‹ Les Hématozoaires du PaludismeChapitre 6 sur 63 · OPINIONS DIVERSES JUSQU'A L'APPARITION DE LA THÉORIE BACTÉRIENNE · texte numérisé non relu

OPINIONS DIVERSES JUSQU'A L'APPARITION DE LA THÉORIE BACTÉRIENNE

On invoqua ensuite pendant longtemps les causes les plus variées et c’est seulement au xvu° siècle que les anciennes

(1) VArroN, De re rustica, lib. I, cap. 12.

idées reparurent. À cetle époque, Monron pensait que Pair des localités marécageuses était chargé de petites particules nuisibles, qui causaient l'infection palustre, surtout en automne, où la fraîcheur des matinées et des soirées servait de cause adjuvante. En 1716, Lancisi, Rason et de nombreux autres observateurs admettaient cette opinion. Pour Lanasi, des animalcules provenant de la décomposition et de la putréfaction des matières végétales accumulées au voisinage des marais pouvaient déterminer la fièvre après avoir été inhalés et s'être développés et multipliés dans le sang. Cette idée fut généralement admise, surtout en Italie, et l'opinion publique la consacra au point que l’on décrivit ces animalcules supposés sous le nom de S'erañfici. Dès cette époque, Rasori avait presque pressenti les découvertes modernes, comme le montrent les paroles suivantes rapportées par Bassr (1). « Depuis plusieurs années, j’ai maintenu l’opinion que les fièvres intermittentes sont produites par des parasites qui renouvellent l’accès par l’acte de leur reproduction, qui a lieu plus ou moins rapidement, suivant la variété de leur espèce. » Ces quelques mots peuvent s'appliquer exactement aux Hématozoaires actuellement connus.

Quelques années plus tard, ces organismes supposés firent place à d’autres mieux spécifiés. C’est ainsi que Virey accuse certains Infusoires et que Bouin inerimine une plante vivant dans les marécages, la Flouve des marais ou Chara vulgaris, qui répandrait dans l’atmosphère des principes volatiles nuisibles, capables de produire l'infection palustre.J.-K.MirceLc (de Philadelphie) supposa, en 1849, que la maladie était due aux spores très nombreuses que l’on rencontrait dans les pays marécageux, el son opinion fut reprise en 1856 par Mounx, puis en 1863 par W.-A. Hammonp, qui contracta lui-

(1) Bassr, Discorsi sulla Natura e Cura della Pellagra, ete., Milano,

même la fièvre intermittente après avoir inspecté des fourrages avariés. En 1864, Lemaire, étudiant les gaz et les vapeurs atmosphériques recueillis à la surface des marais de Sologne, pays où le paludisme était endémique, remarqua que l'air de ces localités était beaucoup plus riche en microorganismes que celui des localités voisines et saines. Il admit alors que la présence de la fièvre paludéenne était étroitement liée à celle de ces organismes inférieurs. L’année suivante, Massy de Ceylan, signala, pendant l’épidémiede fièvres palustres de Jaffna, un nombre considérable de microorganismes végétaux dans l’air et trouva des spores de Mucédinées dans l’air, l’eau, les crachats et l’urine de presque tous les individus atteints de paludisme.

En 1866, Boucxarpar pensait que les principestoxiques produits par la faune microscopique des marais pouvaient, après avoir été respirés, produire l'infection. À peu près à la même époque, SauisBury (1) trouvait dans les crachats, l’urine et la sueur des paludiques, de petites cellules végétales appartenant à un micro-organisme de la famille des Palmellacées, qu’il supposa causer la maladie. Voici comment il décrivit ces Algues auxquelles il donna le nom de Gemiasma : « Plantes ayant l'apparence de cellules consistant chacune en une paroi extérieure mince contenant un noyau rempli de petites spores soit simples, soit agrégées, se multipliant par dédoublement ou segmentation de la face externe d’une membrane mère et provenant de spores. Couleurs variées : rouges, vertes, jaunes, blanches, plombées, etc. Il y a plusieurs espèces qui semblent agir comme un poison malarial. Les plantes rouge brique et plombées se trouvent principalement dans les sols riches en calcaire, pendant que les variétés jaune verdâtre et blanches se rencontrent plus souvent dans

(1) Saussury (J.-H.), American Journ. of the med. Sc., january 1866.

TR

les terrains dépourvus de calcaire. » SaLisBuRY rencontra ces

spores répandues surtout dans les couches inférieures de l’at-

mosphère et sur le sol. Il fit même quelques expériences et parvint à transmettre la fièvre à des individus qu’il avait mis en contact avec ce sol impur. Ses observations excitèrent alors considérablement l’attention, mais à côté de ses nombreux partisans, Sauissury trouva aussi des contradicteurs et en 1868, Woo» et Leny, de Philadelphie, s’élevèrent à juste titre contre cette théorie. Woop montra que les Palmelles étaient des plantes riches en chlorophylle, incapables de vivre dans le sang, qu’elles se trouvaient en grand nombre dans les localités salubres et qu’elles vivaient très bien dans une solution de sulfate de quinine.

On nomma plustard, en 1872, au Congrès médicalde Lyon, une commission composée de Corrar, Macx et FocmEr et chargée de rechercher les Algues décrites par Sarissury. Cette commission identifia ces organismes au Chlorococcum coccoma où Palmella coscoma, mais conclut, après plusieurs expériences, que ces végétaux étaient incapables de produire le paludisme. Enfin Quinouaur, après avoir absorbé luimême et fait absorber à d’autres personnes des Palmelles, ne réussit jamais à provoquer la fièvre.

Une observation digne d’être mentionnée est celle de Biz en 1867. Ayant démontré que la quinine était un violent poison du protoplasma, et frappé de l’efficacité de ce médicament dans les fièvres paludéennes, il pensa à la possibilité de l'existence d'organismes inférieurs chez les individus atteints de cette affection. À peu près à la mème époque, Hazuer pense que le parasite du paludisme est un organisme placé tantôt dans le règne végétal, tantôt dans le règne animal, qui pullule dans l’enduit des égouts et appartient à une espèce voisine des Oscillariées.

Pendant les dix années qui suivirent, époque des grandes

rie

découvertes bactériologiques sous l'impulsion des idées de Pasreur, un grand nombre de formes variées de végétaux inférieurs, principalement d’Algues, furent regardées comme la cause du paludisme. Baresrra (1) décrivit la Cladophora, qu'il avait trouvée d’une façon constante dans les Marais Pontins : « Gette Algue surnage à la surface de l’eau; elle est irisée si elle est jeune, et reproduit l'apparence de taches d'huile. C’est seulement quand elle se trouve au contact de l’air, exposée aux ravons solaires, en présence de végétaux en décomposition, qu’elle se développe rapidement enlaissant dégager de petites bulles gazeuses. » SELmr pense également que ce sont des Algues de nature indéterminée qui produisent le paludisme et Corre constate la "présence de Palmelles et d'Oscillariées dans les régions insalubres du Sénégal. En 1878, Exzunp décrit un champignon recueilli dans les endroits où la fièvre est endémique et lui donne le nom de Lymnophysalis hyalina. Srarrorr et Barrzerdécriventl Hydrogastum granulatum, Laxz et TerkiGt, la Monicilia penicillata.

THÉORIE BACTÉRIENNE

Lawz1 et Terricr poursuivent leurs recherches et avec Grir- Fini, ils font des expériences sur les animaux. Après leur avoir injecté de l’eau des marais malsains, ils constatent chez eux des accidents ressemblant à ceux du paludisme. Ils trouvent même dans la rate et Le foie de ces animaux du pigment analogue à celui que l’on rencontre chez les individus morts de fièvre palustre, et en cultivant ces particules pigmentées, ils obtiennent une Bactérie : Bacterium brunneum. La théorie bactérienne du paludisme a fait son apparition, mais elle ne prend toute son extension qu’en 1879, époque à laquelle Kzees et Toumasi-Crupect (2) décrivent le Bacillus malarie.

(1) Bacesrra, Congrès méd. de Florence, 1869, et Acad. des sc.,18 juil-

let 1870.

(2) Kzess et Tomwasi-Cruperr, Studien über die Ursache des Wechsel-

PA

Ce Microbe se présente dans le sol sous l’aspect de spores ovalaires, mobiles, qui, dans les milieux de culture, gélatine, albumine, urineet autres liquides de l’organisme, se développent sous forme de filaments allongés, se segmentant bientôt transversalement et contenant de nouvelles spores. Ce Bacille, inoculé aux animaux, provoque une sorte de paludisme et on le retrouve dans le corps des animaux soumis à l’expérience, qui présentent également une rate tuméfiée. Les découvertes de Kzezs et de Tommasi-Cruneur furent acceptées avec enthousiasme et confirmées par les travaux de nombreux observateurs, spécialement par ceux de Cusonr et Marcuiarava, CE, VaLenTI, FeRRARESI, Piccirizzt, ScramMana et Perronaro. Plusieurs de ces auteurs trouvèrent les spores de ce soi-disant Bacille spécifique dans le sang et dans la rate des paludiques et réussirent à les cultiver. Cette découverte fit à son époque une impression telle que, malgré l'impuissance de certains observateurs à voir la relation qui existait entre ce Bacille et les fièvres palustres, les conclusions de Kzezs et Cruperr furent acceptées jusqu’en 1882 et considérées comme définitivement établies. À partir de cette époque, le travail de Scxiavuzz, qui prétend avoir obtenu des cultures pures de Bacillus malariæ et avoir reproduit chez le Lapin le paludisme expérimental, est le dernier qui fût favorable à cette opinion. Dès lors, tous les expérimentateurs essayèrent en vain de contrôler ces faits et n’arrivèrent qu’à des résultats négatifs. Néanmoins la vogue dont jouissait encore cette théorie à l’époque de la découverte de Laveran explique le mauvais accueil qui lui fut fait.

fiebers und über die Natur der Malaria. Arch. f. exp. Path.u. Pharmak., XI, 811, 1er Juillet 1879, et Reale Accademia dei Lincei, juin 1879.

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