DEUXIÈME PARTIE
Si ma protestation eontre une de oes calomnies qui sont fiuniliéres à l'histoire avait en besoin de preuves à l'appui, un adversaire s*est reneontié qui se cbuge de les fonrmr. Une accusation mortelle, l'accusation d*avoir déclaré la guerre à la science, venait de tembcr encore sur des hommes que toutes les voix, toutes les plumes s'acharnent à déchirer depuis trois quarts de siècle. Je me suis récrié. En mon âme et conscience, je crois que les Hébertistes , loin d'être les ennemis, se sont montrés, au contraire, les champions les plus décidés de la pensée rationnelle. Je l'ai dit, et sans vouloir faire entre leurs mains un monopole de certaines idées qui appartiennent à tous , j'affirme (jue ces idées sont leur Credo, leui raison d'être, et deviendront leur glorification devant l'avenir.
Or, 'voici que, pour rendre ma tâche plus facile, on évoque des fantômes contre lesquels je m*escrimais dans le vide. Merci.
Permis an pair de France Dannon dinsolter des révolutionnaires et des martyrs : e^esi dans son réle.
~ ÎO
Permis a M. Corbon , vice-président de la Constituante de de vanter \c>, délicatesses de la libie populaire, de chanter Icb louanges du grand style et de tracer une sorte d'art poétique à Tusage des Jét^e Paturot déPaveiiir: il a fait pour eda d*U8ef fructi^aeB études sur li malièn, en eompagnie âm IMMe Paturot dn passé.
Permis eneore à des âmes simples de 8*apiloyer par oûntagieik tnf de royales infortunes. Voudraient-elles me dire, eependant, ce que VAutrfdiiettnê a caAté de sang à la France ? La jeunesse aurait^Ue done la chlorose à ce point de iie témoigner d'intérêt qu'au bourreau qoi se blette avec sa liaebe» à la reine qsA
brise le front avec sa couronne?
11 ne s'agit pas d'Hébert , il ne s'agit pas d'idoles : les nôtres sont la vérité et la justice, et nous sommes prêts à tout sacrifier pour elles; il ne s'agît pas d'un homme, mais d'une idée. Ce qui est en question , c'est l'âme et la vie méwe de !a Révolution , le souftie (^iii remuait les foules , le battement de cœur, terrible comme le tocsin, qui , sans relâche , précipitait des héros et des bataillons.
En vérité, le mirade de la multiplication des pains s^est reproduit pour la Révolution* Chacun s*en fidmriqne une i sa guise, et les iMitelean, à tons ktt ccÉos du carrefour, affublant une ballerinë d*oripeaux bariolés, crient à la foulé ébahie : « Voilà la véritable, voilt.la seule, voilà eelle qtt*Q fkvii choisir I »
La Révolution n'est pas cette tragédienne, ^ève de Talma, si savâiite à d éM t cr des lira 1rs riassiques; cette statue de marbre au profil grec sous un bonnet bién posé, à la blanche tnnique vierge de souillures : tant d'art, tant de sérénité, de- Timndent du loisir et des renies. Celle qui surgit nn Jour sous le pied dn r>e?jp1e, comme le coursier de Neptune, c'est toujours la forte femme d'Anî^nstf^ Ha! hier, la sauvage héroïne des barricades, fixée par Delacroix sur son admirable toile du Luxembourg ; c'est la fille fougueuse , debout en haillons sur les pierres *e la distille, et dont le poing fermé menace le ciel et les palais, dont la colère se fUe comme la tempête.
Certes, le visage est bave quand on jeûne depuis des siècles, la voix est rauque quand elle s^indigne des souffrances de Thumanité. Le sdn rugit, lorsqu*il est plein de la soif de la justice, et la main ni Tesprit ne reculent, lorsque devant eux, laissé aux hasards de rindifférence et du crime, se joue le sort du monde etqu*un tour de roue de la Fortune peut avancer ou retarder indéfiniment la longue attente.
Dix-huit cents ans l'humanité a ('lé. souffletée par des nains, vilipendée par des sots , trompée par des fourbes I Dix-huit cents ans de torture demandent vengeance ! En face de celte grande revendication, qui resterait froid? Qui pourrait plonger dans ce goulîre d'uù s'élèvent les gémissements des villes et les eus des peuples dévorés jusqu'aux entrailles, sans se bciuir saisi d un vertige de colère cl . de justice ?
Voilà jiaurquoi Taspect de ces hommes est tourmenté; voilà pourquoi leur frOnt se contracte par la crainte ou Tespoîr; voilà pourquoi leurs gestes sont fébriles et - 4ionvùlsiis. Arrière , vous tous qui réservez votre pitié pour les coupejarrets tués la main dans le sang, les s]) ires pendus sur place , les grands coupables exécutés!
. Vous ne pouvez comprendre les hommes de 93.
Leur haine contre les castes égoïstes n'est que pitîé pour les maux populaires; leur violence du moment veut en tinir avec les abus, les préjugés, les misères, les Oppressions. 1 eur^; sillons sanglants sont la voie de l'égalité et du progrès. Exagérés pour nos taiblts cerveaux, ils vivent dans le réel de la logique et de la passion. C'est que la guerre est déclarée entre l'avenir et le passé, la liberté et le despotisme , Tctc moderne et le moyen âge , la raison et la superstiuon. II s'agit de vaincre ou de mourir..., et sans phrases.
: Lidée que li plèbe povte tes ms eoirailles comme un dépôt seeré, a enfin vu te jeiir. A peine éelese, die est menacée, comme Hercule, de périr étouffée dane son berceau. De tous les points de lliorizon s^amoncellent les vents et les tem* pêtes. Les nations secoaliseDt, la trahison rampe, rindiiîérence et le modéranlisme entonnent leur hyn^n'' hypocrite. Sous le souffle de Touragan, Tidée vacille romiYio la lampe qui va s'éteindre. Alors, quelle sueur froide mouilla ces fronts d'airaiii ! quelle angoisse brisa ces cœurs saisis de la grandeur de leur mission I Cra\gnaicnt-ils pour leurs t^tcs? Ils ont pronvr 1o contraire. C'est pour nous, pmirlacité future qu'ils Ircmblaienf. Aussi ne faillirent-ils point; ils se dressèrent à la hauteur des événements, toujours plus grands, plus terribles, à mesure que J'horizon devenait plus noir, que la foudre grondait plus fort. Ils eurent foi , ils Toulurent. Vn soarirC'dela Raison, leur déesse, un signe de la Conscience, leur guide, snffieaient à relerer leurs eouragis , et, jetant la mort en défi entre eux et leurs adversaires , ils lancèrent jusque dans les Ages ce cri sublime : « Périsse notre mémoire,- et que TeipHt humain soit sauvé I » Certes, ce ne sont pas des habiles. /
Il n'en nY&n(piait pas alors, de ces faux frères, plus redoutât le? à la nation que la Vendée et rAuîriche ; de ces habiles qui avaient voulu une république pour en être les oligarques, et qui se croyaient généreux en octroyant au peuple le rôle d'^cabeau. Nous les avons vus à l'œuvre, ces excellents modérés, tendres hypocrites , tartufes de libéralisme et de mansuétude. L'histoire en déroule la liste avec complaisance. Elle les porte dans son cceur, c^s apôtres immaculés de la dignité et du repos, ces Lhôpital qui voilent leur barbe blanche au récit des Saint-Bar- Memy, ces Lamoignon et ces d'Aguesseau ..qui signent en gémissant les ordon* nances les plus iniques ; ce cycle de braves et honnêtes citoyen^ qui prenaient leur flaee pendant Tassant de la Bastille, et qui un beau matin , au Champ-del(ar8,*essayèrait de leurs feux de peloton sur la foule, à Tordre de ce bon M. Baîlly, Tastronome, et de ce prédeux marquis de La Fayette , héros posthume de 1830.
Ces martyrs du pot-au^, vrais rats de La Fontaine, avaient recouvré la voix. Muets spectateurs des crimes de la royauté, censeurs très-silencieux de ses orgies, ils accusaiont hnntement de despotisme h République mise au ban des nations. Après les mécompies de La Fayette cl de tJumouricï, trop toi démasqués, Ils avaient toujours suus la main quelque traître qui devait sauver la France de la tyrannie el leurs revenus de l'emprunt forcé. Lorsque leurs amis les Girondins sont arradlés du sein de la Convention, ces bons apôtres ne prennent même plus la peine de cacher leurs projets : ils s^aUientfranciiementanx royalistes, allument la guerre civile et livrent Toulon aux Anglais.
C'est contre cette tourbe funeste que fut rendue la loi dite des napects^ commenlée par 'Ghaumette; et cette loi du il novembre, loin d*étre un albnent pour l*insurrecliott (consultez les dates) , contribua puissamment à la réprimer. Ce mouvement des pro^nœs, mouvement de Tégoïsme et de la peur, fatalement réservé * i toute révolution sérieuse, ne se soutint]amais que devant les demi-mesures; par> tout où parurent des hommes énergiques, des mesures révolutionnaires, il disparut anéanti. La Commune fut héroïque au milieu de ce (léchaîncment des intérêts. Sans se détourner un seul moment de son œuvre de réforme sociale, elle lit face de tous côtés à l'orage. Comme Home autrefois, elle leva et équipa des armées qu'on dirigeait immédiatement sur les points menacés. Elle avait décrété qu'il appartenait une fois encore à Paris de sauver la France. Elle a exécuté son décret.
Que ces généraux improvisés n'aient pas toujours été à la hauteur de leur mis- >îou, et quHls aient montré souvent plus de patriotisme et de courage que de talents utilitaires, soit. On leur reprochera des fiiutes, peut-être; des trahisons et des là- ^«^t jamais, yintrépidité de Ronsin était proverbiale. Sur Rossignol, Tundet
vainqueurs de la Bastille, qu'on veuille bien consulter les mémoires de Kléber, jiige compétent je suppose , et peu suspect de llatterie envers des collègues auxquels il impute ses défaites.
- Hai iiionieux. roucouleurs de phrases, qui jetez sur le peuple votre poudre dorée et vantez ses instincts aristocratiques, afin d'étrangler sa virilité; don JuansetLovelaoes des pauvres midtitiides , si prodigues de déelarations à la guenille victorieuse, votre âlel de contralto est bien grêle devant les rugissements de Marat^et
' Je sais bien que chez Hébert la voix est enrouée, la forme parfois basse et grossière , le fond épieéde jurons qui emportent la bouche. Que voulez-vous? U avait
vendu des coniremarques sur le boulevard. Ses productions rugueuses ne valent pas les charmantes tirades de littérature inutile que nous connaissons ; mais en revanche, quelle franchise I quelle verve 1 fuel amour profond de la justice et de l'égalité 1
Hébert d'ailleurs ne sacrait pas toujours. A la barre de la Convention , à la Commune , quand il parle comme magistrat, son langage est parfait de distinction. Otez même les grains de poivre incrustés à dessein dans les pages du Père Duek^ne pour flatter le palais du lecteur, il restera un style correct et ftcOe, à U hauteur au moins ae celui de ses oonfirères. lujourdliui, ce gros sel n^allécherait plus le peuple ; spn goAt a été perverti par la Révolution. Hais alors il était ce que Tavait M% de longue main une éduoatlon catholique et royale, c*es&^-diFe il était passablement brute.
Je comprends qu'à ces cris, à ces gestes désordonnés des tribuns de la rue, on préfère la fine prose de Desmoulins , corrigée dans les premiers numéros par son ami Viyicorruptihle. C'est clair, net, joli, coquet, spirituel, digne des salons les plus littéraires du dix-huitiôme siècle,' en un mot, réussi. Cette plume élégante et distinguée étincelle d'ironie, de malice et d'humeur à faire bondir Hébert éperdu sous ces piqûres d'insecte.
Mais sous les fleurs le serpent se caché. Sous les coneetti du gracieux républicain, réclamani pour la roMM malade UUtie tonges de la supenUtion^ on sent toiqonrs gronder rex^-procureuF-général de la lanterne. Aujourd'hui il requiert contre les ultra révolutionnaires, pour les royalistes. D*une voix doucereuse, il de* mande la tête du philoso|ihe.A]iacharsis et du philosophe Anaxagoras, du traître Hébert et du trattre Vincent, un tas de stipendiés de Pitt et Gobourg.
« 0 Pitt! » débute un numéro du pamphlétaire , « ô Pitt, je rends hommage à •<t ton génie I... « Le génie de Pitt consiste à fournir le père Duchesne dn guinées anglaises. L'aimable Camille ne se bornait pas à dénoncer. Il avait la malheureuse habitude de traiter ses contradicteurs de filous. 11 a reproché tour à tour à Brissot et à Hébert le vol d un mouchoir. Serait-ce le môme, par hasard ? ' Pas plus de bon sens ni de bonne lui dans l'anecdote des 600,000 numéros vendus au ministre Boudiotte avec des béntfces concusdonnaires. Le Vieux Corde-' Uer, devenu le drapeau de la réaction, savait électriser son public Hébert, bfttard 1 — Hébert , marchand de contremarques 1 — Hébert, voleur I voleur surtout 1 Cette polémique sonnait délicieusement aux oreilles des aristocrates. « Hais », dit-on avec Desmoulins , « Hébert n*a pas répondu à Taccusation. » Avant d'en croire sur parole ce mensonge de son adversaire, qn*on ouvre les numéros 330 et d3Sdu Père Duche!>ne, on y lira une réponse catégorique, et, en outre, il n*a pas été seul à répondre.
MM. Bûchez et Roux, en bons catholiques tout hérissés d'hébcrlophobie , avaient ramassé avec bonheur pour leur compilation i)arlenientaire la calomnie du Vieux Cordelier. Bouchotte , encore vivant à celte époque , s'empressa de la repousser par UQ démenti énergique et remit Camille à sa place. C'était une polis-
d*Hébertt
smmerie , qui fut prise au sérieux plus tard et avidemeot accueillie par la prévention ou la crédulité.
Le pUiisaiii de l'affaire, c'est que Desmoulins vendait ses feuilles vingt sous aux ariâLuci^ates, en accusant Hébert d'escroquerie parce qu il veuduii les siennes dix centimes aux aidais.
Le parti révolutionnaire, après enquête, fît justice. Desmoulins fut chassé des Gordeliers comme calomniateur, et rayé même des Jacobins. Hais les deux Robespierre, qui ne pouvaient permettre une telle victoire des Hébertistes, obtinrent la réintégration du pamphlétaire aux Jacobins, en fermant la bouche à son accusateur, sons le prétexte hypocrite que les querelles de personnalités devaient céder le pas aux intérêts généraux.
Je doi? rappeler, puisqu'on Ta oublié, un des grands crimes d'Hébert, celui d'avoir épousé une ex-rcligieusc. Les gens qui ont donné le mol d'oi li w ;i Thistoire auraient pu passer bien des clioses au père Duchesne; lui pardoniitr sa religieuse, jamais ! Camille accablait cette pauvre femme de ses sarcasmes. Mais devant quelle énormité aurait reculé la haine de Camille ? Le jour de Texécution des Hébertistes, jour appelé longtemps de ses Toenx, 11 arpmitait Paris à la poursuite des charrettes , p our s'assurer que sa proie ne lui échapperait pas. Ged tt*est pas de mon cru. G*est Desmoulins lui-même qui raconte dramatiquement ses courses effarées, du tribunal à la rue Saint-Honoré et à la place Louis XV; ses craintes d*un mouvement de la canaille pour délivrer ks condamnés, son triomphe quand tout est enfin consommé. Rien de lugubre comme ses transports de joie à la vue de la tète de son ennemi qui tombe.... Huit jours plus lard, la sienne allait la rejoindre dans le mrme panier. Robespierre, l'hommo d'^tnî. leur avait coupé
sii tlet à tous deux pour les mettre d'accord. Moyeu sûr de conciliation et d*apatsèment!
Je me suis demandé plus d'une fois pourquoi ce déchaînement universel contre Hébert. Nos coureurs de coulisses ont-ils pris en grippe le vendeur de contre^ marques devenu Tun des premiers magistrats de la ville de Paris? Nos patriotes , qui ont besoin d*nn vslet de pied pour mettre leurs bottes , éprouveraienv-ils quelque dégoût à la pensée de œ laquais, réformateur des cultes et des dogmes t
Pourquoi Harat Ini-mâne est-il plus épargné? C'est que Marat n*e8t qu'un cri de guerre, tandis que Thébertisme est un système* Le grand courant qui se forme au comité insurrectionnel des Quinze-Vingts et de rËvêciié nous donne la philosophie de la Révolution tout entière. Il faut en ûnir avec un ostracisme hautain. Quand m<}me Hébert serait un mip<^rable, ce qui est faux, l'idée que son nom représente n'en aurait point fi sonfti ir. Qu'importe au drapeau la main qui agite ses plis ? Qu'importe à la flamme les aliments impurs qu'elle dévore ? Le but fut la justice, le but fut la science, le but fut l'humanité.
Ce fut un rude jouteur, cet Hébert; sa vie une longue lutte , d'abord contre la misère, puis contre les superstitions, le ix)uvoir, contre la calomnie surtout, cet écueil des forts, où lui aussi Ait brisé. Tous les obstacles qui enrayaient la Révolution : le roi, la reine, les Girondins, Robespierre, la Gonvention ellcHnoéme, découronnée de sa première énergie, il les attaqua sans relâche, sans ménagement. Apre aux puissants et aux habiles, il se sentait des tendresses infinies pour ses frères de la blouse.
Lorsque les mieux trempés des révolutionnaires , succombant de lassitude , disaient : « Assez ! lorsque l'ambition voulait planter sa tente et que le créateur du tribunal révolutionnaire, Danton lui-même, le Danton de l'audace , donnait sa démission, gagnant à sa mémoire, par cette volte-face, l'indulgence de l'école libérale, seul Hébert criait aux ilotes ses compagnons : « Marchons toujours, nous ne sommes pas arrivés. Plus loin! encore plus loin I »
Il est tombé avant la fin de k joannée, comme le moÎBSOimeiir épuisé avant d*avoir accompli sa lâche; mais il n^a point trouvé le repos dans la mort. Son nom a été jeté à Thorrenr et ao mépris , on lui a doué an front un écrlteau infimOt et llnsnlte croasse toujours sur son cadavro.
Voilà nos mortsi Que les rois pleurent sur les rois. Pour nous» fils de la roture» le sang d*un bouvier est plus précieux que celui d*un prince. Que nous importe cette fiunille du Temple , si étrangement exploitée de nos jours aux d^na dee âmes sensibles? Des captifs plus intéressants pourrissaient dans les cachots de
toutes les monarchies. Lorsque le pain manque à nos héroïqncs armées, lorsque les femmes se bittoni i\ la porte des boulangers, que la famine hurle dans Paris, Héhprl, devenu membre de la Commune , a-t-i! donc si ^rand tort de réduire la volaille et la pâtisserie dans les dépenses du Temple t Que M. Thiers s'en scandalise , h la bonne heure; ce sont là des larmes acquises par état : ii est historienministre. Mais le peuple! doit-il pleurer ses ennemis?
Ce pieux roi qui jure la constitution d'une main et qui la viole de l'autre, ce pére du peuple qui d^êche Mallet-Dupan aux souverains pour hâter la myarch^ des années étrangèrcifsur Paris, ce fils de saint Louis qui renie ensuite sa signatm deniit> CoBvention, a-t-il droit aux regrete étemels du pays sauvé par nni^acle de sa Irabisont Et cette femme au regard aigu , à la lèvre impérieuse, au nés d*ai|^e, aux blopds cheveux fiotlant sur des épaules d*«]bàtre, cette figure diéne des poàes et ides peintres, n'est-ce point I bérotne mystérieuse du collier, la maîtresse de royale maison qui, d'un geste si gracieux, offrait au serrurier Gamain le verre de vin empoisonné ?
Âlloos» Hébert I prends ton iMiet sanglant, arme-toi de ton rugissement le plus sauvage. Vois-tu ces femmes nues se débattant au milieu des dragons-missionnaires de Louis XIV , ces vierges, ces enfants éperdues de douleur et de honte entre les bras des beaux officiers et des galants seigneurs? Enieuds-tu sur le vent des triomphales fanîares ic sombre chant du viol ? Connais-tu Fontcncîle , ce baron breton qui, au retour de chasse, aimait à enfoncer ses pieds daus les entrailles des filles éventrées? Hébert 1 pense à ta mère , pense à tes sœurs , pense aux haillons des misérables. La mesure est comble, l'heure est venue; sois la vengeance , sois le châtiment L. .
.... Soixante-dix ans ont passé sur ces tombes ; ne remuons pas des candies éleitties. Fant41 le dire cependant? la satire de la vivante s'est bien étrangement transformée en apothéose de ia morte. Le nom de Marie-Antoinette rappellera loiqours le scandale de certaines amitiés qui font penser à Lesbos , et le catalogue de la bibliothèque de Trianon, ce terrible témoignage, à fût comprendre le témoignage d'Hébert. C'est plaider, Je le sais, une cause perdue d'avance. Entre le vendeur de contremarques qui a sacrifié sa vie à une idée , et l'épouse sans -.imour, la reine sans pitié, mais fdle de Marie-Thérèse et des césars . morte en coinbattant pour les millions de sa liste civile, un esprit délicat de notre bonne aociôté pourrait* il hésiter un instant ?
L'histoire a son Élyséc avec son ciel d azur, des jardins dessinés par Le NOtre, des jeUi d'eau au doux murmure. On n'y entre qu'à condition d'avoir été bien sage, de s'être livré aux excès permis d'un honnête libéralisme , de n'avoir pas commis de gestes désordonnés, ni dérangé les plis de sa longue toge. On s'y endort, dit^ on^ quelquefois en écoutant de bonnes et correctes harangues; on y bftilleksoanne à FAcadémie. G*est le séjour du cahne et de la sértoité , la retraite des hommes d'État rangés et le prix Hontyon des servitepra fidèles qui eut trente ans de vertu publique.
Plus bas, dans la boue, dans le sang et dans la honte, rugissent les damnés »
Ivigore «oatrtelte coimim les Titans , la boodie tordite oonmie la ooîère antique, Hi bras oonvnlalvéïMnt teadns...
Quelquefois Tun d'eux, par un violent effort, essaye de monter dans la barque qui passe. Ses pieds étreignent la proue, ses dents et ses doigts saisissent le bord avpr !a fumir de Cynégire, Mais rinstorien libéral, Cnron d(» r-es lieux horribles, qui conduit vers les Champs-Élysées la cargaison traiclteniont reo^pillir' des réputations [>urcë et morales, s'empresse, d'un coup de rame , de replonger 1 audacieux au tond du Phlégéton.
Si , sous la conduite d'un autre Virgile , vous vous aventurez dans ces noires cavernes et sur les bords de ces fleuves à la bourbe fumante , le premier aspect saisit d*hoiTe«r et d'ef&oi. Mais , si vous sumontcs ce mouvement, si tous Bsatftz imoMbilef bMM sor ees traits foudroyés se Bt l^xfmssioD d*niie pHîé et d*iine douleur qoî tons saisissent jusqn*anx entrailles. De oes regards ank éelalrs sinistres s'échappe une lueur plus douce que la lampe de la pauvre veuve qui veille à c<Mé de son enfant assoupi. Du milieu de ce tumulte infernal s'élève nne plainte plus triste que le soupir du vieillard à cheveux blancs égorgé par des sbires , que le sanglot étouffé de l'enfant à la mamelle écrasé sous les roues des caissons, que le jdeur éternel de la vierge {omhée des mains des liulans... Ecoutez... écoulez encore... c'est le murmure de 1 idéal entrevu , cri de la vérité cherchée , du progrès poursuivi , de Thumanité chérie jusqu'à Ui lureur. C'est le chant de l'avenir, l'hymne du chaos fécond d'où va sortir un monde.
Aussi , plus que irâ liéros de mnsée taillés sur le patron officiel et vêtus k la grecque, plus que oes mannequins placés, pour nous mettre en fîiite, daaa le ebamp de.ridée, plus que oe ramas d^eunuquea que Ton nous montre pour des hommes, je vous aime et je vous glorifie , i onAuns DAUuiiS de L*ui8to»u 1