Woinitkation
L'Ecriture Sainte nous dit que Joseph fit embaumer le corps de son père Jacob par les médecins qui étaient à son service. « Ils y emplo\èrem quarante jours, car c'est le temps (]ue l'on met à embaumer; et les Egyptiens le pleurèrent soixante-dix jours » (Gen. 50. 3). Puis, Joseph et ses frf-res prirent le corps du patriarche ainsi momifié à la manière égyptienne, et l'emportèrent à Hébron où ils l'ensevelirent dans la caverne de Macpéla à côté des ancêtres, Abraham et Isaac.
Sans aucun doute, Joseph lui-même eut les honneurs d'une momification princière. Sa dignité de ministre de Pharaon l'exigeait. Mis à l'abri de la destruction, son cori)S put attendre les Jours encore lointains du
(') A ce sujet, voir Weili-, Les décrets royaux de l'Ancien Empire éf;yplien. Paris 191L'. \. Mallon, Bulletin d'Iiistoire de la religion égyptienne élans les Recherclies de science religieuse 1914, p. 10.^. — ^\ov.f.T, Cliartes d'immunités dans l'Ancien Empire égyptien (Journ. Asiatique ]\.\\\\c\.-.\uù\. )9i:', p, 73-11.3).
88 f. Les Hébieiix. Joseph
retour au pays des Pères. A l'exode, Moïse eut soin de le faire prendre (Ex. 13, 19) et d'après Jos. 24, 32, il fut déposé non pas au tombeau de famille à Hébron, mais à Sichem. près du puits de Jacob.
La momification est une des pratiques les plus connues et les plus célèbres de l'Egypte ancienne. Quel est le musée archéologique au monde où l'on ne puisse voir quelque momie sortie de ces tombeaux que leurs maîtres croyaient avoir scellés pour l'éternité.' En compiaraison d'autres objets, ces momies ne sont pas très anciennes. Une étude attentive entreprise par le savant anglais EUiot Smith a établi qu'il n'y a ni au grand musée du Caire ni au British Museimi aucune momie antérieure à la XVIP d\ nastie ('). Ce n'est pas à dire que les temps plus anciens ignoraient cet usage. D'après le même auteur, on le suit à des indices certains jusqu'à l'Ancien Empire et aux premières djnasties. On sait qu'au moment de la momification on retirait les viscères et les principaux organes du corps et qu'on les déposait dans quatre vases rituels appelés canopes. Or, on a retrouvé ces vases dans des tombes qui remontent à la plus haute antiquité. Tombes et canopes étaient vides, mais on ne peut douter que le corps avait été embaumé à la manière de l'époque classique.
Au reste, de nouvelles recherches ont fourni des preuves convaincantes. En 1906 une tombe de la XIP dynastie fut ouverte près des p\ramides de Lisht en Moyenne Egypte. Le sarcophage était là avec le corps enveloppé de bandelettes. Elliot Smith l'examina sur place et reconnut les incisions faites par les embaumeurs pour la momification. Mais malgré toute l'habileté des praticiens, l'inévitable corruption avait fait son œuvre et cette matière humaine qu'ils avaient cru doter d'éternité tombait en poussière. Deux momies plus anciennes encore, de la X*^ d\nastie, croit-on, furent trouvées à Saqqara la même année et dans les mêmes conditions de destruction. A l'Ancien Empire, peut-être V" dynastie, on attribue une momie d'un genre spécial sortie en 1892 des fouilles de Pétrie près de la pyramide de Meidoum ('). Enfin quelques restes humains pro\enant d'un cimetière de la II* djnastie à Saqqara portent les marciues d'un travail d'embaumement. Ainsi un de ces débris avait des bandelettes qui fai.saient seize fois le tovir du corps.
La pratic}ue de la momification remonte donc aux débuts de la civilisation égyptienne. Il est manifeste d'ailleurs que les méthodes passèrent par un grand nombre de variations. Elles fiirent d'abord simples et rudimentaires. Elles se perfectionnèrent à partir du Nouvel Empire- Et c'est ce qui explique, avec le temps inexorable et parfois l'impiété des hommes, que les momies des temps anciens ne soient pas parvenues ius(]u'à nos jours.
Hérodote qui visita l'Egypte au milieu du V* siècle avant Jésus-Christ.
U Joiini. of Cfr. iircli.. 1914, p. 189-196.
'-') Actuellenieiil :iii imiséu du Royal Col/tXf of Siii;<;eoiis à Londres.
/ . Momification 8'^
nous a donne une magnifique description du procédé employé à cette epo']ue. Je reproduis ici la tradr.ction latine (II, 8(), Didot, p. 98), en y introduisant quelques divisions:
Les embalmeuks kt les trois manières.
Sunt ;iuteni qui hoc ipso occupantur et artem hanc condiendi niortuos exercent. Hi ubi •\\\< oblatum est cadaver, ostendunt bis qui illud ofierunt exeniplaria lignea cadaverum, pictura riini itnitantia. Et praestantissiniani quideiii condiendi rationeni dicunt eius esse, cuius nonien ■.;ili re effari nefas duco.
Monstraut vero et exemplar alleriiis quae huic inferior est et minus pretiosa ; deni<iue tertiam vilissimam.
Quibus expositis. quaerunt ex illis qiionam génère parari velint cadaver.
La prkmii:re maniî.rk.
Tum lii, post(|uam de niercede convenit, al)eunt; et illi, suis in aedilius tnanentes. si •stantissiina ratione con<lienduni cadaver fuerit, rem ita peragunt.
Primnm incurvo fernj per nares extrahunt cerebruni, et partem quideiu cerebri ita
rrihunt partini vero infusis medicanientis. Deinde acuto lapide aethiopico circa ilia incidunt
I.iver et totani alvum exenterant, et purgatani eluunt vino palmeo, iterumque tritis aroma-
' lis extergunt. Tum trita purissima myrrha et casia aliisque odoribus, thure excepto, alvum
niplent, atque complétant nirsus consuunt.
His ita factis, nitro condiunt conduntque cadaver per dies 70 ; nec enim licet plures ndiendo insumere. Elapsis 70 diebus lavant cadaver et totum corpus sectis ex sindone byssina fasciis involvunt, guninii illo sublitis, <|U(j pro glutine maxime utuntur Aeg>-ptii.
Inde ulii cadaver receperunt propinqui, capsam conficientlam curant hominis figura cui inrhidunt cadaver, atque inclusum reponunt in conditorio sepulcrali, rectum statuentes ad pa- •em.
Haec est ratio adparandi ea cadavera ijuac pretiosissime condita volunt.
Les deux autres manières que décrit ensuite rapidement Hérodote étaient un embaimiement sommaire à l'usage des pauvres- Elles comportaient toujours le bain de 70 jours au natron.
Hérodote dit fort bien (jue les sarcophages étaient anthropomorphes ;
'•st ce (]ue l'archéologie a confirmé pour cette époque tardive. Il ajoute
qu'on les disposait droits le long des parois dans les tombeaux. Cependant
on les trouve généralement étendus et couchés dans la position normale
des morts.
Af)rès la momification par immersion dans le natron, le corps était entouré de bandelettes et de linge fin imprégné de baume- Des traces de ce parfi.im precieu.x ont été reconnues sur plusieurs momies en [)articulier sur celle de Menephtah (').
On extradait la cervelle et. à sa place, on introduisait du linge fin -c du baume. Les narines étaient bouchées avec une pâte résineuse. ( )n étendait la même pâte sur la bouche et les oreilles.
Les organes et les viscères étaient extraits et déposés dans les vases cano[)es.
I 'ans l'état actuel de momification, Menephtah mesure Ini, 71; Ranisès Il,lm, 73;
90 V. Les Hébreux. Joseph
< Les splenclides momies des rois et des reines de la XV^III" et de la XIX' dynastie mar(iuent le point culminant de lart des embaumeurs en Ecrypte, bien que plus tard, en particulier à la XXP dynastie, le procède fût devenu plus difficultueux et plus complexe car alors les embaumeurs avaient acquis une telle confiance en leur habileté que non seulement ils restauraient dans le corps les parties (ju'ils avaient enlevées durant la momification pour le rendre complet en lui-même, mais aussi en bourrant la matière sous la peau, ils s'efforçaient de lui restituer la forme qu'il possédait pendant la vie. Ainsi la momie était un représentant de tout le corps du défunt, c'était lui-même transformé en statue-portrait. Dans ce but on y insérait des \eux artificiels, on modelait le corps dans sa forme naturelle en usant comme bourre de matières étrangères variées, on raccommodait proprement tous les défauts de la peau, et on remplaçait soigneusement toutes les parties manquantes, par exemple la chevelure chez les femmes par une perruque ou ([uelque autre expédient » (').
Ces soins extrêmes des Egyptiens pour préserver les corps de la corruption et leur assurer l'intégrité étaient un acte de foi dans l'autre vie et l'indice d'une vague espérance en une certaine résurrection.