‹ Les Hébreux en EgyptChapitre 52 sur 150 · Les songes · texte numérisé non relu

Les songes

Ces soncres transmettent des ordres ; en voici un qui prend une allure prophétique- Il est raconté dans ce qu'on a appelé précisément la stèle du songe.

En 1862, on trouva à Natapa, en Ethiopie, dans les ruines d'un temple dédié à Amon, plusieurs stèles ég\-ptiennes qui avaient été érigées dans ce sanctuaire par les rois du pays. La plus célèbre est la grande et belle inscription du pharaon Piankhi qui régna sur toute rEg3'pte, dans laquelle il raconte en détail ses exploits et ses expéditions (').

Une de ces stèles, beaucoup plus courte, parle du songe d'un roi. Ce roi n'est pas connu autrement que par cette pierre (-). Son nom même n'est lisible qu'en partie. Maspero lit: Nuat (Mei)-Amon et il calcule qu'il régna peut-être entre 664 et 656 avant Jésus-Christ. Ce roi a donc fort peu d'importance dans l'histoire. Voici le passage du songe:

L'année de son apparition comme roi. Sa Majesté eut tm songe la nuit: denx se r petit s, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche. QuatidSa Majesté s'éveilla, il ne les trouva pas. Il dit: qu'on mexpliqîie ces clioses sur le champ. Et ils les lui expliquèrent disant: « Tu auras les pars du Sud et tu saisiras ceux du Nord. Et les deux couronnes seront placées sur ton front. Il t'est donné d'avoir la terre en toute sa largeur et en toute sa longueur, personne autre comme toi en pouvoir >. Et Sa Majesté monta sur le trône cette année.

Il est évident que ces songes sont une fiction du poète ou du panégyriste. C'est un artifice de langage pour faire intervenir les dieux et donner plus de force et d'attrait à la narration. C'est un genre littéraire. Celui qui est attribué à Thoutmès IV est probablement un faux de quelque prêtre d'époque tardive pour engager le souverain de son temps à imiter la prétendue bonne action de son ancêtre. Ménephtah guerroyait autour de Memphis, il fallait bien mettre en scène le dieu du pays et lui décerner à lui aussi (]uelques lauriers. Le songe de l'Ethiopien est d'une lamentable pauvreté et déguise mal une ba.sse flatterie. 11 était glorieux pour ce roitelet que les dieux aient pris soin de lui annoncer à lui-même son prochain avènement. Deux serpents, l'uraeus de chacune des deux couronnes! Ce scribe courtisan n'avait vraiment pas d'imagination.

Il }• a donc une différence immense entre ces inventions des littérateurs ég\"ptiens (^) et les visions si nobles, si belles, si riches en couleurs que raconte la Bible. Nous ne nions pas, certes, que les Eg}'ptiens aient eu des songes. Tout le monde en a. Nous ne nions même pas que les Anciens aient parfois tiré des présages certains de visions qui les avaient hantés pendant leur sommeil. Mais où trouvera-ton un ensemble de vues prophétiques comme celles qui constituent la trame de la vie de Joseph.? Dire

(') Actuellement au Musée du Caire.

(^) Texte dans Mariette, Monutnenls divers, pi. 7, 8. Traduction clans Maspero. liibl. efcypiologique, VII, p. 217.

(') Hérodote raconte un songe d'un certain roi qu'il appelle Séthon (II, 141, Didot, p. 118). Mais nous ne savons ce qu'il y a de fondé dans un récit qui est si éloigné des \<;nements.

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