‹ Les Hébreux en EgyptChapitre 51 sur 150 · Les songes · texte numérisé non relu

Les songes

l'élu de Dieu, pour faire éclater sa science infuse et sa sagesse surnaturelle. Les prisonniers lui exposent leurs songes. Joseph, guidé par une lumière spéciale, les interprète. C'est le point de départ de sa délivrance. Tout s'accomplit comme il l'a annoncé. Le panetier est pendu. L'échanson rentre en grâce et c'est lui qui parlera de Joseph à Pharaon (Gen. 40).

Les songes du roi sont également prophétiques. Dans l'ordre de la Providence, leur but n'est pas d'instruire le souverain sur l'avenir de son pa\s. mais de faire briller la prudence de Joseph et de l'amener au pouvoir. Les songes des prisonniers préparent l'interprète, ceux de Pharaon le mettent en lumière. Tout se tient, tout s'enchaîne, c'est une merveilleuse unité.

Ces sortes de révélations par figures appartiennent au côté providentiel et surnaturel de la vie de Joseph. Elles sont du domaine de la science sacrée, non de l'histoire profane-

Aussi bien, le problème de leur explication est plus ample et s'étend à {)lusieurs autres cas de l'Ecriture .Sainte. Tels sont les célèbres songes, prophétiques aussi, de Nabuchodonosor si habilement expliqués par Daniel (Dan. 2, L46), tel aussi celui de Mardochée annonçant la gloire d'Esther (Esther, 10, 5-11; 11, 2-12). C'est donc une question d'ordre exégétique que nous n'avons pas à traiter ici. Nous ferons seulement deux remarques .sur le naturel de la structure extérieure de ces songes et sur la différence qui les sépare du genre littéraire songe connu des scribes égyptiens.

Le naturel des .songes.

Le récit est court, sobre, simple, sans recherche du merveilleux, sans surcharge inutile. Il a sa couleur locale et ég\'ptienne. Remar<]uons la manière élégante dont l'auteur passe des raisins mûrs au vin dans la coupe. Entre ces deux états, il }- a une longue série d'opérations à faire. Mais qu'importent ces opérations à la signification des .songes.^ Poids inutile, elles sont supprimées et du raisin on j)asse immédiatement au vin coulant dans la coupe royale. Ce détail convient admirablement à une vi-sion projihétique. Un narrateur ordinaire nous aurait montré des pressoirs, des cuves et des bouteilles pour arriver au vin prêt à boire.

Les songes de Pharaon sont de petits chefs-d'œuvre parfumés de poésie. Ils nous mettent sous les yeux les bords du Nil et les plaines d'Egypte. Le cadre est à souhait. Le fait est merveilleux, sept vaches maigres dévorant sept vaches grasses, sept épis brûlés par le vent engloutissant sept épis pleins 1 Mais c'est nécessaire, car c'est un symbole, l'annonce énigmatique de sept années d'abondance et de .sept années de sécheresse.

Dans un récit si condensé, relevons ce détail des épis brûlés par le vent d'Orient (Gen. 41, 6). C'est le fameux kha7nassin qui souffle au printemps et qui déverse sur l'Egypte les flammes du désert arabique.

Le nombre sept est essentiel à la signification du songe. Aussi est-il oiseux de chercher des rej^résentations analogues sur les monuments égyptiens. Il \- a dans le « Livre des Morts » une vignette qui montre sept

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vaches et un taureau ('). C'est une rencontre fortuite et aucun rapprochement n'est à faire. Le « Livre des Morts » n'a rien à voir avec l'Ecriture Sainte. Il en est de même du conte des deux frères (^) inventé long-temps après Joseph pour amuser les princes du Nouvel Empire. La vertu n'était pas le monopole des enfants d'Israël. Les Egyptiens en avaient aussi quelque notion et quelque estime. Ils comprenaient en particulier que l'adultère était un crime affreux et ils en voulurent à Abraham d'avoir douté en ce point de leur valeur morale (Gen. 12, 18-20. Pourquoi leur cacher que Sara était sa femme.'' Ils n'auraient jamais pensé à la lui enlever. Il n'est pas étonnant que leurs écrits reflètent plus ou moins leur droiture naturelle. Laissons-leur donc les qualités et les mérites que Dieu leur a donnés et gardons-nous de mêler leurs romans quelque amusants ou moraux qu'ils soient aux récits inspirés, d'une beauté incomparablement plus pure et d'une dignité infiniment plus haute.

Les songes. dans la littérature égyptienne.

Avec un peu de patience, on peut trouver dans les textes égyptiens plusieurs narrations ou descriptions sovis forme de songe. C'est un fait. Le g-enre était connu des scribes poètes et panég\ristes.

Une stèle découverte sous le sable, entre les pattes du grand sphinx de Guizeh, raconte que Thoutmès IV parcourait un jour sur son char la lisière du désert, chassant gazelle et lion. Le sphinx était alors complètement sous terre. Or, il arriva qu'à midi Sa Majesté, fatigué de la course, s'arrêta pour se reposer et s'endormit.

Et ce grand dieu lui parla de sa propre bouche^ comme un père parle à son enfant, disant: Vois, ô monjils Thoutmcs, je sni s ton pire, Harniachis- Ktwpri- Ra-Atomn qni fa donne la royaidé.

Et il lui demande de le désensabler afin (]u'il puisse revoir la beauté du soleil (^).

Cette stèle est criblée de fautes et rédigée en un style barbare. Aussi faut-il admettre, avec l'égyptologue Adolf Erman, qu'elle n'est pas du temps de Thoutmès, mais d'époque bien postérieure (^).

La grande inscription de Karnak qui célèbre la victoire de Ménephtah sur les Libyens et les peuples de la Méditerranée décrit aussi une vision du même genre:

Alors Sa Majesté vit en songe comme si une image de Phtali se tenait debojit devant Pharaon. . . Il lui dit: « Prends-le » tandis qu'il lui tendait le glaive, « et bannis de ton cceur toute crainte » (^).

(') ViGOUROux, La Bible el les découvertes modernes, II. p. U'.'.

(2) Raconté au long par Vigourou.x, Ibtd., p. 42-55.

p) Texte dans Erman, Aeg. Chrcsiomathie , p. 8L

(<) Ibid. Commentaire, p. 38.

(^J Brkasted, Hisl. doc. III, 582. Vigoukoux, La Bible et les découvertes modernes. II, p. 60, cite ce songe mais avec le contresens des premiers ég>'ptologiies. D'après eu\ Phtah aurait défendu au roi de marcher avec son armée; au contraire, il l'exhorte à avan( ■ et à ne pas craindre.

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