CASTRA . M VI III B
Le début de la seconde nomme les Iniperatores Maximien et Sévère et les Caesares Maximin et Constantin. D'après Naville, l'inscription est de 306 ou 307 après Jésus-Christ. Comme le remarque justement le même auteur, ces deux pierres furent gravées par les soldats romains qui occupaient ce poste. Nous y lisons deux fois le nom de l'endroit, Ero, d'oîi les Grecs tirèrent Héroonpolis « la ville des héros ».
La seconde inscription crée une sérieuse difficulté. « D'Ero à Clysma, Q milles >. Or. Clysma est à Suez (*), à 69 milles d'après l'Itinéraire d'Antonin (voir appendice, III. 3). Naville supprime cette distance et met un second Clysma, un petit Clysma, à 9 milles de Tell el-Maskhouta, près du lac Timsah. C'est conforme à sa théorie d'après laquelle, au temps de l'Exode, la Mer Rouge s'avançait justiu'aux plaines de Neficheh, à l'Ouest du lac actuel (p. 24. 25). Une autre opinion soutenue autrefois par Dillmann et Mommsen (p. 22. 23) tient (jne la i)ierre a été déplacée, (]u'elle avait été érigée à 9 milles à l'Est de Tell el-Maskhouta et qu'elle fut rapportée à la ville pour servir à quelque constructiom. Naville combat énergiquement cette opinion et la déclare sans fondement.
Alan Gardiner propose une solution beaucoup |)lus élégante (^). Ero était à Tell Artabi, et la pierre, in sitn à Tell el-Maskhouta, marquait le 9* mille sur la route d'Ero à Clysma. C'est la solution que nous de\Tions admettre, puisqu'avec Gardiner nous avons localisé Pitoum à Tell Artabi.
(') Alan C'tardiner a été le premier à différencier Pithom de Thékou et à le localiser au site de Tell Artabi {Delta résidence, p. 268 et carte, pi. XXXV). Il y met aussi Héroonpolis que je crois devoir maintenir à Tell el-Maskhouta.
('^) Je garde cette forme qui est celle de tous les auteurs grecs.
p) Naville, The Store-cily of Pithom, pi. 11.
(■') Tout près de cette ville, se voit un monticule que les indigènes appellent encore Tell Gismel (ou Kismel). Le mot Gismel est une survivance de Clysma.
(') The Delta résidence, p. 269.
130 VII. Art persécution
Mais à cela s'oppose une insurmontable difficulté. Il n'\ eut pas de ville yréco-romaine à Tell Artabi.
C'est Pétrie qui nous le dit ('). Force nous est donc de laisser Kro à Tell el- Maskhouta, quitte à chercher une autre explication de l'énigrmatique milliaire. Celui-ci ne peut prévaloir contre l'ensemble des faits et des documents (-).
Mais l'identification Pitoum-Héroonpolis ne se retourne-t-elle pas contre nous r En aucune façon. Héro, disent les savants, était un nom secondaire du dieu Toum. Héroonpolis est donc la traduction de Pi-toum (^).
L'ne- simi>le comparaison suffira pour mettre les choses au point. Les Grecs appelèrent Héliopolis la ville qui était On pour les Egvptiens, parce que Ra (le .Soleil) \- était le dieu princii'al. De même, ils appelèrent Héropolis (par corruption, Héroonpolis) la ville qui était Thékou pour les Egyptiens, parce que le dieu local était Héro (Toum). Le nom de temple Pitoum n'entre donc pour rien dans la formation du grec Héroonpolis (■").
(') Hyksos and Israélite cities, p. 28.
(-) Même si de nouvelles fouilles venaient à révéler une occupation romaine à Tell Artabi, il faudrait maintenir Héroonpolis à Tell el-Maskhouta. II se trouvait là une ville gréco romaine et nul autre nom ne lui convient mieux que celui d'Héroonpolis. D'après les géographes, Héroonpolis était le point de départ pour la navigation vers la Mer Rouge, et la première ville importante que rencontraient les bateaux arrivant d'Orient et s'enfonçant dans le golfe arabique. Comment brûler le poste si favorable de Tell e!-Maskhouta et aller à quinze kilomètres plus loin en une localité abandonnée déjà sous les Ptolémées ?
La solution de Gardiner ofi're un autre point faible. Elle fait d'Ero le point de départ, la tète de route pour Clysma. C'est bien pour Tell el-Maskhouta, mais pour Tell Artabi qui n'était rien alors? Ajoutons que ce milliaire eût été de peu d'milité s'il n'avait fait qu'indiquer la distance parcourue entre deux points assez rapprochés. Ce que le voyageur veut savoir, c'est la dislance qu'il lui reste encore à parcourir. Et avouons que, pour nous, sur cette pierre, l'indication n'est pas claire puisque les savants ne s'accordent pas à la reconnaître.
Je pense qu'on a tort d'attacher une si grande importance à une pierre gravée seulement au IV« siècle alors que depuis longtemps les Grecs et les Romains voyageaient sur ces routes. La première inscription est évidemment très négligée. On dirait un amusement de désœuvré (Naville, p. 21). La seconde avait-elle une valeur officielle ? Cette petite plaque sans base était-elle un vrai milliaire? N'y a-t-il pas erreur dans les chiffres ? D'ailleurs, l'opinion de Naville n'est pas dénuée de valeur et c'est peut-être la vraie. Voir plus loin un texte contemporain de S. Athanase semblant mettre un Clysma sur les bords du lac Tinisah.
(■■*) D'après Naville (5/o?r-«0', p. 10). Héro est le mot égyptien 'ar signifiant «sphinx, lion ». Or le lion était l'emblème du dieu Toum. Il fallait assurément que ce nom fût assez communément répandu pour être adopté par les Grecs. La forme régulière et primitive serait donc Héropolis, et ce fut par un jeu de mot qu'on arriva à Héroonpohs « la ville des héros ». On disait aussi couramment Hero, Ero, comme Heliu (pour Héliopolis). Telle e.st du moins la forme qui se trouve dans les inscriptions citées plus haut, dans l'Itinéraire d'Antonin, dans la peregrinatio Silviae, dans Etienne de Hvzance, De urbibus et populis, p. 298. Voir article Phithom dans ViGOUROUX, Dict. de la Bible.
Un dieu "Hq(ov était honoré au Fayoum (Lefebvre dans Ann. du Serv. des Aiil. 20 (1920), p. 237), mais il ne semble pas que ce fût le dieu Hero (Toum) de Thékou.
(*) La version boheirique a jteOmu là où la version sa'idique porte gvpcoOKT TnoîvIC. Qu'en conclure ? Sinon que le traducteur de la Basse Egypte sait que Héroonpolis signifie « ville de Héro » qui est Toum ? Et comme apparemment il n'aime pas les mots grecs, il emploie le nom égyptien qu'il connaît. Au reste, nous l'avons dit, le terme Pitoum a pu s'applic|uer aussi à Thékou, à cause du temple de Toum.