UNE FEMME
Qui conduisait le bourriquet aujourd'hui?
LE PRIEUR
Le père Saint-Sébastien.
TOUS
Cherchons ! [La foule et les moines évacuent la chapelle. A peine le bruit s' est-il écouté que Barrabas entr ouvre la porte du confessionnal et regarde avec précaution.)
268 LES HAUTS FAITS DE M. DE PONTHAU BARRABAS; il' wie VOIX amicale .
Me voilà!... Les imbéciles! ils ont oublié de garder la porte. — Chapelle qui ne t'es pas écroulée sur mes persécuteurs^ autel de pacotille^ moines qui n'avez pas su me défendre^ asile des désirs inassouvis et de la frugalité bêie, boîte à prières, bon Dieu inerte, temjDle de la crasse et de la sottise Je vous maudis!... Décampons.
{Exit.)
Un clair de lune magnifique. — Le ciel est plein d'étoiles. A droite, un mur au-dessus duquel on aperçoit le parc et les tourelles du château de Ghistelles. — Au fond, une prairie à travers laquelle murmure, brille et serpente une rivière ombragée par des saules, des frênes, des peupliers et des buissons innombrables. Un bouquet de noyers colossals ombrage un banc de pierre. On est en automne et les feuilles déjà jaunes paraissent blanches dans la nuit transparente.
DE POINTHAU.
[Il se prunièiœ saim cpée^ aaiis chapeau, drapé dans
un lanje niaideau de couleur écarlaie, à travers les ,
plis duquel passe an de ses bras.)
Préparons-nous à livrer un dernier combat.
Demain matin, à cette môme place, je dois voir
Hélène. La vision de cette femme me poursuit
sans relâche. Pourquoi piètine-t-elle ainsi sur
mon ame? — .Je sens marcher partout à coté de
moi son image, et partout je respire les i)arfums
(le son corps. (Il n'assied sur le banc de (jazon. Son
manteau lui (j lisse des épaules et il apjHiralt en bras de chemise,) Hé! Ponthau, ton souvoraiii inaîtro, à seule fin de te martyriser, f aurait-il percé le cœur avec cette passion?... Non! ce sont des émanations charnelles rpii te montent à la tête. On dit qu'elles sont fatales, c'est vrai! Prends garde ! sois plus qu'un homme et sache te prouver que tu es capable de les étouffer, ou d'en mourir. (// se couche sur le dos.) — La Parpaillotte prétend avoir vu rôder le comte de Helly autour du château. Que vient-il faire?... Je lui souhaite de ne pas se rencontrer sur mon chemin... — Comme la nuit est splendide! Quand je pense qu'à cette heure, sur la face de la terre, dans tous les pays du monde, il existe des milliers de couples enivrés, éperdus, enlacés, je frissonne. Si je parviens à être aimé à mon tour, plus tard, qiielle extase ! Oh! les volujrtés permises! oh ! les baisers donnés et rendus sous l'œil bienveillant de Dieu ! Oh ! Pacheminement respectable vers la tombe et lamitié soufflant au visage après Famour ! les souvenirs adorés alors qu'on a des cheveux blancs et la tristesse poignante de celui qui survit ! Hélas ! ici-bas, chacun doit s'avancer vers un but déterminé. Les uns ont été bénis pour une vie pacifique, pour peupler l'univers entre les bras des femmes, pour s'ébattre à Pabri des calamités ; les autres pour forger la vérité, pour s'en servir comme d'un glaive et pour apparaître terribles et irrités devant les ignorants stupides et les men-
270 hE^ UAllT^ FAITS DE M. DE PONTIIAU
teurs. — Nuit, silence, astres mes amis, pom^quoi êtes-vous si joyeux et si brillants quand mon àme ploie sous le fardeau de la vie ? Sont-ce des lueurs d'espoir, sont-ce des larmes sympathiques que vous pleurez sur moi? Sont-ce des consolations?... Je n'en veux pas. (// se remet debout,) Que ne puis-je m'éloigner d'ici et reprendre ma course ! Je suis un vivant bien près de devenir cadavre, car le mouvement seul me reste. {Ils éloigne.) Mes conceptions d'autrefois sont mortes.... mortes !