II
La surveillance étendue
aux œuvres d'art,
clamations que firent à ce propos les jayeux compères et les humanistes, qui camparaient cette opération à celle que Paul IV ordonna de faire pour voiler les mus du Jugemens dernier de Michel-Ange.
Ces nus, qui produisent encore aujourd’hui un certain effet sur les admirateurs de l’œuvre, étaient déjà blàmés par les contemporains. Un d'eux appelait Michel-Ange
« l'inventeur des saletés, » et condamnait « tous les pein-
« tres et les sculpteurs modernes, pour avoir imité de « semblables fantaisies luthériennes; on ne peint et on ne « sculpte aujourd’hui dans les églises que des figures « bonnes à détruire la foi et la dévotion; mais j’espère « bien qu’un jour Dieu enverra ses saints pour jeter bas « de pareilles idolAtries'.» Il n’est pas jusqu’au licencieux Arétin qui n'en fit lui-même des reproches à son adoré Michel-Ange : « Eh quoi! dans un sujet d'histoire si re- « levé, vous nous faites voir les anges et les saints, les « uns sans honnèteté terrestre, les autres sans beauté « céleste... Votre manière de faire convenait dans un bain « voluptueux, et non dans un chœur de chapelle papale : « le mal serait moindre, si vous n’aviez pas la foi; est-il « possible que, l'ayant au degré où vous l'avez, vous « affaiblissiez ainsi la croyance chez le prochain?... Nes « âmes ont plus besoin du sentiment de la dévotion que « de l'expression donnée par le dessin : que Dieu daigne « inspirer la sainteté de Paul, de même qu'il a insprré « la béatitude de Grégoire, qui a privé Rome de l'orne- « ment des superbes statues des faux dieux, de peur que « leur mérite artistique n’affaiblit chez les Romains « le respect pour les humbles images des saints. »
(1) Manuscrit ie la Bibliothèque Magliabecchiana, classe XXY, 274, au mais de mars 1549,
Maintenant, que Cicognara vienne nous conter que ces pudités sont un effet de l'innocente simplicité du seizième siècle’. Les archives de l’archevèché de Milan possèdent une lettre de Scipion Saurolo, adressée le 6 septembre 1561 à saint Charles, où il lui exprime combien ces nudités du Jugement de Michel-Ange avaient déplu aux papes Paul III et Paul IV, à Marcel II et à beaucoup de cardinaux; il ajoute qu'on entendit l'artiste lui-rsême répéter « qu’il le voulait à tout prix arranger, se faisant (disait-il) un cas de conscience de ne pas laisser après loi une pareille ordure. » Saurolo fait passer à saint Charles un mémoire destiné à être présenté au pape, dans lequel il lui rappelle quod odio sanctissimo intuenda est pictura Judicii sacre capellæ Sux Sanciitatis, in quo divinam offendit majestatem, co quod in eum nuditatis modum depicta est, in quo omnes vident et multi admiratores plorant. Il poursuit en prouvant que dans cette composition, la majesté du Juge, les ornements prêtés à Marie, les siéges des apôtres n’ont uien de vrai: Quis enim vidit Dominum ét sanetos sic depictos, sic formatos aut sculpios in qualibet mundi parte? Quis vidit in picturd Judicii nostri, sic memorabilis et remendi, fabulosam Acherontis cymbam reprasentari? Il se plaint que, dans les habitations et dans les chapelles, il y ait des images de saints et des représentations de la divinité, toutes défigurées et percées de clous, ete.; enfià lil fait des vœux pour que Borromée « et Sa Sainteté puissent « mériter l'honneur d'avoir restauré la sainte « barque, battue par des vents contraires et mal diri- « gée, et de l'avoir ramenée au port sûr du salut. »
Le concile défendit qu’on plaçät dans les églises des
(1) Storia della Scultura. -
images non approuvées par l'évêque; qu’on y mft rien de faux, de déshonnéte, de profane, de superstitieux et de contraire à la vérité des Écritures et de la tradition : il prescrivit que toutes les images fussent en harmonie avec la dignité et la sainteté du modèle, afin que leur vue excitât la piété, et non des pensées coupables. Les évêques veillèrent en effet à l'exécution du décret, et surtout saint Charles, qui interdit à ceux qui faisaient les portraits des saints de prendre pour modèles des personnages vivants, comme de représenter d’une façon théâtrale la passion du Christ ou les actions des saints.
Plusieurs voulaient qu’on interdit les théâtres, et les motifs ne manquaient pas; si l'on considère ce que la scène était alors, et plus encore ce qu’elle est de nos jours. Comme on ne pouvait cependant pas bannir un délassement si cher aux multitudes, on exerça du moins une surveillance sur les acteurs de comédie et on les obligea à soumettre le programme de leurs représentations à un délégué de l'évêque. Remède bien insuffisant! Il n’empéchait pas les basses plaisanteries, de même qu'aujourd'hui la surveillance de la police n'empêche pas la scène d’être la pire école d'immoralité, d’égoisme, de dévergondage. Saint Philippe de Néri fut mieux inspiré en cherchant à opposer aux spectacles les Oratorio, qui dans l'origine n'étaient que des chants, et qui devinrent des représentations complètes de drames moraux et sacrés.
Mais la musique a une autre mission spéciale, celle d'accompagner les cérémonies du culte. Devenue entièrement profane, c’est-à-dire employée à charmer les sens et la fantaisie, plutôt qu'à élever le sentiment, elle tendait à surmonter les difficultés, à se jouer dans des imitations et des combinaisons disparates, dans des modu-
lations, des hémiolies, des nœuds, des énigmes; les voix humaines n’y figuraient pas mieux qu'un autre instrument; cinq, six, jusqu’à huit parties se croisaient sans qu’il fùt possible de saisir un sens, ou bien le sens était badin, même volupteux. Léon X avait appelé de Florence Alexandre Mellini pour habituer ses chapelains à conserver la tonique dans le chant des psaumes, et la mesure syllabique dans les hymnes. Le concile de Trente s'était plaint de semblables profanations, et Paul 1V fitexaminer si l’on devait, oui ou non, tolérer la musique dans l’église. Quant à exclure les chants alternés avec la musique, les airs profanes, les textes non approuvés par l'autorité ecclésiastique, on était tombé d'accord, mais les compositeurs assuraient qu’il serait impossible de faire entendre clairement les paroles dans un chant sans accompagnement. Tel ne fut pas l’avis de Pierre-Louis Palestrina, qui pour essai composa la messe papale à six voix, avec mélodie simple, en conservant l'expression du rituel, et en l’adaptant aux diverses significations des chants et des prières‘. Homme pieux, étranger aux intrigues, et par suite négligé, sur son manuscrit qui nous a été conservé, on lit ces paroles : Dieu, éclairez-moi. C'est ainsi qu'il. sauva cet art, non pas en détruisant et en abolissant, comme faisait la réforme, mais en lui donnant une nouvelle vie, en le sanctifiant. Palestrina, pauvre encore de mélodie, possédait cependant dans toute la perfection le pur sentiment de l’harmonie et de la tonalité, et si
(1) Elle est nommée missa papa Marcelli, mais il ne paraît pas que Palestrina l’ait composée pour défendre la cause de la musique sacrée auprès de Marcel II, qui ne régna que vingt-deux jours. Il la composa par ordre de saint Charles, et elle fut chantée dans la chapelle Sittine le 19 juin 1565.
d'autres l'ont surpassé en fait d'art, certes il ne Fa été par personne pour la puissance, pour l'accent profond de simplicité et pour la mystique tendresse avec lesquels il nous a révélé les douleurs de la mère de Bieu et les angoisses du Fils de l'Homme. C'est ainsi qu'il nous a appris à goûter par anticipation les symphontes dont les anges font retentir les parvis de l'Éternel.
Catéchisme Les luttes avec les protestants avaient développé la
pae itatifons science catholique : aussi les ouvrages postérieurs au
orthodexes. concile de Trente furent-ils beaucoup plus précis au point de vue de la connaissance du christianisme, parce que les dogmes y avaient été débattus et éclairés avec beaucoup de profondeur et de précision.
Il n'apparaît pas qu'au moyen âge on compost des <atéchismes, petits livres où l'on exposait, à l’usage des personnes étrangères aux études théologiques, les points essentiels de la doctrine. Le concile ide Trente en prescrivit un, et confia sa rédaction à saint Charles, qui prit pour le compiler l'évêque Foscarari, Muzio Calino de Brescia, évêque de Zara, puis de Terni, Léonard Marino de Gênes, archevêque de Lanciano, tous dominicains. L'œuvre, ayant été interrompue, fut reprise par Calino, par Pierre Galesino de Milan, qui traita du décalogue, et par Jules Poggiani de Suna, lui aussi milanais, qui erposa l’oraison dominicale. Ce dernier (et non pas Paul Manuce, comme on a coutume de le dire), corrigea les imperfections de langage et mit dans le style des divers rédacteurs une sorte d’unité, tandis que la partie doctrinale était revue par une congrégation que présidait le cardinat Sirleto. Tel est le Catéchisme romain, livre admiré pour l'élégance du style et la lucidité de la méthode : il prouve que la profonde et solide érudition sacrée n'a pas
besoin de s’envelopper dans des argumentations et des formules scolastiques, et qu’elle s'accorde bien avec ane exposition claire et précise et avec la sublime simplicité de la conception. Il fut publié en italien et en latin, puis divisé par chapitres, et enfin disposé par demandes et par réponses dans l'édition d'André Fabrizio, qui y ajouta une table des sujets tirés de l'Évangile pour chaque dimanche avec un sommaire de prédications, et - les renvois au catéchisme lui-même pour les développements. On y inséra en outre les devoirs du curé sur les divers points de la doctrine, en sorte que ce livre servit pour ainsi dire de cours de théologie, de sermons et de méditations pour les curés.
Dans cet ouvrage, on présente comme résolus certa'ns points que le synode avait laissés indécis, ou dont il avait seulement condamné les contraires. Aussi les jésuites, qui, principalement sur la question de la grâce, étaient en désaccord avec les dominicains, crurent devoir, après la publication de ce catéchisme, en composer d'autres, parmi lesquels nous citerons la Summa doctrinæ christiana de Canisius‘ et le catéchisme de Bellarmin.
Le catéchisme est le livre des savants et des ignorants, où l’on trouve la solution de toutes les grandes questions morales et sociales. D’où viennent l'homme et la race humaine? Quelle est leur destinée, etcomment y parvien-
(1) Le père Pierre Canisius de Nimègue fat un des plus vigoureux adversaires de la réforme. 11 assista au concile, fut chargé de missions fort importantes, et fonda en beaucoup d’endroits, et notamment à Messine, des congrégations en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie. C’est à lui qu’on doit la création du collège germanique de Rome et celle du collége de Saint-Michel à Fribourg, qui fat le centre de la résistance en Suisse. Il fut puissamment aidé dans cette œuvre par le nonce Bonomo. C’est dans cette dernière ville qu’il mourut en 1597; il a été béatifié en 1865.
nent-ils? Pourquoi l’homme est-il sur la terre? Où va-t-il quand il la quitte? Quelles furent les origines du monde? l'origine de l'espèce humaine et des différentes races? Quelles relations l'homme a-t-il avec Dieu, avec ses semblables, avec les autres créatures? Quels devoirs a-t-il envers la société, envers ses supérieurs, envers l'État, envers les nations? A toutes ces questions, le catéchisme donne une réponse précise; ajoutons que cette réponse est la plus conforme à la nature humaine, la plus généreuse (E). C’est le livre de la première enfance, c’est l’unique livre d’une infinité de familles dans les pays les plus civilisés du monde; et cependant, de tous les livres, c’est celui qui a été le plus combattu; et ce n’est pas sans raison, puisque c'est celui qui répand jusque dans les jeunes intelligences la réponse décisive à toutes les erreurs religieuses, morales et sociales!.
Pie IV appela à Rome Paul Manuce, l’élégant et docte imprimeur, et le chargea de publier les saints Pères avec ses caractères si renommés (F). Manuce, dans la dédicace qu'il fit à Charles Borromée de son édition de saint Cyprien (Roma 1563), expose au lecteur les soins que d’autres lettrés italiens et lui ont apportés à la correction des œuvres de ce Père de l’Église, parce que, selon lui,
(1) Il nous paraît bon de répéter ici cet avertissement de saint Auustin :
i « La vraie manière d'enseigner la religion est de remonter à ces paroles : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, et de développer toute l’histoire du christianisme jusqu'à nos jours. Ce n'est pas à dire qu’il faille rapporter l’un après l’autre tous les événements consignés dans l’Anciez et le Nouveau Testament : ce serait tout à la fois impossible et inutile. Faites un abrégé : insistez davantage sur ce qui vous paraît le plus important, et glissez sur le reste. De la sorte, vous ne fatiguerez pas celui que vous voulez pousser à l'étude de la religion, et vous ne surchargerez pas la mémoire de celui que vous ‘devez instruire. » (De catechizandis rudibus,cap. m, n° 5.)
« au milieu d’une si grande tempête et d’un tel bouleversement, il était opportun de faire entendre la voix de Cyprien, cet admirable champion de la dignité catholique. » (G)
Le raffinement de la civilisation exigeait qu'on corrigeât les leçons apocryphes, certaines antiennes triviales et quelques cérémonies burlesques, introduites par l’ignorance ou par la simplicité. Léon X confia cette tâche à Zacharie Ferreri de Vicence.A une époque où l'esprit ecclésiastique était si affaibli, où l'amour de l'élégance préoccupait à tel point la société, qu’on souriait au rude latin de saint Paul, pouvait-on concevoir de grandes espérances de cette révision? Ferreri avait assisté le cardinal Carvajal au conciabule de Pise; aussi se retira-t-il à Lyon, jusqu’à ce qu’il eût obtenu son pardon du pape. Il fit en trois jours un poëme de mille hexamètres, où il exaltait la félicité du genre humain sous un tel pontife. S’étant mis à reviser les hymnes, il les lisait au fur et à mesure à Léon X, qui lui en faisait des compliments ; mais, si le style en était pur, la flamme de la piété y manquait; on y trouvait Horace, non-seulemert dans les expressions, mais encore dans les images. Sarbiewski réussit mieux : sur l’ordre d’Urbain VIII, il avait entrepris la même tâche, et montra plus de respect pour cette poésie sacrée (H). Pie V publia un nouveau bré- . viaire, obligatoire pour toutes les Églises qui n’en avaient ‘pas un au moins depuis deux cents ans; la publication du missel le suivit de près.
Sixte-Quint fit éditer une Bible, qui seule devait avoir ,, ta Bb
et celle
autorité; il se mit aussi lui-même à l’œuvre avec Nobili, 4, Qi
Agello, Morino, Lelio Landi, Ange Rocca, lecardinal Caraffa» et Prosper Martinengo de Brescia. Mais à peine eut-elle
paru, qu’on y découvrit de nombreuses erreurs; on la mit à l'index, et on retira avec la plus grande sollicitude les exemplaires en circulation, ce qui les a fait devenir une curiosité bibliographique des plus rares. Clément VII publia plus tard l'édition qui faitautorité dans l'Église (I).
Outre la publication des livres d'une dévotion mieux réglée ‘, on songea à élucider et à consolider l’histoire. Luther, qui avait brûlé les bulles en les déclarent émanées d’une autorité incompétente, brùla aussi le Broit Canon, en affirmant qu'il se résume en ces mots : « Le pape est Dieu sur la terre, il est supérieur à éous les êtres célestes, terrestres, spirituels et corporels : tout appartient au pape, et personne me doit oser lui demander : Que faites-vous? » La famée de ces incendies qui rappelaient ceux qu'avait allumés Savonarolke, a obscurci l’histoire, qui dès lons s’est trouvée réduite à des anecdotes, et seize siècles entiers de l’histoire de l'Église ont été exposés dans les diatribes des protestants et dans les graves Centuries de Magdebonrg, comme étant solidairement coupables de fraude et de mensonge. Cependant la société catholique est éminemment un fait historique, puisqu'elle a pour lien d'unité la tradition : quod semper, quod omnibus, quod ubique. En même temps qu'on répondait aux objections des hétérodoxes par l’exposition précise du dogme, il fallait aussi que l’histoire
(1) Il existe à la bibliothèque Magliabecchiana (classe XXXVII, 292), un manuscrit ayant pour titre : Modus propagandi fidem catholicam, qui, entre autres choses, recommande aux évéques de communiquer des livres pieux à leurs curés et d'en envoyer aux contrées les plus éloignées. Quod si una genevensis civitas, hac una cura disseminandi libros, lilerasque scriptitandi, paucissimorum annorum spatto regna orbemque pene ipsum, saltano vires suppeditante, aut infecit erro- Tibus, aut erertil, sane consra multo magis sperandum est a destra Dei si, etc.
leur révélat les faits, l'essence de l'Église et la vertu potentielle de l'Esprit-Saint.
Dans les siècles de foi, les chroniques et les légendes suffisaient à cette tâche, mais elles étaient impuissantes pour l’âge critique qui mettait à la place du sentiment la raison. On publia des légendaires qui supportaient mieux la critique, tels que ceux de Pierre Natali, de Bonnino Mombrizio, de Louis Lippomano, qui ont été dépassés ensuite par ceux de Laurent Surius, puis par les Bollandistes!. Mais on désirait une histoire ecclésiastique, qui eût pour objet de révéler les lois qui gouvernent les faits, de faire voir la supériorité de l'unité de l'Église sur les vicissitudes de ce monde, son imperturbabihité en face des sophismes et des violences, son influence sur le développement du principe de l'autorité malgré les crises qu'elle traverse ; une histoire, en un mot, qui éloignât les applications partielles, dont on voulait se servir pour attaquer le catholicisme, en le montrent éloigné des croyances et des pratiques primitives. Ce fut dans ce sens tout catholique et papal que travailla César Baronius de Sora, au pays de Naples (1538-1609). Il avait commencé par raconter quelques oourtes périodes de l’histoire ecclésiastique à ses oratoriers, lorsque, cédant surtout aux instances de Philippe de Néri, il entreprit le récit complet des Annales ‘Geciésiastiques (J). Il éleva
(1) Voir la note H aux Eclaircissements du Discours XV du volume La RÉFORME EN ITALIE, — les Précurseurs, pages 602-603. Jean Bolland, jésuite d’Anvers, commenga en 1643 cette grande collection, qui se contimua jusqu’en 1794. Composée de 53 volumes contenant environ 25 mille vies de suints, alle ne va que jusqu'à la mi-octubre. Les immenses matériaux qui avaient été recueillis furent mis à l’encan lors de la barbare suppression des couvents décrétée per Joseph II. Les débris de ce vrai monument Littéraire ayant été en partie sauvés du naufrage, on eat en train d'en publier la continuation, qui avance rapidement. (Victor Palmé, éditeur à Paris.)
Légendes et
histoire ecclésiastique
l'histoire au-dessus des chroniques et des légendes, la mit d'accord avec la chronologie, lui donna l'unité et la bienséance, en fit une espèce de champ de bataille où la synthèse eut à résister aux attaques analytiques des théologiens et des philologues. Les Annales de Baronius ne vont que jusqu’au douzième siècle. Il ne savait pas le grec; il prétendait lire dans chaque événement le châtiment immédiat ou la récompense de Dieu, comme si la rétribution avait lieu ici-bas; pourtant il n’ercuse jamais la faute, et n'hésite pas à blâmer les erreurs des papes, et « après avoir bien pesé, ajoute-t-il, les incon- « vénients de mettre à nu leurs fautes, je crois qu’il vaut « mieux les exposer franchement, plutôt que de lais- « ser croire aux adversaires que les catholiques sont « complices des faiblesses des papes. » Ses adversaires les plus acharnés n’ont jamais douté de sa bonne foi (K); et son livre est la source peut-être la plus importante de renseignements que nous ayons sur le moyen âge, alors que Rome était le centre de la civilisation.
On était arrivé ainsi à opposer la foi historique au scepticisme philosophique; on recommençait à établir l'union entre le principe conservateur de la tradition et le principe progressif de la civilisation; et, tandis que naguère on avait caressé l’idée de ressusciter la société paienne, on en revenait maintenant à étudier l’idéal chrétien, l’autorité qui régénère le monde.
res édifiantes Déjà en 1551 (Venise, imprimerie de Michel Tramezzini) Builaire. On avait commencé la collection des Lettere edificanti, relations des missionnaires dans les pays nouvellement découverts, où la piété la plus naïve et la plus ardente
fait, de ces relations pleines d'intérét, des récits vivants.
On forma aussi un recueil des bulles, et dans la pre-
mière collection qui parut en 1586, Laërce Cherubini disposa d’après l’ordre chronologique les constitutions pontificales, depuis Léon le Grand jusqu’à Sixte V; son fils, Ange-Marie, puis Ange Lantusca et Paul de Rome l’augmentèrent successivement ; dans le Bullarium magnum de 1727, elles furent mises au courant jusqu’à Benoît XIII, puis enfin jusqu'à Pie VIII dans l'édition d’André Barberi, publiée en 1835. Aujourd'hui, une quantité innombrable d’autres lettres pontificales ont été publiées, et les Regesta pontificum romanorum de Jaffe (Berlin, 1852) ajoutent mille huit cent quatre-vingt-un documents au Bullaire, et mille cinq cent trente-sept au Recueil de Mansi, seulement depuis l’an 882 jusqu’à 1073; pour le douzième siècle les Regesta mettent au jour six mille sept cent quatrevingt-onze bulles, tandis que le Bullaire n’en contient que six cents, et mille trois cent quatre-vingt-neuf le Recueil de Mansi.
Il ne suffisait pas de déraciner les vices du clergé et de condamner les scandales qu'il avait donnés; il fallait encore en diriger les vocations et préparer la laborieuse coopération que doit préter à la grâce quiconque est appelé au sacerdoce. Il fallait qu’une éducation spéciale précédât l’onction sacramentelle; cette nécessité fit établir les séminaires. Déjà saint Ignace, d'accord avec le cardinal Pole et avec Canisius, avait institué le Collége germanique; sur le modèle de celui-ci, on érigea le Collége Romain, l'une des principales gloires ecclésiastiques et scientifiques du monde catholique. Les bâtiments ayant été achevés le 10 février 1565, on y rassembla, sous la direction des jésuites, cent jeunes gens choisis dans les premières familles de l’Europe, et l'établissement a compté parmi ses anciens élèves les papes Grégoire XV,
Sémina
Innocent X, Innocent XU, Innocent XIII, Clément IX, Clément XI, Clément XII, plus de quatre-vingts cardinaux, et des centaines d'évêques.
Sur ce modèle, le concile prescrivit que chaque diocèse eût un séminaire pour les clercs; on donna ainsi une preuve de la force rationnelle de nos croyances, et du progrès qu’on cherchait à réaliser nen moins dans le domaine de l'intelligence que dans celui de la conscience. Les séminaires, destinés à former la milice qui devait combattre les combats du Seigneur par la science autant que par la charité, furent une des plus sublimes institutions qu’ait créées le concile, nous devrions dire une des plus puissantes, si l’on considère la fureur avec laquelle elle a été combattue par les potentats en-délire. Tout capi» taine a droit de former ses soldats : il fallait donc réserver aux évêques la facullé d'organiser les séminaires, et écarter toute immixtion laïque; ils devaient avoir le droit de régler l’enseignement à donner aux jeunes séminaristes suivant les besoins de leur mission. Cet enseignement comprenait la littérature, le chant, le comput ecclésiastique et les autres arts libéraux; il devait en outre embrasser l’Écriture sainte, les livres ecclésiastiques, les homélies des saints, les formes des rites et des sacrements. On prescrivait aux évêques de fonder des séminaires, et de s'assurer par des visites fréquentes que les règles y étaient observées‘; on savait bien que « si les jeunes gens ne sont pas formés dès leurs plus tendres années à ia piété et à la religion, avant que l'habitude des vices ne fasse invasion dans leur cœur, on ne pourra jamais obtenir d’eux la persévérance complète dans la
(1) Cap. 18, ses. XXIII, De Reform.
discipline ecclésiastique, sans un secours efficace et spécial du Dieu tout-puissant. »
Le concile entreprit aussi d'assurer aux ecclésiastiques même l'éducation des séculiers; on vit alors s’y consacrer les barnabites, les pères des Écoles Pies, les somasques, et, plus que tous les autres, les jésuites. Les professeurs laïques en furent naturellement jaloux, et cependant tous les lettrés d'alors sont unanimes pour louer l'instruction doanée par ces religieux. Il est superflu de dire que jamais elle ne marchait sans l’éducation, et qu'on la dirigeait dans l'intérêt des Ames, bien mieux qu'on ne voyait dans les traités qu'écrivirent sur cette matière entre autres Sadolet en latin (L), et en langue vulgaire Le: cardinal Antoniano.
Entre les mille erreurs que l’insolence académique d’abord, la haine systématique ensuite propagèrent contre le moyen âge, se place l'accusation d’avoir détruit les chefs-d’œuvre du paganisme. Aux railleries si souvent répétées du satirique Boccace et de l’ignorant Benvenuto d’Imola, nous répondrons que tous nous ont été conservés par les ecclésiastiques, et nous défions qui que ee soit de nous donner un démenti.
Il y eut bien des écrivains.ecclésiastiques dans les premiers siècles, et spécialement Tertullien et Arnobe, qui déclamèrent contre l’étude des classiques (M), parce qu’en fait ils devenaient dangereux, lorsque, par la beauté de leurs descriptions, ils attiraient les âmes vers l’obscène félicité, tandis que la sévérité chrétienne les appelait à l’ascétisme de la pénitence. Mais, après l’établissement du christianisme, on conserva dans les écoles l'antique tradition littéraire; et même, si dans certaines écoles on introduisit quelque auteur chrétien, la préfé-
Éducation des séculiers.
Étude d
es classiques.
rence resta aux auteurs païens, condamnés pour le fond, étudiés pour la forme.
Saint Basile, dans son traité aux jeunes gens Sur la manière de lire avec fruit les œuvres des paîens, recommande d'étudier ces auteurs, d’abord pour .y recueillir des exemples de vertu; et ensuite, parce que tout ce qu’ils contiennent d’utile et de vrai, ils l'ont tiré des saintes Écritures : telle était alors l'opinion répandue. Ce Père eût pu ajouter que l'étude de leurs ouvrages épure le goût et exerce l'intelligence et la critique pour les employer plus tard à de saints usages ; par cet opuscule, il a bien mérité de la postérité, en empéchant un zèle immodéré de détruire les livres profanes.
Cassiodore, recommandant à ses religieux l'étude des auteurs profanes, invoque l'exemple non-seulement de Moïse, qui fut instruit dans toutes les sciences des Égyptiens, mais encore celui des saints Pères, qui, « bien loin « d’ordonner qu’on rejetât l'étude de la littérature pro- « fane, ont donné un exemple tout opposé, en montrant e la connaissance parfaite qu’ils en avaient acquise, ainsi « qu'on le voit dans Cyprien, Lactance, Ambroise, Jé- « rôme, Augustin et autres. Après l'exemple donné par « de tels hommes, qui oserait hésiter plus longtemps!? »
Charlemagne, dans une célèbre encyclique De literis colendis, adressée aux évêques et aux abbés en 787, recommandait chaudement le culte des belles-lettres, pour qu'en perdant l'habitude d'écrire, on ne perdit pas encore l'intelligence exercée que demande l'interprétation des saintes Écritures, car si les erreurs de mots sont dangereuses, les erreurs de sens le sont bien davantage. Il
(1) Divin. Lect., c. xxvin.
les exhorte en conséquence à rivaliser de zèle pour l'étude, afin de pouvoir facilement et sûrement pénétrer les mystères des saintes Écritures, où se trouvent des figures, des tropes et d’autres ornements de style, et dont le sens intime sera bien mieux saisi par celui qui aura été préparé à cette étude par l’enseignement des lettres.
Dans certains ordres religieux, on défendait au moine gentilium libros vel hæreticorum volumina legere, mais dans d'autres on recommandait de les copier; c'était mème un des exercices de prédilection, etnous en retrouvonsla trace dansles catalogues de toutes les bibliothèques monastiques. Nous avons une lettre du onzième siècle, dans laquelle le clerc Henri décrit à un nommé Stéphane le travail qu’on fait sur les œuvres classiques dans l’abbaye de la Pomposa, près de Ravenne; ilénumère les livres quicomposent la bibliothèque, et il loue « la bonté de Dieu qui accroît notre soif de « savoir par la science. Nous n’ignorons pas (poursuit-il) « qu'il peut y avoir quelques superstitieux ou malinten- « tionnés, qui auraient l’envie d’accuser ce vénérable abbé « d’avoir mêlé dans notre bibliothèque des livres païens et « les fables de l'erreur aux œuvres de la vérité divine et « aux pages des livres saints. Nous vous répondrons par « les paroles de l'Apôtre, qu'il y a des vases d'argile aussi « bien que des vases d’or; il en a été ainsi ordonné pour « charmer et occuper les différents goûts des hommes. »
Ceux qui désapprouvent de pareilles lectures le faisaient ou dans la ferveur de la lutte, ou pour frapper l’abus, comme saint Jérôme dans le passage ci-dessus cité ; comme encore saint Augustin qui, dans ses Confessions, gémit de ce que les larmes de Didon lui faisaient oublier le Christ, et dans ses Rétractations d’avoir trop souvent employé le mot Fortune, et rappelé le nom des
n—4hi
Muses. Nous trouvons une preuve des périls étranges auxquels erposait l'étude des classiques dans Vilgardo de Ravenne, que nous avons déjà mentionné. Suivant le récit d’un écrivain du onzième siècle, il étudiait avec trop d'assiduité la grammaire (c'est-à-dire les classiques), «comme ont coutume de le faire les Italiens, qui ont pour cette étude une préférence exclusive.» Il avait l’orgueil de sa science : une nuit, les démons lui apparurent sous la forme des poëtes Virgile, Horace, Juvénal (N), et dans un langage trompeur, se mirent à le remercier du zèle qu’il apportait à les étudier en lui promettant de lui faire partager leur gloire. Égaré par ces séductions, Vilgardo commença à enseigner des propositions contraires à la foi, et il affirmait qu'on devait ajouter la même créance aux paroles des poëtes qu'aux saintes Écritures. Convaincu d’hérésie , il fut condamné par l’archevéque Pierre. Il y avait alors en Italie beaucoup de personnes infectées des mêmes opinions.
Mais convenait-il de former le goût de la jeunesse sur les classiques paiens? Dante, au XX° chant du Paradis, condamnait cette lie du paganisme, quoiqu'il eût pris Virgile pour guide, et en effet il empruntait aux anciens la forme classique, non le fond païen. Plus tard, les auteurs profanes prirent si bien le pas sur les auteurs chrétiens, que la réaction proposait de les bannir des écoles, comme faisant naître dans les Ames des sentimer.ts et des passions antichrétiennes. L'Église se montra moins rigoureuse, et saint Charles lui-même ne les proscrivit pas de ses séminaires; il les fit seulement expurger en quelques endroits, et fut d’avis qu’on étudiât à la fois le
(1) Hist. GLasen, ap. Bouquet, Réc. des hist. de France, X. 23.
De Officiis de Cicéron avec le traité de saint Ambroise sur le même sujet, la Rhétorique de Tullius et celle de saint Cyprien,et qu'on procédât de même à l'égard des autres saints Pères. Le jésuite Possevin prononça à Lucques ur discours sur la manière de tirer parti des classiques, même au point de vue de la morale; il citait tout à la fois les œuvres de Pantène, celles de Justin martyr, d’Eusèbe, et surtout celles de saint Augustin, où fut donnée une interprétation chrétienne è la civilisation païenne. Possevin voulait que les maîtres eussent toujours sous la main les saints Pères, et qu'ils s'en servissent pour trouver la vérité, même chez les profanes, et la différence qui existe entre la lumière voilée de ceux-ci et la lumière éclatante de l'Évangile. Qu'on emprunte, disait-il, le style à Tullius; aux saints Pères, la piété et la vraie doctrine; qu’on mette en parallèle les héros de la Grèce et de Rome avec les nôtres, tels que Charlemagne, saint Louis de France, saint Étienne de Hongrie, et, en descendant jusqu'aux temps modernes, avec Vasco de Gama et d’Albuquerque : on le peut d'autant mieux qu’on possède le récit de leurs entreprises écrit en bonlatin par Paul-Émile, le comasque Jove et le bergamasque Maffei‘.
Ce sont des principes plug libéraux que ceux que pro-
(1) Voir aussi sur cet argument THomassin, Méthode d'enseigner et de lire chrétiennement les poëtes et les historiens. Jean-Baptiste Crispo, bon théologien et poëte de Gallipoli, publia à Rome en 1594 un vol. in-folio ayant pour titre : De Ethnicis philosophis caute legendis; et Possevin appelle l’auteur vir rere philosophus, qui nimirum acri et quali christianum decet judicio philosophiam expendit, librum sat grandem de philosophis caute legendis scripsit, ut quacumque hæreses a philosophis minus . cautis manarunt, exjudicatæ sint, ac solidis rationibus confutatæ, ex divinis Scripturis el Patribus, er synodorum decretis, ex scholasticis ; quibus cautionis præmuniti, philosophi, sive publici professores, inoffenso pede curriculum hoc decurrent, tantamque ancillam recto adducent ad arcem. (Apparat. sacr., t. II, p. 117.)
Prélats exemplaires.
fesse ou pratique notre siècle; plus libéraux aussi qu'on ne pouvait l’espérer de la couleur religieuse et ecclésiastique qu'avait l'éducation, à une époque où, même en dehors des séminaires, on voyait se multiplier les pratiques religieuses, où l’on fréquentait les sacrements et les offices, où l’on introduisait des fêtes, où l'on se plaisait à faire des petits autels et des crèches; à une époque où l'on insinuait dans les Ames la vénération pour tout objet sacré, l’obéissance sans conditions envers le pape, l'horreur pour la moindre lubricité.
Alors on vit paraître le zèle de beaucoup d'évêques, on pourrait dire de tous, pour restaurer la discipline de leurs diocèses.
Le cardinal Giberti, jadis dataire, qu’on a surnommé le père des lettrés et des pauvres, établit dans son évéché de Vérone une imprimerie dans laquelle il fit reproduire les œuvres des saints Pères. Il rendit son clergé un modèle si parfait de discipline ecclésiastique, que le concile n'eut qu’à convertir en décret les nouveaux règlements qu'il lui avait donnés.
C’est à tort qu’on a attribué à Contarini une lettre qui probablement est de Flaminio, lettre insérée dans les recueils du temps, et où on lit ce qui suit :
« Gardez pour vous ces monstres d’évêques avec leurs ornements en soie, leurs bijoux d'or, leurs argenteries, leurs tapisseries, leurs montures et leurs estafiers, pour n'en pas dire pis, et chez quion ne voit de l'évêque qu’une grande tonsure. Quant à nous, il nous faut des évêques qui, au lieu de pierres précieuses et de joyaux, possèdent les saintes Écritures; qui, au lieu de vivre dans les délices, vivent dans la pauvreté et dans les jeùnes; qu enfin aient pour ornements une charité ardente, chaste et humble, telle qu'on l’a rencontrée de nos jours chez le saint évêque Ma-
thieu Giberti, dont l'esprit était orné de tant de rares qualités, qu'on pouva.t vraiment le comparer aux anciens. Il passa dans l’o-
pinion pour un sisaint évêque, qu'il laissa après lui une mémoire éternelle et d’inexprimables regrets. »
Gabriel Paleotto, illustre helléniste et canoniste, un des champions du concile de Trente dont il rédigea les procès-verbaux, fait cardinal et archevêque de Bologne en 1556, se régla dans son administration sur les exemples de saint Charles, dont il étail l’ami et le collaborateur. Dans son diocèse, il réforma les mœurs et la discipline, introduisit des dévotions, des religieux, fit bàtir de nouvelles églises, fonda des ceuvres de charité et l’un des premiers séminaires. Il expliquait en personne le catéchisme aux enfants, administrait les sacrements, donnait l’hospitalité à tous les prêtres de passage, visitait les pauvres à domicile, ainsi que les malades, qu’il envoyait dans ses villas pour y faire leur convalescence; il accueillait en même temps des savants, tels que Aldrovandi, Pandusio et Sigonio. Le pape, voulant lever sur ses sujets de nouveaux impôts pour soutenir les catholiques de France dans leur guerre contre les huguenots, Paleotto s’y opposa, sans craindre les rancunes et les châtiments (1597).
Benoît Lomelli réformait le diocèse d’Anagni; le cardinal Hippolyte de Rossi, illustre savant et prélat charitable, celui de Pavie, où il construisit l'évêché, restaura la cathédrale, et introduisit des hôpitaux, des synodes, les visites pastorales et la doctrine chrétienne; Robert Nobili de Montepulciano, neveu de Jules III qui le fit cardinal à l’âge de quatorze ans, et qui à quinze avait été élevé au grade de bibliothécaire de la sainte Église par MarcelIl, était universellement appelé l’ange du Seigneur. Assidu aux oraisons, au jeûne, à la prédication, il s’épuisa
par les pénitences et mourut à l’âge de dix-huit ans, pour n’avoir pas voulu, dit-on, blesser la chasteté.
Le Florentin Ange Niccolini, célèbre gouverneur de Sienne et de Pise dont il fut plus tard archevêque, et qui avait été ambassadeur près de différentes cours, eut pu, lors du conclave où fut élu Pie V, devenir pape lui-même, s’il n’eût paru être trop bien avec le grand-duc ( 1567).
Rodolphe Pio da Carpi, plein de zèle pour la paix et la bonne administration, n’est pas moins connu pour ses éminentes vertus que pour sa splendide bibliothèque et sa collection de statues et de médailles. Le cardinal Alexandre Farnèse multiplia sur divers points les institutions de bienfaisance et les œuvres pies. Le prètre Démétrius Pétrone régénéra Montagano dans le Samnium, en engageant les habitants de ce pays, corrompus et ignorants, à planter, par esprit de pénitence et en proportion avec leurs péchés, des arbres fruitiers dans les champs qui leur appartenaient et dans ceux du prochain, fournissant lui-même aux plus pauvres les arbres et les pioches.
Gaspard Del Fosso, religieux minime, devenu plus tard archevêque de Roggio, reçut de grands éloges au concile de Trente; il avait voulu le quitter pour aller combattre les germes d’hérésies répandus, avait-il appris, dans sa bien-aimée Calabre. Cependant, sur l'invitation des légats, il resta au concile, où sa prudence et ses vertus paraissaient, au dire de Pallavicini, non-seulement utiles, mais encore nécessaires. Après ke concile, Del Fosso s’appliqua avec beaucoup d’ardeur à améliorer son diocèse, où il reconstruisit la cathédrale presque entièrement renversée par l'invasion des Turcs : au rite gallican, qui s'y était maintenu, il substitua le rite latin; il
LA RÉFORME MORALE ET DISCIPLINAIRE. 695 se prodigua dans la peste de 1576 et distribua beaucoup de terres faisant partie de la mense épiscopale à trentedeux familles, à la condition qu’elles y cultiveraient des figuiers et des müriers. Son tombeau a été violé dans une autre invasion des Tures, qui eut lieu en 1594.
Parmi ceux qui illustrèrent alors la pourpre et la mitre, nous mentionnerons Rusticucci, homme aussi perspicace que droit; Salviati, dont l'éloge est encore sur les lèvres des Bolonais; Sartorio, l’un des chefs les plus sévères de l’Inquisition; Thomas Campeggi, qui dans son livre De auctoritate SS. Conciliorum, fait voir la nécessaire dépendance des conciles vis-à-vis du pape, sauf les exceptions précises. Clément Dolera de Gênes, évêque de Foligno, combattit les erreurs qui avaient cours alors, et a laissé un Compendium institutionum theologicarum, ouvrage d’une grande réputation. Tolomeo Gallio, de Côme, ouvrit à sa patrie les trésors inépuisables de sa bienfaisance, en la dotant, entre autres institutions, d’un collége où l'on devait élever les enfants du diocèse et leur apprendre non-seulement la grammaire et la rhétorique, mais encore les beaux-arts et les métiers ; en un mot, d’écoles professionnelles, ainsi que notre siècle les appelle.
Il serait trop long d’énumérer tous les personnages qui furent envoyés dans les nonciatures pour combattre ou dissiper les tempêtes de cette époque.
Charles Caraffa, nonce apostolique, dans sa Germania sacra restaurata, traite des progrès de la réforme dans les pays allemands, et des bouleversements qui s’ensuivirent jusqu’à la guerre de Trente ans.
Juvénal Ancinà de Fossano, qui fut à Rome l’ami des grands saints et des grands érudits, chercha à se soustraire aux dignités pour se faire oratorien ; néanmoins,
après avoir évité plusieurs fois l’épiscopat, il fut à la fin forcé d'accepter l'évêché pauvre et périlleux de Saluces, où il put faire preuve de zèle et de science, jusqu'à sa mort prématurée qu’on attribua au poison.
Le servite Félicien Scosta de Capitone combattit trèsvivement les huguenots. Promu plus tard à l’archevéché d'Avignon sur les instances de saint Charles et sous le pontificat de Pie V, il préserva cette ville des doctrines et des armées des protestants (1511-1577).
On cite parmi les auditeurs de Rote, le cardinal Mantica,
. originaire du Frioul, le milanais Arrigone et Séraphin Olivieri, dont les décisions font encore loi. Tel était l’entourage que s’étaient formé les papes, au lieu des poétes et des soldats qui composaient celui du siècle précédent.
saint Modèle du réformateur catholique, l’archevéque Char- DIRE O les Borromée convoqua six fois en synode diocésain'le clergé milanais, et il en fit imprimer les Actes, véritable charte constitutionnelle, où le caractère d’universalité de l'Église se trouve appliqué au gouvernement de chaque diocèse, corps de discipline qui excite encore l’admiration même à l’étranger, et que l’assemblée du clergé francais en 1657 a fait réimprimer et propager à ses frais.
Saint Charles se préoccupe extrêmement de la dignité et du maintien des prêtres et de l’évêque, en ce qui concerne le vêtement, la conversation, l’habitation, la table. Il avait prescrit à ses suffragants de se faire envoyer par chaque curé une fois l’an un sermon, et pour le cas où il ne le verrait pas faire de progrès, de lui expédier un prédicateur. Les morts devaient être enterrés hors la ville dans un terrain entouré de murs; les bibliothèques devaient être l’objet de soins particuliers. Il exige un examen sérieux pour la constatation des antiques reliques et pour
l'acceptation des nouvelles ou la confirmation de nouveaux miracles ; il met des bornes au zèle excessif qui faisait entreprendre à beaucoup trop de fidèles des pèlerinages, soit par dévotion, soit par pénitence ; il donne aux prédicateurs d'excellentes règles tant pour le choix des matières et la forme de leurs sermons, que pour le mode d'exposition. Il répétait à son clergé cette parole de l’Écriture : Maledictus homo qui facit opus Dei negligenter ; il lui recommandait de veiller sur les mœurs des fidèles et méme de tenir dans chaque paroisse un registre de la conduite de chacun. Il alla jusqu'à rétablir les anciennes pénitences publiques et recueillit dans son rituel celles édictées dans les premiers temps contre plusieurs péchés!. Au nombre des pénitences, il place la défense de porter des vêtements de soie et brodés d’or ; d'assister à des repas et d'aller à la chasse; l’injonction de faire des aumônes, d'aller en pèlerinage et de servir les pauvres dans les hôpitaux ; de visiter les prisonuiers, de s’enfermer pendant un certain temps dans les monastères, de prier dans l’église les bras élevés ou le corps prosterné à terre, ou de se flageller, ou enfin de porter le cilice.
Saint Charles était infatigable à parcourir son immense diocèse jusque dans ses parties les plus inabordables et les plus éloignées ; il y envoyait aussi des visiteurs géné-
(1) Saint Charles ne se contentait pas seulement d'inscrire dans le rituel les pénitences, mais il tenait à ce qu’elles fussent exécutées. On a de lui aux archives de l’archevêché de Milan une lettre du 6 mai 1569, par laquelle il ordonne que Jacques Riva de Calenico et Marguerite Defilippi de Tonza, dans le val de Blenio, qui avaient eu l'impudence de cohabiter avant d’avoir été bénis par le curé, tous les dimanches, pendant un an consécutif, se tinssent tous deux debout à la porte de l'église avec une corde au cou et un cierge allumé à la main, pendant le temps de la messe, et que le prêtre qui la célébrerait avertit le peuple
du motif qui leur a fait imposer cette pénitence, à savoir la désobéissance précitée.
raux et particuliers. Il ne négligea ni efforts, ni conseils, ni injonctions, ni exemples, pour rétablir l'usage presque abandonné des sacrements et la décence dans les églises, qui ressemblaient plus à des tavernes qu'à toute autre chose; on n’y voyait ni cloches, ni confessionnaux, ni chaires, ni ornements. Il introduisit des dévotions, des rites, et toutes les règles du cérémonial; il remit en vigueur l'exécution des legs pieux ; il institua des paroisses là où auparavant un seul prêtre avait à desservir d’immenses territoires; il réunit plusieurs paroisses sous la juridiction d’un vicaire forain, qui correspondait directement avec la curie épiscopale et fit reprendre aux prêtres l'habitude dela chaire, où ne montaient plus que des moines; il fixa le casuel pour les baptêmes, les mariages et les obsèques ; il rendit régulière la tenue des registres de naissance, de mariage et de décès ; il essaya de déraciner les superstitions et de vérifier les légendes des saints et les récits miraculeux. Il institua les Confréries de la doctrine chrétienne, dans lesquelles, les jours de fête, on enseignait, outre les vérités de la foi, même la lecture et l’écriture, et il avait défendu à ceux qui en faisaient partie de tirer des profits ou avantages temporels comme membres de cette confrérie. Son zèle pour l’observance des fêtes était poussé à un tel point, qu'il faisait saisir les récoltes des paysans qui les avaient méconnues, en travaillant ces jours-là. Il prescrivit de ne laisser entrer à l’église, ou suivre les processions aucune femme, de quelque condition qu'elle fût, si elle n’avait pas un voile non transparent, ou en taffetas, ou en autre étoffe, et assez grand pour couvrir réellement toute la chevelure. Personne ne devait non plus entrer à l'église avec des chiens de chasse ou des éperviers, pas plus qu'avec des arquebuses,
des arbalètes, des lances ou autres armes semblables, ou les appuyer soit aux portes, soit aux murs de l’église, ni les déposer dans le parvis ou dans l’atrium *. Il demandait aux princes de vouloir bien exclure de leurs Etats les charlatans, les bohémiens, les jeux, et d’interdire les folles dépenses; il voulait aussi qu’ils prohibassent le plus possible les tavernes, et qu'on y pùt donner à manger et à boire, mais non pas y loger.
Il recommandait la surveillance la plus rigoureuse sur le commerce de la librairie; il ne voulait point que les libraires eussent, sans permission, des bibles en langue vulgaire, pas plus que des ouvrages de controverse avec les hérétiques; les fidèles ne devaient pas aller dans les pays entachés d’hérésie, pas même sous prétexte de se livrer au commerce ou d'apprendre la langue; on devait aussi, suivant lui, aider de toute manière le saintoffice. Il institua la congrégation des oblais de saint Ambroise, composée de simples prêtres ayant fait vœu tout spécial d’obéissance à l’archevéque; ils étaient destinés aux paroisses les plus fatigantes et les plus pauvres, à donner des exercices et des missions, à instruire la jeunesse dans les séminaires. Les religieux de l'ordre des humiliés, s'étant enrichis avec leurs fabriques d’étoffes de laine, possédaient dans le seul Milanais quatre-vingt-quatorze maisons qui pouvaient loger cent frères chacune, et qui n’en contenaient que deux; aussi leurs rentes, qui se montaient à vingt-cinq mille sequins, étaient à la disposition d’un nombre fort restreint de religieux, ce qui avait fait de leurs maisons un foyer de honteuse dépravation. Charles voulut ramener ces religieux à la discipline,
(1) Edits du 7 mai 1579 et du 13 novembre 1574.
mais un d’eux lui tira un coup d’arquebuse, et le pape saisit cette occasion pour abolir l’ordre; ses rentes servirent à doter des colléges et des séminaires, principalement ceux des jésuites.
Charles, traversant un jour le val Camonica, où depuis un certain temps on ne payait plus les dimes, s’abstint de donner la bénédiction, ce qui jeta les populations dans l’effroi. Dans la vallée rhétique dite de la Mesolcina, il fit impitoyablement poursuivre les hérétiques et les sorciers (O) : mentionnons aussi certaines prétentions exorbitantes de juridiction, telles que celles d'avoir une force armée à sa disposition, et de faire exécuter les sentences de sa curie même contre des laïcs (P) qui ne se conduisaient pas en bons chrétiens. Pour comprendre sa conduite à cet égard, il faut se reporter au temps où il vivait. Il faut aussi proclamer ici bien haut, que le saint archevêque {prodiguait toute sa fortune pour assister les pauvres et pour soulager dans leurs nécessités spirituelles et temporelles les 1‘alades lors de la terrible peste qui dévasta Milan, et qu'on nomme encore aujourd’hui dans toute la Lombardie la peste de saint Charles, tant le souvenir de sa charité a prévalu sur celui du désastre.
Ce saint se servit beaucoup de Charles Bescape, barnabite milanais qui, devenu plus tard évêque de Novare, y fonda le séminaire, composa des ouvrages de droit ecclésiastique, et écrivit une vie du saint archevêque. Le bienheureux Paul d'Arezzo, théatin, avec lui et comme lui, parvint à réformer son diocèse de Plaisance, qui était trèscorrompu, et plus tard celui de Naples. Ce fut dans cette dernière ville que furent publiées les instructions données par l’archevéque Annibal de Capoue, instructions qui servent encore de guide pour les visites diocésaines.
Jean-François Bonomo, patricien de Crémone, substitua 1: évéque Bonom dans son évéché de Verceil le bréviaire romain à celui réformes d'Eusèbe, fit bâtir le séminaire dont il confia la direction spiscopales. aux barnabites, et fonda un mont-de-piété sur sa fortune particulière. Il exposa méme sa vie pour la défense de la foi au milieu des Suisses et des Grisons; il introduisit les jésuites à Fribourg, les capucins à Altorf; puis il alla comme nonce apostolique auprès de l’empereur, de là dans les Flandres, faisant preuve partout de son zèle pour la foi catholique. Délégué par Grégoire XIII pour visiter le diocèse de Côme, il y fit imprimer des règlements!, où,
à côté de procédés évangéliques et de vues élevées, on découvre des exagérations qui ressortent d'autant plus maintenant que toute prépondérance du pouvoir ecclésiastique a cessé. Selon lui, il ne faut aux évêques ni rideaux, ni tapis brodés de fleurs, ni table somptueuse, ni mobilier élégant, ni vaisselle plate dont la valeur pourrait leur servir à secourir les pauvres; leur principal devoir consiste dans la prédication, à laquelle ils ne peuvent manquer sans de puissants motifs. Dans les trois jours qui précèdent la fête de Pâques, l’évêque doit siéger au confessionnal pour écouter quiconque se présente : tous les deux ans, il doit faire la visite de son diocèse; il ne doit pas se faire servir à table plus de trois plats, outre le fromage et le dessert; son devoir est de donner une audience à tous, et méme d’encourager les pauvres è lui en demander, de voir et d’expédier par lui-même tout ce qu'il peut. Tout maître doit faire en sa présence profession de foi?; on doit observer les fêtes en s’abstenant
(1) Decreta generalia in visitatione Comensi edita. Verceil, 1579 et Côme 1618.
(2) Cet usage s’est maintenu dans les universités pontificales, tant
d'œuvres serviles et de débauches. Chaque année, l’excommunication doit être prononcée contre toute personne qui ne dénonce pas dans le délai de quinze jours tout hérétique ou suspect; il faut qn’on publie la constitation de Pie V contre quiconque attenterait aux biens ou aux personnes du saint-office; il faut que chaque semaine l'évêque se concerte avec l’inquisiteur et avec quelques théologiens et avocats, pour faire poursuivre les hérétiques. Celui qui blasphème Dieu ou la sainte Vierge sera puni d’une amende de vingt-cinq sequins ; en cas de récidive, du double; à la troisième fois, du centuple, outre le bannissement et l’infamie. S'il n’a pas de quoi payer l’amende, qu’on lui lie les mains derrière le dos et qu’on le mette à genoux pendant un jour de fête au seuil de l’église; s’il est en état de simple récidive, qu’il soit batto de verges dans les rues; à la troisième fois, qu’on lui perce. la langue avec un poinçon, puis qu'il soit condamné aux galères à perpétuité. L'échelle des peines crott si le coupable est un ecclésiastique ; elle est différente pour celui qui blasphème les saints, et l'on promet publiquement des indulgences aux dénonciateurs et aux juges. Les curés doivent parcourir chaque semaine les maisons de leurs ouailles pour connaître les besoins spirituels et temporels, et recueillir les billets de communion pascale.
La prébende des curés sera améliorée par des prélèvements opérés sur les bénéfices dont jouissent sans nécessité des cardinaux ou des prélats. Il sera mis un frein
qu'a duré le gouvernement papal. Lorsqu'il eut été remplacé par ie royaume d'Italie, on imposa aux professeurs l'obligation de préter serment de fidélité au roi; et comme plusieurs d'entre eux refusèrent ce se soumettre à cette nouvelle exigence, ils furent destitués en 1863.
à l’avarice des fonctionnaires de la curie; arrière les petites bourses qui avaient coutume de se pendre aux confessionnaux; arrière les monuments funèbres élevés dans l’église ; il ne faut pas refuser aux défunts les cérémonies de l'Eglise pour manque d'argent, ni varier, selon les fortunes, le son descloches ou la dimension de la croix. Si les femmes à l’église laissent paraître à travers l’épaisseur de leur voile même un cheveu, que cette faute soit réservée à l'évêque. A ce dernier, il appartient de veiller à ce qu'aucune jeune fille ne soit amenée, par séduction ou par violence, à prendre le voile; les confesseurs de religieuses ne doivent accepter de leurs pénitentes ni présent, ni régal, et il est interdit à celles-ci de garder dans leur cellule aucune des choses qui servent à écrire; quand ellesn ont besoin, elles doivent les demander à l’abbesse; il doit y avoir dans les couvents, des prisons, des ceps et des chaînes pour celles qui violent la discipline.
On donna partout des instructions qui ressemblaient par leur contexte à celles que nous venons de citer.
On fit de la résidence pour les évêques une obligation rigoureuse, on fit de même pour tousles bénéficiers; on vit cesser l’abus qui consistait à confier des abbayes, des collégiales, des évêchés à des séculiers et même à des militaires.
Des Ordres nouvellement établis, ou des Ordres anciens régénérés tendaient à faire revivre le sentiment religieux et à rajeunir le monachisme, alors que les protestants l’abolissatent. Dès avant ce temps, le calabrais saint Francois de Paule avait fondé les minimes, qui en Espagne avaient été surnommés les Pères de la victoire, parce que les habitants de ce pays croyaient devoir à leurs prières
es victoires remportées sur les Maures: en France on les
néforme des
religieux,
702 DISCOURS XIY.
d'œuvres serviles et de débauches. Chaque année, l’excommunication doit être prononcée contre toute personne qui ne dénonce pas dans le délai de quinze jours tout hérétique ou suspect; il faut qn’on publie la constitution de Pie V contre quiconque attenterait aux biens ou aux personnes du saint-office; il faut que chaque semaine l'è vêque se concerte avec l’inquisiteur et avec quelques théologiens et avocats, pour faire poursuivre les hérétiques. Celui qui blasphème Dieu ou la sainte Vierge sera puni d’une amende de vingt-cinq sequins ; en cas de récidive, du double; à la troisième fois, du centuple, outre le bannissement et l’infamie. S'il n'a pas de quoi payer l’amende, qu’on lui lie les mains derrière le dos et qu’on le mette à genoux pendant un jour de fête au seuil de l’église; s’il est en état de simple récidive, qu'il soit batto de verges dans les rues; à la troisième fois, qu’on lui perce. la langue avec un poinçon, puis qu'il soit condamné aux galères à perpétuité. L'échelle des peines creft si le coupable est un ecclésiastique ; elle est différente pour celui qui blasphème les saints, et l'on promet publiquement des indulgences aux dénonciateurs et aux juges. Les curés doivent parcourir chaque semaine les maisons de leurs ouailles pour connaître les besoins spirituels et temporels, et recueillir les billets de communion pascale.
La prébende des curés sera améliorée par des prélèvements opérés sur les bénéfices dont jouissent sans nécessité des cardinaux ou des prélats. Il sera mis un frein
qu'a duré le gouvernement papal. Lorsqu'il eut été remplacé par le royaume d'Italie, on imposa aux professeurs l'obligation de préter serment de fidélité au roi; et comme plusieurs d'entre eux refusèrent ce se soumettre à cette nouvelle exigence, ils furent destitués en 1865.
LA RÉFORME MORALE ET DISCIPLINAIRE. 705 princes allemands contre Mahomet III; il chevauchait en tête de l’armée la croix en main, à la bataille du 11 octobre 1611, où la victoire fut attribuée à un miracle venu de lui. Il fut ensuite employé à conclure des ligues et à diriger des ambassades pendant la guerre de Trente ans.
Les annales des capucins, recueil composé par Boverio Capucins. avec une bien pauvre critique, nous offrent une série d'hommes qui se vouèrent à l’œuvre de leur propre perfection morale, et au service du prochain dans ses plus grandes nécessités, juste au moment où commence Luther, c'est-à-dire en 1524. Ces moines, même ceux à qui on aurait pu reprocher des trivialités et des bouffonneries, se répandaient au milieu du peuple, pour le consoler, le bénir, le conseiller et le précher; il n’est donc pas possible de se moquer de leur mission, pas plus que de certaines épreuves imposées au noviciat, et de leurs minutieuses observances. Comment d’ailleurs oublier l’héroisme qu’ils ont déployé dans les pestes de cette époque, et la persévérance avec laquelle ils allaient en quelque sorte se faire arroser du sang des suppilciés ?
Les protestants, au contraire, dans ces temps de peste, prenaient la fuite, et Luther lui-même l’atteste en ces termes : « Ils fuient avec un tel égoïsme, qu'on ne trouve « plus ni chirurgien, ni infirmier. Il semble que tous les « diables sont à leurs trousses, tant ils sont pris de terreur « panique ; le frère abandonne le frère, le fils son père... « Fléau tout à fait nouveau que cette fuite générale, alors « que le diable n’a frappé que peu de victimes. Je ne puis « revenir de ma stupeur, en voyant que plus se répand « la prédication de la vie en Christ, plus les populations « sont saisies de crainte à l'approche de la mort! Serait-ce « que sous le règne du pape, les hommes, soutenus par
« leurs espérances superstitieuses, se montraient par cela « même moins pusillanimes, on bien qu'aujourd'hui « mieux instruits, ils sentent mieux combien est faible « la nature humaine‘? »
Nouvelles Paul Giustiniani avait réformé les camaldules avec la religieuses. nouvelle congrégation de Monte Corona, dite des érémitains; de même, en dehors de PItalie, sainte Thérèse rèforma les carmélites; Francois de Sales fonda les visitandines ; Joseph Calasanzio, teséceles-pies; Jean de Dieu, les frères de la Charité (dits fate-bene-fratelli); Louise de Marillac, les sœurs de la Charité, fondations qui ne tardèrent pas à se propager en Italie. Le moine Pierre, espagnol appartenant aux carmes déchaux, dans les prédications qu'il donna à Naples, recueillit une somme de quatorze mille deux cent quatre-vingt-cinq réaux, dont il se servit pour acheter le palais et les jardins du due de Nocera, qu'il transforma en une église et un monastère sous le vocable de la Mère de Dieu. A la mêm e époque les carmélites déchaussées achetaient dans la même ville pour seize mille ducats le palais du prince de Tarsia, et en faisaient leur monastère de Saint Joseph. Le palais Caracciolo devint l’hôpital des frères de la Charité; le palais Seriprando fut converti en une église pour les oratoriens, la plus somptueuse peut-être de celles qui existent à Naples ; les camaldules y prirent possession de cette admirable hauteur si connue des étrangers ; les capucins, de la Conception; les dominicains, de la Santé; les minimes, de la Stella.
Chaque Ordre nous présente de fervents ouvriers de la
(1) Lettres à Venceslas Link, à Codart, à Amsdorf, citées par NicoLas, du Protestantisme, Liv. III, chap. rv. Les mêmes doléances se trouvent très- fréquemment chez les réformés,
vigne du Christ, qui se sanctifièrent en retrempant leurs âmes dans les luttes, dans les mâles joies de labstinence, dans une résistance pleine de résignation en face des persécutions, dans la dignité que donne Île sentiment d’un péril toujours présent.
Le elergé séculier surtout avait besoin d’une réforme, car, si l’exubérance des austérités, l’interminable série des psalmodies, la fréquence des prosternations convenaient dans des siècles rigides à des générations qui avaient besoin de secousses violentes, on s’étudia à cette époque, au milieu de cette riche variété des sacrifices, plutôt à produire le recueillement de l'esprit, la mortification du cœur, à faire l'éducation de l'intelligence, et à assurer la victoire sur la chair par la vigueur de l’Ame.
Les clercs réguliers étaient astreints à prononcer Îes vœux des moines et à remplir les devoirs des prêtres; alors on vit reparaftre les prêtres en surplis et en calotte sur la chaire, où auparavant ne montaient que les moines en froc.
A Milan, cette ville ravagée par tant de guerres que la Barnabites. convoitise de sa possession avait engendrées, Antoine- Marie Zaccaria de Crémone, Barthélemi Ferrari et Jacques- Antoine Morigia, patriciens milanais, instituèrent en 1533 les barnabites pour donner des missions, diriger des colléges, venir en aide aux évêques; ils faisaient vœu de ne briguer aucune charge dans leur congrégation, et en dehors d’elle de n’en accepter aùcune sans une dispense du pape.
Dominique Sauli, versé dans l’étude des lettres, de la philosophie, de l’histoire et de la politique, et en même temps mêlé à la pratique des affaires, se transféra de Gênes à Milan, où il eut un fils nommé Alexandre qui, étant
entré chez les barnabites, fut envoyé à Pavie, et devint un des premiers et des plus appréciés parmi les réformateurs de l’enseignement philosophique et théologique. Il initiait les jeunes gens à la langue grecque, et composa dans ce but une grammaire, puis il leur mettait entre les mains la Logique d’Aristote, livre d’une grande opportunité pour restaurer ce que les révolutions gâtent le plus, le bon sens. Il y joignait l'étude de la géométrie, et, comme dit Gerdil, il ouvrit l'intelligence des jeunes élèves en les habituant à concentrer toutes les forces du raisonnement sur un seul objet, principalement en les exerçant aux mathématiques. Il avait si bien appris la Somme du plus grand philosophe du moyen âge, qu'on disait à Pavie : « Si l’on venait à perdre la Somme de saint Thomas. maître Alexandre pourrait la recomposer en entier. » Coopérateur de saint Charles dans le diocèse de Milan, avec un zèle prévoyant, il introduisit en Corse les synodes diocésains!. On ne tarda pas à voir fleurir dans cet ordre Barthélemi Gavanto, surnommé le père de la liturgie, qui fut chargé par Clément VIII et Urbain VIII de corriger le bréviaire romain. Augustin Tornielli de Novare refusa plusieurs évêchés, afin de s’adonner à la dévotion du cloître, dans lequel il composa les Annali sacri e profani della creazione fino alla redenzione, ouvrage où le premier il tenta avec succès d’éclaircirles difficultés des livres saints, et qui sert comme d'introduction aux Annales de Baronius. Henri IV, en 1610, demanda à Paul V une mission composée de barnabites italiens pour convertir le Béarn, où il ne restait plus une seule église catholique, et où, avec
( 1) On a publié tout récemment à Rome le Commentariolum de Of. civili et moribus episcopi.
l’aide de saint Francois de Sales, ils eurent la consolation d'opérer de nombreuses conversions.
Philippe de Néri, qui faisait des vers italiens comme tous les Florentins, et des vers latins comme bien peu de personnes savaient en faire, recherchait le mépris avec autant d’art que d’autres en mettent pour conquérir l’admiration. Père spirituel des plus grands saints, tels que Charles Borromée, François de Sales, ces hommes pleins de zèle, et Félix de Cantalice le contemplatif, il avait pour amis les plus grands savants, tels que Tarugi l'illustre prédicateur devenu plus tard cardinal, Silvio Antoniano, poëte et secrétaire pour les brefs apostoliques, et le célèbre médecin Michel Mercati. Philippe aimait à se trouver tantôt parmi les gens déguenillés qui mendient sous les portiques de Saint-Pierre, tantôt dans les boutiques des changeurs, ou dans les tribunaux, ou dansles palais, et partout il s’efforcait par son inaltérable douceur et aussi par les bons mots si familiers aux Florentins, d’insinuer la charité, de faire triompher la justice, et de sauver la vertu chancelante.
Indulgent dans les choses secondaires autant qu’inflexible dans les choses essentielles, au confessionnal il dirigeait les consciences avec une admirable perspicacité. Un prétre étant venu à Rome dans un but d’ambition disait à Philippe : « J’aspire à la houppe violette. — Et après ? répliqua le saint. — Et après, pourrait venir la verte. — Et après ? — On a vu tant de choses en ce monde, et le pape
Philipp ei Oral
est choisi parmi les cardinaux. — Et après? concluait.
Philippe. — Et après, il faut mourir. » Le saint disait encore que les ménagements, les soupçons, les dépits bouleversent le monde.
Il persuada à Thomas Bozio de Gubbio, grand connais-
seur en linguistique et en histoire, de se priver de ce à quoi il tenait le plus, de ses livres, et afin de lui faire pratiquer l'humilité, il le chargea d'enseigner les rudiments de la grammaire. Ce même Bozio, entre autres ouvrages dignes d’un grand érudit, écrivit une réfutation de la politique de Machiavel.
Il accueillait la jeunesse pour lui procurer de pieuses récréations, des concerts, des promenades; il lui faisait faire des visites aux sanctuaires célèbres, la formait aux études libérales et à une aimable piété comme la sienne. On visite encore avec dévotion le petit oratoire où il s'entretenait souvent avec saint Charles, saint Camille de Lellis, saint Ignace et saint Félix de Cantalice. Là, sur une délicieuse éminence du Janicule, qui domine tout Rome, et transformée par lui en amphithéâtre, à l’ombre de beaux arbres, il faisait jouer aux jeunes gens de petites comédies faites pour porter à la piété; c’était une véritable sanctification de l’art et du théâtre‘. Philippe de Néri disait : « L'expérience a démontré, qu’en alternant avec les exercices sérieux, les efforts faits par des personpes sérieuses pour distraire l'enfance, on attire une foule de personnes de toute condition, dont le nombre atteint parfois trois ou quatre mille. N’a-t-on pas vu Notre- Seigneur se servir de semblables filets pour pécher les dmes ? » (Q) Il donna l'exemple et le précepte de la visite aux sept basiliques, surtout pendant le carnaval, et en
(1) L'ordre des oratoriens produisit plus tard des célébrités telles que Balducci, le cardinal Philippe Petrucci, le père Antoine Ghielmo, auteur des Grandezze della Trinità et de plusieurs poèmes, le père Gizzio, Villarosa, et de nos jours te père Jules Metti, comme auparavant il avait produit Zeno et Métastase; c’est dans leurs maisons que s'adonnaient à la musique Erasme, fils de Berthole de Gaète (1606-56), le napolitain &ipion Dentice, etc.
la faisant lui-même, il s'arrétait pour se reposer sous de verts ombrages à la villa Massimi, ou à la villa Crescenzi, ou à la villa Mattei du mont Geelius.
Il s'était fait une solitude au milieu de la populeuse Rome: le soir, il visitaït les basiliques, puisse retirait dans le cimetière de Saint-Calixte et dans les catacombes de Saint-Sébastien. Avec Baronius, qu’il engagea, comme nous l’avons dit, à entreprendre le gigantesque travail des Annales, et avec d’autres personnes de mérite, il institua en 1564 la communauté des prêtres de l’oratoire, qui n'ont point d’autres règles que les canons, d’autres VŒUXx que ceux prononcés au baptôme et à l'ordination, d’autres liens que ceux de la charité.
Il ouvrit avec Persiano Rosa l’hospice de la Sainte-Trinîté pour des pèlerins qui venaient visiter le tombes des Apôtres; quatre cent quarante quatre mille cinq cents hommes et vingt-cinq mille femmes y furent hébergés pendant trois jours au cours du jubilé de 1600. Gette s0lennité fit accourir à Rome trois millions de dévots;on vit princes et cardinaux, confondus avec la foule pour faire leurs dévotions, et il y eut une multitude de conversions.
La congrégation de l’oratoire prit de suite une grande extension : à Naples surtout‘, ses membres exertèrent une grande influence sur cette population fameuse par le grand nombre de ses confréries, de ses hôpitaux, deses o maisons de refuge pour les repentieset les jeunes filles en péril; ils allaient les chercher jusque dans les carrefourset
(1) Saint Philippe appelait Naples une terre bénie du Ciel. Il y envoya Tarugi pour établir les oratoriens, et quand il partit, Populus neapolitanusse videns illis orbatum, per quos divini verbi pabulum, aliarumque piarum erercitatirmum suavitatem gustare, at ipeam Chriséum peculiari modo vognososre cosperat, vehementer indoludt. XENSt. ereetionis Congr. Neapol. mss.)
les tavernes pour les instruire les jours de fête, et, sortant de l’église du Garmel, ils les conduisaient en procession par les places du Marché, della Selleria et della Vicaria; spectacle qui excitait l'admiration des hommes vertueux et qui ferait rire aux éclats nos journalistes modernes, qui n’ont de vénération que pour les carabiniers et les fusils rayés. Nicolas - Antoine Bellarbore de Trani, qui s'occupait de diminuer le nombre des concubinaires, J.-B. Antonin de Lanciano, Matthieu Borello de Naples, et surtout Alexandre Barla de Plaisance, qui avait été, pour ainsi dire, « le précurseur du nouvel oratoire », firent grand bien à la ville de Naples. Ce dernier, s'étant consacré aux hospices, en fonda de nouveaux, introduisit les sœurs de la Bonne-Mort, les frères de la Charité et les infirmiers; il établit en outre, à Sainte- Marie du Refuge, un hospice pour les filles des femmes de mauvaise vie. Naples compte encore parmi ses bienfaiteurs Juvénal Ancina de Fossano, qui, pendant plus de dix ans, s'épuisa au chevet des incurables en leur rendant les services les plus infimes, et qui conviait à cette tâche les jeunes gens de bonne famille et les nobles dames, parmi lesquelles on a conservé le souvenir de l’épouse du viceroi, des comlesses de Miranda et de Monterey, de la duchesse de Mondragone, de la princesse de Stigliano; en sorte que, au dire d'un contemporain, on aurait pu appeler cette maison un paradis de délices'. Cette institution vit encore, et cela pour subir les coups d’une persécution savante, non moins impopulaire qu’irréligieuse.
Les théatins aussi étaient pauvres, et cependant à Flo-
(1) Lomparpo, Vita di Giovanni Ancina. Voyez aussi Breve notizia dell’ origine della Congregazione delle dame benefattrici. Naples, 1821. MagNALI, Teatro della Carità, Venise, 1727.
rence ils dépensèrent cent mille écus pour la construction de Saint-Gaétan, une des plus magnifiques églises de cette ville.
Ce fut pareillement à Florence qu’Hippolyte Galantini , PRO et re négociant en soies, qui dès son adolescence s’étaitconsacré d'Italie. à aimer et à secourir les pauvres, fonda, avec les subventions données par le cardinal Alexandre Médici, la congrégation des Vanchetoni ou des frères de la Doctrine chrétienne, qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours, spécialement au profit des ouvriers en soie. Là aussi se fondait, sur les conseils du frère Albert Léoni, une pieuse maison de catéchumènes.
Véronique Franco, par trop connue à Venise pour ses amours et pour le bruit que faisaient les réunions de musique et de poésie tenues chez elle, fonda après sa conversion, au profit de ses pareilles, le refuge de Santa Maria del Soccorso ; Françoise Longa, à Naples, le célèbre hôpital des Incurables ; Mariola Negra de Gênes, un asile cloîtré pour les femmes sans domicile, un autre pour les repenties : elle avait même l'intention d’en créer un pour chaque quartier de la ville.
Parmi les saints personnages dont Gênes honore la mémoire, citons, outre Catherine Fieschi et d’autres bienheureux, Baptiste Interiano, qui ouvrit à l’Aquasola un conservatoire destiné à former les jeunes filles aux travaux de femmes; Victoire Fornari, qui, restée veuve à vingt-ciny ans, voua ses six enfants à la sainte Vierge, et qui, s'étant faite pauvre pour l’amour d'elle, fonda les annonciades, qui ne recevaient que trois fois par an au parloir leurs plus proches parents ; la vénérable Baptiste Vernazza, auteur de traités et de poésies pastorales ; Augustin Adorno, qui, avec François Caracciolo, institua les
clercs réguliers mineurs et l’adoration perpétuelle du saint Sacrement. Pour nous, nous n'oublierons pas non plus ces dix-huit membres de la famille Giustiniami, qui, pris par les Turcs, souffrirent le martyre plutôt que d'accepter le coran.
Dans cette ville de Gênes, les confréries dites Casacci se multiplièrent jusqu’au nombre de vingt et une : plus tard, elles se corrompirent dans des rivalités de luxe et d'exercices gymnastiques. Trois sœurs Gonzague, nièces de saint Louis, fondèrent à Castiglione delle Stiviere la congrégation des vierges de Jésus, jeunes filles nobles, non soumises à la clôture, et vouées à l'instruction, motif pour lequel elles furent épargnées même par Joseph II et par Napoléon, mais non par le nouveau royaume d'Italie.
Camille de Lellis, originaire de Bacchiano dans les Abruzzes, ayant dissipé tout son avoir au jeu et étant réduit à travailler comme manœuvre à un couvent de capucins en construction, se sentit le cœur touché par la grâce et prit l’habit de moine. Ayant eu à souffrir d’un ulcère à la jambe, il comprit combien est insuffisante pour les malades l'assistance de gens salariés, et il fonda en 1586 les crucifères, qui devaient servir les malades comme ils eussent servi le Christ lui-mème.
Institutions Après la peste de 1528, une société fonda à Crémone charité. un asile pour les enfants des deux sexes, qu’on occupait à travailler la soie, le coton et la laine ; la confrérie de Saint-Vincent ouvrit aussi dans cette ville un conserva-
loire pour les femmes veuves ou mal mariées, un autre
pour les converties et un autre pour celles en danger de
se perdre. Elle établit en outre une maison de refuge
pour les pauvres, à laquelle le médecin Georges Fundulo
fil un legs spécialement destiné àsauver les métayers des
exécutions pour dettes contractées à raison de leur fermage ; enfin, en 1562, elle fonda l'hôpital de Saint-Alexis, pour les incurables. En 1575, les barnabites instituèrent une société de charité pour secourir les pauvres honteux : d'honorables citoyens se réunissaient tous les dimanches, et après avoir entendu un discours moral, ils présentaient à l'assemblée unrapport sur les familles pauvres, sur les besoins des orphelins et des pupilles, sur les dangers que couraient les jeunes filles. Ils se consultaient entre eux sur les moyens d'y pourvoir, et prenaient les sommes nécessaires sur leurs offrandes ou les collectes. Cette institution, imitée en bien des endroits, est ressuscitée de nos jours dans les conférences de Saint-Vincent de Paul (R.) A Crémone encore, Campi cite Marguerite Spineta, carmélite du tiers ordre, qui, pendant trente-cinq ans, se tint renfermée dans une petite chambre près de Saint-Antoine. Le même chroniqueur décrit aussi l'immense concours qui eut lieu dans cette ville pour le jubilé de 1575, où tous les diocésains affluaient en procession, revétus du sac de pénitent, et l'empressement dont rivalisèrentles habitants pour les loger dans leurs maisons. On voyait surtout, pendant la nuit, ces longues files d’hommes et de femmes marchant pieds nus, au milieu des rigueurs de l'hiver, portant destorches allumées, se donnant la discipline et chantant des psaumes et des litanies.
L’oratoire du Divin-Amour à Rome comptait parmi ses membres : Contarini, Sadolet, Giberti, Caraffa, qui plus tard devinrent cardinaux, et Gaétan Tiene et Lippomanno. Sous Paul Il, des hommes de loi fondèrent l'archiconfrérie qui élève les enfants pauvres des deux sexes, et leur apprend.un métier ; de même la société de Saint-Yves se charge de défendre les.causes des pauvres
Saint
ai Jérôme Emilia
fondateur
des somasqu
et des pupilles. Léonard Ceruso de Salerne, palefrenier du cardinal de Médici, réunissait à Rome les enfants abandonnés (1580), leur faisait chanter des cantiques et balayer les rues, et recueillait des aumônes pour leur entretien. Ainsi commença cet institut, tant admiré depuis sous le nom d’ Hospice apostolique de San Michele a Ripa, où l’on élève des enfants trouvés et où l’on leur fait apprendre des métiers et aussi les beaux-arts. A la méme époque, Octave, son compagnon, recueillait les jeunes filles égarées, et commençait le conservatoire de Sainte-Euphémie.
La misère avait grandi au milieu des guerres de ce siècle; la fermeture de tant de couvents priva une infi-
nité d’hommes du pain temporel et du pain spirituel, et
par suite la charité catholique avec les mille formes qu'elle sait prendre, ne trouva qu’un trop large champ pour s'exercer. Jérôme Emiliani, patricien de Venise, après avoir défendu, lors de la ligue de Cambrai, la forteresse de Castelnuovo di Piave et y avoir été fait prisonnier, se voua à la bienheureuse Vierge de Trévise. Ayant été miraculeusement délivré par elle, il rassemble les orphelins qu’avaient laissés ces combats et la peste de 1528, durant laquelle on fut réduit à manger les animaux les plus immondes; partout il fonde des hospices pour les abriter et des écoles pour les instruire; il en établit également pour l'amendement des pauvres femmes égarées. A Venise, il assiste les incurables au service de qui ont aussi dépensé leurs veilles et leurs fatigues, saint Ignace, saint Gaétan et saint Francois Xavier. On doit encore à Jérôme Emiliani la fondation ou l’organisation des hôpitaux de Vérone, de Padoue, de Brescia et de Bergame. Dans le Bergamasque, on laissait faute de bras
les blés danslacampagne : Emiliani fait provision de faux, et y envoie des moissonneurs qui, au lieu de chansons d’amour, chantent des cantiques. Enfin en 1531, il fonde à Somasque une autre congrégation de clercs réguliers, destinés à donner à la jeunesse une instruction littéraire, l’enseignement professionnel et à la former à la vertu.
Des Somasques sortit plus tard la congrégation de la Doctrine chrétienne, instituée en 1592 par. César de Bus, né en France de parents milanais; elle avait pour mission d'apprendre le catéchisme aux pauvres.
Le bienheureux Jean Marinone, vénitien, maitre d’Andrea Avellino, fit des prodiges de piété et de charité à Naples, et refusa l’archevéché de cette ville.
Sœur Angèle Mérici de Desenzano (—1541) réunit Ursulines. autour d’elle soixante-trois compagnes choisies dans les premières familles de Brescia, puis les mit sous le patronage de sainte Ursule (1527). Ces religieuses ne furent point assujetties à des règles austères, ni à la contemplation, ni à d’autres prescriptions rigoureuses contre lesquelles déclamaient alors les hérétiques; elles restaient au milieu de leurs familles, variant la règle de leur vie selon les lieux et les circonstances, toutes occupées à découvrir les infortunés pour les secourir, à visiter les hôpitaux et les malades, à élever les enfants. Elles disaient : « Il faut régénérer le monde cor- « rompu au moyen de la jeunesse; les jeunes filles réfor- « meront un jour les familles, les familles les provinces, « et les provinces le monde. » Cette institution de charité et de bienfaisance exhalait un si doux parfum de sainteté, que saint Charles reçut dans son diocèse au moins quatre cents sœurs de cet Ordre. Il se répandit ensuite non-seulement en Europe, mais au delà de
prêtres de la
Mission.
l'Atlantique; ces religieuses faisaient par leurs prodiges de charité l’admiration des sauvages du Canada, où elles préchaient l’Évangile, admiration que partageaient au même degré les capitales de la France et de Angleterre : tout récemment encore elles excitaient l’envie des Anglais par les ressources ingénieuses que leur suggérait leur pieuse charité pour secourir les soldats italiens en Erimée. Cela n’empécha pas que le nouveau royaume d’Italie leur ait dit, comme à tous les autres Ordres retigieux : « Allez-vous-en! je saurai mieux que vous prier, mieux que vous instruire la jeunesse, mieux que vous faire la charité. »
Le nom de saint Vincent de Paul, ce paysan français, rappelle tout ce que la charité renferme de sainteté, de spontanéité et de délicatesse. Ses prétres de la Mission, institués en 1625, se répandirent bientòt en Corse, cette fle déchirée par la barbare vendetta; puis ensuite en Italie, où le Piémont, le pays de Gènes et la Romagne offrirent un vaste champ à leur zèle. Les pasteurs qui guident leurs troupeaux à travers la campagne de Rome et dans les vallées de l’Apennin, restaient des mois entiers privés de sacrements et de prédications, ignorant jusqu'aux vérités fondamentales de la foi. Alors, dans le but de les instruire, les prétres de la Mission les rassemblaient le soir dans les étables ou en rase campagne, et Tes appelaient les jours de féte autour de quelque oratoire improvisé pour les régénérer en les faisant assister aux saints mystères.
En 1569, un jésuite associait, sous Ie patronage de la sainte Vierge, les jeunes étudiants de Naples : en 1584, chaque ville possédait déjà une congrégation de ce genre, que Grégoire XIII enrichissait d’indulgences. Des écoles,
LA RÉFORME MORALE ET DISCIPLINAIRE. 719 ces. associations spirituelles se répandirent dans les diverses classes de la société : artisans et nobles, mendiants et magistrats invoquèrent la Vierge Marie, en employant les mêmes formules de prières. A Milan, le prêtre Castellini de Castello établit la compagnie dite de la réforme chrétienne, qui en somme était celle du catéchisme, et dont les membres prirent ensuite le nom de Servi de’ pustins(Serviteurs des petits enfants). Frère Buono de Crémone introduisit dans cette ville la dévotion des quarante heures, l'usage de sonner l’agonie à la vingt-unième heure, et un asile pour les repenties, à Sainte-Valérie. Nous pourrions ajouter à cette liste les congrégations du Bon-Jésus, celles de la Mère de Dieu, de la Bonne-Mort, et d’autres encore.
Les nombreux miracles proclamés alors attestent Miracies.
combien le sentiment religieux s’était ravivé; on publiait aussi les fréquentes apparitions dela Bienheureuse Vierge, à Caravagge, aux Monti à Rome, à Narni, à Todi, à San Severino, et dans le val Saint-Bernard du pays de Savone. Sur le mont Pitone à Brescia, la sainte Vierge ordonne à un pasteur d'y construire une église ; la Madone de Subiaco sue; devant le saint. crucifia de Côme se brisent les chaînes qui arrétaient la procession; une Madone pleure à Treviglio, et sauve ainsi ce bourg du pillage ordonné par Lautrec; une autre parle à Saint Sylvestre. On en voit une à Saint-Eugène de Concorezzo qui fait des miracles; on en découvre une d’une manière miraculeuse à Portovenere, et une autre à Castiglione delle Stiviere, dans un gros noyer. En 1588, à Lucques, un soldat qui avait perdu au jeu, lance, en blasphémant, ses dés à une Madone, et dans cet acte il se brise le bras; à l’occasion de ce miracle, les dons viennent en abondance, et en moins d’une année on vit accourir en ce.liew deux cent
Influence
u catholicisme.
cinquante processions de pèlerins dont les aumônes servirent à édifier le sanctuaire connu sous le nom de la Hadone des Miracles.
L’histoire de tous ces événements présuppose nécessairement l’existence de la foi. Pour nous, nous les énoncons seulement comme des signes du temps; car, tandis qu'au commencement de ce siècle tout dans les arts, dans les gouvernements, dans l’Église, était redevenu paien, à la fin du même siècle, l'intérêt religieux était presque l’unique mobile des actions. C'est au nom du christianisme qu'on écrivait, qu'on combattait, qu’on tuait, qu’on donnait l'éducation et qu’on rassasiait ceux qui avaient faim; des ecclésiastiques d'une grande capacité entrent dans les conseils des rois pour en diriger la politique et les actes; les papes, dépouillés de la moitié du monde, s’en refont un nouveau en gagnant à la foi catholique les deux Indes, et subjuguent les rois et les penseurs avec une poignée de clercs que redoutent tous ceux qui $e révoltent contre l’autorité de Pierre.
Si la réforme catholique n’a point déraciné le vice et la corruption, combien n’a-t-elle pas changé l’économie des universités et des corps religieux auxquels était confié le haut enseignement ! Les nouveaux Ordres ont pu se laisser aller à la tiédeur et au relâchement; cependant l’esprit chrétien, qui avait repris son antique vigueur, était là pour combattre l’effervescence de la chair et la volupté sensuelle, et la charité, qui avait des baumes pour calmer toute blessure, empéchait que la corruption n’atteignît le dernier degré. Combien d’âmes, fatiguées de courir les vicissitudes du monde, cherchaient un asile au sein de Dieu! Les sœurs de la Charité qui s'élancaient au milieu des misères, les Carmélites qui s’ensevelissaient par an-
ticipation, semblaient tout entières enflammées de l’amour divin; le clergé se répandait partout, et cherchait à instruire l’ignorance, à corriger le vice, à soutenir la vertu, à nourrir les pauvres, s’exposant au martyre quotidien du mépris et de la calomnie.
Sommes-nous sortis de notre cadre en montrant quelle Contraste avoré défense l'Église opposa aux assauts de l’hérésie ? En ad- les dissidente. mirant ces prodiges de la charité, nous ne pouvons faire autrement que de rappeler l’exclamation de Luther : « Du moins, sous le régime papal, les personnes étaient « charitables et elles ne se faisaient pas tirer l'oreille « pour faire l’aumône; maintenant, sous le régime de « l'Évangile, au lieu de faire l'aumòne, on se vole l’un « l’autre; on vous écorcherait plutôt tout vif, si l’on y « trouvait quelque léger profit, et il semble qu’on n'ait « rien, si on n’a pas pris au prochain tout ce qu'il pos
« sède!.
Et Musculus : « Nous avons méme changé de nature; « nous sommes devenus bienveillants et charitables les « uns enversles autres, presque comme le sont entre elles « les bêtes féroces. Qui s’intéresse maintenant au pro- « chain? Chacun n’aime que soi, ne tient compte que de « soi, et on peut même douter qu'il y ait encore en nous « une goutte de sang humain. »
Et Wizel : « Jadis il y avait des chrétiens qui aimaient « tellement les pauvres qu'ils s’appelaient entre eux « pères et frères : ils leur lavaient les pieds et les ser- « vaient à table, à l’exemple de Jésus-Christ. Maintenant, « ils s’excluent d’une ville et d’une maison, comme des
(1) Hauspostill, Walch. XIII, 1572, 1584.
(2) Muscuzus, Von Himmel und der HOl.--Franckfurt, 1559.
« reprouvés et des ennemis publics. Est-ce bien, Seigneur, «ton esprit qui règne aujourd’hui dans les Églises! « Quelle purification, quelle réforme, quels éléments « d'unité et de. concorde !. »
Nous pourrions poursuivre longtemps ces citations, et pour conclure répéter les paroles de notre début : l'arbre se juge par les fruits.
(1) Refectio Lutherismi f. 9), 246, ap. NicoLas, Du Protestantisme, etc. Lib. II, cap. 4.
(A) — Il entre dans le plan de notre travail'et il est utile de'noter les livres suivants qui figurent dans le premier Index :
JuLius Casar P., Qui -Calvini 'Institationss in ttalicam linguam transtulit.
CASTELVETRO, Opera omnia, doneo expurgentur.
Barista DA CREMA, Opera omnia misi emendentur.
FIRMANUS SERAPHINUS, Apologia pro Baptista de Crema.
ANTON10 D'AbAMO, Anatomia della Messa.
Bruccioli est aussi au nombre des auteurs prohibés de la première catégorie. Viennent ensuite les ‘ouvrages dont les noms suivent : |
Modo di tenere nell’ insegnare e-mel predicare al principio della religione cristiana.
Modo o via breve:di consolare quelli che stanno in pericolo di morte.
Opera divina della cristiana vita.
Opera utilissima intitolata, Dottrina vecchia e Dottrina nuova.
Maniera di tenere a insegnar i fiyliuoli cristiani.
Toutes les œuvres d’Albéric Gentile, et de De Dominis.
Precedenzie alla apologia della confessione virtembergense.
ANTONIUS PoLus venetus, Lucidarium potestatis papalis, septem libros complectens. (Appendice.)
(B) — Par exemple, le Consilium de emendanda Ecclesia à cause des notes et de la préface entachées d'hérésie ; — Epitome responsionis Silvestri ad M. Lutherum, éditée par Luther; — 5. Concilii Trid. Decisiones, éditées par Jean de Gallemart; — Frz- DERICO FREGOSO,.Pio e cristianissimo trattato della orazione; —
79h NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS XIV.
Della giustificazione della fede e delle opere; — Prefazione alla lettera di san Paolo ai Romani, ouvrages qu’on lui a faussement attribués.
Poemata varia doctorum piorumque virorum de corrupto Ecclesiz statu, cum præfatione M. Fracct ILLYRICI.
Scripta quedam papa et monachorum de Concilio tridentino, ann. 1547 et 1548, cum præfatione MaTTELA FLACcI ILLYRICI. Il en fut de même des décrets d’Alexandre VII et d’Innocent XI contre les propositions de morale relàchée; du décret du saint-office contre certaines confréries, parce que lors de la réimpression il fut étendu plus qu’il ne l’avait été à l’origine.
(C) — Je ne crois pas inopportun d’avertir le lecteur que, à raison de mes travaux, et plus spécialement à raison de cet ouvrage, devant me servir de toute espèce de livres, même des plus mauvais, de ceux qui sont entachés d’hérésie, j'ai demandé et obtenu du Saint-Père la plus ample permission.
Qu'on me permette de citer ici quelques cas particuliers qui ne manquent ni d'importance ni d’opportunité.
Louis Muratori, en butte aux attaques comme tout homme de lettres, et comme l’est spécialement tout historien en Italie, a été accusé aussi d'opinions anti-papales ; on a même été jusqu’à lui lancer du haut de la chaire les épithètes de fou, de téméraire, d’hérétique. Dénoncé à la sacrée congrégation, Muratori en écrivit au Pape pour demander à être instruit des erreurs qu’on lui reprochait. Benoît XIV lui répondit qu’assurément on rencontrait dans ses écrits beaucoup de choses à reprendre, maïs que, « selon l'exemple de ses prédécesseurs, on n’interdit pas les œuvres des grands hommes; » et il ajouta qu’il prononcerait d'autant moins l'interdiction des siennes, qu’il appréciait sa grande réputation comme auteur, et sa piété reconnue. Ce qui avait déplu dans ses livres ne se rapportait qu’aux possessions temporelles du Saint- Siége: «il avaittoujours cru, quant à lui, qu'il ne convenait pas de prodiguer le blâme pour une divergence d'opinions en matières non dogmztiques ni disciplinaires, quoique tout gouvernement puisse prohiber les livres qui contiennent deschoses qui lui déplaisent. (Rome, 25 septembre 1748.)
Jean-Dominique Romagnosi était, au fond, un philosophe sensualiste et un juriste idolâtre de l'État. Ses œuvres sont devenues plus célèbres après sa mort que de son vivant, et on y reconnait l'esprit des encyclopédistes, aux yeux de qui la religion est considérée comme une affaire civile, et plutôt dédaignée que combattue, Certain dévot crut donc devoir dénoncer au saint-
office la Genése du droit pénal. En novembre 1827, la sacrée congrégation chargea l’archiprétre de la cathédrale de Milan, Opizzoni, de lui signaler les divers passages incriminés. « Touché des généreux égards dont l’honorait la sacrée congrégation, » Romagnosi estima qu'il était de son « devoir de répondre à ces procédés avec le respect et la loyauté qu’il devait à cette institution. » En conséquence, il lui fournit les explications que j'ai publiées dans une biographie du maître. La sacrée congrégation, « après avoir examiné avec soin les explications de l’auteur sur les propositions censurées, lui recommanda la soumission et le respect, » et se borna « è lui conseiller, au cas de réimpression, quelques notes explicatives. »
Les doctrines religieuses de Romagnosi avaient été vivement attaquées par le célèbre philosophe Antoine Rosmini. Homme profondément pieux, fondateur d’un ordre nouveau, d’une vie exemplaire et d’une admirable charité, il parut cependant à*quelques personnes se rapprocher dans ses théories philosophiques de véritables hérésies, spécialement dans son Traité de la conscience. Il fut d'abord accusé dans les journaux catholiques, puis avec violence dans certaines lettres d' Eusebio Cristiano, où l’on a voulu voir une vengeance des jésuites, parce qu’il y développait des systèmes contraires à ceux soutenus par des philosophes de cette compagnie. Des livres, l’affaire en vint aux tribunaux : on déféra les œuvres de Rosmini à la sacrée congrégation de l’Index, quiles soumit à un sévère examen. Les adversaires des jésuites prétendaient que le pouvoir de ceux-ci réussirait infailliblement à le faire condamner. Nous autres, amis de Rosmini, nous étions dans . une vive anxiété, craignant de voir blâmer un si grand homme, et condamner des livres qui, ne s’écartant jamais des enseignements des saints Pères, avaient paru apporter un puissant secours à la religion contre les erreurs de notre époque, et contre l’irruption de la philosophie éclectique et du panthéisme. Aussi, quelle immense consolation n’éprouvAmes-nous pas, lorsque Rome eut prononcé qu'il n’y avait pas lieu à condamnation !
Par contre, cet être déhonté qu’on appelle l'opinion publique avait répandu dans ses organes de publicité que l'Histoire universelle de Cantù était un travail de compilation fait par les jésuites, travail auquel il ne donnait que son nom ou la forme. Pour réfuter cette assertion, les jésuites eux-mêmes lui firent de très-sévères réprimandes, et publiques et privées : aussi l’auteur suppliat-il l’un d'eux d'entreprendre l'examen de son œuvre, pour lui en
indiquer les erreurs, afin qu'il pàt les corriger dans les futures éditions. Le charitable office en effet. commença ; puis, sans doute que la moisson toujours croissante des erreurs effraya le pieux annotateur, car au lieu de transmettre ses notes à l’auteur: directement, il jugea opportun de les faire passer è la sacrée congrégation de l’inder. Cantù, en ayant été informé officieusement, déclara qu'il se soumettait d'avance à la décision que pourrait prendre le Saint-Siége, quelle qu’elle fàt; mais: aux termes de la:constitution de Benoit XIV, il réclamait instamment qu'on Pen avertit, afin de pouvoir se défendre. Sa réclamation ne fut pas accueillie en ce point; peut-être estima-t-on suffisante la défense qui serait présentée dans l’intérieur même du tribunal ; et Jongtemps après (ce qui fait supposer un examen approfondi), on lui écrivit que « la sacrée congrégation, après mûr examen, a pu se convaincre qu’il s’est glissé ça et là dans l’Histoëre universelle des inexactitudes et même des propositions erronées; mais qu’en vue du vaste plan de l'ouvrage, des nombreuses éditions qu’il a eues, des belles pages qu'il contient, de la:droiture de l’auteur... conformément à la constitution de Benoît XIV, ladite congrégation a déclaré ne pas condamner cette histoire, bien qu’il s’y trouve des opinions erronées dont l’auteur lui-même, avec son bon sens et son érudition, pourrà tenir compte. »
En lui envoyant cette décision, le 7 septembre 1860, le cardinal préfet de la sacrée congrégation, pour son compte particulier, 16licitait l’auteur « de ne s'être pas laissé gagner par le parti antipapal et peut-être anti-catholique qui distribue les couronnes les plus tapageuses, et d’avoir su si bien s'éloigner de ce parti, dont il ne pouvait plus espérer les applaudissements. »
(D) — On trouve aussi à l'index, Furius CoRIOLANUS (c'est-àdire Frédéric Valentino). Bononia, sive de libris sacris in vernaculam linguam convertentis.
La règle IV de l’index publié par le concile de Trente établiten principe : «Comme il est manifeste par l’expérience que, si l’on permet sans distinction la lecture de la sainte Bible en langue vulgaire, il en résulte plus d’inconvénients que d'avantages, grace ala témérité des hommes, qu’on s’en rapporte sur ce point au jugement de l'évèque ou à celui de l’inquisiteur, pour que, sur l’avis du curé ou du confesseur, ils puissent permettre la lecture de la traduction des livres saints faite par des catholiques, à ceux qu'ils savent pouvoir trouver dans cette lecture non pas un danger, maisun aliment pour leur foi et leur piété.
€ Qu'on suive la même règle pour les livres en langue vulgaire traitant de controverses entre catholiques et hérétiques de notre temps. » (Reguia VI.)
(E) — e I y a un petit livre qu’on fait apprendre aux enfants et sur lequel on les interroge à l’église : lisez ce petit livre, qui est le catéchisme, et vous y trouverez une solution de toutes les ques- . tions posées par la philosophie, de toutes, sans exception. Demandez au chrétien d'où vient l’espèce humaine, tl le sait ; où elle va, il le sait; comment elle va, il le sait. Demandez à ce pauvre enfant, qui de sa vie n’y a songé, pourquoi il est ici-bas, et ce qu’il deviendra après sa mort, il vous fera une réponse sublime qu’il ne comprendra pas, mais qui n’en est pas moins admirable. Demandez-lui comment le monde aété créé et à quelle fin; pour quoi Dieu y a mis des animaux, des plantes ; comment la terre a 6t6 peuplée : si c’est par une seule famille ou par plusieurs; pourquoi les hommes parlent plusieurs langues ; pourquoi ils souffrent, pourquoi ils se battent, et comment tout cela finira, sl le sait. Origine du monde, origine de l'espèce, questions de race, destinée de l’homme en cette vie et en l’autre, rapports de l’homme avec Dieu, devoirs de l’romme envers ses semblables, droits de l’homme sur la création, il n’ignore de rien ; et quand il sera grand, il n’hésitera pas davantage sur le droit naturel, sur le droit politique, sur le droit des gens ; car tout cela sort, tout cela découle avec clarté et comme de soi-même du christianisme. » (Te. JourFRor. Mélanges philosophiques tom. I, pag. 470.)
. M. Thiers écrit que le catéchisme et l’école paroissiale du village seront l’unique sauvegarde de la France.
(F) — Il existe à la biliothèque Magliabecchiana (Manuscrits, classe XXXVII, 292) un discours de Jean Carza sur la manière d’exécuter le décret du concile de Trente, De editione et usu sacrorum librorum, « pour conserver intacte l’Écriture sainte, pour extirper la maladie des hérésies enracinées dans les éditions corrompues, et pour remédier aux abus commis par les imprimeurs, qui, dans ces cent dernières années depuis que leur art est en usage, ont, dans leurs éditions imprimées, obscurci et dépravé le sens de la doctrine et de la discipline ecclésiastiques, plus peutêtre que ne l’avaient fait jusque-là les copistes avec leurs plumes. » Carza dit que même les décrets du concile de Trente imprimés par Paul Manuce avec des signatures authentiques, ont été réimprimés avec une infinité d'erreurs et d’altérations de sens. Aussi conseille-t-il d'établir à Rome une grande imprimerie
qui soit toujours en activité; il indique où l’on pourrait prendre les fonds nécessaires pour instituer une commission à laquelle recourraient même les imprimeurs étrangers pour avoir les meilleures leçons. Cela ne ferait pas un monopole, parce que les libraires, outre les avantages qu'ils auraient à vendre ces éditions, pourraient aussi les reproduire, mais de façon à ce que chacun püt, à sa volonté, les confronter avec le texte authentique et acheter les meilleures. Suivent diverses assemblées de libraires qui offrent de payer une taxe, de marquer les livres au meilleur marché possible et de suivre l'orthographe indiquée par des députés. Ils promettent de laisser à leurs autres confrères le droit de réimprimer les livres à condition qu'ils suivront les règles prescrites : ils s'uniront en congrès, composé pour moitié de libraires résidant hors de l'Italie, et éliront leurs présidents et officiers ; ils ne feront travailler que de bons croyants et des hommes expérimentés dans l’art; ils établiront à Rome une école de bons imprimeurs.
(G) — Un exemplaire des opuscules de saint Cyprien, qui, d’après l’écriture, semble être de Bernard Davanzati, traducteur de Tacite, passa de la bibliothèque Palatine de Florence ( Codice cccic) à la Magliabecchiana. Davanzati y a mis des notes et des corrections qui attestent une savante critique; il a de plus souligné les passages quicondamnent Luther, et qui prouvent la pré-. &minence de l'Église romaine. On a de ce même écrivain une traduction par extrait du Commonitorium de Vincent de Lérins contre les hérésies. Bindi, qui l’a publié le premier dans l'édition des œuvres de Davanzati (Florence, Lemonnier 1852), remarque combien il était versé dans la connaissance des auteurs sacrés, et que, dans sa traduction du schisme d'Angleterre, « il s'était attaché moins à prouver sa connaissance de la langue qu’àfaire ressortir les tristes origines de la funeste séparation de l'Angleterre, parce qu’il lui était impossible de ne pas jeter en même tempsune vive lumière sur les autres ennemis de la vérité catholique. »
On trouve dans la même bibliothèque les manuscrits de Baccio Bandinelli, neveu du sculpteur son homonyme qui, on s’en scuvient, a écrit en 1612 vingt-quatre livres contre les hérétiques, et a composé en outre un ouvrage intitulé : De invisibili Lutheri, Calvini et aliorum hujus temporis hæreticorum ecclesia.
Il y a aussi dans cette bibliothèque un poëme en tercets Della diffusione del sommo bene, probablement de frère Paul del Rosso, chevalier de l’ordre de Jérusalem, composé aux environs de 1530,
où il réfute les diverses hérésies, spécialement les nouvelles, et il chante :
« Luther, à ton grand déplaisir, tu verras à la fin tes erreurs faire naufrage, et tes plaisirs se changeront en chagrin. »
(H) — Par exemple, il avait trouvé ces strophes :
Ad cœnam Agni providi Et stolis albis candidi Post transitum maris Rubri Christo canamus principi, Cujus corpus sanctissimum In ara crucis torridum Cruore ejus roseo Gustando vivimus Deo.
La révision fait disparaitre les assonances et les obscurités, et il reste :
Ad regias Agni dapes Stolis amicti candidis, Post transitum maris Rubri Christo canamus principi,
Divina cujus charitas Sacrum propinat sanguinem, Almique membra corporis Amor sacerdos immolat.
Urbain VIII fit reviser quelques hymnes par Fabien Strada, Tarquinius Galluzzi, Jérôme Petrucci; mais on prétend que accessit latinitas , recessit pietas. Le pape y travailla aussi en personne, et composa l'hymne de sainte Élisabeth, reine.
Un recueil d’hymnes fut publié au siècle dernier par le cardinal Tommasi : il est divisé en trois parties : Hymni de anni circulo; hymni de natalitiis sanctorum ; hymni de quotidianis, c'està-dire les bymnes des féries. Le cardinal Jean-Baptiste Bussi, dans ses Istruzioni pratiche sulla recita del divino uffizio (Instructions pratiques pour la récitation de l’office divin), indique les auteurs de beaucoup d’hymnes.
(I) — Les différences entre la bible de Sixte-Quint et celle de Clément VIII ne sont pas aussi importantes qu’avait voulu le faire croire TH. JANNES, Bellum papale seu concordia discors Sixti V et Clementis VIII circa hieronymianam editionem, Londres 1600. Onl’avait réfuté victorieusement dès cette époque : mais de
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nos jours le barnabite Vercellone (Varia lectiones vulgata biblia rum editionis, Roma 1860-64) achevant le travail commencé par son maître et confrère Ungarelli (De castigatione Bibliorum editionis peracta jussu Concilii Tridentini, Roma, 1847), publie les immenses travaur entrepris par les congrégations. et toutes les variantes de la Vulgate, à commencer par le Coder Amiatinus qui est le plus ancien. Il donne aussi dans cet ouvrage les raisons qui ont fait préférer la lecon adoptée dans l’édition Clémentine et signale les erreurs de la Sixtine. C’est une preuve remarquable des travaux patients et généreux entrepris par les savants d’alors, et du mérite de l'édition de 1592, la seule reconnue authentique. Cela n’empéche point qu’on puisse de nouveau examiner et critiquer le texte de cette édition; aussi Pie IX a-t-il encouragé Vercellone dans son entreprise, par les paroles que voici : Tibs addimus animos ut inceptum opus naviter scienterque absolwendur ac perficiendum cures, omnesque ingenti lui vires in iis peragendis semper impendas. C’est ainsi qu’on pourra parfaitement faire une nouvelle édition de la Bible, non en vertu. d’une' autorité privée, mais de celle de l’Église.
Les dissertations qui accompagnent le travail de Vercellone font ressortir la coutume constamment observée par l'Église pour les traductions et les variantes. Elles nous apprennent également que le concile de Trente n'avait eu en vue que de pourvoir aux variations infinies que l’œuvre de l’homme pouvait introduire dans l’œuvre divine, c’est-à-dire qu’il s’est borné uniquement à affirmer la conformité substantielle de la Vulgate avec les originaux, et non pas la conformité jusque dans les moindres détails, comme c’est l'usage des rabbins. (Voir notre discours XV, et la note K, page 604 du vol. La Réforme en Italie. — Les Précurseurs.)
La première édition hébraïque du commentaire du Pentateuque de Rabbi Salomon Jarco fut faite par Abraham Gorton, à Reggio de Calabre l’an 5235 de la création, dans le mois d’adar, ce qui correspond à mars 1475. La même année on avait imprimé à Pieve di Sacco, dans le pays de Padoue, le Rabbi Jacob ben Ascer Arba Jurim, qui est la plus antique édition hébraïque qu'on connaisse, mais elle porte la date du mois de jamuz, c’està-dire qu'elle est de quatre mois postérieure à l'édition de Reggio. .
Les plus anciens manuscrits connus de la version grecque du texte hébraïque, dite édition des Septante, appartiennent au qua-
trième ou au cinquième siècle de Ji C. En voici la liste : le manuscrit du Vatican, édité en 1857 à Rome, par Vercellone: l’Alerandrin, publié de 1816 à 1828 à Londres, par Baber; le Sinaïtique, publié à Saint-Pétersbourg en 1862, par Constantin Tischendorf, qui le découvrit dans un couvent du mont Sinaï, mais dans lequel il manque plus de la moitié de l'Ancien Testament; à la Bibliothèque Vaticane, il y a aussi le manuscrit Marcheliano du septième ou du huitième siècle : ils sonttousécrits en lettres onciales. — Tout récemment on a découvert à Grottaferrata un autre manuscrit palimpseste qui n’est pas postérieur au septième siècle, qui contient un trèsgrand nombre de notes marginales en grec et en latin, et qui se rattache à l’hexaple d’Origène.
Outre beaucoup de publications bibliques, nous devons encore à Tischendorf, une nouvelle édition des KÉvangiles et des Actes des Apòtres apocryphes, avec une dissertation historico-critique.
(3) Le père Laderchi, au tome XXIll, page 160 des Annales ecclésiastiques, a extrait de la vie de saint Philippe, l’anecdote suivante, par Pierre Jacques Bacci : Baronius étant entré dans la congrégation de l'Oratoire, ne cessait pas, du haut de la chaire, d’effrayer ses auditeurs par les menaces de la mort et de l'enfer. Cette méthode parut exagérée à saint Philippe, qui l’exhorta à laisser de côté ces épouvantails, età entreprendre plutôt d'écrire l’histoire ecclésiastique. Baronius n’en tint aucun compte, si bien que Philippe usa de son autorité pour le lui ordonner expressément. César, dans son amour-propre, s’en crut offensé; il était même dans une grande perplexité, lorsqu'une nuit il rêva qu’Onufre Panvino (érudit d’unegrande valeur en matière sacrée, et par qui il aurait voulu voir écrire cette histoire) l’erhortait è composer les Annales ecclésiastiques; et, à moitié endormi, il entendit la voix de Philippe qui lui disait : « Allons, César, ne t'obstine pas; c'est à toi, et non à Panvino, qu'il appartient d’écrire l'histoire ecclésiastique. »
On trouve parmi les manusorits de la bibliothèque Magliabecchiana, une apologie que Baronius adresse au pape Clément VIII, pour se défendre contre ceux qui l’accusaient d'avoir soutenu dans le tome V de son histoire, que l'Église, en vertu d’une ancienne discipline, n’admettait plus à la pénitence les relaps. Baronius prouve, par des faits et des citations-textuelles ertraites des saints Pères, que l'Église a toujours procédé différemment.
(K) — Jacques Ier d'Angleterre, pour réfuter Baronius, employa le fameux érudit français Casaubon. Celui-ci dans une lettre qu’il écrivait en septembre 1609, racontait qu'un Italien, se disant envoyé par le roi d'Espagne, avait cherché à s'introduire près de lui; qu’étant parvenu à entrer, il hésita longtemps à lui dire le véritable motif de sa visite; puis qu’il le pria d’invoquer pour lui son démon familier, assurant que sa démarche n'avait d’autre mobile qu’une pure curiosité et qu'elle n’avait pour objet que de s'assurer de ce que tout le monde disait et croyait. Casaubon eut grand’peine à persuader du contraire son visiteur, qui lui disait qu’en Italie quantité de personnes, et même des cardinaux, s’occupaient de magie.
L'œuvre de Baronius a été publiée de 1588 à 1593. En 1705, le franciscain Pagi y releva et corrigea de nombreuses erreurs chronologiques. Raynaldi de Trévise, avec bien moins de critique, le continua de 1198 à 1571, en dix volumes in-fol.; Laderchi ajouta à cette série trois autres volumes, qui comprennent sept années du temps de la réforme. C’est à ce dernier auteur que Benoit XIV disait : « Un peu moins de foi, et un meilleur criterium. » La coutinuation de Laderchi ne se trouve pas dans l’édition de Lucques, qui se compose de 38 volumes, avec notes. On réimprime le tout à Bar-le-Duc, avec des notes et des corrections du père Theiner, ainsi que de nouveaux documents : ce père a déjà donné de cette continuation 3 vol. in-fol. Roma, Ex Typographia Tiberina, 1856.
(L) — Déjà nous avons remarqué comment Sadolet cédait aux tendances palennes; en effet, il ne parle ni de pratiques, ni de théologie. Le cardinal Pole, tout en le louant beaucoup, attirait son attention sur ce qu’il laissait son élève au port de la philosophie, statio malefida carinis, comme le port de Ténédos, au lieu de le conduire dans un autre beaucoup plus tranquille, inconnu aux anciens, et ouvert aux enfants de Dieu : il eùt voulu que Sadolet traitàt de la théologie dans une suite à cet ouvrage. Sadolet répondait que sous le nom de philosophie on comprend aussi la théologie, qui en est le faite et la couronne; qu’il conduit son élève seulement jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans, tandis que l’étude de la théologie ne convient qu’à l'âge mûr.
L’Index de Trente a dans son catalogue De disciplina puerorum recteque formandis eorum et studiis et moribus; ac simul tam præceptorum quam parentum in eosdem officio, doctorum virorum libelli aliquot vere aurei.
(M) — Saint Jérôme qui, pour avoir été trop cicéronien, fut battu par le démon, blâme « ces prêtres qui mettent de côté les Évangiles et les Prophètes, lisent des comédies, répètent les couplets amoureux des Bucoliques, ont sans cesse en main Virgile, et traduisent en péchés de voluptés ce qui est une étude imposée aux enfants. » (Ep. ad Damasum.) Mais saint Augustin ne désapprouve pas les enfants qui Virgilium legunt, ut poeta magnus omniumque præclarissimus atque optimus, teneris imbibitus annis, non facile oblivione possit aboleri. (Civ. Dei, I, 3.)
L'effet produit par les classiques sur l'opinion a été indiqué par Gioberti dans son Rinnovamento d'Italia, IT, 122; il pensait que c'était à eux qu'on devait attribuer les tendances républicaines de notre époque. « Depuis trois ou quatre siècles, la jeunesse instruite (dit-il), s'est imbue dans les écoles et continue encore à se laisser pénétrer par les idées de ce régime : ce qui peu à peu entraîne le monde à la république, surtout depuis que le germe classique, apporté en Amérique et devenu par l'accroissement une plante, a été transporté en Europe. Certes, les papes et les princes qui se sont faits avec tant d’ardeur les promoteurs du culte des lettres et des arts classiques, n’avaienf pas prévu ce résultat, et bien moins encore les prêtres et les moines qui en firent le fondement et l’Ame du noviciat. »
(N)— Que ce passage n'échappe point à nos spiritistes modernes! Pierre Giannone, tant loué par les libéraux, craint que « la presse ne nuise » au génie de l’éducation et à l’érudition par la multiplicité des livres, et à la propagation des grandes idées par la reproduction des mauvaislivres.» (Storia civile del regno di Napoli, 1. VIII.) Il trouve que l'Église a commis une usurpation en s’attribuant la censure, et il voudrait qu’on la réservât aux princes, afin que « les sujets ne s’emprégnassent point d'opinions qui sont contraires au bon gouvernement... et des doctrines nouvelles contraires aux intérêts des princes et aux droits régaliens; » il loue aussi ces princes des défenses qu’ils ont faites aux évêques de rien imprimer sans la permission du gouvernement, pas même les conciles et les calendriers. (/bid. liv. XXVII, c. 4.)
(O) — Les seigneurs suisses l'ayant su, expédièrent un ambassadeur à Milan pour que ce gouvernenr réclamât le cardinal. L'ambassadeur descendit de cheval chez un marchand son compatriote ; mais, avant qu'il eût présenté ses lettres de créance, l'inquisition le fit arrêter. Le marchand informa du fait le gouverneur, qui fitrelächer l'ambassadeur et lui rendit les honneurs
qui lui étaient dus ; mais les Suisses :à peins.informés de ce qui s'était passé, envoyèrent l’ordre d'arrêter le cardinal, :qui s'enfuit pour le mieux.
J'ai parlé dans d’autres ouvrages des procès que Charles Bor- ,romée fit intenter aux magiciens. Ge:sont là des faits particuliess dont on ne peut attribuer à quelqu’un.la responsabilité qu'après avoir porté son.examen sur chacun de ceux à qui ils sont imputés pour assurer à quel degré on manquait au précapie de la charité, cu comment on abusait des choses sacrées. D'autre part, en supposant même le délit impossible, la simple tentative, étant une preuve manifeste de perversité, peut-être punie comme l'at ‘tentat non perpétré. Saint-Charles avait défendu à tous 'prédi- .cateurs d’indiquer dans leurs sermons l'époque de la fin du monde : Ne certum tempus antichristi adventus et -extremi judicii diem pradicent ; cum sllud Christi Domini ore testatum sit, non est vestrum nosse tempora vel momenta: (Act. pag. 5.) .Il dit aussi au Ve concile provincial : Ad nuptias matrimoniaque impedienda vel .dirimenda eo cum ventum sit, ut veneficia fascinationesve homines adhibeant, atque usque adeo frequenter id sceleris committant, ‘ut res piena impietalis ac propierea ‘ gravius detestanda ; slaque, ut a tanto tamque mefario orimine panza gravitate deterreantur, excommunicalionis lata sententiæ vinoulo fascinantes -@t venefici id generis irrelili sint.
(P) — Le sénat de Milan écrivait à Pie V en ce qui concerne les hommes d'armes qu'avait saint Charles, que tanta fuit archiepiscopi duritia, ut, etiam si de jure nostro non parum decedere voluerimus, ad conditiones aliquas acciptendas flecti numguam potueril : inlereaque numerosi, nunc alios laicos, non sine regiz jurisdiciionis lesione, per suos comprehendi fecit, id ab aliis archiepiscopis ante se factilatum affirmans, quod tamen minime verum est; quandoquidem slli familiam armatam numquam habuerunt, sed brachium sæculare semper implorarunt (13 juillet 1567).
(0) — Saint Philippe de Néri écrivait à Clément VII : « Saint Père, que suis-je pour que les cardinaux viennent me trouver? Hier au soir vinrent ici les cardinaux de Cusa et Médici. Comme j'avais besoin d’un peu de manne, celui-ci m'en fit donner deux onces par l'hôpital du Saint-Esprit, auquel il en a procuré beaucoup. Il est resté chez moi jusqu’à deux heures de la nuit, cn me disant de Votre Sainteté tant de bienque ceslouanges m'ont paru excessives, parce qu'à mon avis un pape doit être l'humilité
même. À sept heures, le Christ est venu me visiter, et il m'a réconforté par son Gorps sacré. Votre Sainteté, au contraire, n'a pas même daigné venir une fois à notre église. Le Christ ‘est Dieu ethomme, et cependant il vient me visiter chaque fois que je l’appelle.... Je somme Votre Saintsté de me permettre de faire admettre dans un couvent. la fille de Claude Néri, auquel vous avez promis de prendre soin de ses enfants. Un pape doit tenir sa parole : chargez-moi donc de cette affaire, etc. »
Clément lui répondait sur la même feuille : — « Le pape dit que l’ambition transpire dans la première partie du billet, où .il est parlé avec emphase des visites fréquentes des cardinaux, à moins que ce ne soit pour faire voir qu'ils sont des personnes pieuses, ce dont personne ne doute. Si donc le pape n'est pas allé vous voir en personne, c'est votre faute, puisque vous n’avez jamais voulu être cardinal. Il consent à ce que vous exigez, comme il désire que vous grondiez ces bonnes mères, ainsi que vous le faites, avec force etautorité, si elles n’obéissent pas à la première invitation. A son tour, il vous commande de soigner votre santé, de ne pas retourner au confessionnal sans son avis, et, lorsque vous recevrez Notre-Seigneur, de prier pour lui et pour les nécessités permanentes de la république chrétienne. » (Dans les Acta Sanctorum, au 26 mai. Voir aussi Bacci, Vita di san Filippo Neri. GALLONIO, id. MARCIANO, Mem. della congregazione dell'Oratorio.)
(R) — La charité à domicile et la visite des pauvres, ces institutions tant louées de nos jours, appartiennent, elles aussi, à ce moyen Age qui, si on l’étudiait sans parti pris, pourrait nous offrir tant de modèles. En 1402, Pileo de Marini, évêque de Gênes, avait établi un bureau pour recevoir et distribuer les aumônes aux pauvres de la ville. Ce magistrato della misericordia fut plus tard développé ; on y ajouta l’Ufficio dei poveri, dont les statuts furent rédigés en 1593. Saint Antonin, avant d’être archevêque de Florence, avait organisé en 1441 la société des Provveditori dei poveri vergognosi (pourvoyeurs des pauvres honteux), qui furent désignés par le peuple sous le nom de Buonomini di san Martino. Répartis entre les différents quartiers de la ville, ils venaient au secours de toutes les nécessités des pauvres, en mariant leurs filles, en leur fournissant des lits, des couvertures, desvètements, des médicaments, de l’argent pour retirer leurs effets du montde-piété, et aussi pour les soustraire au vice. Les statuts de cette compagnie défendaient à l’autorité publique, civile ou ecclésias-
tique, de s’immiscer en rien dans leurs affaires, d'apporter le moindre changement à leurs règles, de faire la moindre recherche dans leurs biens ; tout était confié à l'honnêteté des pourvoyeurs et à la Providence. De cette manière, on était arrivé à distribuer quatorze mille sequins par an, et dix mille dans le siècle suivant. (PASSERINI, Storia degli instituts di beneficenza di Fiorenze.)