CHAPITRE VII
ESSAI PATHOGENIQUE
Nous avons appelé les Hépatites frustes dans lesquelles prédominent les signes généraux des Hépatites Amibiennes à forme septicémique. Est-ce à dire qu’il
s'agisse là d’une véritable septicémie ?
L’Amibe, nous le savons, a un rôle pathogène certain : elle est capable à elle seule de donner une Hépatite suppurée. Nous ne reviendrons pas sur les expériences qui l’ont prouvé, ni sur l’épreuve de l'injection
. rectale du pus d’un Abcès hépatique qui donne au chat
une Dysenterie typique. Quelles sont donc, une fois franchies les ulcérations intestinales, véritables portes d'introduction de l’Amibe dans l’organisme, quelles sont donc les voies de dissémination de cette Amibe vers le foie ? La voie péritonéale est peu vraisemblable : l'Amibe passerait de l'intestin dans le péritoine périhépatique et de là atteindrait le foie. La voie lymphatique doit être, elle aussi, rarement empruntée : de la
sous-muqueuse intestinale, l’'Amibe passerait dans lies chylifères intestinaux, puis dans la citerne de Pecquet, dans le canal thoracique et enfin dans la circulation générale. Par contre, la voie veineuse est la plus probable : on a vu l’'Amibe dans la veine sous-muqueuse intestinale, dans la Veine Porte et aussi dans la Veine Cave JInférieure.
Par conséquent, il y a passage de l’Amibe dans le sang ; elle peut s'arrêter dans le foie en un véritable emboli parasitaire ou poursuivre plus loin sa route dans la circulation générale (Lacaze et Melnotte). Mais une septicémie n’est pas seulement le ‘passage d’un microbe dans le sang ; il faut qu'il y ait aussi pullulation et reproduction de ce microbe. Or, Lacaze et Melnotte sont affirmatifs sur ce point : « Si le mot d’amibémie traduit le passage de l’Amibe dans le sang, cela ne veut pas dire qu’il s’agisse là d’une véritable septicémie, cliniquement isolable et s’accompagnant de la multiplication des Amibes ét de leur pullulat:cn. dans le milieu sanguin. » Ne serait-ce pas un peu trop affirmatif ? Comment, en effet, ne pas admettre que l’Amibe, surtout au stade hématophage, dans le protoplasme de laquelle on trouve toujours des hématies, ne puisse vivre, donc se reproduire dans le milieu sanguin où les hématies se trouvent en si grande abondance ? Sans doute, on n'4 jamais vu l'Amibe se reproduire dans le sang, mais tout de même on l’a trouvée dans la Veine Cave
Inférieure ; elle avait donc franchi la barrière hépatique !
Nous ne voulons cependant pas affirmer qu'il y a véritablement septicémie sur la seule présence de
PAmibe dans la Veine Cave Inférieure. Les preuves seraient vraiment insuffisantes. Mais il nous faudrait tout de même trouver une explication à l’aspect sou-
A RE Le | ia.
vent tragique du malade, aux grandes oscillations de la température, à l’absence temporaire de toute loca- Jisation hépatique, à cette atteinte profonde de état général. qui ressemble tant à celui que donnent les
. Septicémies. Comment l'expliquer, sinon par une atteinte vraiment générale de l'organisme ?. Celui-ci lutte, se défend énergiquement comme le prouve la leu-
cocytose avec polynucléose qui est de règle dans les
a Hépatites. Ÿ a-til septicémie ? Ou bien s'agit-il seule-
ment de toxémie ? Quoiqu’ il en soit, l'Amibe a colonisé
dans le tissu hépatique pour lequel ne a tant d'affinité.
Elle travaille sournoisement jusqu ’au jours où le foie
; devient douloureux, ou commence à être décelable clive niquement ou radiologiquement.,, Et, continuant son
œuvre, l’Amibe finira par former un abcès, à moins que le traitement émétinien ne vienne contrecarrer ses
efforts. Il n’en reste pas moins vrai que la maladie a
évolué en deux temps : une phase générale a précédé
la phase Jocale. C’est ainsi que peut s'interpréter le
silence du foie durant les premiers jours de la Ms à
f. L'Amihe pullule- -t-elle dans le sang, y vit-elle, s’y repro-
duit-elle, traduit-elle sa présence dans ce milieu par les
phénomènes généraux que nous avons décrits, avant de
se retrancher, vaincue, dans le tissu hépatique où elle
À À Cu ; . . .
pourra vivre et se développer au sein des colonies florissantes qu’élle Ya laissées ; ; en un mot,.y a-t-il véritable-
ment Septicémie Amibienne avant toute localisation hé- ‘patique ? Qu bien. plus simplement, s’agit-il d’une
période durant laquelle rien ne traduit localement le travail de l’Amibe, tandis que par ses toxines elle dé- clenche une réaction générale de l'organisme ?
ge Nous ne nous prononcerons pas pour l’une ou pour Pautre de ces possibilités. Néanmoins, il existe une phase générale de la maladie, assez longue pour devoir
être expliquée, et si l’on ne peut affirmer que durant