IMKEREHET
Je grouije ici les documents concernant ce petit problème de topographie.
A. Stèle de Ptoldmée Philadelphe (285-247), découverte par Naville dans les fouilles de Tell el-Maskhouta, maintenant au musée du Caire, texte et traduction dans The Storc-city of Pit/miu p. 19-21, pi. 'V'Ill-X. Cette stèle avait été érigée dans le temple du dieu Toum à Thékou, lors d'une visite de Ptolémée à cette ville:
1. Au fronton, le roi fait des offrandes à plusieurs dieux rangés ainsi devant lui: Atoum, Osiris, Horus, Hathor, Arsinoé. Au dessus d'Atoum, on lit : Dit par Atoum, dieu grand de Thékou, vénéré à jamais, seigneur du ciel, roi des dieux.
Au-dessus d' Osiris: Dit par Osiris, seigneur de Ro-ieôt, dans Pi-kerehet. Arsinoé était l'épouse déifiée du roi. Ro-ieôt, « la porte de l'Orient » était un des noms de cette région.
2. Ligne 7 : L'an 6 de Sa Majesté, on ajinonça qu'était fini le palais de son Père Toum. dieu grand de Thékou. Au 77wis de Hatkyr, le 3" jour, le
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roi lui-même vint dans le fiome dn < harpon oriental » , trône de son Père Touni. Le pays était dans l^ allégresse... Alors Sa Majesté vint ati temple de Pi-kerehet (hat nil Pi-kerehetj, grand et vivant de Thékou. pour la louange de ce dieu^ protecteur de ce pays.
Le nome du < harpon oriental > était celui qui avait pour capitale Thékou. Il comprenait tout le Ouadi Toumilat, et probablement aussi toute la région des lacs jusqu'à la Mer Rouge.
3. Ligne 26 : liste des revenus attribués par le roi à Pi-kcrehet. On mentionne un revenu annuel de 950 pièces d'argent à pa}-er par les maisons de la ville et par les habitants.
De quelle ville s'agit-il? Assurément de celle qui possédait ce fameux temple.
Le texte ajoute immédiatement après (ligne 27) : « Sa Majesté a fait cela, en la première fête de Sed. à son Père Toum, ardeur de ses membres et de sa vie, dont il a reçu la subsistance, par les mains d'/sis et de Nephthys ■'.
B. Fragment de calcaire blanc, provenant de Tell el-Maskhouta. La déesse Nout y est figurée avec cette mscription : Dit Noid, souveraine des dieux, dans kat-kerehet (Ci.édat dans Recueil de Travaux, 36, p. 112) Epoque saïte ? , d'après Clédat.
Ce fragment appartient, sans doute, à une stèle analogue à celle de Ptolémée Philadelphe.
C. Textes géographiques des temples (voir p. 127). Le passage concernant le huitième nome de la Basse Egypte, appelé le nome du « harpon oriental >, n'est pas très clair. On }■ distingue la formule ordinaire : Il t'apporte le nome du « harpon oriental » avec ce qu il produit, Thékou, au retour de la nouvelle année.
Il y est parlé de Toum, dieu grand et vivant de Thékou, ptiissant dans se-kereket (DUmichen, Geogr. Inschrift. III, pi. 34 ; de Rougé, Inscr. et notices, II, pi. 145, ligne 7).
Ue la comparaison de ces documents, on peut dégager les conclusions suivantes : \
1. Pi-kerehet (hat-kerehet, se-kerehet) était un temple, et même, semble-t-il, un temple important ; peut-être le plus important de cette région, à en juger par les riches donations qui lui sont faites (A. 3).
2. A (jui était dédié ce temple ? A Osiris, a-t-on dit en se basant sur Al: Dit Osiris dans Pi-kerehet. Mais, on pourrait dire de même t]u'il était dédié à Nout, en vertu de B: Dit Nout dans hat-kerehct. Donc aucune preuve ferme pour faire d'Osiris le maître principal de ce temple.
D'autre part, nous ignorons le sens précis du mot kereliet, ainsi que sa vraie prononciation, car la graphie kerehet est purement conventionnelle. Le terme est toujours suivi d'un serpent. Il peut }• avoir beaucoup de raisons à ce déterminatif. Il est basé, peut-être, sur un simple jeu de mots. En tout cas, on n'en peut rien tirer en faveur d'Osiris.
A relire l'ensemble des textes, surtout ceux de la stèle de Ptolémée
///. Pi-kerehet
(A 2, A 3), et aussi celui des temples (C), une supposition se présente avec persistance à l'esprit, et c'est que Pi-kerehet n'est pas autre chose t|ue le temple même de Toum à Thékou. Il est peu vraisemblable, en effet, qu'au temps des Ptolémées, ce pauvre pays se soit pa}é le luxe de deux grands temples.
Une chose est sûre, c'est que le nome du •< harpon oriental * (ainsi appelé pour le distinguer du nome limitrophe, le « harpon occidental * , Metelis), était le fief du dieu Toum. « son trône, sa demeure », comme disent les textes. A Toum, sous Ramsès II, était dédié le temple de Tell Artabi, aussi bien que celui de Tell el-Maskhouta. Oui donc, à la période de la décadence, aurait eu l'idée — et le pouvoir — de construire dans ces déserts un grand sanctuaire à un dieu étranger ?
Remaniuons d'ailleurs que tous les documents cités plus haut semblent plutôt indi(iuer que Pi-kerehet était à Thékou et qu'ils ne demandent nullement de le placer ailleurs.
Toutefois ces documents ne sont pas assez clairs jtour établir la certitude, et l'opinion de Naville, plaçant Pi-kerehet à Thaubastvini. au pied du Gebel Mariam, n'est pas dénuée de probaljilité.
Nous l'avons dit. Pi-kerehet est à dissocier de -Serapiu (.Seraptum ?), toute liberté reste donc pour localiser ce dernier là où nous conduisent les documents-
Quant à Phihahirot de la Bible, nous l'avons établi aussi, il ne peut être trouvé dans Pi-kerehet. Suivant la morphologie égyptienne, Pi-kerehet devait se prononcer Pi-karhc ou Pi-korhe, avec chute du / final, ou peutêtre même Pi-kaihe (cfr. kereset, < sépulture », copte KA.lcei