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LES MARÉES À SUEZ

Lettre de Monsieur Bourdon, Directeur du transit à Port-Tewfñq:

« Le niveau woren de la Mer Rouge a une oscillation propre annuelle de Om. 50 environ; maximum en décembre et janvier, il s’abaisse rapidement en juin et atteint le minimum en septembre.

Les vents ont une influence accidentelle notable, le vent du Sud pouvant créer une élévation du niveau moyen de 20 à 25 centimètres, le vent du Nord, un abaissement de 15 à 20 centimètres.

Quant aux marées, l'amplitude moyenne aux syzygies est de 1m. 46, soit Om. 72 au-dessus et Om. 74 au-dessous du niveau moyen; aux quadratures, l'amplitude moyenne est de Om. 86 seulement. La plus forte amplitude observée en vive eau a été de 1m. 93; la plus faible en morte eau, de Om. 46.

Comme détail particulier, je vous puis citer ce fait: le 11 avril dernier (1921), par coup de vent du Sud, la mer est allée jusqu’à la chaussée de

Xoubrt ».

202 Appendices

NOTE

La chaussée de Xoubri est à 8 kilomètres au Nord de Suez. Elle à été faite pour le passage des pèlerins se rendant à la Mecque. Elle s'élève, en moyenne, de 2 à 3 mètres au-dessus de la plaine. Elle forme donc barrière aux eaux de la Mer Rouge. Sans cet obstacle, les hautes maréees pénètreraient beaucoup plus loin.

Dans l’état actuel, le seuil de Chalouf est beaucoup plus étroit qu à

ne paraît sur les cartes ordinaires. C’est une bande de terrains sabloneux

qui ne dépasse guère 2 kilomètres de largeur et qui se trouve resserrée

entre deux marais infranchissables: au Nord, les marécages qui prolongent

le petit lac Amer, et au Sud, ceux qui prolongent la Mer Rouge par la

crique de Suez. Pour le passage des pèlerins, à ÆXowbrz (le pont), au Nord de Suez, il a fallu construire une chaussée élevée. Un piéton ne. peut donc franchir la dépression que par cette chaussée ou par l'atterris-.

sement étroit de Chalouf, à 7 kilomètres au Sud du petit bassin des Lacs Amers.

Un peu partout croissent des fourrés de splendides roseaux. Le pays devait en être couvert au temps de Moïse, et c'est pour cette raison assurément que les Hébreux appelèrent la Mer Kouge qui réemplissait cette dépression, Jam suph « la mer aux roseaux ». Plus bas, en effet, au Sud

de Suez, il n'y a plus place pour une végétation de ce genre. Sur le rivage.

asiatique, c’est le sable stérile, et du côté Afrique, c’est la falaise rocheuse et abrupte.

Quel était, aux jours anciens de l'exode, l'état de ces lieux? Nous l'avons dit Li haut, on peut tenir pour certain que la mer rejoignait alors les Lacs Amers. Il faut noter, en effet, que la plus grande dépression

n'est pas au canal maritime, mais un peu à l'Ouest, courant parallèlement au canal depuis le petit bassin jusqu'à la crique actuelle de Suez. C'est.

là que passe le canal des Anciens. Les ingénieurs modernes ont préféré ouvrir la tranchée sur la lisière du désert. La ligne adoptée se trouvait ainsi un peu plus élevée que dans la dépression, maïs le travail était beaucoup plus facile dans le sable que dans les marais.

Or, au canal maritime, la plus haute élévation du seuil au-dessus du

niveau moyen de la mer est de 5 mètres. Dans la dépression, à l'Ouest,.

elle est inférieure et se réduit donc à 3 ou 4 mètres. Et il en est aïnsi à

peine sur une largeur de deux kilomètres, car au-delà, des deux côtés, au.

Nord et au Sud, commencent les marais infranchissables.

Les routes anciennes seraient un précieux élément de solution. Malheureusement, dans ce désert, il est bien difficile de reconnaître une route ancienne. Le sable est durci, le sol est ferme. Il n’était aucun besoin de pavage. Les routes n'étaient donc que des pistes.

En fait, on voit encore, dans la région de Chalouf, plusieurs pistes

nettement tracées en lignes parallèles. Deux sont dirigées Nord:Sud.

Elles reliaient Suez au Ouadi Toumilat. La plus récente, qui était utilisée.

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TIRE marées à Suez 203

avant le chemin de fer et les canaux, traversait les Lacs Amers alors à sec. L'autre, beaucoup plus ancienne, contournait le grand bassin des lacs et suivait, à peu de chose près, la direction du chemin de fer actuel. Cette seconde piste passe au fortin-temple d'Aôou Ælasa et aux stèles de Ramsès II. Très probablement, c’est le chemin que suivit Ethérie, au IV® siècle, en se rendant de Clysma à la Terre de Gessen, et donc aussi la route romaine de l’znéraire d'Antonin, Clysma-Serapiu-Hero et Clysma-Serapiu- Thaubastum.

En effet, les textes de Strabon, Diodore de Sicile et Pline, cités plus haut, laissent entendre que les Lacs ÂAmers étaient remplis à leur époque puisqu'ils étaient utilisés pour la navigation. La route devait donc les contourner, et il ne pouvait en être autrement au IV* siècle.

Cette remarque jette un nouveau jour sur les problèmes soulevés par

Ja Peregrinatio Silriae. y est dit que le premier relais {wansto) à partir de Clysma fut a Magdalum. On voit de suite que ce Magdalum (#72 dol

de la Bible) était bien le wzs9a0/ de Séti I, au Gebel ÆAôou asa. I se trouvait, en effet, sur le chemin, à 25 kilomètres environ de Clysma.

Le second relais était évidemment Serapiu de l’z#xéraire d’'Antonin. Il n'est pas nommé dans le texte de la peregrinatio uniquement parce qu'il nest pas biblique. Ici intervient une difficulté. Avec Clédat, j'ai situé Serapiu (Seraptum?) aux ruines d'El-Ambak, à la pointe Nord des Lacs Amers. Il y avait là une forteresse qui avait, sans doute, pour but de protéger le canal ancien débouchant en cet endroit dans les lacs. Je mets maintenant cette identification en doute. Pourquoi la route romaine auraitelle fait cet immense détour ? Pourquoi, de Genéfeh n'aurait-elle pas continué tout droit vers le Nord, d'autant qu'elle inclinait ensuite à l'Ouest dans le Ouadi Toumilat. Il y avait bifurcation à Serapiu. De là une route partait pour Thaubastum, l’autre pour Hero (7/7 el-Maskhouta). Quelle raison aurait amené les Romains si pratiques à mettre cette bifurcation si loin à l'Est de la ligne droite ?

Il y a donc lieu de croire que Serapiu se trouvait ailleurs. Il se placerait bien aux environs de la gare actuelle de Faied ou un peu au Nord. Ce point s'harmoniserait avec les distances données par l'z#néraire. Simple hypothèse suggérée par l'observation des lieux, de nouvelles recherches pourraient la confirmer.

D'après le texte de Magrizi, le canal des anciens fut utilisé jusqu’au VIIF siècle. À cette même époque, le moine Fidelis, faisant le pelerinage du Sinaï, s’embarqua surle Nil à Babylone (Vieux-Caire) et suivit le canal jusqu'à la Mer Rouge (LÉON DE LABORDE, Commentaire géographique sur l'Exode et les Nombres, Paris et Leipzig, 1841, p. 78). Le moine Fidelis est, sans doute, le dernier pèlerin qui vogua sur le canal des Pharaons.

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