‹ Les Hématozoaires du PaludismeChapitre 7 sur 63 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Depuis la découverte de Lavéran jusqu'à l'époque actuelle

C’est le 6 novembre 1880 que Laveran, médecin militaire à Constantine, découvrit l’'Hématozoaire qui porteaujourd’hui son nom et le 23 novembre de la même année qu’il annonça le résultat de ses recherches, dans une note préliminaire, à PAcadémie de médecine. Comme il arrive souvent dans les découvertes scientifiques, ces organismes avaient déjà été vus, sans qu’on soupçonnât leur nature parasitaire. Dès 1847, Meckec (1) avait trouvé à l’autopsie d’un malade mort de fièvre intermittente, non seulement du pigment dans le sang, mais encore de petites masses protoplasmiques rondes, ovales et allongées qui devaient être sans aucun doute des Hématozoaires. En 1849, Vircuow (2) décrivit également ces organismes, sans se douter qu’il était en présence de l’agent pathogène du paludisme.C’est donchien à Laveran que revient tout l’honneur de cette découverte.

« En 1878, dit-il, ayant eu l’occasion de faire à Bône plusieurs autopsies de sujets qui avaient succombé à des accidents pernicieux, je fus frappé de ce fait que la mélanémie était une altération très spéciale, très caractéristique du palu-

(1) Mrcxez, Zeitschrift für Psychiatrie, p. 198, 1847. (2) Vincmow, Vérchow’s Archiv, I, p. 587, 1849.

M. Neveu-LEMAIRE ?

EE poES

disme. En étudiant dans le sang frais des malades atteints de fièvre palustre les éléments pigmentés, je remarquai qu’à côté des leucocytes mélanifères, on trouvait des éléments de forme assez régulière (corps sphériques et corps en croissant) bien différents des leucocytes ; le 6 novembre 1880, je constatai, à Constantine, dans le sang d’un malade, l'existence de corps sphériques pigmentés, de corps en croissant et de fla- -gelles très mobiles; dès lors, je n’eus plus de doutes sur la nature animée des éléments qui, depuisquelquetemps, avaient attiré mon attention et je décrivis les trois formes principales sous lesquelles se présente l’'Hématozoaire du paludisme : corps amiboïdes, corps en croissant, flagelles. J'avais proposé d’abord le nom d’Oscillaria malariæ pour désigner le nouveau parasite; ce nom prètant à une confusion fâcheuse avec les Oscillariées, je l’ai abandonné pour la dénomination d'Hématosoaire du paludisme qui avait l’avantage d’indiquer la nature du parasite, sans lui assigner une place déterminée parmi les Microzoaires, ce qui paraissait difficile. »

Décrivons dès maintenant les trois formes découvertes tout d’abord par Laveran : corps amiboides ou sphériques, corps en croissant, corps flagellés.

4° La première forme se présente comme un petit corps transparent de 1 à 15 y de diamètre. Les plus petits, accolés au globule, sont toujours dépourvus de pigment (fig. 1, A). Les plus gros, généralement libres dans le sang, renferment de petits grains pigmentaires plus ou moins mobiles à l’intérieur de la masse protoplasmique (fig. 1, B). Ce sont les corps amiboïdes ou sphériques. Cette forme est de beaucoup la plus fréquente dans le sang des paludiques.

2° La seconde forme est tout à fait caractéristique ; c’est une petite masse transparente, à contours bien nets, ayant la forme d’un croissant, avec quelques grains de pigment répandus tantôt au centre, tantôt en forme d’anneau, tantôt

dans toute la masse de l'organisme. Ces corps en croissant ont de 8 à 9 y de long sur environ 2 y de large à la partie moyenne (fig. 1, D).

3° La troisième forme ressemble à un corps sphérique d’où partiraient’ quelques filaments très grêles, un peu renflés à leur extrémité libre et doués de mouvements très actifs capables de déplacer dans le plasma les globules rouges les plus rapprochés (fig. 1, C). Ces flagelles ou flagella se détachent au boutd’un certain temps et s’agitent libres dans le sang. Les corps flagellés sont plus rares que les corps sphériques ; on les rencontre rarement dans le sang qui vient d’être retiré des vaisseaux, mais seulement dans celui qui a été recueilli depuis quelque temps. Ge temps varie de cinq à vingt minutes. Considérés d’abord comme représentant une phase de dégénérescence du parasite, les flagella furent regardés ensuite comme une forme destinée à servir à la dissémination de l’'Hématozoaire dans le monde extérieur. Aujourd’hui, tout le monde est d'accord sur leur véritable rôle que nous étudierons plus loin.

Les corps sphériques se multiplient par segmentation; ils présentent alors sur leurs bords une dentelure régulière, puis des rayons allant de la périphérie au centre où se réunit le pigment. Le nombre des segments varie de six à vingt, qui se séparent bientôt pour donner de petits corps sphériques libres. Avant leur séparation, ces corps segmentés, qui représentent la quatrième forme du parasite décrite par Laveran, rappellent assez bien l'aspect d’une rosace ou d’une marguerite, d’où le nom de corps en rosace ou en marquerite que leur ont donné certains auteurs (fig. 4, E).

Les observations de Laveran furent d’abord confirmées par Ricuann, également médecin de l’armée à Philippeville, en Algérie. Cet auteur décrivit la forme jeune et non pigmentée du parasite, affirmant que celui-ci était intraglobu-

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laire et non simplement accolé au globule. Malgré cette

Fig. 1. — Formes de l'Hématozoaire décrites par Laveran. À et B, corps amiboïde et sphérique ; G, corps flagellé; D, corps en croissant; Z, corps en rosace ou en marguerite.

confirmation, la découverte de Laveran, loin de faire sensation, resta longtemps méconnue et le Bacille de Kzess et Tommasi-Crunert attira beaucoup plus lattention des savants que le nouvel Hématozoaire.

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