Migdol
Le troisième campement eut lieu sur les bords de la Mer Rouge, à un endroit déterminé dans le souvenir des Hébreux par les trois localités de Migdol, Phihahirot et Baalséphon. Ces deux derniers noms, réfractaires à toute identification, sont de peu de secours pour la localisation du Passage. Migdol, plus connu des documents, peut y projeter quelque lumière.
Le terme est le sémitique 7739 Jose « tour ». Il fut emprunté par les
Égyptiens probablement à la XVIII dynastie et il s'est conservé en copte sous la forme 22e@T 07 : aurXxToA. En Egypte comme en Syrie, il était employé comme nom commun et il a pu s'appliquer à beaucoup d'’endroits.
D'après les documents égyptiens du Nouvel Impire, il y avait deux Migdol (— écrit wz#/0/) dans la région de l’isthme, l'un au Nord sur la route de Syrie, l’autre au Sud sur la route du désert ét du Sinaï.
Le Migdol du Nord est localisé avec précision dans l’/#néraire d' Antonin à égale distance (12 milles) entre Sile (Thel) et Péluse. Sile est Tell Abou Séfeh (?) à Y'Est du Kantara actuel. Péluse est à 7/7 Farama à trois ou quatre kilomètres de la mer. À peu près à mi-chemin entre les deux se trouve 7e// el-Fér (colline du jardin), et il y a tout lieu de croire que cest le Magdolum de l'/#xéraire. On y voit encore aujourd'hui (°),
(1) Une route de Péluse à Suez est tracée sur la carte de BAEDEKER, Ægypte 1914. Elle est jalonnée par une série de puits. Est-ce celle que suivit Israël jusqu'aux Lacs Amers ?
(?) Cette identification est généralement admise aujourd’hui. Des monuments égyptiens ont été retrouvés à cette colline qui marque l’emplacement de l’ancienne ville. A l’époque chrétienne, Sile fut le siège d’un évêché. Sur Thel (Zarou) voir CLÉDAT, Pour la conquéte de l'Egypte dans le Bulletin de l'Inst. fr., 16, p. 189-192; 17, p. 107-111. GARDINER, Delfa residence, 242-244, 251; Military road, p. 104. 115.
(5) Le vaste champ de poteries prouve que la ville était considérable. On y a ramassé des monnaies des Ptolémées. Le site a été visité par Greville Chester qui a décrit son voyage dans le Quaterly Statement du Pal. Expl. Fund, July 1880, p. 133-158, et par Griffith, cfr. PETRIE. Nebescheh and Defenneh, p. 103, note 1. Cfr. CLÉDAT. Pulletin, 18, p. 193-194.
168 | X. Route de l'exode
paraît-il, les ruines d’une forteresse médiévale en briques rouges, et Clédat y a retrouvé des restes de monuments égyptiens ().
Ce tell marque l'emplacement du wzgaol de Menma‘aré (Séti D figuré sur le bas-relief de Karnak que nous avons décrit plus haut (p. 153). On pourrait objecter que 7e// el-/ér est au Nord de la route Kantara-El- ‘Arisch. Mais, comme l'explique fort bien Gardiner (?), il ne résulte pas du tableau que le fort de Séti était sur la route elle-même. Il est dessiné au-dessus du puits de Hepen, sur une ligne parallèle à la route. Il se trouvait donc par côté. C'était un point dominant d'où facilement on pouvait surveiller le passage des caravanes.
C'est aussi le wzigdol de Ramsès (WT), prince d'On, au bas-relief de Médinet Habou décrivant la guerre contre les peuples maritimes. Le texte qui accompagne le tableau dit que es peuples qui élaient venus de leurs Îles au milieu de la mer, s'avançaient contre l'Egypte, et plus loin gwzs avaient pénétré dans les bouches du fleuve. C'était à Péluse. Le combat eut lieu sur le Nil entre les deux flottes. Les Egyptiens furent vainqueurs. Il était tout naturel de représenter le migdol qui était dans le voisinage et où le roi s'était retranché (°).
Là encore, sans aucun doute, il faut situer le premier des quatre migdol mentionnés au papyrus démotique du Caiïre 31 169 (recto, col. 3; 20-23). Ce papyrus était un vocabulaire géographique dont il ne subsiste que le chapitre sur le Delta oriental (*). La liste des noms propres va d'Ouest en Est et se termine par les quatre forts. Le premier porte le nom de zgdol tout court; les trois autres sont accompagnés de qualifi-
(1) D'après une lettre privée, Clédat estime que la forteresse remonte à Psammétique I. Ce n’est pas à dire qu’il n’y avait pas là une forteresse plus ancienne.
Le nom de //ër est diversement écrit et interprété. Je donne l’orthographe de la carte du Gouvernement Egyptien, elle est adoptée par GARDINER, Wililary road, p. 108-109.
Quant à l'origine du mot, Maspero incline à y voir un écho de l'expression antique Wawt-Hor «les chemins d’'Horus >» qui contient une allusion au mythe d’Horus, fils d’Osiris, poursuivant Set, le meurtrier de son père (Wémoires de Sinouhit, p. XLV et 134). D'après l’ensemble des textes, Wawt-Hor était une appellation secondaire de Thel (GARDINER, //Z:/ins: Fou: D, 115, Ct:nOte 5)
Voici l'explication de Clédat: « Je crois que Æer est le mot sémitique 4o7 correspondant à l’égyptien er avec le sens de «être supérieur, ce qui est supérieur, élevé », et par suite «une montagne ». 7el el-er serait simplement «la montagne de la montagne ». Ce nom aurait été donné à cause de l’aspect d’un mont qu'ont ces ruines au milieu de la plaine déserte. La même expression est employée dans les Nombres pour désigner la montagne où mourut le grand prêtre Aaron » (Nofes sur l’isthme dans le Bulletin de l’Inst. fr., 17, p. 111, note 3), cfr. Num. 20, 22. 27; 21, 4, etc. Remarquons cependant que le nom moderne s'écrit avec un #, Æér - ce qui l’éloigne bien de l’hébreu 4or « montagne ».
(2?) Military road, p. 109, cfr. 107-110.
(8) GARDINER, Military road, p. 110.
(*) Le papyrus est d'époque ptolémaïque. Ce qui en reste contient des noms de divinités et une liste géographique, SPIEGELBERG, Die demotischen Papyrus, p. 273; DARESSY, Sbhinx, 14, 169; Bulletin de l'Institut Egyptien, 5 (1911) p. 49: Bulletin de la Soc. de Géogr. 8 (1919), p. 378; GARDINER, Military road, p. 108.