Les « c/ie/s de tribu
là, SOUS deux formes différentes, ' Anat. forme cananéenne, et 'Anta forme araméenne, le vocable d"une déesse qui occuf)a une certaine place dans les relig'ions sémitiques (').
La déesse Antha est connue aussi dans les monuments ég\ptiens. Elle y est représentée sur son trône, coiffée de Xatef. ou bien comme guerrière, à cheval, tenant la lance, le bouclier et la hache ('). On la qualifie ; Atitha. liame du cie'. 7'ehie des dieux (^j.
Antha est une déesse des Hyksos- C'est par eux qu'elle fut apportée dans le Delta. Il serait d'ailleurs exagéré, de dire qu'elle entra dans le panthéon égyptien. Elle resta [ilutôt dans le vestibule avec ses comparses d'Orient. Il est extrêmement remarquable de la trouver mentionnée sur deux stèles de Ramsès II érigées à la frontière orientale, au seuil de Chalouf entre les Lacs Amers et la Mer Rouge. Nous décrirons plus loin ces stèles (ch. IX, 4). Sur l'une d'elles, celle du sud, Antha est nommée à côté de Sopdou et de Baal Sur l'autre, celle du nord, elle est appelée: Antha, dame du ciel, et elle voisine avec Soutekh et Sopdou {*). Il était, en effet, de bonne politique — et disons aussi de bon goût — sur cette marche orientale, d'invoquer les divinités de la région.
Nous avons donc cinq chefs de tribu, Absha, Anat-her, Semcjen, Khian et Herit Antha. Suivis d'une nombreuse famille, ils sont descendus en Egypte pour fuir peut-être la famine en Canaan et jouir des présents du Nil. Ils s'y sont installés et y sont restés assez longtemps pour sentir le
Mever rapproche ce mot de Jacob-her et traduit « Anal est satisfaite ». Hisl. de l' Ant. II, trad. Moret 1914, p. 357. R. Eisi.er réduit ces mots à « Anat-el, Jacob el », en se basant sur le fait que parfois le hé égyptien équivaut à Valeph hébreux. Cette hypothèse a peu de vraisemblance. Quand les Egyptiens ont voulu écrire Jacob-el listes géographiques), ils ont employé leur aleph et non leur hé. En outre, comment expliquer la composition 'Anat-el {'Anat nom féminin de déesse, el nom masculin, « dieu >) ? Vie keniiischen Weihinschriften der Hyksoszeil, 1919. p. 142, note 4.
(') 'Anat, « force des vivants > reçoit une dédicace d'autel dans une inscription trouvée à Lapethos, île de Chypre ^Corpus inscr. sem. I, 95. — de VcgOé, Journ. Asiat. 1867, II. 120. — I.ebas-Waddington, Recueil, 2778. — Lagrange, Religions sémitiques, p. 482 1. L'inscription est du IV« siècle av. J.-C. Le scarabée « Anat-her » peut remonter au XX" siècle av. J.-C. Comparer bel- Anat, Jos. 19, 38; Jud. 1, 33. 'Antha se retrouve comme élément du nom propre d'un capitaine de vaisseau au temps de Ramsès II, Ben- Antha, un Oriental de haut rang, dont la fille a épousé le « fils royal > Si-Monthou, Louvre, ostracon 2226, 3. publié par Spiegelberg dans Rec. de Travaux XVI, 64, cité par Max Burchardt. Die altkananàischen Fremdwôrler und Eigennamen im Aegyptischen, II, p. 19, No. 34.S. Le même nom propre au pap. Turin 4, 3. Sur cette déesse, voir Maspero, Hist. Ane. Il, 158. l'i'); MûLLER, Asien und Europa, p. 313.
i-) Daressv, Seth el son animal dans le Bulletin de l' Inst fr. d'arch. or. XIII 1917), ". Prisse o'AvESNhs, Afonuments égyptiens pi. XXXVII.
') Lanzo.ne, Dizionario di mitologia egizia, 1881, p. 139. ('') Jean Clédat, Notes sur l'isthme de Suez dans le Bulletin de l'Insl. fr. d'Arch. or. X\'l. 1919, p. 207. 208. Pour les relations entre Antha et Soutekh, voir encore Pleyte, Quelques monuments relatifs au dieu Set, Leyde 1863, p. 41. Un te.xte appelle Antha, compagne de Soutekh.
///. Les Asiatiques établis en Egypte
besoin d'avoir un cachet en écriture du pa^-s. Comme celle de Jacob, leur tribu s'est multipliée rapidement. Ce sont les Hyksos.
Ils ont même cherché à <= s'écryptianiser ». Deux d'entr'eux Anat-her et Herit-Antha portent un nom théophore où entre un élément éo->ptien. Il faut donc supposer qu'ils changèrent de nom après un long séjour dans le Delta ou plutôt qu ils étaient nés en Egypte. Nous aurions alors un cas semblable à celui de Moise.
En outre, si leur titre, hiq hosit, dénote à coup sûr des princes de clans orientaux, il est à remarquer que ce titre est du pur égyptien. Quand les décorateurs des h\-pogées de Béni Hassan le dessinaient audessus du cheikh Absha, ils ne l'avaient pas recueilli sur les lèvres de ces ' Aamou, ils l'avaient tiré de leur propre langue. Or, depuis les temps lointains de Snefrou au Sinaï, le terme Jiosit entrait inlassablement dans le protocole de l'éloge royal: dai hosit « dompter les Barbares ». Il était donc inévitable qu'une nuance péjorative s'attachât à ce mot.
Et voilà que les chefs des nouvelles caravanes ne craignent pas de prendre ce titre qui n'a rien de sémitique, ils le regardent même comme une gloire et le font graver sur leurs cachets. Il 3' a quelque chose de change. Ces « Barbares » sont chez eux en Eg3'pte. Ils \ sont maîtres.
Ce n'est pas à dire qu'ils soient tous contemporains. Anat-her a pu précéder d'un siècle et plus ses compatriotes. Les scarabées de ces cheikhs sont bien différents. Celui d'Anat-her est de style strictement ég\ptien, avec des signes très purs, sans aucun encadrement. Il y faut noter surtout le pluriel de hosit écrit à la manière de l'Ancien Empire, comme au basrelief de Snefrou au Sinaï, en répétant trois fois le signe, tandis qu'à partir de la XII° d\'nastie, le pluriel s'écrit régulièrement au moA-en de trois barres. Ainsi en est-il sur le scarabée de Semqen et sur ceux de Khian et Herit-.Antha. La tribu Anat-her a été une des premières à demander l'hospitalité à Pharaon et il 3- a tout lieu de croire t]u'elle est restée en Egvpte jusqu'à l'arrivée des autres.
Les scarabées Sem(]en et Herit-Antha sont nettement « h\ksos ». Il en est de même des scarabées Khian. Ces trois tribus sont en Eg\-pte entre la XIII" et la XVII' d3'nastie. La grande tribu Khian atteint un haut degré de prospérité. Un chef de son nom arrive à ceindre le diadème des Pharaons. Car si le roi Khian n'est pas le même que le cheikh Khian, il ne peut être douteux que c'est un membre de la même famille. Ce nom est par trop singulier pour être attribué facilement à des personnages sans parenté, et d'ailleurs les monimients qui nous le révèlent sont de même st3-le et de même époque.