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Caractère de l'occupation « hyksos

J'ai restauré ce qui était en ruine, j'ai relevé ce qui avait été négligé, depuis que les Aamou étaient dans Avaris du Nord, et que Les Shemaou () parmi eux détruisaient ce qui avait élé fait. Îls régnèrent sans Ra, et on n'agissait pas selon l’ordre du dieu, jusqu'à ce que vint Ma Majesté ().

On le voit, l'honneur de la restauration nationale est ici attribué à Hatshepsit un demi-siècle après le triomphe d'Ahmosis, et il semble que le scribe poète na tait que démarquer un hymne composé depuis longtemps.

Le même mérite est décerné au roi Set Nakht, prédécesseur de Ramsès III, dans les annales de ce dernier conservées dans le grand papyrus Harris:

Le pays d'Égypte était aux mains des grands et des princes des villes, chacun tuait son prochain parma les grands et les petits. D'autres temps vinrent ensuite, des années de détresse où se fit chef un Syrien, parmi eux, comme prince; le pays en entier payait le tribut devant lui. Chacun Ss'untssait à son voisin et prllait ses biens. [ls agissaient avec les dieux comme avec les hommes. Il n'y avait plus d'offrandes dans les temples.

Mais lorsque les dieux tournèrent leur esprit vers la paix, pour remettre le pays en sa situation, conformément à ses justes destinées, 1ls élablirent leur Jils, sorti de leurs chairs, comme prince de tout le pays, sur leur grand trône, le roi Set-Nakht (?).

Et le discours ne manque pas de dire que ce roi prédéstiné remit tout en ordre, rouvrit les temples, renouvela les sacrifices 52 &zen qu'on rendit aux cycles divins les hommages traditionnels.

Le procédé est saisi sur le vif. Il est simple et conforme aux mœurs des antiques monarchies absolues. Chaque nouveau Pharaon doit être un sauveur, un père. Avant le règne, impiété, anarchie, misère; aussitôt que brille le nouvel astre, c'est la paix, la prospérité, la religion. On pourrait multiplier les preuves qui appuient cette assertion (*). Et ce n'était pas

Thoutmès III et de la reine Hatshepsit. Je transcris ainsi ce nom à dessein parce que les trois barres du pluriel qui l’accompagnent ne sont, à mon avis, qu’un déterminatif et que le second terme skepsif est en réalité au singulier. Nous traduirions en français « la très belle », mot à mot «le plus haut point de la splendeur » ou « palais de la splendeur », shepsit, « splendeur » avec déterminatif du pluriel, ou mieux de collection, comme xeferié « le beau », en copte st-noqpt « l'utilité ».

(1) Autre nom des Asiatiques en usage au nouvel Empire. Le déterminatif est toujours un homme en marche portant un objet indéterminé au moyen d’un bâton sur l’épaule droite. Cette attitude est celle des bergers en Orient. Le mot a passé en copte sous la forme ŒyEsLaaD « étranger ». |

() Texte et traduction dans WEILL, La fin du Moyen Empire, p.37. Traduction nouvelle avec les références dans /ournal of eg. arch. NV, p. 55.

(8) Texte et traduction dans WELL, La fin du Moyen Empire, p. 39, voir MASPERO. 213,0 Ac, (1905), p..312.

(4) WELL, La fin du Moyen Empire. p. 37-68. On a accusé Weiïll de dépasser les limites d’une critique raisonnable et de tout mettre en doute. Assurément, on ne saurait le suivre dans tous les détails, mais le principe de son raisonnement est appuyé de faits certains et ne peut être contesté.

54 IV. Les conditions politiques en Egypte du Moyen au Nouvel Empire

seulement le fait des poètes du Nouvel Empire. Ils avaient reçu cét héritage de leurs devanciers du Moyen Empire. Aïnsi agissait « le grand lecteur » Neferrohou, et l’auteur des ÆAdmonitions, et celui de ?’/nstruchon du rot Akhthot (). |

Il y a donc lieu d appliquer une critique sobre à ces compositions littéraires et de chercher à y démêler la part de la fiction, ou pour mieux dire, du « cliché », et celle de la vérité. C'est dans cet esprit, croyons-nous, qu'il faut lire le texte de Manéthon sur les Hyksos en le confrontant avec les quelques rares documents égyptiens afférents à ces princes et à ces peuples.

Et d'abord, rien n'autorise, pas même Manéthon, à admettre une ‘invasion en masse et à main armée. C'est plutôt la pénétration pacifique de plusieurs tribus qui se succèdent ou s'appellent l'une l’autre, qui demandent

l'hospitalité à la riche et généreuse Egypte afin d'échapper à la famine ou -

à la servitude de voisins trop puissants (*). Elles s'installent dans le Delta, s’y multiplient et s'y fortiñfient. Leurs chefs deviennent des roitelets et jouissent d’une certaine autonomie. C'est le régime patriarcal transféré en un pays qui est lui-même très divisé (°).

On les accuse d’impiété, de « saccager les temples » (Manéthon). de proscrire le culte de Ra (Hatshepsit). La calomnie est évidente. Ils sont si peu ennemis de Ra qu'ils se disent tous «fils de Ra » et qu'ils font graver ce titre sur leurs cachets. Et quand ils parviennent à une dignité d'aspect

pharaonique, au moment où ils pourraient faire sentir le poids de leur.

autorité aux cultes indigènes, c'est encore le nom de Ra qu'ils introduisent dans leur protocole, tels S-ousir-en-Ra Khian et Mer-ousir-Ra Jacob-her.

(*) Voir plus haut, p. 21-28.

(2) Cela ressort du texte même de Manéthon: « Ils envahirent notre pays, s’en emparèrent facilement et sans combat». On a depuis longtemps remarqué la contradiction manifeste de cette phrase avec le reste du tableau qui les montre brûlant les villes et égorgeant les habitants. Pourquoi cette barbarie contre des gens qui se soumettent sans combat ? On sent le « cliché » traditionnel de la désolation.

(8\] Nous n'avons pas à rechercher ici leur origine. À cette époque, 202-172 siècle avant

Jésus-Christ, un mouvement de peuplades se manifeste en Asie. On l’a appelé la migration cananéenne. Il faut pourtant se tenir en garde contre les théories trop absolues de certains auteurs qui font sortir tous les Sémites de l'Arabie par grandes vagues périodiques. « Un premier mouvement aux temps préhistoriques a peuplé, dit-on, de Sémites la Babylonie séptentrionale. Par une nouvelle vague, dans la seconde moitié du troisième millénaire, la Palestine recoit une population sémitique. On place vers 1500 et dans les siècles suivants, la troisième vague, et l’on en fait sortir les Araméens. L'origine des Nabatéens est expliquée par la quatrième migration. Enfin on passe au septième siècle de notre ère, et l’on trouve dans la conquête islamique un exemple frappant de l’expansion des Arabes ». (ALBERT CONDAMIN, Bulletin des religions babyl. et assyr. dans ÆAecherches de science religieuse, 1920, p. 128). Cette théorie célèbre est combattue par M. A. T. CLav, The Empire of the Amorites, 1919.

M. Clay fait justement remarquer que l’expansion des Arabes de Mahomet est due, non à :

un trop plein de l'Arabie, mais à des motifs d’ambition et de cupidité. Les autres migrations ne sont que « de pures hypothèses, sans appui dans les monuments historiques, ou même en contradiction avec le témoignage des inscriptions». Tel est aussi le sentiment de A. CONDAMIN.

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