J. TEMPS DE LA PIGMENTOGÉNÈSE LOCALISÉE
La chronologie de la pigmentogénèse sanguine est excessivement variée. Les observations minutieuses de DURCK ont montré que l’hémosidérine diffuse pouvait être mise
en évidence, grâce aux réactions du fer, à partir du sixième jour ; l’hémosidérine granuleuse intra-cellulaire se trouve à partir du douzième jour ; l’hémosidérine extra-cellulaire à partir du dix-huitième jour. L’hématoïdine apparaît seulement à partir du quarante-cinquième jour. LANGHANS, par contre, a observé les premiers grains de pigment le deuxième ou troisième jour, les cristaux n'apparaissent que plus tard.
SCHURIG, LASPEYRES et HUECK, observent la réaction du fer diffuse deux à trois jours après l’hémorragie. L’hémosidérine granuleuse et la lipofuscine ne se trouvent qu’au bout d’une semaine. La réaction au fer s'accompagne d’une réaction de GMELIN diffuse, les cristaux d’hématoïdine n'apparaissent que tardivement.
Le temps de disparition des pigments hémoglobinogènes est excessivement variable. Tantôt on les trouve encore après des années dans les tissus, surtout extra-cellulaires, tantôt ils disparaissent très rapidement. Le mécanisme de leur disparition est inconnu. Il est certain qu’une portion de ces pigments est désintégrée sur place, une portion est transportée par voie lymphatique dans les ganglions où ils peuvent persister longtemps comme «métastase pigmentaire » (TILLMANN, HINDENLANG).
Mais notons dès maintenant qu’une extravasation sanguine n’est pas nécessairement suivie d’une pigmentogénèse.
Les extravasations dues aux ventouses, au purpura, aux injections de sang, disparaissent le plus souvent sans laisser de pigment. Nous avons essayé chez cinq individus d’obtenir des pigmentations par injection intra-dermique de sang, toujours sans aucun résultat.
NEUMANN admet que dans certaines conditions le pigment à peine formé peut de nouveau être dissous, ce qui expliquerait ces hémorragies sans pigmentation consécutive. Mais alors pourquoi dans d’autres cas le pigment reste-t-il en place? Dans ce cas, il faut admettre que ce sont des dispositions locales qui déterminent la formation et surtout la fixation de pigment sur place après une extravasation sanguine. Nous essayerons plus loin de déterminer les facteurs qui occasionnent cette rétention pigmentaire.
C'est surtout sous ce rapport que nous allons étudier maintenant la pigmentogénèse par destruction sanguine générale qui n’a que tout à fait exceptionnellement une importance au point de vue dermatologique, mais qui nous fournit des faits pathogéniques importants nous permettant de déduire quels sont les éléments qui président à l'élaboration et à la rétention des pigments hématogènes dans la peau.
La LA DESTRUCTION SANGUINE GÉNÉRALE DANS LES ORGANES :
PIGMENTOGÉNÈSE GÉNÉRALISÉE,
Déjà à l’état normal, il y a destruction sanguine continuelle dans l'organisme, car l’organisme a besoin d’hémoglobine pour fabriquer la bile.
Les lieux de cette destruction sanguine physiologique ont été longtemps discutés. QUINKE, qui fit les premières recherches sur cette question, détermina la présence du fer dans les différents organes et conclut que là où l’on trouvait le fer, déchet de la destruction sanguine, devait se produire la désintégration globulaire. Cependant il faut faire des réserves quant à cette conclusion: il n’est nullement prouvé qu'à l'endroit même où l’on trouve des déchets de la désintégration globulaire il y ait eu destruction de globules. Nous verrons par exemple plus loin que, dans certaines cirrhoses pigmentaires, on trouve de l’hémosidérine dans le derme. Or, il est évident que dans ces cas le pigment n’a pas été élaboré sur place, qu'il y a eu destruction globulaire dans certains organes internes et que les déchets, ayant passé dans la circulation, se sont fixés sur certaines cellules du derme. Les métastases pigmentaires, dont nous avons déjà parlé, infirment également cette façon de voir. Aussi LEPEHNE, ASCHOFF et d’autres ont-ils recherché l’érythrophagocytose pour identifier les lieux de la destruction sanguine. Or, si la phagocytose de globules rouges par des cellules épithéliales ou par les histiocytes se voit avec
facilité dans certains états pathologiques, elle ne s’observe que tout exceptionnellement à l'état normal, alors que l'on trouve couramment les déchets de la destruction globulaire. Pour ces raisons, ALBRECHT, et indépendamment de lui, PAUTRIER et Diss, se demandent s’il ne faut pas admettre à côté de la destruction globulaire phagocytaire une destruction extra-cellulaire, mais intra-vasculaire dans le sang circulant analogue à celle qui se produit lors de certaines intoxications. Les substances provenant de la lyse globulaire seraient reprises par les cellules endothéliales et y subiraient éventuellement la transformation pigmentaire.
Cependant on accepte actuellemént les conclusions de QuinKkE sur les lieux de désintégration sanguine ; QUINKE trouve régulièrement du fer dans certaines cellules de la rate, de la moelle osseuse et du foie. Il admettait que la plupart des globules étaient détruits dans la rate et la moelle osseuse. Ces organes accumulent l’hémosidérine mise en liberté, tandis que les déchets non ferriques sont transportés au foie où se fait la transformation en pigments biliaires. BioNDI, par contre, admettait que les globules étaient détruits dans le foie et que la plus grande partie du fer libéré était transporté par des polynucléaires dans la rate et la moelle osseuse.
Si les constatations de QUINKE sur les localisations du fer provenant de la destruction globulaire sont intangibles, on attribue à la suite des travaux de ASCHOFF et LEPEHNE la désintégration globulaire physiologique non aux différents organes, mais au système réticulo-endothélial. C’est, en effet, dans les cellules de ce système qu’on trouve le dépôt de fer et qu'on constate le plus facilement de l’érythro-phagocytose.
D'ailleurs, même si l’on admet avec ALBRECHT, HUECK et nous-mêmes, que la désintégration globulaire peut se faire dans le sang circulant, ce sont les cellules endothéliales faisant partie du système réticulo-endothélial, qui puisent dans le sang les déchets globulaires et les transforment sous certaines conditions — nous avons déjà insisté sur le fait que la pigmentogénèse n’est pas obligatoire — en hémosidérine.