Le Passage
Quoi qu'il en soit de la localisation de Migdol et des autres noms propres examinés précédemment, nous mettons au-dessus de toute controverse le fait certain que les Hébreux traversèrent d'une manière miraculeuse la Mer Rouge, am suph. C'est le point le plus indiscutable et le plus assuré de toute l'histoire d'Israël en Egypte. La tradition n'a jamais varié à ce sujet (*). Et on ne peut dire que les auteurs sacrés confondaient entre la Mer Rouge, /am suph, et la mer Méditerranée, /az-2am hag-gadol, car ces deux mers étaient trop connues et on ne saurait expliquer une pareille confusion (*).
() Sur un papyrus hiératique (Sa//er IV, pl. I, verso, 6) du British Museum, on lit le nom composé Pa‘ali Zapun avec le déterminatif des dieux et des étrangers. Ce papyrus contient une liste de divinités adorées à Memphis. Max Müller a mis en circulation d’une manière fort malheureuse une lecture fautive du même passage, présentant le mot au féminin, PBa‘aht (Asien und Europa, p. 315). Clédat le donne au masculin (MVofes sur l'isthme dans le Bulletin, 16, p. 220). Gardiner, à qui j’en avais écrit, me répond par cette lettre que je transcris textuellement: « En effet, j'ai étudié le pap. Sa/Zier IV, revers, avec soin, il y a une dizaine d’années, et je trouve dans mon cahier Ba’ali Zapun (écrit en hiéroglyphes, y avec les deux feuilles de roseau), c’est-à-dire le masculin, non le féminin. Je ne sais pas au justé ce que le y vient faire dans ce nom divin, mais il importe de remarquer que la même forme Pa‘ali se retrouve, quoique dans une partie du papyrus qui est peu lisible, antérieurement dans la même ligne. Le nom est bien à comparer avec le Baal-Zéphon de l'Exode, mais malheureusement il nous apparaît ici comme dieu et non pas comme nom de localité ».
Le papyrus étant une nomenclature de divinités, il est extrêmement intéressant d'y trouver mentionné Za‘a/ sous deux formes, PZa‘al tout court, et Ba’al Zapun qui est évidemment le même que Baalséphon de la Bible. Cette variante de Ba‘al avait donc quelque notoriété en Egypte. Si nous joignons à cela que Ba‘al était honoré dans la région-frontière de l’isthme puisqu'on gravait son nom sur la stèle de Ramsès, nous comprendrons sans peine qu’un monument de la même région ait pu être dédié à Ba‘al-séphon et que l’endroit ait porté ce nom. C'était peut-être le Gebel ° Affaka, comme l’insinue Vigouroux, p. 214. Vue de Suez et de la mer, cette montagne a l’aspect d’une momie gigantesque. C’était une invitation à la personnifier. Pour les marins venant de la Mer Rouge, c’eût été Baal du Nord.
(?) Voici les principaux témoignages: Ex. 14, 1; 15, 4. 22; Num. 33, 8; Deut. 11, 4; DM 10 24% 04) 7; Ps7106-(Vulg::105),:8; 2 Esdr: 9; 11;. Sap:: 10; 8,,19,::7;31 Macch. 4, 9. En dehors de la Bible, on pourrait objecter JosÉPHE, Conétra Apion. I, 89. 90 (édit. N1ESsE V, p. 16). Mais, en cet endroit, Josèphe ne parle ni de la Mer Rouge, ni du passage. Il est tout entier à la question historique. Il cherche dans les textes égyptiens le souvenir de ses glorieux ancêtres.
(3) Vicouroux, La Bible et les déc. mod. II, liv. 4, chap. 14, réfute longuement l'opinion surannée et bien oubliée aujourd’hui, de Brugsch qui faisait passer les Hébreux du
- côté de la Méditerranée, entre cette mer et le lac Sirbonis.
à vidé ass a Sete
174 X. Route de l’exode
En outre, le changement de direction qui joue un rôle si important. dans le récit, n’a de sens que si les Hébreux se dirigèrent vers le Sud et
la Mer Rouge (Ex. 13, 17-18). Les faire tourner, leur faire prendre le chemin du désert seulement après le passage, c'est une violence manifeste au texte.
Dans tout l'Ancien Testament, l'expression /am suph désigne la Mer Rouge. Dire qu'elle s’appliqua d’abord aux lagunes de la Méditerranée ou au lac Sirbonis, à l'Est de Péluse. puisqu'elle fut transportée à la Mer
Rouge, c’est une fantaisie qui n'a aucun fondement. Les Hébreux n'avaient
aucune raison dé déplacer le miracle, et ils en avaient beaucoup pour le maintenir à l'endroit où il s’accomplit si glorieusement pour eux.
Ce point capital étant hors de discussion, la localisation précise du Passage, à la Mer Rouge, est un problème d'ordre secondaire qui peut admettre bien des solutions. Simples hypothèses que nous envisageons en tout repos pour satisfaire notre légitime curiosité et que nous voulons rendre aussi conformes que possible aux données de l’Ecriture Sainte et de la science. Par un prodige qui n'était pas du ressort des forces naturelles, ni des vents, ni des marées, une intervention extraordinaire de la puissance divine ouvrit aux Enfants d'Israël une voie à travers les eaux de la mer. Ils y passèrent. Les Egyptiens les suivirent et furent engloutis sous les flots. Ce fait eut un tel retentissement que des milliers de générations se sont plu à le chanter et qu'il compte parmi les événements les plus notoires de l’histoire humaine. Le mode, l'endroit précis, l'année, sont des choses abandonnées aux disputes des savants et qui s’effacent dans le rayonnement du fait lui-même.
Hypothèses. D'après ce que nous avons dit sur la Mer Rouge et son extension jusqu'aux Lacs Amers, on voit que nous excluons le passage au seuil de Sérapeum. Cet atterrissement, croyons-nous, est de beaucoup antérieur aux Hébreux (‘).
Une opinion analogue a été soutenue récemment par un ingénieur au nom retentissant en Egypte, W. WiLzLcocks, The len plagues and the crossing of the red sea dans le Bulletin de l’Institut Egyptlien, 5° série, 11 (1917), p. 69 sqq. Dans une conférence à la Société de Géographie, M. Daressy a remis les choses au point et brillamment défendu la position traditionnelle, Z’Æxode et le passage de la Mer Rouge dans le Bulletin se la Soc. de géogr. Le Caire, nouv. série 8, 361-388.
(1) La littérature sur la route de l’exdde et le passage est considérable et je ne prétends pas du tout la citer en son entier. Je me bornerai à quelques ouvrages plus répandus.
Pour le passage au seuil de Sérapeum, on peut mentionner: Ed. NAviILLE qui a le plus contribué à accréditer cette opinion, S/ore-city of Pithom, passim: Archéologie de l'Ancien Testament (trad. Segond) p. 120 sqq.; HUMMELAUER, Com. in Exodum et Leviticum, 1897, p. 149; HAGEN, Atlas Biblicus, tab. 3 (ces deux auteurs adoptent le système de Naville): le P. LAGRANGE, L'’ifinéraire des Israélites dans la Revue Biblique, 1900, p. 80; voici ses
paroles : «La vraisemblance commande seulement de descendre jusqu’au lieu où la mer sera.
assez peu profonde pour que l’action du vent d’est se fasse sentir. Ces conditions sont réalisées au Sérapeum, qui devait être peu submergé, de façon que les eaux poussées par un vent du sud-est fussent refoulées vers le lac Timsah, tandis qu’à Suez le vent du sud-est aurait rendu le passage plus difficile. Si les documents égyptiens fournissent à Maspero la preuve que Migdol est au Sérapeum, la question est tout à fait tranchée ».
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