‹ Les hébertistesChapitre 4 sur 4 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

La métaphysique, ce musée Curtius des idées cl des dogmes, fait grand bruit d'une image de cire h l'œil atone, aux Liuiis immobiles, aux roides draperies, baptisée du nom de Liberté. On l'adore à condition qu'aucim battement ne soulèvera sa poitrine, qu'aucun souffle n'agitera ses lèvres, et que cette pftle et nuageuse vision ne descendra jamais dans la forte réalité. La pauvre déesse inspire tant d*flffiroi qu*on la divinise pour la reléguer au del.

Tantqu^èUe consent à trèner au fimd d*une niche, dans Tatmosphèrc embaumée des principes, l'encens fîune, les hymnes montent dans une spirale sans fm. Mais ]a.statno prend-elle vie, veut-elle iMvIer, agir, descendre de son piédestal, alors rexcommunieatlon commence , Tencensoir se change en massue et les thuriféraires

en geôliers.

C'est ainsi que la grandeur et la dignité humaines sont sacrifiées sur l'autel des entités. On avait évoqué des oasis pleines d'ombrage et de repos; mais voici le désert et le simoun. La caravane s'arrête. Le port ne sera pas atteint, parce qu'il faudrait braver la tempête. Malheur au combattant dont l'habit est couvert d*

dé-

poussière , répée riragie et le lK)uclier faussé 1 Gloire aux madones d^armolre , aux dieux de portique et m grands hommes de galerie I... J'aime mieux Théroigne de Héricourt.

Q\û nous délivrera de ces orgueilleuses abstractions, Credo .de Timmobilisme t La Liberté est de chair el d'os. Elle vit et souffre depuis des s'u'^nles au milieu de nous Si elle n'est pas tout à fait aussi pure que la Circassienne élevée pour le haieui du pacha, ou que la fille bourfçeoiSe enfermée à grands frais dans un couvent, à qui la faute? Ellfc sort à peine des caciiols de i Inquibitàûii, la Liberté ! Elle a été tenaillée , dédiirée , violée par tous les tyrans et tous les fourbes. Des mains impures ont amuâié sa tunique. Seztus s*est encore roulé sur le corps de Lticrèce; et , lorsque la malheureuse captive se débat entre les hras des satrapes et TOUS tend ses mams suppliantes ^ vous répondes pudiquement : « Croupis dans « la honte, prostituée; tu n*es pas notre idéal. »

La Révolution apportait à tous la paix, la fratemitét Thonneur; elle dit aux nobles et aux prêtres : « Quittez yos titres iniques pour le titre plus beau de ' « citoyen; restituez vos biens injustement détenus, afin qu'il n'y ait plus do « maiires ni d'esclaves et que TOUS formiez tous un peuple de frères. » Ils ont répondu par le poi^^nard.

Que de fois la H évolution n'a-t-elle pas ouvert ses bras à ces perfides? Que de fois n a-t-ellc pas pardonné? Ils se relevaient pour la frapper par derrière. Elle eut enfin pitié du peuple.

Cil sont les coupables? Parmi les privilégiés, défenseurs jusqu'à ht mort de droits acquis par la fraude, ou dans les rangs des déshérités, rédamant leur part au soleil? — Avec Tartufe écrivant : « La liberté de consdenoe est notre oppression , » ou avec les cliampions héroïques de la raison humaine ?

Oui donc fut l'ennemi le plus acharné de la Révolution ? qui voilait le Christ et les autels , faisait ordonner le carnage par la bouche de la Vierge , prêchait le meurtre au nom de Dieu et vouait à la mort une classe entière de citoyens ?

Qui , le pied sur la gorge de l'humanité, lui posa cette sanglante alternative : « Heurs ou tne ! »

La Révolution n*a fait que se défendre. 'Levant sur ses ennemis l'arme du Père Duchesne : u Prenez garde , dii-elle , je vais frapper. »

Ils n^eurent de repos qu'après Tavoir contrainte à se soniUer de leur sang. Que ce sang retombe sur les provocateurs I

Eh I qui brandit les haches de septembre , sinon Brunswick et ses compagnons , utopistes d*un paysage de rumes sur les bords de U Sesne? Qtii jette Louis XYI sur la pUmche fotale? — les rois et les émigrés. Les apôtres du mercantilisme traînent les Girondins à la mort. Les noyades de Carrier sont Toeuvre des prêtres de Vendée; et c'est au pape et aux cardinaux qu'il faut demander compte du massacre de la Glaciôre.

Les femmes d'Avignon coupent avec des ciseaux les lèvres de Lescuyer, ces lèvres coupables «l'avoir prononcé le mot de liberté.

' Le curé consli lui jonnel de Machecoul est crucifié; puis, comme c'est un dimanche, la populace catholique s'amuse. I.Ue îouille les maisons, précédée d uu piqueur. À l'aspect d'un patriote , il sonne la vue ; la victime abattue , c'est l'hallaU. En Tassommant, on donne le signal de la curée, et les femmes accourent avec leurs ongles, les enfonts achèvent à coups de pierre. Dans cette même ville, cinq cents républicains sont jetés an fond d'une fosse, et, lorsque les bleus arrivent, ils aperçoivent sortant de terre une main dont les doigts crispés serrent une touffe d'herbes. Partout où se produit le mouvement pudique et religieux , les soldats sont rôtis dans des fours, enfilés par une corde en chapelets vivants, poignardés sur l'autel après la messe , cloués aux portes des églises... « Assez ! » cries-vpus.

Oui ! vos nerfs tr'essailleni , votre chair se révolte. Tant mieux si vous souflrez l les victimes aussi ont souffert.

De quelle colère ne devaient point bouillonner les cœurs patriotes à ces lugubres aooYellesT Quelle pitié méritaient de pareils monsH^T Ik s'étaient mis hors Thunanilé, et la foudre révolutionnaire tomba sur leurs têtes. Le Comité de salut publie doime Tordre de détruire les repaires des brigands ; les généraux Texécment. Rien de moins semblable aux boncheries sacrées que ces rigueurs inévitables de « la guerre civile ; et il faut de la bonne volonté pour associer les granges vendéennes à TAlbigcoise Béziers (i). Bouchotte écrit à Santerre d'épargner les viUes oè les répiiblirains sont en majorité; et des indemnités sont accordées à ces malheureux.

Qu'elle serait belle , si elle s'était laissé égorger, la République ! Qu'elle serait belle, pâle dans l'ombre avec sa plaie au sein, sur les dalles de la Mor^ie! Osl dans cette attitude qu'on l'aime; mais elle vous a joué un mauvais tour, me.ssii urs de roraibon funèbre. Elle a broyé ses ennemis , et , bien que déchirée par vos mensonges, elle vit encore dans l'histoire.

Chantres douoereux du martyre, qu'on sent bien le poison de tos paroles t Vantez la gloire des tortorés, le bonheur des suppliciés; ressassez les recommandations du Cairist et de saint Pierre, t SouflHr est plus beau que punir, » n*est-il pas vrai? Allonst eouronnez de fleurs b viétime qu*on mène à Tautel.

Sang uis m artyrum » f amen marl|fnim / Sang des martyrs semence de martyrs 1 — Béate ironie !

La bravade de Tertullien riofine d'une façon sinistre sur le corps d'Hypatia, aux lueurs des bûcbers et de la Sainl-Barthélemy. Où sont, dites un peu, où sont les Maures, les Albigeois, les Hussites? Où sont ces milliers de sectes si vigoureuàciiàent arçrumcntées par le fer et le feu? La foi des Dominique refleurit sur le sol arrosé du sang des sectaires ; les pays les plus persécutés pour hérésie sont devenus les plus orthodoxes , toujours en vertu de Taxiome : Smiguis martyrum...

Quel scandale ! la matière élranglable à merci se révolte contre ses légitimes tor^ tnrears. L'ilote mord la main qui le frappe. Débauche d*orgueil 1 le martyr sort de réiat subUme de résignation pour se plonger dans la vengeance : il dédaigne la tirade posthime des poètes et des rhéteurs.

Si , fermant les yeux aux souffrances populaires , les hommes qu'on veut salir de boue et de sang avaient aspiré à longs traits Topium philosophique ; si , repoussant du pied la femme et l'enfant en guenilles , ils s'étaient réfugiés dans les templos d'abstraction avrr des lilles célestes: s'ils n'eussent témoigné qu'une baine platonique contre l'immorahté, et que d l rroïques poissardes, montées sur des canons, n'eussent pas été chercher le roi el la reine à Versailles, le moyen Age relevait la téte, et nos adversaires d'aujourd'hui n'auraient pas la satisfaction de renier et d'outrager leurs libérateurs.

Ces monstres ont sauvé la République I voilà leur crime inexpiable, dont je ne les disculperai pas. Us ont voulu le triomphe d^la raison humaine ; et bien que les coalisés de la haine , unis dans le baiser de Judas, aient porté un coup à cette ceavre, la voie néanmoins reste ouvert»; on ne la fennera plus.

Pauvres frères foudroyés I oui , vous Mtes grands pour rallier ainsi contre vous tons les ennemis de Tesprit humain; vous fiHtes sincères, puisque les avocats de

(1) Vn moderne père de l*Églite, l'honorable trit Isoard , eeeuse les rApublietlns d*avoir

traité Chollet comme Béziers le fut par les croisés de Montfort. — ChoUet n'a été brûlé que deux fois, savoir : en 17^>+ . par le catholique Stofflet , garde-chasse et f?(^Tif^ral vendéen ; et en 1864 , dans le Journai des Ecoles, par le très-catholique Éric Iscard , le iiiéme qui dans le Phare de la Loire, toujours ea 1864 , a tué Lepelletier de Saint-Fargeau d'un coup de pistolet. Que dira de ee meurtre, dans rtutre monde, le garde da oorpe Pàris, qui sHmegiaaii avoir passé son sabre fc trtrere la poitrine da pauvre conventionnel t

tbnt coupaltlo blasoiiné n'ont jaiiiais plaidé en votre feveur une circonstance RVté" Duantc; vous fûtes terribles au crime , puisque Tinlrigue s'est acharnée sans trêve à voas détigtirer et à'?te iMilifIr.

G^estfoevoiisiie coniitlsliez point rart de «millèr «vee lie éotieee pàrolèe, Mr déoemnmt , é'égoiei» te Bounre aui lèvres. Yoôfe ne e«M|iièttute ^oi»t aitee lii postérité; vont ne vons êtes pas marehandés, vovs vons éles ddiinéft«'Grattdé pir la haine 1 ipmnds pir Tamonr 1

NnHe aoeiMation ne reâte debomt contre Hébert. « On ne s'est pas contenté, dit-li » dans nne séance des Jacobins, d'arr^^ter mon journal , on a envoyé dans mon pays tf natal d'antres intrigants pour prendre des renseignements- sur toiîte ma vie. Ils « ont décotivert qn'fi l'âge de seize ans j'eus un procès criminel pour un dè mes « amis indignement pers6cnt(^ , dont je pris la cause en main. On vit que j'avais tenu « tête à un des anciens parlements, bien qu'il y eût alors quelque danger. On vit € que j'avais toujours été libre; on vit que j'étais républicain à s€i^eaas et que je « m'exerçais déjà contre les despotes. On vit de telles choses ifue lliomme qu'oit c envoyait 8*éoria : « Il est Meà malhenreait'qn'oa ne paisse elMenir prisfs sor te

La menie aboyanle piil st nevanc&e lorsque le rndé iâiampiim'iiil tonèé de ' brèche. Elle composa la légende de son ennemi abatMi. Ifalheiireiisenient ponr eilSf ces fanidmes, si menaçants de loin , s'évanouissent aussitôt qu^on les touche. Un écrivain peu suspect d'Hébertbme, M. Louis Blanc, à restitué à Hébert la priorité

du rV;T D?irhesne,mtme contre le plus habile et le plus accrédité de ses plap^iaires. La remarquable réponse d'Hébert à Camille Desmoulins, rcprndniîp parte Rnmblieain frayirais, n*"* 419 et 420 , nous a initiés à tout im passé de Iravail el de misères. Les byt ophantes, il est vrai , ont soin de no |i as ia connaître, parce qu'elle est péremptoire. Que leur importe le vrai? leur but est d'étrangler tout homme gênant, en politique comme en histoire. " '

Avssi, que dMma^uation dépensée dans ce but 1 Les uns comptent Hébérl parmi les'menrtriers <ie la princesse de Lamballe I k cette'beiire même il siégeait à la Commune; à'moîns de îonir dd don d*nbiqallé, il ne pouvait être a^ssi à la. Force. D*antreslni attribuent les perséeiMns essuyées par Predbommé, son ooftU frère de la presse, et Pnidhomme , arrêté trois fois par les Comités, est chaque fois mis en liberté sur l'ordre de la Commune. Enfin , pourquoi la déposition sur Maric-Ântoinettc , résultat d'une enquête que je n'ai point à contrôler, et imputable au Conseil tout entier» dont il n'est que le rapporteur, retoœbe-t-elle obstinément sur lui seul ?

Mais la palme appartient à Mallet du Pan, qui évalue à deux miHions la fortune laissée par Hébert , et l'accuse d'avoir reçu un autre million pour faire évader la reine. En touchant ce prétendu million, Hébert aurait dit cette excellente plaisanterie : « Si je ne peux pas la sèùver, je la ferai périr. »

Mallet du Pan Iftche sa calomnie el ne slnquièle pas du reste. Or, tous tes bien» d*Hébert et desalionmeontélé confisqués. Arrêtés à Fimproviste, t1sn*ant p« . rien mettre en sûreté. Qui a jamais entendu parler de valeurs quelconques siisîet» chez le père DUchesne? Si l'ont eût trouvé seulement dix raille francs, la postérité lui reconnaîtrait aajourdliui quarante millions. La vérité est qu'Hébert est mott sans le sou. *

Certaines attaques sont dos éloges ; elles insuUeurs, panégyristes inconscients^ accentuent par leur violence même ce qno jo ne puis que sous-entendre.

Mais laissons Hébert , car Hébert n'est pas seul. A côté de cotte figure animée, pleine de mouvement et de vie, voici le doux regard de Chaumetle , le front inspiré de Cloolz.

Clore rère antique et inaugurer l'ère moderne, ce fut la grande oeuvre entre-

— ÎO —

Irise par oat hommes. Ils voulureiit sabsUlaer enfin la réalité aux théories, el & kplaôe diibon pMnrdiftnetiefrestre Ure.réfaer k jiisjM»> .Téri|é^ ifi

Le roi au Teihple et les a\'ôcat8 à la tribune , ils ne crurent pas la tâche terminée. Toute tyrannie Hmi leur cnncmif^, celle des corps et celle des An\cs. Las de s'?îpitoyer BUr ioutïravots AnUnii^u^âS, U« ià'ettregt.pltt» ^uliia^ pi,tié i le peuple mis en eroii.

Ces îioiiiiiips sont le cœur de la Révolution. Toutes les douleurs, tous les dîisirs de i huinanité aboulisseot à leur doitleur et k leur désir. Us ^vent retrouirer ce$ aoeents qu'inapbs Is niMm 4 Sof^ieeki à Térençce et k Lucrèce, ces iTMsailMeiMi pB*fonis à Ta^esL des ehsiis et dn 8a«g » ^ liaUMS.vigwresses 4elftvetl»«9réssftpediieiiaani L^oeésa hmistn a été temé joB^tte. 4ans ses iUMeSy cArittsyMe mont» à Js swtaee. Ténèbres 4eB bçnfM* <josi|niM fangeux « piln dé snear et 4*«nf6isses , femmes et en^Niis flétois, lo«t un monde de hideurs, Toilé par la domre des cités, surgit à In hutière» enTshit les palais désertés de leurs maîtres, et, par la voix de son vendeur de con(FS*flMrqaes Hébert, de son mousse Chaumctte, fait entendre sa triste plainte.

La Commune adoplc lo Yioillanl, l'inlirme , l'enfant; elle a une pensée pour le niisfrable, le déshérué, pour le malade, auquel elle envoie des livres ; elle aèreet assainit les prisions, donne une tombe au suicidé et au supplicié , dont elle prend l'enfant en inlelle; ouvre dos ateliers aux femmes ; et eu iace des couvents détruits, des proslituéeâ proscrites, relève k grande :victime d'une société sans entrailles, lalU o-oièra. ,

Qai dfan ces ùimmTt U edtmv .

Mi Mtt*4taM»«nosMéi laissé dinsTombre parl*hislolfn»loii^ie]a Ganlention , éprise du couvent spaitiate de Lepelletier et de Biûhsapiecre« recette 1^ projet deliskanal sur Tinstruction pubUi|tie à plusieurs degrés» 00 soni les Héber* tistes, les autorités de Paris alliées à Fourcroy et awt asvants^ qui forsoii la Csb-

vcntîon à revenir sur sa résolution mnlhcureuse.

Hébert , en proie à une sorte d'impatience fébrile, comme s'il sentait le terrain manquer sous ses pieds , fatigue les Ooréelierii et les Jac&bins de ses appels en faveur de l instruction publique; il réelame à grands cris des n^aisons pour les estropiés et les infirmes. Chaumetle déclare la guerre aui. charlatans et aux exploiteurs. ♦ ■ • . . • . . '

Dès lëttitkfte pliiloaophe Amxagoras, avoe sa large et. bonne figure, ses yeux fiOin du Mmalh ses Itufs shoroux » siéfesità la Commune. Aumilîeit de cenefkfBfosiotii e«Moi«iKmvsléey «*hitteav«o les lUflMlés inoxtri«bli» d*une tin» eil rèvéhitioiif AMflagOM» eslmo, |>ofi, afbMe» STsi4 nue parole et «no pensée pottr tous.

yélfteutc ne fit pas trembler fci voix , les triomphes ne la rendirent pas hautaine. Si la séance se prolongeait, cet homme, dont les royalistes ont fait un buveur d'nf , lirait de sa poche un morceau de pain, el achevait, sans quitter ses fonctions, un frugal déjeuner. \prôs midi, il se rendait aux Fiilcs-Dieu, dans ces pauvres quartiers des GraviUiéia où Léonard Bourdon avait établi une école; et là , tous deux expliquaient à ces travailleurs le but et le sens de la Révolution , initiaient ces simples aux enseignements de l'histoire , aux vérités de la science; appelaient de leurs vœux et de leurs efforts les temps bénis où tombera la grande inégalité et la grande seWitude, rignoranee.

Glorifieateur du travail et de la pauvreté , ennemi déclaré des parasites, ee paysan do la Nièvre, chassé par les prêtres, embrassa tout ce qui pleure et tout Se qui souffre dans sa grande pitié. Vivement pénétré des douleurs du peuple, parce qu*il était peuple lui-même, et sans cesse occupé d*y porter remède, nopui-

saut ses litm cpiedaiis les services mdns, et non dans lepiestige ëm» sulwHé bniUde,€!liaii]DeUe apparaît eoTOM ^

« Lasodélé» disait ce grand «toyeiit est ranverste, il finit la renaattre svraes « pieds. Le preauer rang appartient au citoyen vtile , an travailleur , an paysan. « VoUSi et le paraaite doivent BStomber dans le mépris où ils ont si lo ngleai p t « tenu leurs esclaves. » Et pressentant Tavenir , il réclame avec Momoro le .pai^ tage agraire des biens nationaux qu» devenu» la proie de rassignal avili, ^«nl

créer une nouvelle caste.

A l'héroisme du bon sens et de la raison tous ces Héberlistes joignent encore l'abnégation la plus comi lèic, l'horreur de toute distinction et de toute gloriole qui tendrait à exalter l'individu au- dessus de l'idée, ilébert, lionoré d'une couronne par la Ck)mmnne, la dépose sur le buste de JeaiWacques. Et tandis que la msimi Ilupiiqr» doviaBa de RolMspierre, est un muséom où partout se reflète rimaga-aiIMo dé F Ù B tu i s#U Me> Gbanmette s'emporte en plein cons^ eonin un iwn Bl i I i >l ^ n t faî ie son portrait:

« Je meisiif' smprcssé de lut &ire défiBUSo de eontinuer, en lui offrant daria- « demniser du travailfaitj J'ai eu pour réponse que le graveur fionneviUe ne von-

« drait pas abandonné'' son entreprise pour mille ^cus J'ai considéré que

« c'était faire renaître parmi nous un genre d'idolâtrie qui ne convient point à des « hommes libres, et je lui ai fait défense expresse de continuer son travail, çv « mon droit do propriété doit s'étendre au moins jusqu'à ma ligure (1). »

Rendons jui>Lice au siècle , i»ur c^ point encore nos graud^ koaunes ne sont pas Uébertistes.

La fdta de la Ridson éOe-oême, texte de tant éè moqueries , n*sa reste paa minns eomme une datelumiueuae» uu pliare qui écAsire toute la RévoMun et jette sa lueur dana raveidr.

La femme , arradiée àun idéal mystique , n*a plus pour but que la fiunille et la dté. L*art retrouve son piédestal^ A la vue de la liberté et de la seience déifiées, le monde pousse un cri d'espoir.

Ce culte emblématique fut tellement aimé des patriotes, que les Robespierriste?, en le détruisant à Paris, durent le médager dans les i)rovinces , et que les armées républicaines marquèrent longtemps encore les pas de leur^ conquêtes par des temples à la Justice et à la Liberté.

Couvent des Gordeliei^, où Elienue Marcel linl ses assises, monument oiî par éclairs s'émancipa la raison humaine, où travaille aujourd'hui la science reine de revenir , je ne puis te eontenpier sans émotion. Tu fits véritablement TAme de 9j| étde 9S. A eôté du sombre ctottre des Jacobins, Sinal bfttard où détonne la sèche parole de Robespierre , letentissentles grands Gordeliers» pleins de vie, de séve , débordant d'enthousiasme , centre des cerveaux bouillonnants. À chacun sa tâche. Les Jacobins furent l'organisation républicaine , dure , froide , négative , fille de la Fatalité et des circonstances; mais les Gordeliers, c'est l'élan et l'initiative. Toujours ils se trouvent en téte des grands mouvements de la Révolution. Là éclatent Danton et Desmoulins , lorsque l'espérance est vivante dans leurs cœurs, et qu'ils n'ont pas encore perdu leur virilité sur le sein d'une femme. Marat mugit avec la rage du joueur qui voit en péril l'enjeu de toute sa vie, la Révolution. Hébert , Ghaumcttc » Vincent, Momoro, élèvent i épouvantable drapeau des souffrances populaires. Théroigne l'héroïque évoque la femme , cette grande opprimée que la science n*a pu sauver mon du mysticisme. Mais silence I Ecoutons un in^ apiré; le Prussien Glootz a la parole.

(1) Bonneville a pa sé outre , et son CMfre, que twu let yaaXf rappelle à la fois kl traite et 4a modestie d'un bomae de hien.

Cloou ap{)liraU comme Fange de la Révolution, le sceau de l'alliance entre la France et les peuples. Nulle bouche n'a trouvé des paroles aussi étrangement belles sur l'unité humaine. Nul esprit n'a sondé aussi avant dans les siècles , conîennpié d'un œil plus sûr, d'un point de vue plus élevé, l'avenir de la République et du monde , n'a proclamé avec tant de foi le symbole de : « Nôtre-Seigneur le

GBriRB BUMAIN. »

La plus grande figure de la Rérolntioii française était un Allemand. Homme des wtes utoffàei et des horizons sans limites ^ âme et coeur de poète , cet apôtre de la fintemilé'nniyerse1]e,-le premi^ passe le Rbin avec Tolivier de paix. La fatalç Barrière, tant de fois rougie du sang des deux peuples , devient dans ses rêves la grande artère d'une môme patrie habitée par des frères. Infortuné I De ces deux pays dont il médite l'étemelle union , rAllcmagne le proscrit ; la France , à laquelle il se donrie , le jette à l'échafaud. Baron prussien et riche, il échange ses millions et ses titres contre le nom do citoyen; il se fait l'cnncnii des rois, le champion de l'opprimé, du pauvre, et bon sang mouille le sol républicain où il était venu chercher l'hospitalité. Malédiction sur ce sinistre pontife de l'Être suprf'^me qui a souillé d'un tei crime notre iu^er, et immolé la viclime innoccutc sur 1 aulci de Tauride !

HéD«rt fat Ytaà et le compagnon de ces hommes : toÎH^ sa justification et sa gloire. Ils ne se sont point séparés dans la vie, ne les séparez point dans la mort. Gloots proclamait de sa parole la pins vibrante « de son geste le plus inspiré, les principes d*humanité et de justice; Chaumette les mettait en pratique, et Hébert les inadqnait an peuple sous la seule forme laissée ouverte par l'influence cléricale et royaliste. Dans son histoire de la Révolution , si élevée et si vraie de point de rue, mais parfois si légère d'appri^-cintions, M. Michelet ne rend point aux Hébertistes toute la justice qu'on était en droit d'attendre de lui. Permis aux Louis Blanc, auxThîers, aux Gabourd , de méconnaître ce mouvement lécond, mais non à M. Michelet. Après avoir j» ndant trois volumes llagellé indistinctement Hébert et Chaumette, le plus voyant de nos historiens s'est aperçu enfin qu'il bâtonnait des amis. Aussi , faisant amende iioiiurablc envers Chaumette , dans les pages les plus touchantes de aesdenx derniers volumes « M. Micfaèlet se fonde sur Thypothèse arbitraire d*vn dissentiment entre Anaxagoras et Hébert pour refuser à ce dernier tonte réparation. G*est une pure fentaisie. Chaumette n*a jamais séparé sa cause de edle de ses amis, lui qm. se présente tant de fols à la postérité dans ces simples paroles :,« Hébert et moi , » et la lecture du Père Duchesne, la conduite d^Hébert à la Commune en l'absenoe de son eh^, tout démontre invinciblement leur eommunaulé d'action et de pensée.

Quand l'.ohcspierre, marchant à grands pas vers une sorte de papauté, exécuta ses variations sur le motif de la liberté des cultes; lorsqu'il lança l'excommunication contre les athées et les impies, cette attaque troubla un peu le parti qui s'était affirmé à la féte de la Raison. A croire le prophète du grand Allah, le fanatisme expirant rendait son dernier soupir, lorsque des stipendiés de Pitt et Gohonrg avaient voulu le ressusciter par H persécution. Cet air perfide manque rarement son effet; il fut d*autant plus goûté que Chaumette, par une mesure inopportune, venait de s*a]iéner les comités révolutionnaires.

Aussitôt la réaction spirituafiste déborde de toutes parts; on peut suivre pas à pas ses progrès. Le 88 novembre, Chaumette rapporte son arrêté du 23 sur les ' prêtres. En vain convoqué-t-il les comités révolutionnaires à la Commune pour le 4 décembre au soir. Dans la matinée du 4 , Billaud-Varcnne fait défendre par la Convention à toute autorité de convoquer les comités, à peine de dix ans de fers. Le 6, Robespierre, sous prétexte de liberté des cultes, fait triompher les religions révélées. Le 7, Hébert, aux Cordeliers, est obligé de déclarer qu'il n'a point pris

part aux ù uiativos de Cliaumette contre les comités; le H, sous le coup de Tépuration dt'N Jaroluns, il liéclai e n'être point athée, puisque la liberK'' éliiil son dieu: — un déisme passaliU menl moqueur, comme on voit. Eniiti, ie 12, Clootz, naguère président des jacobiuâ , en est expulsé sur un i^pis de Robesf^ierre. Là société , aussi parfaitement dressée qtÊ» «elle dei jéilûte», fmttàmmài «rec toiite \m pun* YÎté déflirable. . .

Entre ces dates se débat la crise mprtaie de ht Révelutioii* Hait <|ie reesart4l de ees lanieiitablet péripéties t G*est quA tout ce monde hélMrtiile, jeuta» impi^ voyant, habitué k parkr et à combattre en plein loijeil, à nommer les honunea et les ehoses par leur nom , était incapable de lutter contre le pieux machiaveliame des mystiques. 11 y eut défaut d'union et d'ensemble , manque complet d'organisation, débâcle, tant qu'on voudra; il n'y eut jamais apostasie ni trahison. A.u mois de février 94 , quelques jours avant son arrestation , la t^te sous le couperet, Hébert profite de la féte célébrée dans le temple de ia Huiaou un réjouissance de l'abolition de l'esclavage, pour taire encore un courageux panégyrique de son aim et collègue Chaumette. 11 espère que les citoyens oublieront un instant d'erreur au souvenir de tant de services , et a4|uie f Iqus lea fâpnUicaiM de continuer ^ «e € reconnaître d*antre enlte que celui de la liberté et de T^lité, en dépit 4teaetc gots et des intrigants qui cberebent à se raecrocber aux brandies pour iramper t le peuple et Tégarer. » Cette finale devait sonner assea déesgréablemeni .fc oar* taines oreilles.

Gomment donc expliquer ce parti pris de dénigrement de la part d'un écrivain tel que M. Michelel ? La répugnance instinctive d'une nature délicate pour le style du Père Ducliesne aurait-elle dicté ses jugements sur l'homme et sur l'œuvre ? Ce serait, en vérité, trop sacrifier le fond à la forme. Un peu d'indulgence , illustre historien. Votre plume n'est qu'à vous. Celle d'Hébert crache un peu, c'est vrai; mais ne refusez pas de voir qu'elle a sei vi à sa manière la cause défendue aujourd'hui avec tant de verdeur par votre incomparable talent. . . .

La génération présente a traité les Hébertistes & la fsçon du tribinal réfviiitionnaîre ; elle les a condamnés sans les entendre, sur les dépenitions de leurs ad* versaires. Il faut réviser tous ces prosés brusqués qu*on s*elSorGe de rendre d^finitifs. La vérité est tellement paissante qu*elle arralÀe même à lahaiijff dea nvanx singuliers. Le remords perce sous l'outrage.

Le panégyriste de Louis XVIII, Paganel , après avoir écrit ceci : « Tout eepoir a de préser\'crla Répubhque d'une sanglante anarchie et le peuple français de la « plus avilissante dégradation s'évanouit sans retour, quand Hébert put à son gré « travestir en indécentes caricatures la religion , la pudeur et la vertu , opposer « un cynisme grossier à l'urbanité nationale , et , par le mépris des lois et des « mœurs, faire passer sous le joug d'une multitude efirénée la nation, les magia* « trats et les législateurs. »

Eh bien , Paganel , qui n*est sans doute pas un eompère, s*oubUe au poial de dire plus bas : « Avec quel étonnement nos neveux apprendront que ra«jleur de « ce journal, qui chaque jour appelût la multitude à 1 inf ubordiqation, leadépo- « sitaires de l'autorité àTinjustice, et les deux sexesaumépris dela décence; fui, « pour rappeler les hommes à l'égalité, n'élevait aucun rang,maia les faisait tous « descendre dans la classe la plus grossière et la plus avilie , qu'Hébert n'était ft rien moins que grossier, immoral et féroce. Une physionomie douce, une gaieté « aimable , un ''Sj)rit orné , le faisaient remarquer pailni les révolutionnaires, et a son éducation ainsi que ses talents promenaient bien autre chose à la société a que la composiiion d'une feuille séditieuse, et à lui-même que l'échafaud. Le faa natisme de ia Jernocratie l'égara. Hébert devait croire que les honmics qui ne « montraient que de l'audace sans génie disparaîtraient , et que la liberté , survi-

« vant à leurs fureurs, appellerait autour d'elle ceux qui pourraient par des lu- « mières et des talents consolider son empire.... S'il aspira à la domination, ce « fut pour un autre temps que celui où il secondait les entreprises de la Com-

t mune Il faut avouer que les biens de la fortune étaient ceux dont les hommes

< de son caractère et de celte époque s*occupaient le moins. S'ils dépouillaient c leur ennemi, c^était pour enrichir la République. Elle ne fut ruinée que par les c îatrigûits qui succédèrent à ces hécos de la pauviyé et de ranarchie. Le.désin- « iéiessement était <diez eenx-d une sorte d*orgueilt^innie Tamourde la liliecté, h « un fanatisme. »

Témoignage préôeox que l'on ne peut assez signaler. Je transcris èncùre cette

page écrite avec une sorte d'amertume : « Chaumette n'était ni un instrument « passif ni un aveugle séide. Il était riche de son propre fonds. Il savait égaleiT ment appliquer aux circonstances et la langue des halles et un style sévèrement « populaire. Je l'ai vu à la barre, s'huniiliant devant la puissance de la Conven- « tJon, s'attendrissant sur le tableau dressé par lui-môme des misères du peuple , « soutenant le crédit de l'autorité municipale par une éloquente exagération de ses •i travaux et de ses sollicitudes, et se prom6ttant,'triban séditieux , d'o pposer bientôt c le peuple à la Contention..... Chaumette était passionné Jusqu'au délire pour ce c q^*'û nommait liberté, k cemot, il avait le geste et le langage d'un inspiré. Ath^ t effronté ou jouant Tailiéisme , il fit la guerre an vice sans amoor de la vertu. 11 « professa une austérité de mceurs qui aurait honoré la verta lapins pure; lasimc plicité, la modestie , une gravité décente , composaient son easJiégiem, Il avait « l'habitude des privations.... »

Héros de pauvreté et iVanarchie ! Voilà pourtant le langage d'un ennemi, et d'un ennemi déclaré ; c'est le cri de la conscience étouffée, la projlestation involontaire contre le mensonge et la mauvaise foi.

Je comprends pourquoi la Doctrine dispose son cordon sanitaire et répand son encre boueuse. Il faut bien défigurer les victimes : si on allait les reconnaître 1

Que spirites et chrétiens unissent leur voix dans Thymne à Robespierre : il sauva la saperstitîon. Le rhéteur, ami de Tautorité et des dogmes oppressife, frappa dans la vaillante Commune Tayant-garde de hi pmsée humaine , le libre génie de la térré dont elle portait le drapiean.

Hébert, Qootz, Chaumette, peuvent être rangés parmi les martyrs de Vidée, à côté de Bruno, de Vanini, de Servet. Le jugement qui les condamne est un jugement dogmatique pour cause de religion. On reproche à Chaumette son arrêté contre les prostituées qui servaient de garantie aux honnêtes femmes ; à Clootz, sa république universelle , l'antithèse du chauvinisme jacobin ; à Hébert , sa vie intime et accidentée, le langage grossier de sa feuille; à tous euiin, d'avoir reçu des guinées pour déifier la raison et prêcher ralhéisme.

C'est déjà le thème moderne : la famille , la morale et la religion. Fouquier-Tinville et Duioias, comme Saint^ust et son maître , sont les précurseurs directs des Jean de Broé, des Harchangy et des Jacqninot^Pampelnne. Rien n*y manque, pas mém^ rinsulte aux vaincus. On mêle artistement au procès les fc^^flf3if|jjKQch, destinés à foire ressortir la frugalité des purs; et la diplom^yAie^^^spiem^ trionïphe dans raocnsation de vol , cet accompagnement obIiae^d^w^^^p^4it^ ques, machine odieuse employée déjà contre Brissot, puis cS^\:^J^g^^^i^^iiji,^ et qui frappera bientôt Danton. Le tribunal se tlé<;lare suUh&iiéinÇMi^^^ri^ un simulacre d'interrogatoire, et Coffînhal se vante d'avoir falijfij&^^|m|^ des débats. V^-;'^' -'^^ ' /

Ils surent mourir. Déchiré par l'âcre parole de Robespierre, m^^i^^au^cQ^k^t brisé dans ses pensers les plus chers, calomnié et assassiné par seltepatrie d'adoption à laquelle il s'était donné tout entier , Clootz ne pousse pas un cri, pas

- «ne )plaifMe : -« France, gaéris-toi des individus, n murmure sa lèvre BéreMie El devant te ^bteal révolutionnaire : « Il serait singulier qu'un homme ftrt-

• % \ah\c à Rome, pendable à Berlin et rouable à Vienne fût guillotiné à Paris. »

« Toute défende est inutile , dit Ronsin à ses compagnons, ceci est un procès « pofitique. Vous ave/ p irlé quand il fallait agir; il faut mourir. Tôt ou tard fes « instruments des révolutions sont brisés, mais le peuple nous vengera, »

■ "Si quelque^^-uns se dése^renl, c'est sur l'avenir, non sur eux-mômes. « Ce qui « me tue, s'écrie Hébert, c'est que la République va périr. » — « Non , réplique « Ronsin, elle est immortelle. »

Le jour où la BépubHque périt en effet dutt-sa-sére et dans -Mu originalité fat un jour de fiUe^'éelairé par beau eoleil de printemps. Dès 1*aiibe, la spéeufartion avait élevé snrla ptace^des estrades' et été Iwn^nettes qni firent payées'fbrt elier

' dlifif la joornée. Unevraltitlide Inen mise, rayonnante de joie et d'espérance, encombrait tontes les voies qui conduisaient à l'exéeation. C'est que la grande armée des contre-révolutionnaires, réveillée chaque matin par la trompette du Père Duchesne, s'était ébranlée tout entière. Les royalistes venaient voir tomber la tête dp rennemi de Louis XVî et Mnrie-Antomette. Les riches saluaient îe terme des emprunts forcés , la défaite du sans-culoilisme , le retour de l'ordre, de la religion et delà décence. Les moins empressés ne furent pas les théistes et les

• chrétiens des diverses sectes, altérés du sang des athées et des anarchistes.

Ces excellents citoyens, déjà fint en Uesae, eurent le plaisir d*une double sur» ' prise. La première appartient i Camille Desmonlins ; Thonnenr de la seconde xe* vient tout entier au bourreau. Camille , inquiet sur sa proie et toujours conranl dans celle journée du 4 germkml (« toute la canaille est pour ces scélérats » » répétait-il), Tattique et spirituel Camille s'ingénia à trouver un Intermède qni pflt avilir les condamnés et abreuver d'amertume leurs derniers moments. Par ses soins une bande d'émissaires , portant au bout de longues perches les fourneaux du Père Duchesne . et faisant retentir l'air des lazzis habituels de cette feu^, accompagnèrent la charrette jusqu'à l'échafaud.

L'aristocratie ne s'était de longtemps trouvée à pareille fêle. Elle riait aux larmes. Ce succès de Camille pique au vif le bourreau, qui veut pour sa part contribuer à l iYrcssc publique.

Raffinement inouï 1 Lorsque Hébert déjà couché sur la planche, le cou emprilOBDé -dans le collier fatal , attend la cbute du couperet, le bourreau , à diverses reprises, ftdt descendre à moitié, puis remonter le fer^ prolongeant àinsi, aux léroeci applaudissements de la foule (i)» Tagonie du patient, avant de précipiter la mort sur sa tête.

La calomnia ne pouvait abandonner Hébert sur l'échafaud. C'était bien le moins de le faire mourir en lâche ; elle n'y a pas manqué. Mais elle a reçu un démenti de deux témoins irrécusables, l'espion Sénard et Georges Duval, l'auteur [des Souvenirs de la Terreur. Ils l'ont vu à côté d'Anacharsis, calme et insensible au milieu des huées, promener son long regard sur la place de la Révolution, et ce< deux faussaires, réceptacles de mensonges royalistes, méritent d'être crus lorsqu'ils apporleiit une allégation favoraJjie à des républicains. Daui sa prison,

• (1) Le iiublic qui honorait de sa présence l'exécution des IKberiistes était exclusivenicn eoniposc des classes aisées. Le peuple, consterné du coup frappé sur ses guides de prédilection , avait toi le sanglant spectacle de sa défaite. — Par ce moulinet de guillotine es dehon du programme, flatterie délicate à l'adresse de son public d'élite, le bouimu prenait coatca cl faisait acte d'opinion politique. C'était éTideramcni un modéré , ce qui ne nuisait en rieu i SCS fondions et ne l'empêchait pas de décoller proprement, cbatpie jour, boa Bonbre dt^iei coKcligioanaircs, avec aatant d'impariialuô que de pbUosoplue.

Hétert, à'k ]ieiia^d«.ilésafitre qui engloatiflBÛtlouft ses nfires^avul «ceès éMusev <t de désespoir, mais il retrouva sa d^tédevani bunort.

fiboninelle, épargné un instant, parce qu'on redoutait sa popularité, garda a« trib{Uial «ne altitiide pleine de noblesse. Il déclara répondre moins pour sa défense que pour sa mémoire. On le conduisit à la mort entre la Lucile de Camille Dof^TTîouIins et la Jacqueline d'Hébert, étroitement unies dans le malheur : « Peuple, disait-il, vois la rôroûipense de ceux qui l'ont aimé. » Et se redressant dans une malédiction suprême, il ajourna ses nssassias àl'échafaud.

Cet auto-da-fé fut la joie des roy:ilisles el le deuil des patriotes.' A la première arrestaiiuii deRonsin, Gaillard, F ami de Chalier, se perce le cœur, el le lendemain de Tarrestation des Hébertistes, le patriote Âneart prodame avec tant de chaleur à la^lriliiiiia des GerdeBers son indignatkm et 4eor innocence, qu'on Tmoie rejoindze ses amis. Les condamnés pnrsnt voir sur levr passage les bustes de Haral et de Chalier jooiher les mes; ils paient entendre VHoitmnah et le DtM m, si longtemps eomprimés, sortir de terre. Le royalisme devient si menaçant, qoe Robespierre se voit obligé d*abattre la téte tootàTbeire triomphante de Desmon* lins et de Danton.

Contraste éloquent î c*est après la mort des ultra-révolutionnaires que la Terreur atteint son apop;(^e. Avec eux périt la Terreur tranche et mouvementée, née sous les canons de i3t uuswick el les poignards des gardes du corps, qui s'attaque aux têtes puissantes et ne trappe que pour défendre le principi' humanitaire. Maintenant, ia raiison est morle , TÈlre iîuprême a triomphé; c'est la Terreur louche, morne et froide , la Terreur sacerdotde , hypocrite et sans but , qui sacrifie aux pieds du Moloeh des porteors d'ean' en goguette, des laqnab ivres, des femmes, •des enfants. Fatalilé de Tidole 1 à prâie édifiée, elio réciune du sang et des vîo- Innés. Les fonmées sont des holoeMules, les juges des sacrificateurs.

Dieux , prêtres et rois sont parents. Qu'y artril entre Robespierre et Pilde- Juraod? nue simple formule. — Entre Robespierre et Ghaumette ? un abîme. Les souverains ont pleuré Robespierre, Napoléon lui trouvait de la suite; et son coup d'Étal de germinal, ses velléités religieuses, lui recruteront longternps encore des admirateurs et des dévots. Mais des athées 1 des hommes qui ne voulurent plus d'autre Dieu que l'humanité et qui se sont laissé prendre 1 L'histoire «naudit, se signe et passe.

Ecoulons cependant les aveux échappés à quelques adversaires ; a Ces monstres étaient doux, sensibles , humains, doués des vertus domestiques. »

M. LurtnUier, Tanteor, peu svbveraif, des Bômnm eéUtm de lahéwihkUmf dit : « Bébert, que Ton se représente comme vn croquemitaîne , étaU un fort bd A bcnnme, d*mie figure ouverte, engouée et bienveillante. Sous le masque rébar- .f batif qu'il avait adopté, il cadiait l'extérieur le plus agréable et les manières les f plus élégantes. Chez lui se réunissait une société tout épicurienne , à laquelle c présidait une des femmes les plus spirituelles du temps , Marie Goupil, exnreU-* € gieusc du couvent de k Conception-Saint-Honoré, devenue sa femme. »

Desgenettes, chirurgien en chef de l'armée d'Orient, nous a laissé de cetintérieur un tableau plein de charmes. Compatriote et ami d'Hébert, qu'il avait aidédansie malheur, il le retrouva, pendant un de ses séjours à Paris, à la tôte de la Commune. Hébert , plein de joie et de reconnaissance , n'eut de repos qu'après avoir emmené chez lui son ancien camarade. Desgenettes entra dans un appartement propre et de bon goût, décoré de gravures de maître. La citoyenne Hébert va* qqait aux apprêts du dîner. Cette fimime, éminemment distinguée et patriole ardente, avait conservé un fonds de mysticisme dont son mari Ui plaisantait tea- '^nneat.

Bien longtemps après, Desgenettes semble avoir gardé de cette soirée le idiii

— ac —

agréable souvenir. 11 raconte les conversations d'H<^l>ert a« sujet de son journal le Père Duchestie, les motifs qui lui avaient failadoptfT ce style faubourien, source de tant de préventions et de clameurs. Esprit brillant, écrivain de verve, Héfcert n'avait pas rougi de se faire l'iuterprùte de la Révolution auprès du peuple, muré dans son ignorance et méprisé des hauts philanLiiropes. Ce n'est pas au seul Desgenottcs qu'il a donné ces explications. Arrêté par ordre du juge Buob pour outrages à Veto, il déclare qu'en rédigeant m feaiUedsns ce langage au gros sel, il a voulu se mettre à la portée des classes peu instruites, incapables' de oomr prendre la langue politique des salons et des assemblées.

Ajoutons qu'il avait parfaitement réussi, et que son Père Duchstne a été le jour^ nal le plus influent du Paris plébéien.

Si nous jetons un coup d'oeil sur les personnages de second ordre du parti bébertiste, le premier qui se présente à nous est le général de l'armée révolutionnaire, Ronsin , rhomme le mieux trempé peul-<^tro qu'ait produit la Révolution. Disons d'abord que ce fougueux champion du club des Gordeliers a laissé des œuvres pleines de sentiment et de cœur.

Dévoué avec énergie aux idées nouvelles, résolu à ne garder aucune mesure avec le fanatisme religieux, Ronsin voulait soumeltre la Vendée à la France, et non subordonner la France à la Vendée. Aussi les mêmes voix qui criaient: « Pitt et Gobourg » sur Hébert et Gloots, raeensèrsnt-elles de trahison ainsi que Ros^ eignol.

Gette guerre de Vendée, comme tout ce qui se rapporteaux* Hébertistes, a élé indignement défigurée.

Il y avait en présence, dans l'armée républicaine, d*un eété, l'aristocratie des

grades , la morgue militaire, îe doc;me de la soumission aveugle et de la force réglée, les ci-devant Ganclaux et Duh iyel; de l'autre , les principes et les instinets égalitaires , la foi cnliiousiaste, le pas donné à Ténergic du patriote sur la roulmc du tacticien, les sans-culottes Ronsin et Rossignol. A ces éléments de lutte joignez le pieux républicanisme de Phélippeaux, et un choc sera inévitable. Oa vit bien tout d'abord qui mettait l'intérêt général au-dessus des considérations personnelles.

Deux plans de campagne étaient proposés: le premier, celui de Ronsin, utilisait la levée en masse proclamée au son du tocsin dans six déparlements , et marchait droit aux Vendéens , pour les acculer à la mer; il avait pour hn la majoirité des généraux. L'autre , le plan stratégique de Grouchy et de Phélippeaux , trop militaire, trop compliqué pour des foules ardentes, disséminait!^ troupes dans un but de mouvement concentrique, et les exposait à être battues séparément. ' ' |> Rossignol en fait Tobjection, et, pour mettre à Tnise l'amour-propre des états-^ majors bourgeois, propose à Ganclaux de lui cé ler le roinmandemeut , s'il veut entrer en campagne par Saumur. Ganclaux refuse, et Rossignol déclare faire à son collègue le sacrifice de son opinion.

Bientôt les prévisions funestes du parti de Saumur se réalisent : Kléber, mal soutenu de Beysser, est battu à Torfou , tandis qu'une terreur panique entraîne les volontaires de Rossignol à Goron.

' Rien jusquHd que de très-naturel. Malheureusement , Phélippeaux s*était ikit Ibrt, si Ton adoptait son plan, de terminer la guerre en un mois. Il trouva commode de rejeter cet insuccès sur des adversaires théologiques. Un mouvement rétrograde de Ghalbos, résultat d*un malentendu, et presque aussitôt réparé, puis, que Ghalbos se trouvait en ligne ayant Ganclaux, qui le reliait à Kléber, devient la base des imaginations les plus inouïes ; et, bien que Kléber n'attribue sa défaite qn':\ la désobéissance de Beysser, Phélippeaux cric sur les toits h la trahison, et de ia même plume dont il rédigeait des actes de contrition et des catéchismes pour

eouwrlir les efaonaiiB, il éent des libelles et des aeles d'accusatioD contre les répubUeains.

. ..Ce rapport dePhèlippeaux, œuvre d*iiii imposteur ou d*un fou, jugécalonmieux par la Gonventioa et les sociétés populaires, a été servilement snivi, comme document incontesté, par la plupart des historiens. Aucun ne semble connaître la fou* droyantc réponse de Choudieu» qui le réhite ligne par ligne. Pourtant la passion seule, et la pire de toutes, la passion religieuse, est capable d'expliquer les erreurs et les mensonges dont fourmille cet incroyable factum. Ainsi, Phélippeaux accuse l'étai-major de Saumur d'avoir arrêté les envois faits aux Mayençais ; et lui-môme Phélippeaux assistait avec Merlin (de Thionvillt , Ucwbeîl et Richard à la distri" bution des vêtements et des vivres, qui ne fut pas un seul moment interrompue. Selon Phélippeaux , Rousin se tenait caché dans une étable , au moment même où, du témoignage de Oioadiett et de Stnterre , Romdn , déployant un courage intrépide, s*efforçait, un drapeau à la main , de rallier les fiiyards, et courait au devant de la mort. Rossignol également serait un lâche. — Rossignol! qui & * Anirain» au premier rang, disait à ses soldats : « Vous allez dire que vos généraux « vous trahissent. Non, e^est votre lAdieté qui perd la bataille. » Le pieux Phélippeaux, resté à Nantes pour. parfaire son catéchisme, tandis que ses collègues suivaient les armées, accuse sous Tinspiration du Paraclet. Rien ne l'arrête : époques, lieux, personnages même, il confond tout. Et qu'importe, pourvu qu'il

ac/^\ise ! Laissons ces misérables productions de la haine.

Noire siècle de justes-milieux bâtards et de conciliation hypocrite comprendrar t-il jamais ces âmes violentes et excessives, passionnées pour le progrès, implacables contre se&eunemis? Hébert annonce que la Révolution estvenue mettre lin aux supplices et à la mort. U propose des couronnes études récompenses aux régicides. Hébert est devenu rhcmune de rexécration universelle. Mais Glootz , ce jeune eoibousiaste, qui traveiBa pur tous les excès de la Révolution, se fait pour- • tant FqMilogiste des. journées de septembre, eto*est Gbaumette, le philosophe Chaumette, qui, à la nouvelle des atrocités vendéennes , réclame des mesures foudroyantes. L'annaliste , complice de la contre-révolution victorieuse, flétrit les mesures et supprime les atrocités.

Et voilà comme on mystifie les générations.

Les sectes, dont la sensiblerie cruelle innocente l'oppressoiir et pleure le bourreau, ont repris la tâche d'aplatir l'humanité. On hébété h jK uple, sous prétexte de le moraliser. En supprimant l'élan de la passion, un supprime la passion ellemôme, l'homme ébranché n'est plus qu'un soliveau. La haine du mal , corollaire de l'amour du bien, s'évanouit dans les cœurs, et le faible, désarmé par philanthropie, reste sans défense.

L'histoire délivre ses brevets aux Washington, libérateur de son pays et propriétaire d'esclaves, aux La Fayette, escamoteur de révolution et febricant de rois, aux Luther, ami des princes, ennemi des paysans; k tous ces mesureurs homœopatbes du dbroit et de la justice.

La philosophie , à son tour , presse dans ses bras les honorables docteurs qui servent en même temps Dieu et l'humanité , qui savent accoupler la monarchie divine et l'expansion humaine, confondre la charité et la justice, la liberté et la madone. Elle n'a qu'anathèmcs pour les génies oseiirs qui, brisant ces lacs dorés, renversent d'un soufQe les bâtisses derrière lesquelles s'abritaient la mauvaise foi et l'égoïsme.

Nul n'a jamais réclamé la justice, bans se voir entouré de la noire auréole du scélérat.

La liberté est hideuse pour de brillants oligarques, lorsqu'elle se dresse sous l'aspeet feuve d'un Spartaeus, lorsqu'elle brandit la torche des Jacques et traîne

dcrriAre elle la haine et les misères. Mais pour un monde égoïste et raffiné, qaelle Médube que la justice 1 A cet aspectiterrifiant, la terre frémit, les abus et les dogmes tremblent, Tintérôt et Timposture poussât un long gémissement. Palais, prisons, cathédrales, vacillent comme dans Tirresse ; les os qui blanchissent au soleU depuis diM iIMm ont iressailU d*6sp<^.

« Mtltoir à noQsI s*teriaiii le pontifé, te noble et le prinoB, en fiMppM c |M9itrine. Mattienr à nospalms bâtis dans le sanf , à ndi droit» éknèê tmt las « raines dm droit, à ]M)spareo4iti:-cer& gardés par tameinii pi d i Ufs ! Sfckjpwi- « tiee parle, nous sommes perdus. » Elle ne parlera pas. c Botés» on en veut i « yoa maîtres. Prolétaires , défendez Texploitation qui vous ronge. Sus à PimpU- « dique qui veut fermer les sérails pour donner à tous la famille 1 Sus prédi- « cant de spoliation qui dit à Tusarpateur : Eesiitael Guerre aux impies* qtd di> c vinisent l'humanité! »

Ainsi la blanche Vérité, assise sur le gouffre des âges, prend les traits d'une harpie. Le Droit devient un vil coquin, la Raison une prostituée; Tastre créateur semble un sanglant méiéorc, et, irappée par ceuk qu'elle est Tenue sanTer, la déesse traîne aux gémoiiies. L'ialiline se tord dans le dernier rftlo. PI» do speetn ink» portnn an banqnet de Trimakion* Caiaso et principes , tM est sÉsvé. HoyenBoit finances* le Ciel se charge des rencrds» et rUstoiie, des eoi^^ avec' la pooléHté.

iUlons 1 chouans des premiers-Paris, verdels des oonlréries littéraires , débifteailions TOtre onguent libérâtre. Liberté I dites^vous, illustres jésuites? Oui, poor

Tous, liberté de jouir et de parler; et pour les autres, de se taire et de souffrir.

Nous connaissons votre madone enrubannée et pommadée , Tartufes de l'Être suprême ou du rosaire. Il y a longtemps que nous avons soulevé sa blancke tunique; et sous ces plis immaculés, nous n avons trouvé ni torse ardent, ni mamelles -fécondes, ni ccmr (jui batte, ni chair qui sente. Sous cette idole, vernie de phrases et de sophimes, uuu& avous trouvé — quoi ? — Des ficelles.

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