‹ Les Hébreux en EgyptChapitre 94 sur 150 · Rainsès et Pithoiii · texte numérisé non relu

Rainsès et Pithoiii

La première |)ériode est caractérisée par la construction de l'ithom et de Ramsès. Evidemment, les Hébreux travaillèrent ailleurs et à d'autres villes. Celle.s-ci sont mentionnées comme exemples, et parce que, dans la mémoire des descendants, leur nom évoc^uait plus vivement les sou\enirs de misère et de souffrance légués par les anciens ').

Nous avons parlé de Ramsès dans le chapitre précédent et nous avons conclu (|ue. .selon toutes les probabilités, c'était la Pi-Ramesse pharaoniiinc,

(') Les .Septantt: nieiitionnent encore Héliopolis.

4 Raiiisès ci Pithoi»

au site de Péluse. Aioutons seulement (jiie dans tous les s\stèmes, même en cet endroit, la ville est nommée par anticipation, comme à l'arrivée de la famille patriarcale en Eg^ypte (Gen. 47. 11*. Les Hébreux y peinaient, en effet, long^temps avant le décret sur les enfants, donc également avant la naissance de Ranisès II. Au reste, aucune difficulté en cela. Pi-Ramesse était une grande ville, avec cin(] ou six tem[)les et d'immenses magasins ('). Le travail de construction, commencé à une date (]ue nous ignorons, se poursuivit pendant plusieurs règnes et — dans la seconde h\pothèse — jusqu'au temps de Ménephtah.

11 est vrai, dans les documents égyptiens, il n'est fait aucune mention de Pi-Ramessé avant Ramsès II. C'est à lui que les scribes panégyristes attribuent l'embellissement de la ville et c'est son nom qu'elle porte. A bon droit, semble-t-il, car il \- fit exécuter de grands travaux et il aimait à V séjourner. Il y signa le traité de |)aix avec les Hittites. C'était l)ien sa ville, sa résidence privilégiée. Mais il n'est dit nulle part i\\\"\\ fut le premier à y construire en vue d'une installation de la Cour et du Gouvernement. D'après plusieurs indices, la famille ramesside était originaire du Delta oriental, peut-être d'.Xvaris, et il est tout à fait vraisemblable que Séti I et Ramsès I avaient déjà entrepris de faire de ce site merveilleux la seconde capitale de l'Egypte ('-). C'était d'ailleurs l'intérêt du pa\-s, comme nous l'avons indicjué plus haut.

.Simultanément, les Hébreux construisaient les magasins de Pithom. Dans le texte sacre, cette dernière localité ne se rattache pas à la terre de Gessen. Car, il est évident que Pharaon a pu envoyer les dociles fils d'Israël travailler bien loin de leur centre principal. Nous avons donc toute liberté pour la chercher là où nous conduiront les documents ég\ptiens. Il est généralement admis parmi les auteurs modernes de la placer aux ruines de Tell el-Maskhouta dans le Ouadi Toumilat. Un ég3'f)tologue (^ue nous avons nommé souvent et dont l'autorité s'mipose, Alan Gardiner, incline plutôt pour le site voisin de Tell Artabi, réservant pour Tell el-Maskhouta le toponyme beaucoup plus fré(]uent de Thékou (^). A dire vrai, au point de vue biblique, la question a peu d'importance. Elle se double cependant de deux autres éléments. Dans l'ojjinion commune, Thékou .serait Soccoth de la Bible (Ex. 12, 37; 13, 20), où les Hébreux établirent leur premier campement. I^n outre, il faut identifier Héroonpolis que les Sej)tante ont introduit dans leur texte (Gen. 46, 2.S) et on s'accorde à y voir le nom grec de Pithom. 11 y a donc lieu de s'arrêter un moment à ce petit [)roblème de géographie.

(') Voir plus haut, p. 110116. Au moment où écrivait l'auteur sacré, le grand nom de l'i-Ramessé avait effacé tous les autres.

(2) A. Cardinek, The Delta résidence .dans le Journal of eg. arch. 5, 1918, p. 260, note 4. Une des raisons qui militent en faveur de cette opinion est le culte spécial voué par cette famille royale au dieu Set, principal patron d'Avaris et de sa région. Le nom de Set entre dans le protocole de deux pharaons delà XIX» dynastie, Séti I, Séti II; Ramsès II et Ménephtah sont souvent dits « Aimés de Set ». Le père de Ramsès I s'appelait probablement Séti.

(3) The Delta résidence dans Xn Journal of e?. arch.. 5. 1918, p. 268. 269.

126 VIL La persécution

Nous passons rapidement en revue, dans l'ordre historique autaat que possible, les documents concernant la question.

1. J'apvrus du Nouvel Empire Ils parlent de Thekou et de sa forteresse {klietem) (')• Voici le plus remarquable. Nous l'avons déjà cite plus haut (p. 34), nous le reproduisons ici pour la commodité du lecteur: Xons avons fini de faire passer les tribus bédouines d'Edom par la forteresse {khetetn) de Ménephtah de Tlukou, vers les marais de Pitoum \de\ Méiieplitah de Tliékou (*). Si nous débarrassons ce texte de ses éléments parasites, il se simplifie ainsi : « Nous avons fini de faire passer les tribus par la forteresse de Thékou vers les marais de Pitoum de Thékou ». Nous ne prétendons pas que le sens de cette phrase soit clair. De ([uelque manière cependant qu'on l'explique, il est difficile d'en tirer que Pitoum et Thékou désignent la même localité. Il semble plutôt que Thékou est une région assez étendue dans laquelle il \- a une place forte, un klietem^ cju'on appelle « la forteresse de Thékou », et une ville qui porte le nom de « Pitoum de Thékou ». D'autre part, dans un sens restreint, Thékou est aussi une ville, comme l'indique le déterminatif qui accompagne ce mot.

2. Itiscriptions lapidaires trouvées à Tell Artabi et à Tell el-Masklwuta. Nous avons cité plus haut (p. 108), celles de Tell Artabi. Il en ressort, ce ([u'ont d'ailleurs prouvé les fouilles, qu'il y avait là un grand temple dédié à Atoum, un pi-tonm « demeure de Toum » (^). et (]ue le dieu s'appellait Atoum, seigneur de Thékou >.

Les fouilles de Tell el-Maskhouta ont également établi (]ue cette ville possédait un temple d'Atoum avec le même titre: Atoum, seigneur de Thékou (•*). Mais ici, il y a un peu de variété dans le formulaire. Le lieutenant d'Osorkon I! (22" dynastie) ^xviXÀXxAç:: Archiviste du temple de Toum {pi-tonm), seigneur de 'Anou (pi. 4C). Ce dernier terme de 'Anou qui reparaît dans les textes ptolémaïques, indiquait tout le territoire du 8' nome, dans le Ouadi Toimiilat. Le même monument parle encore deux fois du temple de Toum. Trois fragments de statues probablement d'époque saïte (26"' dynastie) contiennent des formules analogues : Totis les prêtres qui entrent dans la demeure sacrée de Toum, 'dieu grand au milieu de 'Thékou (pi. 5 A) ; le préposé au magasin, le scribe de la demeure sacrée de Toum \de\ Thékou ; ton rwm avec ta slatjie reste dans la demeure sacrée de Toum, dieu grand et vivant \de\ Thékou (|dI. 7 A) ; prêtre de Hiorizon (temple) de Toum de Thékou (p. 40).

Le monument le plus considérable sorti des fouilles est une grande stèle de Ptolémée II Philadelphe (^) (285-247), érigée dans le temple luimême, l'an 21 du roi, en lace de son père Toum, dieu grand et vivant de Thékou (ligne 28). On y décrit en un st3le ampoulé [plusieurs visites du

(') Voir plus loin, le texte du pap. Anastasi V.

(-) Pap. Anastasi VI, 4, 15, voir les références plus haut, p. 34.

(=•) Le nom de ce dieu s'écrit Atoum ou Toum.

(') Naville, The Store-ciiy of Pitliom, 1903. Fragment du naos dt Ramsès 11, pi. :^ A.

('•) Naville, The Store-cUy of Pithom. 1903, p. 18-21, pi. 8-10.

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