‹ Les Hépatites Amibiennes à Forme SepticémiqueChapitre 12 sur 46 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Auguste G.…., 53 ans, administrateur-adjoint au Bureau Liquidateur 154, entre dans le service le 1° juin 1941, pour « mise en observation pour état fébrile chez un sujet ayant eu des épisodes de diabète et d’urémie ; température à 38°6. »

Notons tout de suite, dans ses antécédents, que ces « épisodes de diabète et d'urémie » ont complètement guéri et que le malade n’a jamais fait de séjour aux colonies. Par contre, le malade nous dit avoir mangé des moules crues trois semaines auparavant.

La maladie a débuté, il y a trois jours, par de la fièvre et par une diarrhée abondante (5 à 6 selles par jour) que l’on ne peut davantage faire préciser.

Nous l’examinons à son entrée le 1° juin ; tout est absolument négatif : poumons, cœur normaux ; pas de gros foie ; pas de grosse rate ; pas de taches rosées ; cependant, dissocia#on marquée du pouls et de la température (pouls à 80 — température à 39°6). Nous demandons, le 2 juin, des examens complémentaires, une Numération globulaire : )

Globules rouges : 5.100.000 Globules blancs : 11.600

et une Formule leucocytaire :

Lymphocytes : 17 % Mononucléaires : 3 % Polynucléaires neutrophiles : 76 % Eosinophiles : 4 %,

ce qui nous révèle donc une leucocytose à 11.600 et une polynucléose à 80 %. Les urines, examinées le 3 juin, sont par contre normales : L |

Albumine : néant

Glucose : néant

Sels et pigments biliaires : néant

Dépôt : présence de quelques cellules épithéliales

Le malade tombe peu à peu dans un état de torpeur qui se rapproche beaucoup du tuphos. La témpérature oscille toujours entre 38°5 et 40°2, mais est irrégulière. L’examen demeure néanmoins négatif du point de vue Infections Typhoïdes : pas de grosse rate, pas de taches rosées, pas de gargouillement dans la fosse iliaque droite. La numération et la formule également ne sont pas en faveur de la Fièvre Typhoïde dans laquelle une leucopénie est beaucoup plus de règle.

Mais, le 6 juin, nous entendons des râles de bronchite à. la base gauche, en arrière, ce qui nous fait penser à la possibilité d’une Bacillose aiguë. Le malade, en outre, transpire, est dyspnéique. Nous faisons donc faire, ce jour-là, une radiographie pulmonaire qui nous montre, « à part une légère accentuation des arborisations broncho-vasculaires inférieures droites, une transparence pulmonaire normale ». (Fig. 1.) De plus, examen microscopique des crachats ne montrant pas de bacille de Koch, nous rejetons l’hypothèse de Bacillose aiguë.

De en) f

Jusqu'ici, nous nous sommes bornés à pratiquer une thérapeutique anti-infectieuse générale banale (urotropine : 1 gr. 50 par jour) et le diagnostic reste toujours en suspens : le malade maigrit rapidement, il est abattu ; la fièvre persiste, élevée et irrégulière ; le pouls et la température sont toujours dissociés. Mais les séro-diagnostics pour le T.A.B. et le Melitensis, pratiqués le 9 juin, sont négatifs ; deux hémocultures faites les 10 et 11 juin sont également négatives, même le 16 juin. Nous éliminons donc la possibilité de Fièvre Typhoïde, mais la présence de sueurs abondantes et profuses obligeant le malade à se changer plusieurs, fois dans la journée, nous pousse néanmoins à instituer, contre une Mélitococcie possible, une thérapeutique par les Sulfamidés (3 gr. par jour de Dagénan), cela d'autant plus volontiers que nous sommes dans la région marseillaise, région dans laquelle celte maladie est loin d’être rare. Mais au bout de trois jours de fraitement, il n’y a pas d’amélioration et nous cessons le Dagénan. ni

Nous faisons alors refaire, les 12 et 13 juin, des, examens complémentaires. Les urines sont toujours normales :

Chlorures : 9 gr. 70 par litre Albumine : traces

Glucose : néant

Pigments biliaires : néant Dépôt : nul.

L’urée du sang est à 0 gr. 55 par litre ; la numération globulaire nous montre, en même temps qu’une légère anémie, l’augmentation de la leucocytose :

Globules rouges : 4.000.000 * Globules blancs : 15.000

Quant à la polynucléose, elle atteint maintenant 90 %. En outre, les temps de saignement (3 minutes) et de coagulation (6 minutes) sont normaux. Enfin la Tension Artérielle du malade est de 12/6 au Vaquez.

Nous sommes maintenant au 16° jour de la maladie et le diagnostic est toujours incertain. C’est alors que, le 14 juin, le malade se plaint de douleurs dans l’hypochondre droit. Le foie est gros et douloureux dans son lobe gauche ; il déborde de trois travers de doigt le rebord costal sur la ligne mamelonnaire. S’agirait-il d’une Hépatite ? Ou bien ne serait-ce seulement qu'une poussée de Cholécystite, localisation au cours d’une infection générale ? Le doute persiste, et cependant nous ne

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