Un ministre Asiatique d'ApopKIs
En 1808, on trouvait à Saqqarah, dans le temple funéraire de la reine Apouit, un beau cercueil en bois peint, au nom d'un certain 'Abd ou 'Ehed un Sémite, évidemment, comme son nom, « serviteur >, l'indique. Comment le cercueil de ce riche Oriental était-il parvenu dans une sépulture ro\ale, il importe peu de le savoir. Lui-même n'en jouissait plus. Le sable amoncelé avait écrasé le couvercle, disjoint la caisse en partie, et dispersé les ossements. On ne put trouver la tête.
Dans la boîte, gisait un mobilier funéraire témoignant d'une certaine opulence du propriétaire, en particulier un poignard de fort beau style ('). Le manche est en bois d'acacia recouvert de feuilles d'or clair ou électrum. Il porte sur une face le titre ro\-al: Le Souverain des Deux-terres, fils de Ra, Apopi, et sur l'autre, les mots : Le Suivant de son maître, Ne/temen. Apopi ou Apophis, est un roi connu par quelques autres monuments. Les anciens ég^ptologues avaient coutume de le placer dans la XV" ou la XVP dynastie et d'en faire un Hyksos. Nous aurons lieu d'en parler plus loin. Pour le moment retenons seulement que ce nom royal sert de point de repère pour fixer une date approximative à ce cercueil et à ce poignard. Nous sommes à coup sûr, à la période « h\-ksos », entre la XIII' et la XVIP dynastie, l'époque des Hébreux.
(') Au musée du Caire, Daressv, Un poignard du temps des rois pasteurs dans les An nates du Service des Antiquités de l'Egypte, 7, 1906, p. 115, avec une planche. Le cartouche royal contient aussi le prénom tlu roi, malheureusement avec un signe de lecture incertaine.
/. Un ministre asialique d' Apophis
Par (]uel hasard ce riche poignard tomba-t-il dans le sarcophage du
nommé ' Ahd": Peu nous importe.
Asiatique admis à la cour pharaonique et revêtu d'une haute dignité. Car Nehemen est un Asiatique. Son nom l'indique.
Nehemen est la transcription égvptienne du npm sémitique du grenadier (ar. niminàii). Et, en effet, dans l'inscription hiéroglyphique, le nom propre est suivi du déterminatif de plante (').
Cet Oriental porte le titre de Suivant de son Maître, c'està-dire quelque chose comme « conseiller, aide de camp, ministre », une fonction élevée assurément et qui le mettait aux côtés de ce pharaon. Et ce fait incontestable est une preuve que les Asiatitjues étaient alors nombreux dans le Delta et qu'ils jouissaient de l'estime et de la considération des Egyptiens.
Dans un pa\s qui n'est pas le sien, un étranger n'arrive pas à ces hauteurs, si ceux de sa race \ sont un objet d'abomination (°).
Ce riui nous intéresse, c'est de
Fig. 13. Un poignard « hyksos » an nom d'Apophi; A gauche le poignard en entier, à droite le manche, au milieu la scène de la hache d'Ahniosis. (Musée du Caifel. (D'après les AnnnUs du Strv. des Ant., VII
(') En outre, au sommet du manche est gravée une scène du désert. On y voit une gazelle, un lion, un individu à la chasse. C'est le propriétaire du poignard. Or, comme l'a fait Daressy, cet individu est à rapprocher d'un autre qui paraît sur une hache d'apparat du roi Ahmosis, le vainqueur des Hyksos, comme nous verrons plus loin. Celui-ci est dans l'attitude du bédouin traditionnel frappé par Pharaon. Les deux personnages offrent une remarquable ressemblance, chevelure épaisse, parsemée de points et formant calotte, pas de barbe, bandes croisées sur la poitrine, collier carcan au cou. Le h\t qu'ils ne portent pas de barbe comme leurs frères d'Orient, montre qu'ils sont depuis longtemps en Egypte et qu'ils ont pris l'habitude du pays. La hache de parade d'Ahmosis est au musée du Caire. Maspero, Guide du visiteur, p. 415, n. 4035.
(-) Cette conclusion s'impose a fortiori si non seulement Nehemen, mais les Apophis eux-mêmes sont Hyksos. comme nous l'établissons plus loin.
38 ///. Les Asiatiques établis en Egypte