‹ Les Hébreux en EgyptChapitre 95 sur 150 · Ramsès et Pithom · texte numérisé non relu

Ramsès et Pithom

pharaon à la ville, ses libéralités envers le grand dieu Toum et son temple, et quelques autres belles actions accomplies dans cette région. La formule stéréotypée Tmtui, dieu grand et vivant de Thékoji s\- répète avec une fatiguante uniformité. Je recueille (iuel(]ues passages un peu plus expressifs pour notre but. Ils voguèrent, vinrent à Thékou et s'y reposèrent (1. 14). Les dieux rap|:)ortés de Perse vinrent devant les dienx dn pi-toum [</,?] Tlu'koîi ('), leur:, statues s'y reposèrent pour toujours (1. 13). A la ligne 10, on énumète les dons offerts au pi-toum. Dans ces deux derniers cas, le mot pi-toum est suivi du déterminatif de ville et Naville veut y voir le nom religieux de Thékou. Il paraît bien étonnant que sur une même stèle, la même localité reçoive deux noms diflerents. D'ailleurs, en prenant le compose dans son sens ordinaire, demeure de Toum. on obtient un sens bien préférable. Quant aux déterminatifs, l'inscription est trojj négligée pour (]u'on y attaclie une sérieuse importance (").

3. Textes géographiques des temples de Dendéra. Edfmi et Philae ('). Tous ces temples furent construits au temps des Ptolémées. On y figura sur les parois, de manière s\mboli(iue, toutes les provinces d'Eg\pte. C'est une procession qui s'avance vers le roi. chaque personnage représente une province, il en porte sur la tête le signe hiéroglyphique avec le nom de la capitale. Il est censé l'offrir au pharaon avec tous ses produits. Une légende accompagne le tableau et l'explique. Nous avons déjà fait remarciuer avec Gardiner, en parlant du prétendu prototype égyptien du mot gosen, que ces textes gravés à cette époque tardive sont assez défectueux et qu'ils contiennent souvent des noms rares et très anciens qui n'étaient certainement plus en usage, tel Sesmet, nom ancien de Pi-Sopd

D'après ces représentations, le Ouadi Toumilat formait alors le huitième nome de la Basse Eg3'pte avec Thékou comme capitale (*). 11 y est question aussi de Pi-Toum dans Ro-ieht « la porte de l'Orient » ('). et, au moins deux fois, de Ha-Toum « la demeure de Toum » ("). Mais rien n'in-

(') A. Gardiner, {The Delta résidence, p. 268) traduit: les dieux de Pithom et Thékou, comme s'il s'agissait de deux localités différentes. Il ne semble pas que ce soit nécessaire, car, dans les inscriptions de Tell el-Maskhouta, le signe du génitif» est souvent omis (pi. 7 A. pi. 5 A, pi. 8 fronton de la stèle). Au reste, il faut traduire ici : le temple de Toum de Thékou.

(-) Le déterminatif de ville est employé au fronton de la stèle (pi. 8), après ro-ieb « porte de l'Orient », avec le déterminatif des pays étrangers, après Pi-kerehet avec l'uraeus, après le nom du nome < le harpon oriental » (ligne 1, pi, 9 et ailleurs). Il est donc manifeste que sur cette stèle, il n'est pas restreint à l'idée de ville, mais qu'il s'étend à l'idée générale de pays, endroit, lieu, localité. Dès lors, comment peut-on assurer que pi-toum suivi de ce signe veut dire «ville de Pitoum?».

(3) J. DûMiCHEN, Geographische Inschriften altàgyplischer Denkmâler. Leipzig 1865-1866, 4 vol. — Mariette, Dendéiah. Paris 1870-1874. — 1)k Rougé, Inscriptions et notices recueillies à Edfou.

(<) DÛMICHEN, I, pi. 62; III, 19. 34. De Rougé. pi. 145.

(^) DuMicHEN, I, pi. 98, ligne 12. — Mariette, Dcndérah, IV, 75, 12 : avec le déterminatif de ville.

('•) DuMiCHEN, I, pi. 64: III, pi. 46: « Dit par Toum, dieu grand, habitant dans Ha- Toum ». Je dois toutes ces références à M. Henri .Munier,

12y vil. La persécution

dique que ces termes désignaient Thékou. et il est bien plus locri(]iie de les entendre d'une autre localité de la même province (')

Après cette rapide énumération des documents, la conclusion se dégage indiscutable sur certains points, hésitante sur d'autres. Thékou était le nom ordinaire de la ville ég\'ptienne située à Tell el-Maskhouta. Pi toum est un composé signifiant t le temple de Toum ► aussi bien à Tell Artabi que dans la cité voisine, et il est naturel d'admettre que, par extension, ce terme religieux s'est appliqué à l'une et à l'autre des deux villes. Avec une différence, pourtant. A Tell el-Maskhouta, l'appellation sacrée de Pitoum est secondaire et accidentelle, elle s'efface devant le nom ancien de Thékou. A Tell Artabi, elle est unique, donc commune et ordinaire, autant du moins qu'on peut en juger à la lumière si faible des documents. C'est, en eftet, une énigme que cette ville. Elle est beaucoup plus ancienne que sa voisine, sa rivale peut-être, Thékou. Elle plonge ses racines dans l'Ancien Empire, elle voit les gloires de la XII° et de la X\'IIP dxnastie, elle brille au temps de Ramsès II qui restaure son grand temple, elle s'entoure de murs avec Ramsès III. elle se maintient encore quelques siècles, puis elle sombre dans l'oubli. Aucune trace ni des Ptolémées, ni des Grecs, ni des Romains n'y a été retrouvée. Elle n'était donc plus rien au temps d'Alexandre. Elle avait disparu devant Thékou toujours grandissante (').

Quel nom lui donner } Nous n'en voyons d'autre que Pitoum. Relisons le passage cité du papyrus Anastasi VI : Nous avons fini de faire passer les tribus bédouines d Edoni par la for tes se de Thékou vers les marais de Pitouni de Thékou (ou qui est de Thékou). Malgré l'obscurité du sens, il est naturel de placer la seconde localité à l'Ouest de la première, donc à Tell .Artabi. Et l'expression, Pitoum qui est de Théko7i, s'éclaire singulièrement à la lumière des inscriptions qui, à Tell Artabi, appellent Toum. seigneur de Thékou. C'est nous dire qu'à cette époque, le nom de Thékou

(') l-es textes géographiques et la stèle de Ptolémée Philadelphe, qui sont d'ailleurs de même époque, donuent à peu près les mêmes termes. Outre Thékou, le doublet Pitoum- Hatoum, et le nom du nome « le harpon oriental », on trouve des deux côtés Ro-ieht et Pi-kerehet. Roiebt « la porte de l'Orient » est une qualification géographique de la région, qu'il est facile de comprendre. Quant à Pikerehet, on ne sait trop qu'en faire ni où le prendre. La stèle dit (pi. 8): « Osiris, seigneur de Ro-iebt, habitant Pi-kerehet y> , et plus loin (ligne 7): « Sa Majesté vint au temple de Pi-kerehet (hat nit Pi-kerehet) >. Ce mot est toujours suivi de l'uraeus. c'est donc «le temple du serpent >. A la ligne 27, on énumère les offrandes faites à ce temple et ici le mot est suivi du déterminatif de ville. Où était ce temple ? A l'Orient ou à l'Occident de Thékou ? Le même terme désignait-il une localité de quelque importance.' Naville, (Store-city, p. 24. 25) pense que Pi-kerehet était le nom égyptien de la ville dont on voit les ruines au pied du Gebel Mariam, près d'Ismaïlia, et que c'est aussi le Phihahirot de la Bible (p. 30), ainsi que le Serapiu de \' Itinéraire d'Antonin. Nous traitons plus loin cette question.

(^) C'est, sans doute, l'ouverture du canal du Nil à la Mer Rouge, au temps de Darius, qui assura la prépondérance à Thékou plus rapproché de l'embouchure et qui devint un grand port commercial sous le nom de Héroonpolis.

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