PREMIÈRE PARTIE
Jusqu'à ce jour , l'histoire de la Révolution , vaste sujet de biographies où l'on ne croyait pouvoir s'aventurer sans prendre un héros en croupe , n'a été écrite qu'au point de vue des personnes et avec des instincts trôs-aristocratiqnes. Ptûlénaée faisait tourner le soleil et les planètes autour de la terre ; les historiens, vrais Ptolémées modernes , ne se proposent qu'un but : faire tourner autour de tel ou tel homme le grand système de 89 et de 93, accaparer au profit de leurs tbéorieB et de letnfMklMB le mouvement le plus impersonnel qui fut jamais.
Un honmM d*Éiat d& Midî s'^rend natorelleiMnt des Girondins; Miehelet» que son fteie bisloriqne eût dft peâmnrir , ne-eaehe point ses préfirences pour ' Danton; et rex«prééieMir dn Lmemboorg élève nne nouvelle alalne à lldofe inféconde et farouche qu'on appelle Robespierre.
Mais la Révolution ! ce bouillonnement d'hommes , ce jaillissement d'idées » ee déchaînement de passions , mêlée admirable et terrible où toutes les aspirations , tous les principes et toutes les douleurs de rbumanité se trouvèrent m présenee, elle est comme le Dieu de d'Aubifné , <|ait . .
Au désert , pauvrement hébergé , A basti tom le monde et B*y est pas logé ;
elle n*eibte qne par sesseoriea. Que dis-je? die gtt ensevelie sons nn amas d'injures, d'aoensatiaos et de calommea tel que les plusbravesn'oaant&iiereffirrt de Ja retrouver et de prendre sa défense.
Par une tactique sans cesse renouvelée, de £mix amis la louent dans les fautes qu'elle a commises, la déifient dans les ennemis qu'elle a épargnés, les alras et les préjugés qu'elle n'a eu ni le temps ni le vouloir de détruire; ils finissent par la souffleter dans sa chair et ses os.
Panégyristes des principes de 89 , qui n*eut jamais de principes, trouvères de la Fédération et du Jeu de Paume, séides de Robespierre ou de Torquemada, Jacobins de boudoir et de coulisses , forts de calomnie , faibles de cœur, descendez k la Gonunune, abordes OS.
La RéTOlntien n*est pas ee théâtre à phrases, dépaseé eonttnuéllenent paf le mouvement parisien, eette seène épique ei tmgli|ue déclament des ofutenm emportés par le flot populaire ; elle réside dans les entrailles de la plèbe, les piques des faubourgs, les mugissements des sections et des clubs , dans ces hommes obscurs ou exéerés, toujours en action , qui exaspéraient les forts, ranimaient les faibles, semaient partout la haine des tyrans et des dogmes, et ramenaient dans la voie révolutionnaire , à la bouche des canons, les conveniionnels,
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beaucoup trop nirfiûts. Pans nt k fournaise, eotmoe par Danton , où bout le métal en fosion, te moule ardent d*oà va aorUr la grande statue de la Liberté.
Sublime adjuration de la foule en guenilles aux portes des palais 1 Quousque terrible de l'armée de la misère, ouvriers sans {ouvrage et sans pain, faces dédiaruées, femmes blêmes avec des enfants maladifs, étalant leurs cicatrices et leurs plaies au sein des assemblées envahies! Ces députations fougueuses qui jurent de n'avoir d'autre religion que l'Égaliic , d'autre culte que la Patrie; 4se8 monceaux de vases et de débris sacerdotaux apportés par lea fidèlea à la Convenu tiou; ces dochea et eea cercneib definna dea eanona et des balka» ees prêtres échangeant avec joie leur titre mystique contr&oelm d'homme et de dtoyen , quel enseignement pour les nations 1 , ,
Les saints les plus vénérés tombent sans mot dire sous le marteau des îconodaates, les reliques miraculeuses brûlent sans que la foudre gronde. Les vierges .qui sauvèrent des villes ne peuvent se sauver elles-mêmes. Une flamme jaillit de la Grève : elle dévore lea ossements de sainte Geneviève, et la chemise de saint Louis.
Qu'est-ce que les chaires dr philosophie devant cette philosophie en acUon qui a le monde entier pour auditoire?
Que sont les années de méditations et de calculs , les études profonde, les âges, les livres et les pays interrogés, les ruines fouillées, en ÛMîe de Tînatinct et de rinspiratîon populaires?
Auprès de cette voix formidable où hurlent tous les déurs et tontes les sou^ frances de hi terre, que vaut la période d'un tribun?
Les états généraux, complaisante machine à eontre>signer des édits, donnaient & la France le hon bifiet de La Châtre. Les trois cents électeurs de Paris , serrés autour du blond La Fayette et du compassé Bailly, consiitutionnols bâtards, monteurs de liberté , eussent perdu la Révolution et euxHoaômes par amour du juste milieu, si on leur eût abandonné les guides.
Ils parlaient, le peuple agit et laissa bien loin derrière lui ses pâles pédagogues.
Les hommes étaient petits, mesquins, esclaves de l'ambition, de l'ôgoïsmeetde la peur; les assemblées se montrèrent royalistes, girondines, réactionnaires, tOUr* jours bourgeoises; le peuple seul fut le grand révolutionnaire, héroïque, prodigue de son sang et de son cœur, prêt à trancher les situations comme Alexandre.
Aussi Toriginalité véritable est-eUe dans les quelques figures hardies qui fiirent les types de la logique et de la grandeur plébéienae.
Oublions un moment ces orateurs dont cent mille hommes poncteent les phrases et accentuent chaque mot, coryphées grandis par le sang de la canaille* Oublions ces acteurs à masque et à rotliurne portés sur les épaules des masses.
Vieillard haché par le sabre de Lambosc, femme et enfant massacrés sur l'autel de la patrie, volontaire crucitié par la piété des chouans sur la lande déserte, ouvrier dont la poitrine nue s'offre aux balles des Suisses, que ne puis-jc pénétrer jusqu'à vous, embrasser votre nom et votre mémoire ! Victimes glorieuses et obscures, la renommée n'a point recueilli vos moindres pdiulcs et vos moindres gestes; elle n a pomL fouillé votre vie, depuis la naissance jusqu'au tombeau; elle ne sait point vos noms. Vous êtes tombés, chacun à votre place, avec le droit pour soutien, avec l'égalité pour espoir , sans un pleur ou un souvenir, et votre cadavre eat devenu le piédestal des intrigante.
Puisqu'il n'est pas permis d'arriver jusqu'à vous, héros enfouis, j'irai jusqu'à la dernière couche , et du moins je vous gilorifierai dans vos chefs, ces bouches qui ne craignaient pas de hurler avec l'émeute, ces mains qui saisissaient la pique e) tordaient ia coide du tocsin.
Ils ne sont point dans la salle du Mané^ ou sous les lambris des palais, les futurs vainqueurs de la Bastille, hommes de juin et d'août, tronçons de la grande Commune: l'athlétique Saint-Hunigue, l'huissier Maillard, qui va sommer le roi jusque dans son Versailles; le brasseur Santerre, à la voix de stentor; Marat, l'homme de la fureur et de la justice; le beau Polonais Lazouski, commandant les canonniers de Saint-Marcel ; le mystérieux Gusman , les jeunes Varlet et Rossignol , les Hébert, les Momoro et les Chaumette, apôtres prédestinés de la Raison.
Ce qui distingue ces âpres lutteurs de la cohorte des illustres , c'est qu*alt6rés ^e justice et de réparation, ils mettent sans hésiter la main à la besogne.
Les dieux de l'olympe politique restent cachés dans leur nuage. Ces enfants perdus de l'idée, cerveaux brûlés de la fièvre patriotique, poussent les événements et forcent la main à la Fortune.
Ils sont au Palais-Royal , lorsque le Camille Desmoulins de 89 pousse son brûlant appel aux armes. Le 17 juillet, tandis que Danton et Legendre déjeunent à Fonlenay, ces obscurs , ces fous vont au Champ-dc-Mars signer la pétition de déchéance, que signera tout à l'heure le sang du peuple. Echappés aux balles bourgeoises, ils élèvent à leur tour le drapeau rouge , o loi martiale du peuple « proclamée contre la rébellion du pouvoir exécutif. » À leur voix , les sections vont bientôt prouver au roi inviolable la vanité de son velOi et les ménagères parisiennes coifferont le petit-fils de saint Louis du rouge bonnet de liberté.
Avertissement inutile! chimère de conciliation I Brunswick se déclare le vengeur des souverains outragés dans Louis XVI , le royalisme trahit et menace, les ulémas de Vendée prêchent la guerre sainte, Roland veut fuir jusque derrière la Loire, et l'Assemblée, aplatie par la peur, subit les impertinences de La Fayette. C'est au peuple encore à se sauver lui-même. Il parle en ces jours de péril par l'organe du fougueux Danton. Au son du tocsin des Cordeliers, qui jette sur Paris son glas vengeur, chaque section envoie à l'hôtel de ville trois commissaires insurrcctionnelsavec des pouvoirs illimités. La faible commune de Pétion s'évanouit comme un songe. Une forêt de haches, de sabres et de fusils, un flot de colère et de justice roule vers les Tuileries, en broie les défenseurs, et jette aux pieds de l'Assemblée législative la royauté pantelante.
Paris, ce grand corps, trouve sa tête puissante dans la Commune du iO août et de 93, la Commune d'Hébert, de Marat et de Chaumette. En ces jours seuls, courte échappée, le peuple , la plèbe, la populace (choisissez) , roi toujours en esclavage ou en tutelle, régna par lui-même, et, dégoûté des empiriques, fit son vigoureux coup d'essai. Le gouvernement de ces rudes esprits, c'était la lutte sans trêve, la lutte jusqu'à ce qu'il ne restât plus debout un abus ni une erreur. Les hommes vaincus, ils s'attaquèrent aux idées. La royauté, les Girondins détruits, ils voulurent abattre la tyrannie spirituelle, l'hypocrite oppression des âmes.
Rien dans l'antiquité ni dans l'ère moderne , dans l'Agora ni dans le Forum , qui puisse donner une idée des séances de la grande Commune, cette gloire éternelle de la plèbe.
Les magistrats de Paris siègent dans la salle Saint-Jean, réservée à tant de tempêtes. Le bonnet rouge, le bonnet du paysan, du forçat et de la liberté, est sur leurs têtes; la carmagnole, la souquenille du manœuvre, est leur vêtement; ils portent des sabots, car l'armée manque de chaussures. Plus loin s'étendent les tribunes remplies d'ouvriers de la Grève, de délégués clubistes ou section n aires, de femmes et d'enfants avec la cocarde tricolore, foule affamée et défiante, qui garde de ses mille bras et obser\'e de tous ses yeux les chefs de son choix.
Le procureur de la Commune se lève, et de celte douce et ferme parole que le peuple aimait tant à entendre : .
. t Citoyens, dit-il, vous avez proscrit les filles publiques, et vous avez bien fait (1). « Maintenant, elles se sont rendues à la dévotion, et le fianatisme est substitué à la « débauche. Elles vont dans les temples, elles font des rassemblements avec les « prêtres... Les prêtres sont capables de tout; si vous n'y prenez garde, ils feront < des miracles. Ils empoisonneront les patriotes; ils mettront le feu à la maison c commune, ils renouvelleront leurs mines, et lorsqu'ils verront brûler leurs vic- « times : « La justice du ciel, prêcheront-ils, les punit! » Je requiers le conseil « de déclarer le peuple de Paris mûr pour la raison , attendu qu'il a déclaré ne - c reconnaître d'autre culte que celui de la vertu et de la patrie. »
Le conseil arrête que les églises de tous les cultes et de toutes les religions seront fermées sur-le-champ.
« Nous ne pouvons laisser tromper le peuple, crie une voix stridente, celle du « substitut Hébert ; il faut que la Commune défende la vente des reliques et de la « poudre d'orviétan ; il faut que les établissements religieux et les couvents soient « changés en hôpitaux et en établissements utiles. Les clochers sont contraires à
« l'égalité, et je réclame leur démolition D'autres empoisonneurs falsifient
« les boissons, je requiers contre ces hommes des peines sévères. Parmi les ma- € lades de l'Hôtel-Dieu, les deux tiers sont victimes de ces opérations homicides. »
La section du Muséum vient réclamer une commission qui remplace les livres superstitieux des écoles par des livres de morale et de raison. Appuyé! Chaumetto s'élève contre la peine du fouet employée dans les écoles, et en fait décréter l'abolition.
La question des hôpitaux préoccupe particulièrement l'Assemblée. Elle chasse les religieuses, et ordonne une enquête sur l'humeur et le caractère des personnes vouées au soin des malades. Les affreuses loges de la Salpétrière seront détruites, les logements de Bicêtre améliorés.
Le Conservatoire de musique se fonde sous la direction de Gossec, afin de composer les airs et les hymnes nationaux; les musées sont ouverts au public; la réparation des tableaux et des objets d'art ne peut avoir lieu que par la voie du concours.
L'égalité des sépultures est proclamée , et le pauvre comme le riche doivent être enterrés avec un cortège décent, dans le drapeau tricolore de la section. Les cimetières, ces hideux charniers, deviendront des parterres où a l'on pourra resf pirer l'âme de son père dans une fleur i> , où, au milieu des arbres et de la verdure, s'élève la statue du Sommeil. On y lit : LHmmortalité véritable est le souvenir des nobles actions.
Ces grandes mesures sont prises en face de l'ennemi victorieux, des départements soulevés, de la mort suspendue sur les têtes.
Voici maintenant une cérémonie formidable, l'épuration. Tout membre du conseil, depuis le maire jusqu'au dernier des membres, descend à la barre en présence du peuple, et demande s'il a démérité. L'accusateur peut parler sans crainte: une enquête immédiate démasque le coupable et réhabilite l'innocent.
Quel homme politique de noire temps oserait affronter cette haute et redoutable épreuve? Ceux-là avaient la conscience nette : ils préféraient la brutale reconnaissance du prolétaire. à l'estime perfide des aristocraties.
Martyrs dont on n'a guère remué la poussière ! Par eux, l'esprit humain, l'esprit de la Grèce et de Rome, évoqué un instant par la Renaissance, faillit triompher à
fi) Les filles publiques, ces utiles fonctionnaires de la Régence et du règne de Louis XV, étaient toutes rojalistes. Leur alcôve était l'asile habituel des agents de Coblentz et des poétiques chevaliers du poignard. Chaumette , afin d'ôter tout prétest^ k ces désordres, avait ouvert d'immenses ateliers pour femmes.
jamâîs; ils Virent dans la Révolution le débat fatal de la justice et de la société, et ils se jetèrent sans hésiter dans la lutte. A leur voix , bastilles , monastères et parlements s'écroulèrent, et dans Notre-Dame régénérée, sur l'autel des sacrifices, l'hérétique du moyen âge, l'amie de Voltaire et de Diderot, la Raison a trôné î
Salut, Hébert et Pache, purs et nobles citoyens ; Chaumette, que le peuple aimait à l'égal d'un père; Momoro, plume ardente, généreux esprit; Ronsin, général intrépide; et toi, douce et mélancolique figure par qui le panthéisme allemand donna la main au naturalisme français, Clootz Ânacharsis 1
L'orgueil et l'ambition , cachés sous d'hypocrites formules , ont sacrifié ces hommes, et la Révolution a péri avec eux.
, Toujours se dresse avec outrecuidance le parti des impuissants, des purs et des vides ; toujours la négation, sous le masque menteur de puritanisme et de vertu , oppose à la vie et à l'action l'argument du bâillon et du poignard. Toujours les victimes sont souillées par les bourreaux. Mourir est doux pour l'homme dont la vie tout entière a été un combat: c'est le repos. Mais mourir dans son honneur , ■ savoir que d'impitoyables adversaires souffletteront la tête coupée, frapperont la poitrine morte, interpelleront la bouche qui ne peut répondre et l'appelleront lâche I
Savoir qu'ils s'allieront contre vous, môme avec leurs propres ennemis , parce que vous n'eûtes pas leur projet égoïste et leur arrière-pénsée déloyale , parce que la justice et non l'intrigue fut votre but ; savoir que leur audace trouvera créance et que les plus nobles cœurs prononceront avec défiance des noms qu'ils eussent acclamés avec amour , ah 1 c'est mourir deux fois. Hébert déchire ses vêtements , , et le mouchard de Robespierre peut écrire à son maître : « Hébert a paru faible, embarrassé; la dernière nuit, dans sa prison, il a eu des accès de désespoir (1). »
Il triomphait à son aise, le continuateur de saint Dominique et de Loyola, drapfi dans son gilet brossé, divinisé dans l'Être suprême, frappant à droite et à gauche. Hébert mourait par Camille Desmoulins , Chaumette entraînait Danton. Nobles et prêtres respiraient abrités derrière le grand pontife. Châtré par la vertu de Vm*corruptible, catéchisé par la morale de Saint-Just, voué pour tout avenir aux joies de l'ascétisme, le génie de la Révolution râlait , et Catherine Théot , devançant Bûchez, annonçait au monde le nouveau Messie.
11 meurt crucifié le 9 thermidor et ressuscite après 1830. 11 vit dans le cœur de Tambitieux vulgaire, de l'homme qui veut dominer à tout prix, du dandy qui roule entre deux maîtresses et trois chevaux de course sa morale puritaine ; il vit dans l'âme haineuse et jalouse , l'esprit bas et méchant. Son ombre , qui ne peut plus tuer, insulte et souille. Basile à longue barbe et à chapeau pointu sort du club ou de l'estaminet et adresse à son compère clérical le sourire de l'augure.
Robespierre vit honoré au milieu des nuages du plus dévot encens, tandis que ses victimes traînent aux gémonies ; son froid regard glace le cœur et le cerveau de la France, tandis que les représentants de la Vie et du Progrès, les amants de la Nature, dont la généreuse utopie ne demandait qu'à devenir réalité, barbouillés de lie et de sang, plient sous l'injure de tous les ennemis coalisés de l'humanité et sont en horreur à tout ce qui connaît leur nom.
Et pourtant, est-il rien de plus faux que les accusations de Camille, cet ingénieux gamin qui, selon l'expression du cousin Jacques, en calomniant ne croyait que médire? Toutes les allégations du procès , — calomnies ; la trahison de Ronsin , — mensonge; l'aspect vicieux et cynique infligé à ce groupe lumineux de poètes, d'étudiants, d'artistes et d'hommes du peuple, — dérision.
L'avénement des Hébertistes fut l'avènement de la science et de la raison sous
(1) BucHBz et Roux , Bistûire parlementaire de la Rétolution , toI. XXXII , p. 54 , rapport de l'espion Labourcau.
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\g forme la plus énergique , la {)lus populaire , mais aussi sous la forme qui pounit seule en assurer le triomphe définitif. La science que les Girondins, les doclrivires d*«lois, «vaieni voulu doltrer dans une oligarchie lettrée, fut tirée du boudoir el jetée sur la place publique. Les Hébert&stes s*adreisèreut an peuple et lui dirent: • La science est ta conquête, la science appartient k tous, viens et prends ! • La lutte acharnée qnlls engagèrent contre la métaphysique autoritaire, cette pierre angulaire de toute oppression, montre que seuls ils eurent conscience de la Révolution, que seuls ils en comprirent le sens, la marche elle l^t. L'humanité future leur apparut dans une vision suhlimc ; et, las des promesses vaines, ils réstew mèrent le règne immédiat de l'homme sur la terre.
. Ils ont attendu jusqu'à présent la justice. Atlendronl-iis longtemps encore?
a J'en appelle à la postérité î i« s'écria Clootz sur Téchafaud. La postérité n'a encore répondu que par l'outrage : « Gloire aux bourreaux , haine aux victimes ! » cUautent poètes et historiens. Les tueurs lavent le pavé, jettent les morts dans des tifns, s'essuient les mams et disent à la Inde assemblée : a Quel crime nous reprbdie-tron t Notre main est blanche. »
> Accumulez, puisque tel estrusage, sur ces boucs émissaires de la Révointion l^M^rreur^de tons les for&its; répètes les bourdes de Desmoulins et les abominatlfns des légendes et pamphlets catholiques; mais au moins ne jetez pas 4 ces morts l%demière injure , la seule peut-être qui puisse les iaire bondir dans leur tombeau ; ne reprochez pas la haine de la science à ceux qui, pendant leur courte existence, ont combattu pour elle les idées supranaturalistes, à ceux qui l'ont aimée au point de l'honorer sous les traits d'une déesse. J'entends gronder Hébert :
« La grande colère du père Duchesne de voir que l'instrucliou publique ne va a que d'une aile, et qu'il existe des accapareurs d'esprit qui ne veulent pas que le
^« peuple soit instruit, afin que les gueux oentinuent de porter la besace. Ses bons c avis à toutes les sociétés populaires pour qu'elles donnent le grand coup de
.< ooUier à Tinstruclion éfiê sans-satottes» afin d'écvassr, une bonne fois, le Ikn»- « tisme et la tyrannie. »
« Le plus grand malheur de rhoauDe, dit Hébert , c'est rignoranee : elle est la c cause de presque toutes les sottises et de tous les aimes qui se commettenHur « la terre. C'est elle qui a engendré tous les maax qui nova a£Bigentl Ledsspoc tisme est son ouvrage, le fanatisme son chef-d'œuvre. »
« Les tyrans, dit encore le père Duchesne, qui savent bien que leur pouvoir est « fondé sur l'ignorance, ont grand soin de l'entretenir; car il ne faut qu'un souffle a de la raison pour renverser tous leurs châteaux de cartes. Us protègent la su- « perstition , parce que la superstition abrutit l'homme et lui ôte son courage et « son énergie...; car, tandis qu'il a la téle pleine de sorciers, de revenants et de c Ions les contes du diable et de l'enfer, il no songe pas au véritable enfer , à « ren^ de Tesclavage. Aussi , le plus grand crime au yeux des despotes, c'est t de parler raison et de prêcher la vérité, t J'ai vécu dans ce temps de malheur, où U n'était permis anoL sans culottes
. « que de lire Y À Imanach de Liège et le Meuë$êr boUeiWé Malheur su pauvre bar- « beuilleur qui osait, dans çon grenier, griffonner un livre pour éclairer le peuple ! t Je me souviens d'avoir vu brûler au j)iod de l'arbre de la basoche tous 1^^^ < des braves qui nous ont appris à devenir liljres. Je me souviens de toffsiy mân" a déments d'ôvéques et d'archevêques contre le bonhomnie Jean-Jacquésl^OiMseabi t de tous les arrêts du Parlement, de toutes les lettres de cachet plouvaicnt « comme grêle sur la tête de cet ami de l'humanité, (lonime Marathil était obligé •« de se cacher de cave en cave pour n'être pas grillé tout vivant en jUaco de Grève- « Le paiUard, le crapuleux Louis XV n'aurait jamais pardonné à \'Ùtàn &d avoir
« fait Brutm et turlupiné toute sa vie les calotins, si ce môme Voltaire, pour se ti* « rer de presse et pour éviter la brûlure, ne s'était avili cti fla|^ornant les rois et en « faisant des coup] ois muscadins en Thonneur de toutes les maîtresses royales et de « tous les proxénètes du roi très-chrétien.
« 11 est donc clair, comme doux et deux font quatre, que le grand secret de la u tyrannie pour écraser les liommes, c'est de les tenir dans l'ignorance. Il faut ({iie « tous lesb...... qui ont du sang dans les veines et qui savent aussi que la ni son
« est la botte secrète pour tuer bt tyhnmiet ne cessent de prêcher la raison ; il faut « donc, si Ton veatsinoërement établir la vérité, combattre, étouffer les préjugés ; « il faut instniire tons les hommes : car si nous continuons de laisser tons les œoi s « dans' le même panier, c*esi-à-dire si les. sans-calottes ne peuvent se procurer « autant dlnstiuction que les riches, bienléitils redeviendront esdaves ; il y aura « un accaparement do science, et les gueux porteront toujours la besace.
a Ah ! si rAssomblôe constituante avait joué beau jeu bel argent, si elle avait été « de bonne foi comme la Convention, les écoles primaires seraient établies depuis « quatre ans, cl il n'y aurait pas un seul sans-culottc dans toute l'étendue de la M République qui ne sût lire et écrire; nous ne serions pas à la merci des gens de « loi et des calotins qui occupent toutes les places, et qui feront la pluie et le beau « temps jusqu'à ce que les sans-culottes suieut insLi uUs. Pour réparer le temps « perdu et pour écraser une bonne fois toutes les vermines de Tancien régintô, je « voudrais que tous les amis de la liberté se réunissent pour donner un grand « coup de collier à rinstiuction publique. »
Suit un plan d'instruetîon publique dessiné de main de maître. Hébert termine ainsi en s'adressent aux sociétés populaires : « G*est vous qui avez fondé la lift berté ; mais ce n*est pas assez, vôus devez nous apprendre à la conserver : dét livrez-nous donc du mensonge et de l'ignorance , et vous donnerez le coup de « grâce à toute espèce de tyrannie. Attendons peu, dit-il encore, des liommes qui a ont sucé le lait du despotisme et croupi dans l'esclavage.... Jamais on n'aura a de bons généraux, de boub magistrats, qu'une bonne éducation n'ait réformé les a hommes. Empressons-nous donc d'élever nos çnfants dans les principes répua blicains. Que leurs mères soient leurs nourrices , la nature Tordonne. Que les « premiers mots qu'elles leur feront balbutier soient ceux dé liberté et d*égalité ; « que leurs £raad*mères, au lieu de leur apprendre des contes de fées et de rere^
« nants, leur racontent, dès le berceau, tous les crimes des rois Surtout que
« les prêtres n'approchent jamais de l'enfstnt, car ils corrompraient bientôt sa jeu- « nesse , ils lui apprendraient à être fourbe, orgueilleux, intrigant
« En formant k cœur et l'esprit de nos enfants, habituons-les au travail ; qu'ils a apprennent à supporter la fatigue, à endurer le froid et le eliaud. Que leurs bras « s'exercent au maniement des armes pour détendre leur pairie et purger la terre tt de tous les rois et de tous les monstres qui ne veulent pas le bonheur de l'huma- « nité. Quels hommes nous aurons dans vingt ans î C'est alors que la République a s'établira i>ur de:i bases inébranlables. Si elle rencontre tant d'obstacles , c'est « que les hommes ne sont pas mûrs.
« Courage donc, braves Montagnardsl continuez de mériter les bénédictions du ' « peuple en rendant de bons décrets. Tandis que d*va» main vous tenez la foudre « pcmr écraser les despotes et leurs vils esclaves, tendez l'autre aux malheureux , « assurez du travail à tous leS' citoyens, accordez des secours aux vieillards elaiix tf infimes , et , pour couronner votre ouvrage , organisez promptemcnt Tinstruo- « tion publique, ce sera Ut votre chef-il'ceuvre; car, sans instruction, pas de « liberté. »
Après de telles attirraations,'reprodu!tes sans cesse dans le Père DuchesnCy peuton, de bonne foi et au mépris de l'histoire , attribuer à Hébert ou à ses partisans
la fomcusc parole du tribunal révolutionnaire : « La République n'a pas besoin de savants ni de oliimistes » ?
Les historiens, à propos de cette parole impie, hésitent entre trois hommes qui ne sont point les adeptes, mais les ennemis et lesimmolateurs du parti héberiiste : Foaqmer-Tinville, rinstrnment du Comité dé sahit iniblie, et Dumas ou Ckiffinbal, 49ré8tam etâmesdamnéesde Robespierre.
Plus d*ignoraDts nid^ilotes, disaient les Hébertistes; plus d^oligarobie lettrée, d'aceaparement scolastiqae ; plus de ces hommes à courte vue, pour lesipiels la sdence est un moyen et non un but ; de ces sceptiques blasés, toujours prêts à enseigner au peuple ses devoirs en lui taisant ses droits et à écrire des harangues contre les vaincus I Assez de cette hordi^ rhamarrée, pire que les Vandales, qui mutile la raison pour Tasscrvir à ses ennemis et la faire mentir à elle-même, qui empoisonne sous prétexte d'instruire.
Mais le citoyen qui voit dans la science le but de Thumanité, Finstrument du triomphe et de l'émancipation, le levier du monde et la compagne de la liberté; l'homme qui poursuit le préjugé, Tépée haute, sans trêve ni merci , et qui, en face df^, iniquités sociales, exposant le résultat de ses ireflles, dit «a peuple : « VoiI& la Tinté I » cehiHà eftt été à sa plaee an milieu de la Commune, entre Cbaumette et Qdolz. n eût été sAremeni repoussé par les mystiques de la me Saint-Honoré, les fiuiatiquea>qi^nlesseneiés, abstracteurs de vertu platonique, pour lesquels la sédieifilie d*aspect et de coeur, Fascétisme inintelligent et mesquin , ont toujours tenu l»Bu de qualités et de savoir.
Ce qu'on veut flétrir du nom d'héberlisme est la face la plus brillante de la Révolution. Obscurcie aujourd'hui par les insulteurs jurés, elle est destinée à resplendir toujours davantage. Certains docteurs espèrent que nous en sommes à jamais débarrassés. Les idées ne meurent pas, lorsqu'elles sont la vie même de l'hu-
TnanitAI