Hawkins comme une œuvre du xve siècle.

L'Italie et l'Espagne, ainsi que nous le ferons voir, ont eu leur part dans cette œuvre d'élaboration et de développement de l'art harmonique.

On l'aura déjà remarqué, la plupart des artistes dont on vient de citer les noms sont antérieurs non-seulement à « Francon de Cologne », mais aussi à « Francon premier »', tous deux signalés pour leurs inventions progressives dans l'art de noter la musique mesurée.

Nous ne saurions assez le répéter, ce sont là des faits d'une importance capitale pour l'histoire de la musique.

Quant aux théoriciens et didacticiens, on ne connaissait d'eux que les fragments de compositions qu'ils donnent comme exemples des règles qu'ils posent. Les pièces entières étaient inconnues; elles semblaient perdues, lors-

1 Ce « Franco primus » était de Paris, et l'on prouverons ces deux points dans notre ouvrage possède son traité sur la musique mesurée; nous qui est sous presse.

que l'existence d'un certain nombre d'entre elles fut révélée dans le manuscrit de Montpellier. On y trouve, en effet, des compositions à trois et quatre parties, de Pérotin, de l'auteur du traité appelé, par Jérôme de Moravie, « Traité de Déchant vulgaire », de Francon de Paris, de Francon de Cologne, du nommé Aristote, de Jean de Garlande, de Pierre Picard, de Pierre de Croix, de Walter Odington et de divers anonymes.

En voilà assez, pensons-nous, pour faire voir combien le manuscrit de Montpellier et les autres documents que nous venons de signaler sont importants pour l'histoire de l'art musical aux xne et xin° siècles. Cette importance est telle, suivant nous, que nous avons cru utile d'en faire un examen approfondi , dans un ouvrage qui est sous presse et qui portera pour titre : <i Musique harmonique et Musiciens harmonistes aux xn° et xme siècles » .

Ne pouvant éditer en entier le manuscrit de Montpellier, qui contient huit cents pages in-quarto, nous en avons extrait environ cinquante compositions à deux , trois et quatre parties qui nous ont paru les plus propres à faire apprécier la situation de l'art à cette époque. Elles seront reproduites dans !a notation originale avec leur traduction en notation moderne. De cette façon , chacun pourra vérifier l'exactitude de nos interprétations; on jugera en même temps du degré de difficulté inhérente à ces sortes de travaux.

L'ouvrage que nous allons publier sur la matière qui fait l'objet de cet article, embrassera donc l'examen de tous les genres de compositions harmoniques en usage aux xii<* et xiik siècles, et l'appréciation de la part de mérite qui revient aux divers initiateurs de cet art alors tout à fait nouveau. Grâce au manuscrit de Montpellier, grâce aux documents importants que nous venons de citer, et qui viennent jeter un jour tout à fait nouveau sur une période de l'histoire musicale, restée obscure, nous pourrons présenter un travail complet sur l'origine et les premiers développements de l'harmonie, qui est devenue, entre les mains des hommes de génie de ces derniers siècles, un art et une science à la fois.

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