OBSERVATION XXII
Bipon. — Hémiplégie gauche avec aphasie, défaut de décussation des pyramides. (Rapportée par Charcot et Pitres.)
Homme de soixante-six ans, sans antécédents héréditaires. Au commencement de 1885 il commença à éprouver de l’engourdissement dans la main et le bras gauches, un peu de céphalalgie frontale et des vertiges. Cela dura quelques semaines au bout desquelles éclata un ictus apoplectique incomplet, probablement sans perte de connaissance. On ne sait pas s’il a existé des convulsions. Au sortir de cette attaque, il eut un affaiblissement très grand et progressif des membres du côté gauche, avec déviation faciale et aphasie (tels sont les renseignements donnés par le malade).
En avril 1886, on constate une hémiplégie gauche complète avec contracture rigide. Le membre inférieur est le moins atteint, son réflexe rotulien est très accru; le membre supérieur est absolument immobilisé, collé au corps, dans l'attitude de la paralysie cérébrale. Le côté correspondant de la face est raide ; la commissure labiale gauche est attirée plus haut que la droite.
Les membres droits semblent avoir conservé leur vigueur, pas d’exagération des réflexes tendineux. La sensibilité, sous ses différents modes, paraît bien conservée. Il existe une aphasie motrice complète.
Il comprend très bien tout ce qu'on lui dit et répond avec justesse par signes.
Les fonctions organiques s’exécutent bien.
CA AB A CPE
PA
Au commencement de juin, il contracta une bronchopneu monie qui dominait du côté paralysé et mourut le 12 juin.
L’autopsie est faite 25 heures après le décès : on trouve des foyers de broncho-pneumonie plus avancés et plus nombreux dans le poumon gauche. Dans le cerveau l'hémisphère droit est tout à fait intact à l'examen macroscopique; l'hémisphère gauche au contraire, dès qu’on a enlevé les méninges à peine un peu adhérentes vers le sillon inter-hémisphérique, présente une large plaque de ramollissement ancien.
Sur les diverses coupes de Flechsig et de Pitres com-
binées, on voit que le ramollissement atteint toute l’épaisseur de la substance grise et s'enfonce de quelques millimètres dans la substance blanche sans arriver au contact des noyaux centraux. Au bulbe la pyramide droite antérieure est normale. Au contraire depuis la protubérance jusqu'à son union avec la moelle, toute la pyramide antérieure gauche a la même teinte grisâtre que la bandelette du pédoncule cérébral.
Mais, chose étonnante, même par la section du bulbe, il est impossible de trouver trace du passage des faisceaux internes d’une pyramide dans celle du côté opposé. A l’état normal, au contraire, il est facile de voir cet entrecroisement du faisceau pyramidal qui forme une sorte de natte haute environ de 2 centimètres.
L’histologie confirme ces données. Tandis que dans la région de la pyramide motrice gauche on ne trouve qu'un nombre insignifiant de tubes nerveux sains, et qu’on voit bien le tissu de sclérose en pleine voie de prolifération, les autres points du bulbe ne montrent pas d’altération. Au-dessus de la moelle aliongée il en est de même.
Le faisceau pyramidal direct gauche est tout entier le siège d'une sclérose très manifeste. Le côté droit et les autres parties de la moelle sont normaux.
op See
Voici les conclusions de Charcot et Pitres.
Si M. Bidon s'était contenté de noter la coexistence d'une hémiplégie du côté gauche avec une lésion de l'hémisphère cérébral gauche, son observation n'aurait pour ainsi dire pas d'importance.
Mais M. Bidon a cherché et trouvé la cause de l’inversion du rapport habituel des lésions aux symptômes. Dès lors tout s’éclaire et s’explique, parce que chez ce malade l’entre-croisement des pyramides faisait défaut.