INTRODUCTION
Les découvertes et les applications pratiques livrées par les sciences anatomiques, physiologiques, bactériologiques, physiques, chimiques, etc., montrent chaque jour l'importance des phénomènes biologiques dont les liquides humoraux constituent le terrain. Grâce à l'emploi si répandu des ponctions en clinique humaine et aux nombreuses analyses d'humeurs retirées pendant la vie, les variations que l'on y constate peuvent montrer l'enchaînement des actes qui se transforment ou se succèdent. Par l'extraction artificielle d'une sérosité, nous pénétrons dans une partie vivante ou plutôt nous en détachons une parcelle comme le fait une biopsie. Puis, en la dissociant dans chacune de ses parties constituantes, l'examen et l'appréciation des réactions pathologiques se trouvent facilités pour saisir leurs affîr nités ou leurs antagonismes.
C'est à l'étude des hémorragies méningées par la ponction lombaire et à l'examen du liquide céphalo-rachidien pendant la vie qu'est consacré ce travail.
La ponction lombaire, outre son action sur le système nerveux, permet l'évacuation d'un liquide sans analogue dans l'économie : liquide normalement limpide, ne contenant aucun élément cellulaire, solution presque pure de chlorure de sodium, occupant une cavité toujours réelle que l'on peut explorer, non seulement en pleine acuité, mais à l'origine et au déclin des
phénomènes pathologiques. Aussi les notions séméiotiques et thérapeutiques que l'exploration méningée permet d'établir s'accroissent chaque jour, et l'application de cette méthode sur le vivant doit être envisagée comme indispensable au médecin dans la connaissance et le traitement de certaines maladies du système nerveux.
Depuis plus de trois ans on cherche à préciser les caractères propres aux liquides céphalo-rachidiens hémorragiques. Eclairé par ces travaux, nous avons profité des progrès de la technique moderne pour esquisser la synthèse que nous présentons et rapprocher les observations faites in vitro, de la cause des hémorragies, des lésions qu'elles entraînent, ainsi que des réactions morbides, locales et générales, qui les accompagnent.
Un fait remarquable ressortira de cette étude : c'est la fréquence des hémorragies méningées sous-arachnoïdiennes et les nombreux cas de formes curables. Beaucoup d'hémorragies méningées étaient méconnues avant l'usage de la ponction lombaire qui vient bouleverser ce chapitre de la nosographie, en élargir les limites et détruire en même temps la notion du pronostic presque toujours fatal qui semblait leur être attaché.
Nous avons recherché avec grand soin les signes qui ont été décrits dans ces dernières années au cours des maladies des méninges et de l'encéphale, en particulier les signes de Kernig et de Babinski.
Nous exposerons en dernier lieu les résultats thérapeutiques qu'on peut attendre de la ponction lombaire appliquée aux hémorragies du névraxe.
Les hémorragies internes furent décrites dès qu'on ouvrit les cadavres et les hémorragies cérébrales et méningées, si fréquentes, n'échappèrent pas aux constatations des premiers anatomistes. Mais, après l'irruption sanguine proprement dite, il reste un hématome méningé qui suscite des réactions secon-
daires, en particulier des modifications pigmentaires et cellulaires du liquide céphalo-rachidien.
Les transformations pigmentaires peuvent être notées d'une façon rigoureuse dans le liquide incolore qui remplit les espaces sous-arachnoïdiens. De plus, les réactions cellulaires, étudiées grâce à la méthode du cyto-diagnostic de MM. Widal et Ravaut, montrent, à cause de leur netteté et de leurs modifications incessantes, tous les moyens qu'emploie l'organisme pour amener la résorption des hématies. Rapprochées de celles qui se passent dans l'hémothorax, elles nous ont permis d'exphquer le mécanisme de l'hématolyse, en l'observant au moment de sa mise en activité, pendant son évolution et son extinction.
iNous avons essayé de montrer les différents aspects du liquide cérébro-spinal, modifié par une hémorragie vraie ou par la présence, soit d'éléments cellulaires émigrés par diapédèse, soit de substances sanguines dérivées du torrent circulatoire par exsudation ou filtration.
Par la ponction lombaire seule, il était possible de constater ces changements, souvent si légers, de la couleur ou de la constitution du liquide céphalo-rachidien. Ici, l'autopsie cède le pas à la méthode clinique. Les altérations post moviem, les délabrements et les arrachements nécessités par l'ouverture de l'enveloppe osseuse cranio-vertébrale modifient ou souillent à tel point le liquide céphalo-rachidien, qu'il est impossible d'y apprécier alors les réactions pathologiques légères.
Nous rapportons, dans cette thèse, les hémorragies méningées que nous avons observées pendant l'année 1903 à l'hôpital Gochin, ce qui nous a permis d'établir une statistique annuelle approximative. C'estdans les services de nos maîtres, MM. Chauffard et Widal, que nous avons fait ce travail.
Nos collègues et amis L. Boidin et Digne se sont toujours empressés de nous signaler les cas qui pouvaient nous intéresser. Nous les remercions sincèrement.