I. Histoire de Sinouhit
Ce premier document ne présente qu'un détail faisant allusion aux: incursions des Asiatiques en Egypte, « le mur du prince construit pour repousser les Bédouins ». Il importe cependant d'en parler car c'est un des jilus connus et des mieu.K caractérisés de la série, il nous offre un point ■de départ assuré et ferme pour entrer dans le dédale d'autres textes mutilés et moins clairs. En outre, il contient la plus belle description de la vie en Palestine au moment où les Hébreux y entraient (')•
Les aventures de Sinouhit sont-elles une histoire ou un roman? C'est une question discutée parmi les égyptologues. Autrefois on y voyait plutôt ime histoire véritable : aussi Maspero, un des premiers déchiffreurs du texte hiératique, l'appelle-t-il « les mémoires de Sinouhit ». De nos jours, on tend j)lutôt à \- voir un roman à cause des analogies évidentes avec d'autres compositions littéraires de la même époque, tel le conte die naufragé, qui sont certainement des ouvrages de puro fiction. En tout cas, si c'est un roman tout n')- est pas inventé. Le héros peut être légendaire, le milieu décrit est historique- Les mœurs des Asiatiques qui forment la partie centrale de l'ouvrage sont une peinture réelle, et c'était apparemment le but de l'auteur, d'égaver la famille rovale par la description d'une vie si différente de celle d'Egypte-
Sinouhit est un prince de la famille régnante (Aménemhat I puis Sésostris I). Pour une raison ijui n'est pas expliquée, il est forcé de s'enfuir.
(') L'Iiisloire de Sinouhit eut, senible-t-il, un grand succès en Eg3'pte. Il nous en est resté des parties de plusieurs copies :
1. Papyrus hiératique Berlin P. 3022, acheté à la vente de la collection Athanasi à Londres en 1843 pour le musée de Berlin, avec trois autres, P. 3023, P. 3025 Le paysan. V. 3024 Lebensmûde et Chant du Berger. Ces 4 mss. proviennent de la même trouvaille et devaient faire partie du même dépôt. C'est la même écriture. Le P. 3022 est sans doute le plus beau papyrus connu du Moyen Empire. Bien qu'il soit incomplet, il mesura encore 495 cm. de longueur et 16 cm. de hauteur. Il contient 311 lignes. Il avait à l'origine 15 feuilles. Quelques fragments du même papyrus se trouvent dans la collection de Lord Amherst of Hackeney à Uidlington Hall.
2. Papyrus hiératique Berlin 1'. 10499, incomplet, du Moyen Empire comme le précédent.
3. Papyrus Golénischef découvert par le possesseur lui-même en Egypte, incomplet, début de la X1X"= dynastie.
4. Ostracon du Caire 27419, XX'' dynastie, contient le début.
5. Ostracon 5629 du Br. Mus., XIX» ou XX» dyn., contient la fin.
Les papyrus de Berlin ont été publiés en reproduction photographique par l'Administration des .Musées, avec transcription hiéroglyphique par Alan Gardiner, Hieratische Papyrus aus den kônigl. Museen zu Berlin, V. Literarische Texte des Mitlleren Reichs, II. Die Erzàhlung des Sinuhe, Leipzig 1909. Le te.xte en entier dans Maspero. Bibliothèque d'étude, I. Les mémoires de Sinouhit. Le Caire 1908. Traduction dans Maspero, Les contes populaires de l'Egypte Ancienne, et alibi.
//. Pénétiation Asiaiique en Egypte
Je fis roule à pied vers le Nord, j'atteigtiis le « Mur du Prince » (') construit pour repousser les Bédouins.
Je me cachai dans les blés, de crainte d'être vu de la garde sur la terrasse, veillant en son jour.
Je repris via marche a l'heure du souper, à l'aurore, j'atieig?uris Peten.
Son arrivée chez les Bédouins:
Ma gorge est en feu, je dis: c'est le goût de la mort, je relève tnon cceur, je recueille mes membres.
j'entendis le bruit dii beuglement dun troupeau, j'aperçus des « Archers » (-), me reconnut un chef qid était l'a, c'était un Egyptien.
Il se mit à me donner de Peau, à nie préparer du lait.
j'allai avec lid dans sa tribu, bien est ce qu'ils prent.
J'allai de pars en pays, je les quittai à Kepen (^),
je parvins à Kedem, je passai là une année et demie-
Ses relations avec un ^^rand chef:
.lie fit venir Aminenshi, c'est le prince de Retenou supérieure (^).
{') Cette muraille s'élevait à la frontière et marquait l'extrénie limite de l'empire. Ma- SPERO, Uist. Ane. p. 120.
('-) Archers, ainsi sont appelés les Asiatiques, parce qu'ils portaient habituellement des arcs pour la chasse.
(3) Alan Gardiner, l'interprète le plus autorisé du texte de Sinouhit, a victorieusement démontré qu'il fallait lire kepen, « Biblos » (Recueil de Travaux, XXXI 1, '21, 22). On trouvera étrange que le héros arrive si vite à Biblos en Phénicie. C'est précisément une des raisons pour lesquelles il faut regarder ce récit comme une fiction littéraire. Peu Importe la géographie au poète. Il nomme ici Biblos parce que ce nom lui est connu, parce que ce.st un nom connu des Egyptiens. C'est là qu'aboutissaient les expéditions maritimes iiui allaient chercher le bois de cèdre. Partant de la frontière d'Egypte, Sinouhit avait à traverser nombre de villes avant d'arriver à Biblos. Elles ne sont pas mentionnées. Kedem du vers suivant est un nom générique pour signifier Orient.
(*) En cet endroit et presque partout dans Sinouhit, le texte porte lenou sans /- initial, mais Alan C.ardiner a démontré qu'il s'agissait bien de Retenou {Rec. de Trav. 32, p. 23». Certains auteurs transcrivent ce mol Lotanou et le rapprochent de Lotan de la Bible (Gen.