Scarabées au nom de Jacob
bord un Jacob qui se présente en roitelet avec des titres pharaoniques:
Il est manifeste ijue nous avons là le même nom: si-ra laqob-her doi 'onli. L'absence du cartouche dans le second cas ne peut faire aucune difficulté, d'autant que sur le scarabée le nom propre est encadré de deux barres à la manière « h3'ksos > . L'équivalence littérale avec 3pl>' sémitique est parfaite. Sur le second cachet nous avons un p au lieu de b et l'ordre de ces deux lettres est renversé. Mais ce détail ne peut constituer un nom dift'érent. La permutation de /> et <5 est trop facile pour mériter attention, et dans la confection des scarabées, les gra\^eurs de l'époque brouillaient souvent les signes.
Ce la'qob-lier qui se dit « fîls de Ra » et « doué de vie » pour l'éternité, est à rapprocher du cheikh 'Anai-her que nous connaissons déjà. Les empreintes sont de st\le différent, nous l'avons dit plus haut (p. 46), mais la composition des deux noms est la même. Anat est une déesse, le parallélisme nous invite à considérer laqob, Jacob, comme une sorte de dieu cananéen. Le composé s'interprète donc « Jacob agrée » ou « Jacob e.st satisfait » f ).
Le même nom se lit sur le scarabée suivant ([ui est évidemment a|:iparenté aux précédents:
i 0^ - - J gj A f
(Fig, 18, 3) n
Comme on le voit, le second élément du mot çst bien différent et il serait arbitraire d'accuser le graveur d'avoir écrit V pour lier. Nous avons donc là une autre éjMthète. Flinders Pétrie a proposé la lecture : Si-ra
(') Newhkrry, Scar. XXUI, 2.
(-) Ibid. XXIII, 1. Weill cite encore trois autres scarabées de lecture identique, La fin du Moyen Empire p. 185. II se peut que quelques références se rapportent au même objet.
(^) Mever, Hisl. de l'Ani. II p. 357. A la vérité, l'existence d'un dieu Jacob est très problématique. Elle n'est confirmée par aucun autre document. Supposons qu'elle fût établie, supposons que Jacob, tout court, fût un nom propre ancien de héros divinisé, il n'en résulterait rien contre l'interprétation donnée par la Bible au nom du Patriarche (Gen. 25. 26). Pour ne citer que le plus remarquable des exefnples, le nom de notre Sauveur avait été déjà porté par des personnages de l'Ancien Testament, mais ce fut le Sauveur qui le réalisa dans la plénitude de son sens.
(*) Newberrv, Scar. XXIII, 3. Le scarabée a été trouvé à Hou en Haute Egypte, mais ces petits objets se transportent facilement et l'on n'en peut rien conclure au sujet du pays habité par le propriétaire.
48 ///. Les Asiatiques établis efi Egypte
laqob-baal (loi 'onh\^). Et il y a tout lieu de cioire que c'est la bonne, il suffit d'admettre l'omission d'un h, chose d'autant plus facile que la régularité des lignes dans l'empreinte 1 exigeait. Mais cela nous conduit à une nouvelle interprétation. Car. ici le nom de dieu est le second élément, BaaL et le premier élément laqob, devient une forme verbale dont le sens est à chercher.
A l'appui de cette lecture vient un nom propre semblable connu depuis longtemps. laqob-el des listes géographiques de Karnak. Il est cité une première fois parmi les villes et pays que soumirent les armées du grand Thoutmès III ("), et une autre fois dans une liste dressée à la louange de Ramsès II (^). laqob-el et Isep-el (N. 78 de la liste de Thoutmès III) sont des théophores composés de la même manière que plusieurs autres noms sémitiques comme Israël, Ismaël, Jérahméël v*). C'était, à l'origine des noms propres de chefs ou fondateurs de tribu. Au moment où Thoutmès III et Ramsès II passèrent en Palestine, ils s'appliquaient déjà à la tribu elle-même, comme il arriva pour Israël, ou bien encore à la région occupée par la tribu.
Idqob-bdal des scarabées est un nom para'lèle à Idqob-el des listes géographiques et il s'explique de la même manière. Le Cananéen qui le portait et qui était, paraît-il, un dévot de Baal (^), devint grand seigneur en Egypte et ne craignit pas de se faire appeler « fils de Ra » .
Voici un cachet qui accuse des ambitions plus hautes encore:
(') Scarabs and cylinders, XXII. On sait que l'égyptien n'a qu'un seul signe pour représenter r et /. Prenons les trois dernières lettres de l'empreinte, c'est le nom de Baal gravé sur un grand nombre de monuments égyptiens, Heves, Bibel und Aegypten, 1904, 110.
(■-) Mariette, Les listes géographiques de Karnak, N. 102.
(3) Lepsius, Denkmaler. III, 144, 9. Vi.ir Vigourou.x, Did. de la Bible art. Jacob. Le mot est écrit ici la'qûbel, ce qui confirme l'identité avec Sp»', Sip»'.
(*) Nous ignorons que"l est le sens historique de la'qob-el. II faut le chercher, s?ns doute, dans quelque anthropomorphisme simple et primitif basé sur l'arc ou le talon, peutêtre «El tend l'arc» ou bien «El frappe au talon». En tout cas, il ne s'en suit rien contre l'étymologie populaire donnée par la Bible au nom du Patriarche Jacob.
Nous avons là assurément les noms de Jacob et de Joseph. Mais au temps de Thoutniès 111, les Hébreux étaient en Egypte et non en Palestine. On a dit que les Jacob-cl et les Joscph-el soumis par les armées de Pharaon étaient une section lointaine de la famille de Jacob et de Joseph (ViG., DB. art. Jacob). Pourquoi? N'y eut-il qu'un Jacob et qu'un Joseph en Canaan? Les scarabées nous montrent au contraire que le nom de Jacob était fréquent. Plus probablement, lacob-el et Joseph-el des listes n'ont rien à voir avec nos Patriarches.
(■') Sur Baal dans les monuments égyptiens, voir Daressy, Seth et son animal dans le Bull, de l'inst.fr. d'arch. or.yAW, 1917, p. 77. Pleytk, Quelques monumeiils relatif s au dieu .Srt, Leyde 1863, p. 20. MOli.er, Asien und Europa, p. 309. Maspero, Hisl. Ane. II, pp. 485. 4H(>. 369. 570. On cite un Pel-Ba'al qu'on dit être du temps des Hyksos (voir plus loin, chap. \', Putiphar).
("j i\EWHKKKV, Scarabs XXII, 27. Le cachet a quelques signes décoratifs que nous