‹ Les Hémiplégies HomolatéralesChapitre 26 sur 46 · OBSERVATION XXI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXI

JOLTRAIN. — Hématome de la dure-mère avec phénomène de rétropulsion et hémiplégie spasmodique siégeant du côté de la lésion. (Soc. méd. des H6p., 1906.)

Il s’agit d’un homme de cinquante-quatre ans amené à Phôpital parce qu ‘on l’a ramassé sur la voie publique sans connaissance. Nous le voyons à son entrée et ce qui

nous frappe d’abord c’est l’état d’hébétude et de stupeur dans lequel il se trouve. Il paraît comprendre ce qu'on lui dit, mais répond avec peine aux questions posées, et lorsqu'on veut le faire marcher pour le transporter dans une salle voisine, il titube et s’arrête. Le lendemain, bien qu'ayant conservé son état de stupeur, il répond plus facilement et accusant une douleur diffuse dans la tête, porte continuellement la main à son front. Il déclare être malade depuis quelques jours, maïs est incapable de décrire les premiers troubles ressentis. Il avait remarqué seulement depuis quelque temps que sa démarche devenait pénible et souvent ébrieuse. Il avoue nettement d’ailleurs l’'éthylisme.

Lorsqu'on l’examine, on trouve son visage impassible. Il n’y a pas de paralysie faciale ; lorsqu'il se lève, on est frappé par sa démarche tout à fait spéciale. Dès qu’on lui commande de marcher droit devant lui, il se met à festonner et paraît être obligé, pour continuer sa route, de résister à une force contraire. Si en effet il s’arrête, il repart bientôt en arrière avec rapidité et tomberait s’il n'était retenu. Du côté des membres inférieurs pas de parésie ; les réflexes sont conservés, plutôt exagérés. Pas de trouble de la sensibilité. Enfin une ponction lombaire pratiquée révèle une hypertension considérable du liquide céphalo-rachidien, qui sort en jet et qui est clair, sans éléments à l'examen cytologique.

Devant cet ensemble de symptômes, on écarte l’idée d'hémorragie méningée, idée première; on pense à la possibilité d’une tumeur cérébrale et M° Achard, qui voit le malade, émet l'hypothèse, qui devait se vérifier, de pachyméningite hémorragique,

Dès le surlendemain d’ailleurs, le tableau clinique est complètement modifié; le malade peu à peu est tombé dans le coma complet.

Il a quelques secousses dans les membres et l'exagéra-

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; tion des réflexes paraît augmenter. La température jusqu'alors à 37° monte lentement.

Enfin, un matin, huit jours après son entrée, on s’aperçoit que sa face est nettement déviée du côté droit ainsi que la langue propulsée. Il y a de la déviation conjuguée des yeux et de la tête et une hémiplégie gauche à allure spasmodique. Le signe de Babinski est présent et le retrait de la jambe après piqüre indique que la sensibilité est intacte. La respiration se fait de plus en plus irrégulière ; le pouls toujours lent devient mou, la température monte à 39°, 40° et le malade meurt dans le coma.

L’autopsie est pratiquée le 1°’ août.

A l'ouverture du crâne, il s'échappe une certaine quantité de sang des sinus, et l’encéphale recouvert de sa dure-mère bombe du côté gauche. On aperçoit par transparence une masse sombre sous-jacente à la dure-mère et occupant une grande partie de l'hémisphère gauche. On incise la dure-mère et la masse formée de sang coagulé se montre sous forme d’un hématome qui semble siéger entre la dure-mère et l’arachnoïde. Il mesure environ 12 cm. de long sur 8 cm. de large.

Il se prolonge un peu du côté du sillon de Rolando, oceupant une partie des lobes pariétaux en passant comme un pont sur la vallée sylvienne, et redescendant sur les lobes occipitaux et temporaux qu'il recouvre et sur lesquels nettement il s’est creusé un lit.

Deux faits surtout, sur lesquels nous avons déjà insisté, nous ont paru intéressants dans l’histoire clinique de ce malade : c’est tout d’abord la présence, à l'entrée, de cette démarche particulière avec rétropulsion manifeste. Le second fait intéressant est dans les derniers jours, l’apparition d’une hémiplégie spasmodique avec hyperthermie, siégeant du même côté que la lésion.

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