Le Passage
1. Zacs Amers. Cette opinion est assez répandue et elle ne se heurte
à aucune objection essentielle. Pour le dernier campement d'Israël elle a
la belle et vaste plage qui se déroule à l'Ouest du grand bassin, entre les eaux, le Gebel Genéfeh et le pic Chebrewet. Ce dernier pic peut même servir à fixer le nom de Baalséphon. Arrivant du Nord, les Egyptiens s'arrêterent sur les hauteurs qui dominent le lac, bien sûrs que les fugitifs ne leur échapperaient pas (*).
2. Seutl de Chalouf. L'appui le plus ferme de cette hypothèse lui vient du fortin égyptien découvert par Clédat sur la colline d’'ÆAbou Aasa. Ce fortin-temple existait au Nouvel Empire (Séti I, Ramsès IT), donc au temps de l'exode, et il y a toutes les chances qu'il soit un des trois lieux nommés par la Bible, Migdol, Phihahirot, Baalséphon, plus probablement Migdol (?). En effet, il réalise admirablement les conditions géographiques exigées par le texte sacré. Les Hébreux campèrent ex#re Migdol et la mer (Ex. 14, 2). Le fortin égyptien est à peu près à 8 kilomètres du canal maritime. La mer pouvait occuper alors deux ou trois kilomètres en largeur dans la dépression. Il reste encore cinq ou six kilomètres pour le campement. Quel site plus approprié trouvera-t-on dans toute la région? Le pic de Chalouf, dans la plaine, au Sud-Est du fortin d'Abou-flasa, peut convenir à Phihahirot. Quant à Baalséphon, il semble, d’après le texte, qu'il faut plutôt le chercher sur la rive asiatique (°), si toutefois ce n'est pas le Gebe/ Atlaka, à l'Ouest.
On ne peut objecter que la garnison de la forteresse aurait arrêté les Hébreux, car celle du migdol, en quelque endroit qu'on le place, pou-
vait faire de même. Mais que pouvaient quelques gardes contre une pa-
reille invasion”
(1) En faveur de cette hypothèse : M. JuLLIEN, L’Ægypie, souvenirs bibliques et chrétiens, 1889, p. 131. Le P. Jullien avait visité les lieux lui-même en 1885, et selon son habitude, il les décrit avec beaucoup d'exactitude et de science. Il n’a rien omis de ce qu’on peut dire pour appuyer cette opinion. Vicror L. TRUMPER, 7%e roule of Exodus: from Pithom to Marah dans Quart. Stat. du Pal. Expl. Fund, Jan. 1915, p. 22-29, avec une carte. Cet auteur fait passer les Hébreux au milieu du grand lac. Dans la même revue (Avril 1915, p. 64), J. D. CRACE apporte deux modifications au système de Trumper, il veut que le bras de mer qui communiquait avec les bassins fût beaucoup plus étroit, et il localise le passage entre le grand lac et le petit lac. Colonel WATSON (même revue, July 1915, p. 132) adopte cette manière de voir. LECOINTRE, Za campagne de Moïse pour la sortie d'Egypte, 1882, et autres écrits réfutés longuement par Vicouroux, La Bible et les déc. mod., II, liv. 4, chap. 15, Das
(2) Cledat veut que ce soit Phihahirot parce que ce temple portait probablement le nom de Pi-Hathor. Nous n’avons pas admis cette identification.
(5) De nouvelles recherches dans cette région amèneraient peut être la découverte de monuments qui nous rendraient Baalséphon. Si Phi-ha-hirot signifie «l’entrée des gouffres », ce mot pourrait désigner la pointe sud des Lacs Amers.
Nous avons dit que le migdol d’Abou Hasa avait peut-ëtre pour but de protéger la route du Sinaï qui aurait franchi la mer à gué en cet endroit. Cela ne nuït en rien au miracle, car un gué ne pouvait fournir un passage à la multitude des enfants d’Israël avec tous leurs bagages et leur bétail. Ajoutons qu’ils passèrent rapidement, pendant la nuit, et que les Egyp. tiens les suivirent avec leurs chars.
176 X. Route de l'exode
L'endroit convient aussi à la manière dont s'accomplit le miracle: Jahvé refoula la mer par un vent impétueux d'Orient quz soufla toute la nuit et mit la mer à sec (Ex. 14, 21). Cela suppose que la mer n'était pas pro: fonde. Une partie des eaux fut poussée dans les Lacs Amers, l’autre partie fut rejetée vers le Sud, et une voie assez large s'ouvrit entre les deux bords (°).
3. Environs de Suez. C’est l'opinion patronée par Vigouroux (). Elle suppose que la mer s’arrêtait au golfe actuel et que les Lacs Amers étaient déjà complètement isolés. Dans ce cas, si le fait était prouvé, elle devrait naturellement rallier tous les suffrages. Elle pourrait même bénéficier du migdol de 7e/l A6ou Âlasa, en interprétant ainsi l'indication biblique:
«qu'ils viennent camper entre Migdol (au Nord) et la mer (au Sud et au.
Sud-Est) ». Il faut remarquer, en effet, que le golfe s'avance au Nord de Suez et qu'aux temps lointains de l'exode l’enfoncement était encore plus prononcé. L'hypothèse diffère ainsi assez peu de la précédente, c’est une question de quelques kilomètres, et si l’on choisit un endroit étroit où la mer n'était pas profonde, au Suez actuel, ou au Nord, nous retrouvons ici les mêmes facilités d'interprétation (). |
Ce que le bon sens demande, c'est de ne pas accumuler les invraisemblances en reculant sans raison le passage vers le Sud.
Il ne faut évidemment pas nous attendre à trouver quelque document …
‘égyptien concernant l'événement. Les panégyristes de Pharaon n'avaient pas coutume d’immortaliser les humiliations de leur maître. En outre, comme on l'a remarqué depuis longtemps, si le départ d'Egypte est un fait capital dans l’histoire du peuple hébreu, il se réduisait à un At incident de frontière par rapport à l'empire pharaonique.
Quelle fut l'étendue du désastre de l’armée ro Il est bien difficile d'en juger, et la question est de peu d'importance. Le passage miraculeux étant mis hors de doute, nous nous garderons de le discréditer par des -exagérations déplacées. Aussi bien, Vigoroux lui-même en convient, le texte sacré ne dit pas expressément que Pharaon en personne périt sous les eaux. On peut donc nous montrer dans les musées égyptiens les momies de tous les pharaons du Nouvel Empire, il n’en résultera rien contre la Bible (‘).
(t) Je ne prétends pas m'attacher ici à toutes les circonstances du miracle, ce serait entrer dans le domaine de l’exégèse et de la critique interne. Je fais seulement remarquer que pour l'explication de toutes ces circonstances, le seuil de Chalouf offre les conditions les plus favorables.
En faveur de cette hypothèse: CLÉDAT, Notes sur l’isthme dans le Bulletin de l’Inst: fr. 16, p. 216-220; BARNABÉ MEISTERMANN, Guide du Nil au Jourdain 1909, p. 31.
(©). Za. Pible et,les:déc:mod; 11; iv: À, chap 17; MT
(8) Cette opinion est très ancienne. Déjà dans la peregrinatio Silviae (385), on montre
le Passage au Sud de Clysma. Mais Clysma était au Nord de Suez, à l’endroit appelé Xow…
el-Qolzoum. L'ancien nom s’est conservé, semble- t-il, dans Pir Gismel et dans Tell Gismel, toponymes de la région.
Avant l’ouverture du canal maritime, il y avait deux gués pour franchir le golfe sans le “contourner, l’un au Nord de Suez, l’autre au Sud (VIGouRoOUXx, loc. cit. p. 481).
(4) On voit, en particulier, au musée du Caïre la momie de Ménephtah. Maïs quel exégète a jamais dit que l’hypothèse Ménephtah-Exode est une certitude historique?