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entièrement purifiées; or, TEsprit-Saint déclare que rien d’impur n’entrera dans la cité sainte ‘, et l'Église a appris de la tradition de tous les siècles que l'entière purification s'aceomplit après la mort (T), par le moven de peines non définies que les prières des vivants peuvent adoucir ou faire cesser. Le concile se borne à définir que les prières des vivants peuvent soulager les défants, sans entrer dans le détail de leurs peines, sans s'expliquer sur la manière dont les âmes sont purifiées, ces points n’étant pas précisés par la tradition. Il indique seulement que ces âmes sont purifiées par Jésus-Christ, puisqu'elles le sont par les prières et les offrandes faites en son nom.
Aïnsi, même après que l’on est sorti de ce monde, les liens qui n’ont pas été volontairement rompus subsistent encore, et les défunts forment une même Église avec nous comme avec les Anges et avec le Christ. Seuls, les damnés resteront séparés de la source de l’ordre et de la vie, et tourmentés par l’angoisse d’une irrémédiable division : division entre les facultés de l'âme luttant l'une contre l’autre, division entre l’âme et le corps qui ne peuvent plus s’unir dans la paix, division d’avec leurs compagnons, division d’avec leurs semblables, division enfin d'avec la mortelle-même qu'ils appelleronten vaîn!
Les saints ont étendu sur la terre le royaume de Dieu ; ainsi leurs bienfaits subsistent encore, et ils nous ont laissé des modèles; mais en outre ils continuent d'agir comme nos protecteurs; ils prient Dieu pour nous, et nous les implorons pour nos frères du purgatoire. Tout culte religieux doit donc se terminer à Dieu comme à sa
(1) Ad Ephes. w, 21; Apoc. xx1, 21.
LE CONGILE DE TRENTE. 627 fin nécessaire; l’hoaneur que l'Église rend à la bienbenreuse Vierge et aux saints peut s'appeler religieux, puisqu'il se rapporte nécessairement à Dieu; on recqurt à leur intercession comme à celle de personnes plus agréahles à Dieu, et quelle que soit la manière dont on las inyoque, elle se ramène toujours à Priez pour nous. C'est à Dieu que l'on offre le saint sacrifice en faisant mention des saints, afin qu'ils daignent prier pour nous’.
Après les questions concernant le dogme, on passait à celles qui regardent la hiérarchie. L’épiscopat, bien que d'institution divine, ,tire-t-il du pape ses prérogatives? ou bien, tout en reconnaissant que le pape a été établi par Jésus-Christ, son autorité est-elle commune (quoique dans un degré moindre) à tous les évêques? La résidencé et l'institution des évêques, en ce qui regarde le pouvoir de juridiction, sont-elles de droit divin? ou, ce qui revient au même, jusqu'à quel point sont-ils indépendants du pape? Et les clefs furent-elles données à Pierre seul?
Dans l’examen de ces questions, ceux qui trayaillèrent le plus à faire triompher l’autorité pontificale furent les jésuites, et surtout leur général Lainez, qui, suivant Sarpi,
« y mit autant de zèle que s’il se fût agi de son propre
salut. » Au zèle de saint Ignace il unissait la science des choses de la foi. l’est lui qui, dans le concile, prononca le discours le plus célèbre ; il y proclamait la souveraine puissance du pape (il n’était pas question de son infailli-
{1) Sess. XXH, cap 4. At quamuis in honorem ef memariam sançigrum nannullas inferdum missas Ecclesia celebrare consueverit, nan tav iis sacrificium offerri docet, sed Deo soli qui silos caranavis; unde nec acerdas dicere sale: offero tibi sacrificium, Retre vel Paule; sed Deo de Sgrum uiciarts gratias agens, carmm patracinia implorat mi ipa gro mobis intercedere dignantur in costis, quorum mampviam facinus in
terris.
La hiérarchie.
mites de la puissance ecclésiastique qu’à y chercher un appui.
Ce fut donc la partie du concile la plus dévouée à l’autorité pontificale qui l’emporta, du moins d’une manière négative, et en tant que l’on ne définit nas, comme les adversaires l’eussent désiré, le droit divin de la prééminence des évêques sur les prêtres (V). Ainsi se raffermit cette suprématie du pape, que l’on avait voulu ébranler ; lui seul interprète les canons, impose les règles de la foi et celles de la vie. Notons toutefois que dans le concile de Trente, on ne trouve pas une seule phrase qui attribue aux papes quelque nouvelle prérogative; les expressions des conciles de Florence et de Latran, si favorables à la pri- ” mauté des souverains pontifes et à leur supériorité sur le concile, ne furent pas même répétées; les évêques français s’opposèrent à toute formule qui paraissait affirmer cette supériorité, et d’après le récit de Pallavicini, le pape lui-même déclara qu'il ne fallait rien définir qui n’eût été agréé par l’unanimité des Pères. Ainsi survécurent les deux écoles; l’une plus compacte, l’autre plus active; ni l’une ni l’autre ne s’écartent de l’orthodoxie ; toutes deux reconnaissent que les décisions de l’épiscopat réuni autour de son centre, sont infaillibles en matière de foi; autrement, il se pourrait que toute l'assemblée des fidèles fût dans l'erreur; toutes deux reconnaissent que l'organe suprême, par le moyen duquel l’Église se prononce, ne peut manquer à son office, qui est la garde de la vérité!.
Restaient les délibérations qui regardaient la réforme des princes, c’est-à-dire la revendication des prérogatives usurpées par eux. Une discussion sur les limites des
(1) Bossuet, Hist. des Variations, liv. XV.
est reçu éout entier sous chacune des deux espèces. On reconnait le purgatoire et la validité des suffrages pour les morts ; l’invocation des saints qui intercèdent pour nous, et dont il faut honorer les reliques ; on fait profession de garder et de vénérer les images du Christ, de sa mère, des saints; on proclame que l’Église catholique, apostolique, romaine, est la mère et ta mattresse de toutes les autres; que le Christ lui a laissé le pouvoir d'accorder des indulgences souverainement utiles aux fidèles; on promet obéissance au pape, vicaire de Jésus- Christ et successeur de saint Pierre ; enfin, on acquiesce à tout ce qui a été reçu par tradition et défini dans les conciles, spécialement dans le concile de Trente. En résumé, le concile est une ferme protestation même contre les erreurs qui germèrent plus tard.
.La réforme, désormais sans prétexte, depuis qu’avaient été rendus les oracles de cette grande assemblée à laquelle elle n’avait cessé d'en appeler, apparaissait comme une révolte manifeste; contre les opposants qui se séparaient et s’isolaient loin d’elle, l’Église ne pouvait mieux se défendre qu’en se fortifiant dans l’enceinte des remparts de l’antique foi. Chez les catholiques, il ne fallait pas de transactions, ni presque de débats : on n'avait qu’à mettre en lumière toute la synthèse de la foi catholique; on retrancha bon nombre de points controversés, et la théologie apparut comme une science positive, dégagée de la dialectique. A propos des décisions de foi, elle pouvait s’exercer encore sur les diverses manières d’expliquer la vérité, à la condition de respecter les points essentiels que tous les catholiques défendent comme un seul homme, et de n’y mêler rien de douteux. Les décrets de Trente, expression de la croyance catholique, rendaient pour
longtemps inutile tout autre concile; l’Église, comme une personne qui sort d’une dangereuse maladie, parut avoir recouvré sa vigueur, et s’appliqua tout entière à l’œuvre de son perfectionnement et du perfectionnement social!
(1) On a dernièrement célébré à Trente le troisième centenaire de ce concile, et on a frappé à Rome une médaille portant cette inscription :
eCorcilium magnum Tridenti inchoatum an. mpxLv absolutum an. mpLINI Ecclesia salvs. R. an. mpcocixi1 Tridenti tertiis festis sæcularibus. »
(A) — Renan pousse cette exclamation : « O Père céleste, « j'ignore ce que tu nous réserves. Cette foi que tu ne nous « permets pas d'effacer de nos cœurs, est-elle une consolation « que tu nous a ménagée pour nous rendre supportable notre « destinée fragile ? Est-ce là une bienfaisante illusion que ta piété « a savamment combinée, ou bien un instinct profond, une ré- « vélation qui suffit à ceux qui en sont dignes? Est-ce le désespoir « qui a raison, et la vérité serait-elle triste ? Tu n'as pas voulu « que ces doutes reçussent une claire réponse, afin que la foi au « bien ne restât pas sans mérite, et que la vertu ne fût pas un « calcul. Une claire révélation eût assimilé l'âme noble à l’Ame « vulgaire; l'évidence en pareille matière eût été une atteinte à « notre liberté; c'est de nos dispositions intérieures que tu as « voulu faire dépendre notre foi. Sois béni pour ton mystère, « béni pour t'être caché, béni pour avoir réservé la pleine li- « berté de nos cœurs!» (E. RENAN, Avenir de la Métaphysique.)
(B) — Albert Mazzoleni, religieux du fameux couvent de Pontida près Bergame, qui vécut de 1695 à 1760, avait rassemblé cinquante volumes de documents sur le concile de Trente, à l’aide desquels il se proposait d’en écrire une nouvelle histoire corroborée autant que possible par des documents authentiques contemporains. Mais il mourut sans en avoir fait usage, et sa collection
4 fut vendue à Antoine Mazzetti de Trente, qui avait bien pu les acheter, mais n’avait pas su s’en servir, et qui mourut lui-même en la léguant à la ville de Trente, où cette collection attend encore un historien qui en tire parti. Trois volumes sont restés dans la bibliothèque de Bergame.
Le premier volume de cette collection contient : Præludia Clementis VII ad celebrationem generalis concilii, qui sont des lettres et deg bulles de ce pape à l’empereur et au roi des Ro-
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS &Mi: 635 compte è rehdre à Dieu: Aujourd’hui nôus vivons; demain nous sommes morts : n'oublions pàs que là vie de tout hèmme ét non du chrétien seulement, consiste è remplir ses devoirs, età bien opérer selon la ritission que Dieu nous a confiée: Que votre seignehrié révérendissime considère ee que nousdevans faire, nous chrétiens, nous prélats, nous à qui Dieu a conféré tant de dignités, tant d'avantages achetés au prix dû sang de Jésus-Christ et de sa passion; que nous possédons si indignement, et dont nous jouissons dinsi comme des inigrats: » (Collès: Maszoléni, tome XI.)
Pôle lui répond qu'aucun légat avant lui n’avait soutenu avete tant dé dignité le nom du siége apostolique ; non-seulement au poînt de vue de l’action et de la charité envers tous; mais 6neore aü point de vué de la solidité de la déctrine.
{D) = Parmi les lettres de moñséigneur Della Gasa conservées aux archives de Parme, il en est une adressée au cardinal Farhèse én date du 17 décembre 1545, où il énumère toùsles évêques du territoire vénitien è qui il a transmis, de la part du pape, l'avis de se rendre au concile de Trente, sans relard, let les.ré= poses qu'il à tegues de chaturi d'eux. « Corfou ira; Veglia, Curzok bt le éoadjutètr dé Paphò irent, ainsi que Tertacine. Quant à Sebenico, jè crois qu'il est parti pour Rome; Cesarino Séxchse paree qu'il est maléde, au point de ne pouvoir monter à éheval ; ‘et je eroîs que sà seigneurîe dit la vérité. Paphio est Agé de quatre-vingtaquàtre ans et d’unë mauvaise santé; quant è ses facultés intellectuélle8, elles ont perdu beaucoup de ce qu’elles avaient lorsqu'il étäit jeune, et je ne crois pas possible qu'il y aillé. Woraguk de Nonà est si pauvre, qu'ila à peine pour vivre. Givitàl ‘dit qu’il ‘est pauvre et faible de santé. L'évêque éla de Spalatro répond qu'il ne sait pas si Sa Saiñteté veut qu'il y ille Pi are ane gg a
serà Voujoats prot à obéir ant ordres dé Sa Sainteté, L'archevütué ‘de Chÿpre est vieux et fort replet, en sorte qu'il pourrait très-difficilement se rendre à one et en conséquence il td très-Féspéetacuséinent votre beignéurie révérendissime, de suppliër Sa Shimteté dé vonloit bien admettre son exeuse, faute dè qui écrthinément ve serait l'ésphsat ni grave danger de pondre PAU
Et aîfibi de Strité pour les autres; il y arcertes dans ebtte lettre riti td db vStacite; ti Gxolut tonté id6e de voir une pure fiction dns te désir 16 pape d'ésseinbler le doncile. Eagomaréini aussi, dans ses annotations aux lettres de Jules Poggiano, vol. mn
« Quant à la forme, ils disent qu'il faut faire attention si l’on doit ouvrir un nouveau concile, ou simplement continuer celui qui déjà avait 6t6 ouvert à Trente.
« Puis ils ajoutent, qu’il semble que le concile soit plus nécessaire pour la réforme des abus, que pour la controverse doctrinale ; qu’en conséquence, comme il s’agit toujours d’une réforme à faire dans Rome, ils estiment que la célébration du concile n’aboutirait à aucun résultat.
« Finalement ils se demandent si, chaque fois qu'il s’agit d’une chose qui peut déplaire à Votre Sainteté, on doit ou on ne doit pas de suite faire une suspension, ou translation du concile, qui pourrait amener une dissolution bien pire que celle de Trente ne le fut. Et tout en se confiant dans la piété et la constance de Votre Béatitude, ils allèguent quela vie est incertaine, qu’il pourrait survenir une vacance du siége, ou arriver une élection d’un pontife ayant des vues différentes, d’où pourrait naître un schisme et de plus grands maux dans la chrétienté.
« Quant à l'exécution, les hérétiques font observer à Sa Majesté (d’Espagne) que, en s’alliant avec Votre Sainteté, avec l’empereur, avec le roi de France et d’autres princes pour cet effet, elle s’attirerait à elle-même les ressentiments non-seulement de toute l'Allemagne, mais encore ceux de tous les autres princes et nations hérétiques, de manière que soit l’empereur, soit le roi de France pourraient venir à un accord avec leurs sujets, et alors. ils feraient retomber tout le poids de ces inimitiés sur les épaules de la dite Majesté catholique.
« Aux susdites raisons, telle fut ma réponse : je leur fis d’abord observer, qu’on ne célèbre pas seulement le concile dans l’espoir de reconquérir les hérétiques obstinés et perdus, mais qu'il y a une infinité de peuples, qui ne sont pas tellement ensevelis dans l’hérésie, qu'on ne puisse les guérir, résultat qu’on ne peut atteindre que par le concile,
« Ne vous apercevez-vous pas (leur ai-je dit), qu’en tolérant les entêtés, on ne ferait autre chose que de répandre la poison qui infecte les bons, et qu’il n’y a d’autre remède contre ces obstinés et ces pestiférés que d’unir contre eux les forces de tous les princes chrétiens, et que cet avantage ne peut être obtenu que par le concile.
« Quant à la réforme, qui, suivant eux, est bien plus urgente à traiter au concile que la controverse doctrinale, il faut s'étonner qu’ils portent sur ce point un tel jugement. D'abord, on leur con-
commander chaudement sa candidature; il lui fait part de ses grandes espérances, et il ajoute de sa propre main : « Je supplie Votre Seigneurie de brûler ma lettre aussitôt qu'elle l'aura lue, et: de mo sensa pes GORI EHE; DT Médici, qui fut élu. Le
Go Da SA RO AGEN 12 GE OR MÉN LION Gites.
dinal Farnèse, mais ne pouvant la lui faire parvenir à cause des rigueurs nouvelles apportées à la tenue du conclave, il la plaga entre les bouteilles, ps Prendre 2 coma en futtellement tachée qu’elle devint illisible, dr
Cet Hippolyte d'Este, fils d'Alphonse due de Ferrare. dé dite: crèce Borgia, était n6 lo 24 août 1509, Instruit'dansla politique par son père, et fait prélat à la fleur de d'âge, il alla en France, où François Ie le combla d’honneurs et lui obtint le chapeau de cardinal en 1588 : le roi le fit ensuite, en 1540, archevêque d° Lyon, où il ne demeura pas longtemps, à cause des grandes dignités dont il était revétu, Jean Desgouttes de Lyon lui dédia une traduction du Roland furieux, comme l'Aveugle de Ferrare lui avait dédié le Mambriano, poëme plein de lazzi comiques et de situations impudiques, Hippolyte assista au concile de ‘Prenfe, après lequel il fut nommé à l'évêché d'Autun, qu'il éthangea “ensuite contre l'abbaye de Flavigny et le prieuré de Baint-Vivant; il reprit enfin l'aréhevèché de Lyon, et fit publier pour [oe diocèse le Breviarum recognitum ae innumeris ‘pene mendis summa diligentia et fide repurgatum, 1547, Lyon était ‘un centre d’imprimerie riche, où régnaît une licence que François Ir essaya de réfréner. Etienne Dolet, savant typographe, fut pendu comme hérétique à Paris, et beaucoup de ‘hugenots chaient en cachette ayant été découverts, au
pas en leur pouvoir de s’opposer à cette force occulte qui les dirige. C’est ainsi que de mon temps on a vu se produire de pareils contrastes; celui qui était l’objet d’une haine mortelle de la part de tous, avait été nommé pape par ceux-là même qui le haïssaient, et tel autre jouissant de l’affection générale et dont l'élection paraissait assurée, n'avait pu, justement à cause de cela, être élu. On voit donc que Dieu est maître de l'élection du pape, et que, ou sa justice pour châtier nos péchés nous donne parfois un mauvais pape, ou sa miséricorde et sa bonté pour nous dédommager nous en donnent un bon. Mais comme on pense généralement que les menées politiques ont leur influence dans une semblable élection, et que vous en particulier vous êtes portés à le croire, c’est ce qui m'a fait rassembler ici quelques souvenirs touchant ce sujet. »
Cette citation, prise entre mille autres, suffira à contredire les documents qu'ont rassemblés les satiriques dans certaines compilations, par exemple Jean Georges Fueslino dans ses Conclavia Romana reserata, et récemment M. Petrucelli Della Gattina dans son Histoire diplomatique des Conclaves.
(G) — Nous parlerons ailleurs des deux plus fameux historiens du concile. Voyez Le Plat, Monumentorum ad historiam. conoilii tridentini illustrandam spectantium amplissima collectio. Louvain, 1782.
Mansi a donné beaucoup de documents nouveaux dans la deuxième édition imprimée à Lucques des Miscellanea de Baluze.
Le livre de Louis Ellies Dupin, Histoire du Concile de Trente, fut prohibé en 1725, comme le fut en 1746 le livre de Jean Aymon, Lettres, anecdotes et mémoires historiques du nonce Visconti au concile de Trente.
Le Père Bergantini avait rassemblé beaucoup de documents à l’appui de l’histoire de frà Paolo, qu’il écrivit contre Pallavicini, sous le pseudonyme de Giusto Nave. Sur Mazzoleni, voyez ci-dessus la note B. |
Le livre VII des Decrétales de Clément VII comprenait le concile de Trente, mais il fut supprimé. L'ouvrage intitulé Libri symbolici Ecclesia catholicæ conjuncti, atque votis, prolegomenis, indicibusque instructi, opera et studio FrID. GuIL. STREITWOLF et Ru. E. KLENER 1845, cohtient les trois symboles universels, les décrets et les canons du concile de Trente, la confession de foi de Pie IV et le catéchisme romain. Dans ces dernières années plusieurs écrivains se sont occupés de l’histoire du concile de Trente,
un — 41
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS In. 643
Dieu n’y met autrement la main, on ne fera rien. Ce matin s’est ouvert la session (la seconde, 4 février), et on n’a fait autre chose que de consacrer par un décret le symbole que chante l'Église, et d'y consigner les excuses des abbés qui sont en route pour arriver de France, d’Espagne et de Rome. Frère Ambroise Catarino a prononcé le sermon : je n’aurais jamais cru qu’il eût pu trouver tant de ferveur et tant de feu : il a parlé avec une entière liberté sans attaquer personne, mais en exhortant tout le monde à maintenir la liberté du concile, et à exprimer son opinion sans aucune crainte, ce qu’on ne pourra jamais faire tant que le nombre des membres ne sera pas renforcé. »
Le dac Côme retevait du concile des nouvelles quotidiennes par son ambassadeur particulier, Jean Strozzi, et plus tard par Jacques Guidi, évêque de Penne. Les archives de Toscane nous offrent aussi comme renseignement les correspondances de Bernard Daretti, pour l'année 1546, celles de Pierre-Frangois de Riccio aux numéros 47 et 48 du Carteggio universale, et plus de détails encore dans les manuscrits de Cervini, qui roulent sur le concile et sur les affaires d'Allemagne au temps de Marcel Gervini, devenu plus tard pape; on y lit des lettres de Vergerio, de Morone, et une infinité d'opuscules d’actualité. Nous aurons à en parler lorsque nous traiterons de la Toscane.
(H) — La belle vie de Commendon, écrite en latin par Graziani, a 6t6 bien traduite en français par Fléchier (Paris 1669). On attribue à Commendon un discours sur la cour de Rome, qui existe en plusieurs copies manuscrites à la bibliothèque palatine de Florence : cette pièce n’est point citée par son biographe, mais elle est digne de lui. Il fait l'éloge de cette admirable république organisée pour l'avantage de la religion; mais aujourd'hui, ajoute-t-il, on fait des ecclésiastiques et des prélats, avant même qu’ils comprennent bien la dignité à laquelle ils sont élevés. Les pontifes s’6cartent de leur mission divine; ils veulent vivre comme de jeunes séculiers et s'attacher de cœur aux choses que nous ne possédons que pour peu d’années. La puissance des papes doit.étre illimitée ; c’est là une nécessité qui apparaît dans les schismes; elle résulte de l'histoire et des conciles comme étant la volonté même de Dieu. Mais la sensualité produit dans l'Église beaucoup de taches, entre autres les ruses, le népotisme, la négligence dans le gouvernement et la recherche des faveurs du prince. À ceux qui croient que l’Église ne doit point avoir de seigneurie, il oppese que Dieu a douné à son peuple pour seigneurs les prêtres, et que
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Koller, conseiller et chef, qui se trouva au concile de Trente, et le docteur François Cram, de Silésie, son conseiller intime. Les susdits princes étaient assemblés dans leur étuve servant de grand salon ordinaire, dans lequel il n’y avait que des princes, des fils de princes, des ambassadeurs, des conseillers, des secrétaires et des chanceliers. A l’entrée des nonces, les princes se tenaient dans le salon, tous debout, la tête découverte et rangés dans l’ordre suivant : sur une banquette, les deux électeurs ; un peu à l’écart était assis sur un tabouret le comte de Hostein, ambassadeur de l'électeur de Brandebourg ; le duc Wolfang de Neubourg était également assis un peu à l’écart; près de lui était le duc de Wirtemberg, puis le marquis Charles de Baden, puis le fils du landgrave, qui la veille n’avait pas assisté au conseil, puis Jean-Georges Palatin. On remit à chacun le bref avec la bulle du concile; chacun l’accepta et il s’unirent tous ensemble , eux étant encore debout, pour nous inviter à nous as
seoir, en nous indiquant un banc mis là exprès pour nous, et recouvert de velours. Nous répondimes : Sedeant celsitudines vestræ, et aussitôt tous s’assirent à la fois, et il se fit en mème temps un grand silence. Alors l'évêque Delphino commença à parler, et exposa exactement tout ce que renferme l'écrit ci-annexé : l’évêque Commendon ajouta les paroles qui seront également rapportées ci-après. Lorsqu'il eut fini, les deux électeurs échangèrent entre eux quelques paroles, dont ils donnèrent connaissance au duc Wolfang de Neubourg et au duc de Wirtemberg, et ensuite Misquir, chancellier de l'électeur Palatin, répondit au nom de tous les princes par ces paroles textuelles : Illustres principes intellexerunt ea qua exposuistis nomine pontificis romani, et quia negotium est arduum, nolunt nunc resolvere; convenient inter se, et postea dabunt responsum ; interim cuperent ut, qua vos legati pontificis dixistis, ea scripto eis deferatis.
« Alors on répondit que Sa Sainteté avait manifesté ses intentions dans la bulle du concile, outre qu'elle en avait écrit surabondamment à l’empereur, et qu’en conséquence nous avions l’ordre de ne pas aller plus loin.
« Alors un chancelier passa autour des princes, et puis il nous répondit : Zlustres principes intellexerunt vestrum responsum, et
vos in eo non urgent. » Après ces paroles nous primes congé de
l'assemblée, et le même cortége nous accompagna jusque chez nous, où nous ne fûmes pas un quart d’heure sans voir paraître trois gentilshommes envoyés par les princes, qui nous dirent ces
6k6 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS XIII. paroles formelles : Magnifici domini principes, quamdid vos fuistis apudillosnon viderunt hæc verba, Dilecto filio quia tecta erant : sed pestquam viderunt se appellatos filios aromano pontifice, quem illi mon egnoscuni pro paire, remiltunt vobis lileras; respondebunt niholeminus ad ca que vos diristis.
On répondit qu’on leur avait écrit comme on écrit aux autres princes chrétiens, et que les prédécesseurs de Sa Sainteté ont toujours employé pour écrire les mêmes règles. Les princes protestants déposèrent sur une table tous les brefs, à l'exception des bulles du concile, et s’en allèrent. Votre seigneurie peut avec son expérience s’imaginer le déplaisir que nous fit éprouver ce départ; nous ne voyions même pas ce que nous pouvions faire, les princes luthériens ayant déjà pris avant leur départ cette délibération, ils pouvaient d’autant moins revenir sur elle. Nous attendimes donc qu’on nous rappelàt; mais, au contraire, le lendemain À sept heures nous vimes venir à nous des conaeillers de ces princes, et à leur tête Misquir, conseiller de première classe de l’électeur Palatin. Ils trouvèrent près de nous ma accueil des plus convenables. Georges Cracovio, ie second d’entre eux, conseiller de l'électeur de Saxe, personnage versé dans la pratique des langues, nous servit d'interprète auprès des princes. Il commença par nous appeler Reverendi Domini, et voici en substance les paroles qu’il nous adressa : Il y a (a-t-il dit) chez toutes les nations des personnes pieuses et droites, qui désiraient que la lumière de l'Évangile et la pureté de la doctrine fussent rétablies, et tetri abusus tollerentur, abus que le pontife romain dans la sphère de ses attributions aurait déjà dû extirper; mais chacun peut savoir quelles ont été les pensées de leurs seigneuries et les intérêts particuliers, et quantum romana Ecclesia superstitionis et erroris effuderit evangelio, motifs à raison desquels ces princes avaient été forcés, ab ordinaria potestate decedere, lucem quarere et puritatem doctrinx haustam ex ipso verbo Dei, quam nunc certe et indubitate sequuntar, juxta primam confessionem Augustanam. En ce qui touche notre présente légation, il semble bon aux princes de donner cette réponse aux propositions que nous avions faites au nom du pontife romain : Primo, tnirari se, qua spe fretus, romanus pontifex ausus sit mittere legationem ad illos : non agnoscere se ejus potestatem, neque in aliis, neque in indiclione concilis : unum se dominum im terris agnoscere, cesaream majestatem. Ils se sont ensuite plaints de ce qu'on leur avait fait un crime de s’être partagés en beaucoup de
sectes, disant qu'ils suivent une seule confession, celle d'Augsbourg, qu'ils avaient leurs docteurs et leurs théologiens pour la défendre, comme nous avons pu le lire dans leurs livres, et quod slli debuissent habere cota in concilio. Enfin, que les ambassadeurs de Sa Majesté Impériale étaient venus ici, et que les princes leur avaient répondu : ut supplices referrent cesarea majestati quid de hac tota re principes sentiant. Mais, quant à nos personnes privées, lors même que nous ne fussions pas venus nomene pontificis, on eût usé envers nous de tous ces procédés bienveillants et courtois, eu égard à notre qualité de vénitiens, les princes ayant un grand respect pour l'illustre république, et aussi par considération pour nous-mêmes, et nous donnant de belles paroles ils ajoutaient qu'à ne voir en nous que de simples particuliers, ils se faisaient un plaisir au nom des princes de nous offrir tout ce qui nous ferait plaisir:
« Dès qu'il eut fini, nous conféràmes tous deux sur la réponse à lui faire, et d'un commun accord l’évêque Commendon répondit ainsi : « Que notre seigneur (le pape) avait envoy6 ses nonces aux princes d’Allemagne pour accomplir son devoir de pesteur universel des peuples, et au nom de la charité qu’il avait dans le cœur pour chacun, aux intentions et pour le but qui avaient été exposés avant-hier à Leurs Altesses, et qu'en conséquence nous ne voyions pas pourquoi on pourrait s’en étonner. Que le concile avait été convoqué par Sa Sainteté selon la forme et le mode ponctuellement observés dans l’Église et sur l'inspiration du Saint-Esprit; qu’il n’y avait pas d'autres moyens pour conserver, pariout où le besoin s’en faisait sentir, ou pour rétablir l’antique discipline de nos pères, que ceux employés par eux.. Quant à leur prétention de n’avoir, eux princes, d'autre supérieur que Sa Majesté Impériale, ils ne doivent pas ignorer quelle difrérence il y a dans la république chrétienne entre Sa Majesté et le souverain pontife, quel doit être le respect de Sa Majesté Impériale envers Sa Sainteté, et enfin quelles ont toujours été les dispositions des pontifes vis-à-vis cette illustre nation (l'Allemagne), surtout en ce qui regarde l'empire. Quant à la réforme, omettant pour le moment de parler des prédécesseurs du pape, et surtout de Pie IV, de sainte mémoire, Pie V depuis le commencement de son pontificat s'en est occupé et lui a donné un bon essor; et il a d'autant plus volontiers convoqué le concile, qu'il y a và un moyen pour opérer cette réforme universelle.
« Quant à l’Église romaine, elle n'a point (ajouta-t-il) obscurci
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS XII. 649 la sainte Église romaine. Pendant que nous parlions, il y avait au moins dix personnes qui écrivaient; le duc de avait son carnet en main, et il nota lui-même quelques passages. Ils nous ont reçus, entendus et honorés en notre qualité de nonces du siége apostolique; il ont fait une réponse polie à ce que nous leur avons dit au nom de Sa Sainteté, et sans user de paroles ou de procédés injurieux ou dérisoires , ainsi que beaucoup de personnes s’y attendaient. Ils ont repoussé les lettres apostoliques, mais non la bulle du concile, conduite inconséquente , mais qui dénote beaucoup de mauvaise volonté et un esprit fortement indisposé, car chacun voit qu'ils ont consenti à ce qui importe le plus, en acceptant eten gardant la bulle du concile. Après cet exemple, nous courons risque de voir tous les princes luthériens de toutes les villes protestantes refuser les brefs. D'un autre côté, c’est déjà beaucoup que, même sans voir les brefs de Sa Béatitude, nous ayons été reçus, honoré set écoutés comme ses mortes, qu'on nous ait laissés remplir notre devoir, c’est-à-dire faire les invitations pour le concile, en montrer la nécessité, déclarer la pieuse intention de Sa Béatitude, et finalement qu’on nous ait répondu à propos, sinon à souhait. Mais le fait principal, c’est que les princes ont jugé qu'on allait certainement célébrer le concile général, et qu’ils ont reconnu qu'il était pour eux d'une indispensable nécessité de s'accorder sur quelque formule de foi, pour avoir un certain air d’entente. Leur conférence n'a pas eu d'autre but important que celui-ci. x
« Les résultats n’ont pas répondu à leur attente, car Jean-Frédéric duc de Saxe s'en veut tenir uniquement è la confession rédigée par Luther, présentée l’an 1530 à l’empereur Charles- Quint; les autres princes veulent ajouter l’appendice de Mélanchthon , et cela, parce qu'ayant penché vers les doctrines de Zwingle, et celui-ci ayant dans ses écrits semé beaucoup de germes de sa pernicieuse folie , les sacramentaires, qui parmi ces princes sont les plus notables, comme l'électeur Palatin, le duc de Wirtemberg, le marquis de Baden, échappent de {cette manière à la condamnation. C'est pour cela que le susdit due Jean-Frédérie, non-seulement n’a pas voulu donner son adhésion, mais est parti en colère contre les princes appelés sacramentaires, et a causé du scandale. Nous avons su par plusieurs secrétaires et conseillers de princes, qui sont venus souvent nous visiter et même diner avec nous, qu'on n'a aucune bonne disposition pour
dans l'Émilie en 1302, mourut en 1340. Il dit : « Pour Pinstruction la plus commode du religieux et honnête frà Donato de Sainte- Agathe, de l'ordre des Mineurs, inquisiteur dans la province des Romagnes, qui, tout occupé des choses divines, et spécialement adonné à l'étude de l’Écriture sainte, ne peut se livreæ à la science du droit canonique et à celle du droit civil; pour qu'il puisse s’instruire plus à fond dans ces matières, et savoir la marche à suivre dans les jugements ou dans les procès afin de ne pas s’écarter des préceptes de la justice, moi Zanchino fils d’Ugolin, siénois de la porte de Saint-Pierre de Rimini, modeste avocat, fils spirituel et dévoué de ce seigneur inquisiteur, j'ai composé ce traité abrégé sur les hérétiques, etc. Voir QueTIe. |
Campeggi fit aussi un livre : De privata potestate rom. pontifieis contra Matthiam Flacium iIllyricum, qui ne fut imprimé qu’en 1697. Vincent Patina de Quinzano (1575), écrivit encore : Fraymenta contra hæreses. (Mantoue, 1557), et d’autres œuvres de mérite.
(M) — Les théologiens nomment mérite la bonté surnaturelle des actions de l’homme, et le droit qu'il acquiert par elles aux récompenses divines, en vertu des promesses de Dieu. Il y a mérite de condignité, quand il y a proportion entre la vateur del l’acte et la récompense qui y est attachée : sinon, il n'y a que mérite de convenance (de congruo.) Le mérite de condignité ne se peut fonder que sur une promesse formelle de Dieu; l’autre a pour base la confiance dans la bonté, la pure grâce et la miséricorde divine.
Daniel dit à Nabuchodonosor : « Rachète tes iniquités par des aumônes. » Ici il s’agit d’un autre mérite : ie pardon des péchés accordé en récompense des bonnes œuvres. De même, il est éerit que Dieu fit du bien aux sages-femmes égyptiennes, parce qu’elles le craignirent. (Exode, 1, 20.),
D'après saint Jacques, la courtisane Rahab fut justifiée à came de ses bonnes œuvres (11, 25). Dans ce cas, et dans d’autres semblabies, il n’y avait point de condiynité, c’est-à-dire point de proportion entre les œuvres et la récompense , et il n'y avait pes de promesse divine; c'est la pure bonté qui ne voulut pas laisser ces bonnes œuvres sans récompense ; il y avait done mérite -de convenance.
L'homme ne peut mériter la première grâce actuelle : autrement, elle serait le prix d'actions accomplies sans elle ot pure-
ticles fàt bon et que la forme en fût claire ; que, dans l'espérance d’un accord, non-seulement on ne se laissàt point aller à accepter tel sens et telle détermination qui ne fût pas entièrement catholique, mais etiam que dans l’explication des termes, on évitât toute équivoque, toute omission, et qu’on y apportât assez de netteté pour écarter ie péril d'être joué par la malice des adversaires. » Lainez, dans son ouvrage De Imputatione justitia (Trente, 1546), concluait ainsi : His itaque dictis circa ipsam decreti doctrinam , addam me vehementer desiderare ut, in publica atque ordinaria synodo , huic negotio justificationis imponatur extrema manus : atque ob id præsertim, quia cum ego, sicut et alis generales, jam missurus sim permultos concionatores ad varia Italiz loca, vellem ut ex præscripta formula idem omnes de justificatione dicerent.
(0) — Le docteur Pusey dans sa récente et célèbre lettre : L'Église d'Angleterre, portion de l'Église une, sainte, catholique de Jésus-Christ, et moyen d'en rétablir l'unité visible, Irenicon, etc., Londres, 1866, dit: « Quant à la justification, il n’y a pas un seul chapitre du concile de Trente que nous, anglicans, ne soyons tout disposés à souscrire ; il n’est pas un anathème du concile sur ce sujet qui soit en contradiction avec la doctrine de l'Église anglicane. » Et il ajoutait : « En comparant ma croyance avec celle qu’expose le concile de Trente, je me suis persuadé que les expressions dont il s’est servi, entendues d’après les explications qu’en ont données des docteurs catholiques, et qui tout en gardant leur caractère privé sont autorisées parmi les catholiques, ne condamnent pas ce que je crois, ne m'obligent pas à admettre ce que je n’admets pas..... Rien ne s’y rencontre qui ne puisse être expliqué d’une manière satisfaisante pour nous, pourvu que ces explications nous soient données avec autorité: c’est-à-dire, non-seulement par de simples théologiens, mais par l'Église romaine elle-même. »
Le docteur Pusey se déchaîne ensuite contre l'Église catholique en s'inspirant des préjugés vulgaires; selon lui, la primauté du pape dérive non du droit divin, mais du droit ecclésiastique ; il veut distinguer dans l'Église un enseignement doctrinal qu'il loue et reconnait, et un système pratique populaire, source de superstitions et d’absurdités, et en contradiction avec le premier; le docteur Pusey le trouve autoritaire et idolàtrique ; c’est la cause qui retient les protestants éloignés de l'Église catholique.
dans la forme qu'elle a preserite; aujourdhui, am contraire, en Italie, la loi ne reconnait que l’acte civil. Que Le mariage ne suit pas un sacrement, mais qu'il soit seelement un contret civil, c’est ce qui a été soutenu parmi nous, entre autres par De Dominis. Pour réfater De Dominis et Launey, le célèbre Gerdil commence un traité où ?! mentre que la nature intime et essentielle du mariage, et som institution divine, distinguent le mariage. de tous les contrats civile et natarels. L'ouvrage de Gerdil fut publié en 1803, après la mort de l’auteur ; on le réimprima en 1860, lorsque la question du mariage fut soulerée de
nouveau.
(R) — J. Wolkmar, dans le Zestschrifi für vissensohafiliche Theologie, 1882, à propos des épftres canoniques, soutient que les livres d’Enoch ne parerent que vers l’an 132 de Jésus-Christ. Par conséquent, les deux épftres de saint Pierre et l’épitre de saint Jude qui citent ees livres, sont postérieures et se placent vers 145; Pappias, qui se sert de la première épttre de saint Pierre, n’a pu éerire avant les années 155-170; et ainsi tombe le témoignage rendu par Pappias en faveur des livres de saint Jean. Et ainsi de suite.
Mais le livre apocryphe du prophète Enoch, regardé pendant de longs siècles comme perdu, fut découvert en Abyssinie à la fin du siècle dernier, et a 6t6 traduit sur un manuscrit éthiopien de ly bibliothèque Bodleyenne (Oxford, 1831); la date antérieure de sa composition est désormais démomérée. Voir RrcHARD LAWRENCE, Mashasu Enoch Naby the Booky, etc., et GHrRINGæELLo dans sa ‘ Vie de Jésus-Christ, p. 113. La vérité, c’est que Pauthontieité de l’épitre de saint Jude ne dépend en rien du l’âge du livre d’Euock; l'apétre ne le cite pas comme un livre, il ne dit pas : Striptuen est : il cite seulement des paroles que la traditio= attribuait è. Eaocb, et qu'on a pu faire passer dans l'ouvrage apoeryphe qui porte le nom du patriasche , em les empruntant.à la même tredition et peut-être aussi à l’épitre de saint Jude où elles sent citées. |
(S)— La division des livres saints en ancien et nouveau Ftstament fut formulée par Tertultien appuyé sur saint Paul, qui a écrit: Quiet idonsos nos fecit ministros novi testamenti , (IL Cor., HI, 6); et Zn lectione veterio testamenti. (II Cor., m1, 14.) Le mot grec det, c’est Péquivalent de l'hébreu dérità, qui signifie inoision, allianca cu économie. Les livres de l’ancien. Testament sent au nombre de. quarante-six, à savoir: la Gencse, 'Æcodè, lo Lévité-
tion égale. D'ailleurs, ce sont les mêmes preuves qui démon-
trent, d’une part la supériorité des évêques sur les simples
prêtres, de l’autre, le principe divin de cette supériorité. [(Note que les traducteurs doivent à un théologien autorisé.)
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La réforme morale et disciplinaise.
Tout arbre doit porter des fruits, toute doctrine exercer une influence salutaire sur la conduite des hommes; autrement, elle n'échappe pas au mépris qu’Israél réservait à la femme stérile. Si le principal devoir du prêtre est de combattre le vice et l’incrédulité, il faut qu’il possède une grande science, et qu'il offre en même temps un modèle de vertu.
L'orgueil, qui ne veut pas donner raison aux dissidents, n'avait pas empêché les catholiques de reconnaître la dépravation qui s'était glissée dans le clergé, de désirer la réforme morale, et de faire prévaloir le sentiment religieux sur l’idolàtrie classique dans les arts, dans la jurisprudence, dans la littérature, dans la vie. A chaque session du concile, on promulgua des décrets de réforme pour rétablir à la fois la clarté dans la doctrine et la pureté dans les actes. On déclara qu'à l'avenir seraient nuls et de nul effet les mariages clandestins, ou œux contractés hors la présence du curé et des témoins, et on prescrivit à cet effet de les faire précéder de trois publications. On défendit de conférer les ordres à celui qui ne posséderait pas un bénéfice ou un patrimoine suffisant pour vivre; om condamma les distributeurs d’in» dulgences, lesquelles ne doivent être publiées que par les
Réforme ecclésiastique.
évêques. On statua dorénavant que la collation des ordres, les dispenses, les dimissoires seraient gratuits; que la résidence serait obligatoire, et en conséquence, que la pluralité des bénéfices curiaux était abolie; que personne n’en pourrait être titulaire avant d’avoir atteint l’âge de vingt-cinq ans; qu’on ne pourrait être promu à une dignité dans une église cathédrale avant l’âge de vingtun ans, et sans avoir au préalable subi un examen : on voulait aussi que le sacrifice de l’autel fût célébré avec une pompe convenable et sans exigences pour l’honoraire'. Quant aux revenus des cathédrales et des collégiales, le concile décréta que le tiers en serait consacré à des distributions journalières au profit de ceux qui prennent part aux cérémonies du culte; il prescri vit aux évéques de faire chaque année, ou au moins tous les deux ans, la visite des églises de leur diocèse, pour examiner toutes les branches du service; ils y devaient, outre les mesures réclamées par le soin des âmes et le redressement des mœurs, aviser à l’entretien et à la réparation des édifices religieux et des ornements sacrés; chaque diocèse devait avoir un séminaire, et les synodes provinciaux et diocésains avaient pour mission de déraciner les restes des superstitions et les indécences dans le culte.
Les pasteurs ne devinrent pas pour cela des saints: un pareil résultat était au-dessus des forces humaines; mais le concile avait voulu éclairer pleinement leur conscience sur les devoirs imposés à leur charge; il avait ramené à l’observance des canons l'élection des ministres
(1) Le tome XII de la collection Mazzoleni, que nous avons déjà cité plusieurs fois, contient entre autres un mémoire intitulé Abusus qui circa sacrum missæ sacrificium evenire solent et un Manuale de quibus-
dam abusibur, qui traite principalement des prédications faites par les religieux des quéteurs et de leur réforme.
de l'autel, les offices et tous les rapports entre prêtres et fidèles. A voir les décrets que l’assemblée rendit, on croirait que les pieux réformateurs s'étaient flattés de ramener le monde aux mœurs de l’époque apostolique; ils n’évitèrent pas l’excès dans le bien, ce défaut qui peut compromettre les meilleures causes. En fait, une semblable réforme enlevait tout prétexte à la réforme protestante; et, selon le mot du père Ventura, « elle détruisit théologiquement son empire. »
On traita également de la réforme des princes; ici on rencontra unevive opposition chez les ambassadeurs ; aussi fallut-il se borner à exprimer la confiance que les princes restitueraient à l'Eglise l'exercice de ses droits, n’exigeraient plus de ses ministres les gabelles ou les dimes, engageraient leurs sujets à respecter le clergé, et ne permettraient plus que des officiers et des magistrats subalternes violassent les immunités de l'Église et celles des ecclésiastiques. Les sujets et les princes, lit-on dans les décrets de Trente, obéiront aux constitutions du pape et des conciles, et à celles qui protégent la liberté ecclésiastique; ils n’auront point la prétention de soumettre à l’erequatur les bulles pontificales; l’empereur, les rois, les princes, tous respecteront les droits des ecclésiastiques, en sorte que les clercs puissent rester dans leur résidence et exercer leur ministère sans entraves, à l'édification du peuple : enfin, l’excommunication est prononcée contre quiconque usurperait des biens ou des droits appartenant à l’Église.
Un des objets principaux soumis à l'examen du concile, c'était d'empêcher la diffusion de l'erreur, et ici se présente avant tout la question de la surveillance des livres.
La liberté illimitée pour le bien appartient à l'Église, parce qu’elle est une action de Dieu sur l’homme; mais, par rapport à l’individu qui opère sur un autre, la liberté ne peut.subsister dans son essence que si elle est réglée. La raison pure veut, pour la vérité, le triomphe ; la raison pratique exige qu'elle ait tous les moyens de l'obtenir, et qu’on écarte la violence pour laisser à la conviction son élan. La liberté et la vérité sont faites l’une pour l’autre; mais on ne peut aller de la liberté à la vérité, comme le veulent les protestants : il faut au contraire aller de la vérité à la liberté (et là est la gloire des enfants de Dieu), en cherchant le bien avec la plus grande liberté possible, et non la liberté sans le bien.
C'est ce principe qu’il ne faut pas perdre de vue, quand on discute sur la liberté de la presse, où souvent on donne à la question politique le pas sur la question morale. Tant que les livres ont été une rareté, on songea peu à y mettre un frein; et pourtant, paraît-il, les palens présentèrent au sénat de Rome une demande où | ils réclamaient la destruction de certains livres, et nommément du De natura Deorum de Cicéron, où les chrétiens puisaient trop d'arguments pour battre en brèche la religion antique‘. Du temps des martyrs déjà, on mettait en garde les fidèles contre les écrits des hérétiques, car il est conforme à la loi divine de se préserver de la contagion, de ne pas s’exposer sans nécessité à la tentation, de ne pas se distraire à des choses vaines!; et, comme beaucoup de personnes se laissaient égarer
(1) ARNOBE, adversus Gentes, III, 7.
(2) Aux Actes des Apôtres, chap. xx, v. 19: Multi eorum, qui fuerane curtosa sectati contulerunt libros, et comburerunt coram omntious.
LA RÉFORME MORALE RT DISCIPLINAIRE. 668 par l’amour du beau, dans ah concile tenu à Carthage l’an 400, on accorda aux évêques la permission de 1îfe les livres hérétiques qu'ils devaient réfuter, mais non les livres païens. Le motif ve de sei, et on comprend la décision inverse au temps où le péril, disparu pour les livres paiens, subsista pour les livres hérétiques. 11 y a là une loi de défense et une mesure de précaution, comme celles que prend l’autorité pour intetdire la détention des armes dangereuses ou la vente des poisons. Tantôt la prudence des princes, tantôt celle des prélate fit défendre ou brûler certains livres. Les universités de Louvain et de Paris en dressèrent même des catalogues. A une époque où la scolastique était flagellée par les classiques, où les bumanistes de l'Allemagne avaient tommencé à faire la guerre à la théologie, tout naturellement la peur que ces livres inspiraient dut s’accrottre. Cependant on ne trouve une défense générale et une menace d'excommunication que dans la condamnation que Léon X ianca contre Luther, en prohibant tous les livres de cet hérésiarque. Une constitution de Paul IV en 1554 proscrivit en général les livres traitant de magie et d'autres superstitions, les ouvrages obscènes, les livres d'hérésizr. ques, mais non ceux des simples hérétiques; elle ne défendit pas non plusles traductions d'auteurs sacrés faites par ces derniers, pourvu qu'elles ne continssest rien d’erroné. Aux termes de cette constitution, il fallait une permission pour lire, ou la Bible en langue vulgaire, ou les controverses avec des hérétiques. |
Le siècle intolérant nous permettra, à hous qui nous sommes montré, même aux jours les plus dangereux, au nombre des intrépides défenseurs de la presse, de dire qu'on n’a peut-être pas assez considéré l’irhportance s0-
ciale de cette découverte, la plus décisive pour la civilisation. Au moyen âge, la conscience chrétienne et les constitutions germaniques avaient rendu à l’homme la personnalité, qui avait 6t6 absorbée dans le magnifique titre de citoyen romain, et on en vit sortir ces institutions si caractéristiques qu’on nomme le monachisme, la chevalerie, la féodalité, et les corporations des arts et métiers. Ces éléments allaient chaque jour se rapprochant, non pour se détruire, mais pour se combiner et former l’État moderne, où les différentes sociétés devaient subsister l’une à côté de l’autre. Au milieu de ce lent travail d’enfantement, apparut tout à coup la presse, qui créait l’opinion, la répandait, l’imposait.
On n’avait eu jusqu'alors pour instrument de la publicité que la parole qui retentissait dans les églises ou dans les universités. En voici un nouveau beaucoup plus accessible à tous, bien autrement propre à la diffusion. Pour discourir, en effet, il faut une certaine supériorité, une occasion, un lieu propice et une sorte de courage; la presse, au contraire, est un agent mécanique, dont tous les hommes peuvent se servir, et toujours, même le lâche et l’ignorant ; car il n’est besoin pour l’employer ni de probité, ni de zèle, ni d’éloquence, ni de précautions oratoires, ni de respect pour l'auditoire, ni de pudeur, et pas davantage d’une mise en scène. Chacun dit ce qu'il veut, et comme il le veut, et quand il le veut : l’incapable, le méchant, le lâche qui veut frapper sans se faire connaître, le déhonté qui veut affirmer sans avoir à essuyer la honte d’un démenti, avaient trouvé leur champ d'action, et les moyens de faire prévaloir l’utile sur le juste, les intérêts sur le droit; illeur fallait seulement de l’audace.
Au début de cette invention, on n’en connut que les
avantages : ainsi que nous l’avons vu‘, les papes, abritant l'imprimerie sous leur manteau, l’accueillirent comme une bénédiction du Ciel. Les savants y applaudirent comme à un moyen de populariser les bienfaits de la civilisation ; mais en même temps, à des milliers de copistes plus ou moins érudits on vit succéder la presse mécanique, partant inintelligente; au livre, dont un au- “ teur faisait le travail unique de toute sa vie et qu’il écrivait pour la postérité, succéda la composition improvisée et éphémère. À peine les hommes eurent-ils goûté de ce nectar, qu'ils en furent enivrés : la diffusion des classiques tendit à implanter de nouveau la civilisation paienne, non pas d’abord sur les ruines de la civilisation chrétienne, mais en concurrence avec elle : les discussions se répandirent encore et se perpétuèrent. Les Égyptiens avaient dit à Platon que la découverte de l’6criture fut le premier attentat contre le caractère sacré de la pensée’. On peut dire dans le même sens que l’imprimerie a donné le dernier coup de marteau à l'édifice féodal et ecclésiastique ; elle a diminué le droit personnel si précieux pour qui a le respect de soi-même, en offrant des armes puissantes à la force de concentration, à l’audace, à l’habileté. On put modeler toutes les intelligences sur le type agréé.par celui qui exerçait ou dirigeait ce grand mouvement de pression.
(1) Voir notre volume La RéyonMe EN ITALIE: Les Précurseurs, pages 489-490.
(2) Dans le Phédon de Platon, il faut voir avec quelle finesse et aussi avec quelle élégance Socrate parle des dangers que l'écriture fit courir à la pensée; il établissait un parallèle entre la parole vivante et la parole écrite; il condamnait ainsi par anticipation ces hétérodoxes qui, rejetant la tradition, veulent que la substance de la vérité soit enfermée dans un livre.
Ses effets sur
la liberté.
L’imprimerie était bien loin d’avoir au début la toutepuissance qu'elle eut plus tard et qu'elle a de nos jours. Mais la passion qui pousse les hommes à attaquer tout ce qui est respecté à quelque titre que ce soit, ne tarda pas à s’en emparer. Dès lors tout devoir à accomplir devient un poids insupportable, toute autorité est une tyrannie; tout désordre dans l'application est une condamnation des institutions; tout mal inévitable est la faute de celui qui ne sait pas le faire disparaître, et il serait si facile, disait-on, de le faire disparaître, et de faire un paradis de cette terre, où les désordres ne proviennent que des hommes.
En conséquence, la presse dirigea ses premières attaques contre les moines et les ecclésiastiques, parce qu’ils étaient les défenseurs de l’ordre et de la conscience individuelle contre la tyrannie de l'opinion générale qu’elle voulait imposer, parce qu'elle qualifiait de préjugés les sentiments même les plus nobles, les inspirations les plus libres de la conscience. Dans ca but, le sarcasme et le raisonnement s’affublèrent du vice qu’ils reprochaient à l'Église, c’est-à-dire de l'hypocrisie, et feignirent de vouloir l'amendement et la réforme, tandis qu'ils ne visaient qu'à la destruction : ils ne menagaient pas le dogme en lui-même, ils n’opposaient pas à l’autorité ecclésiastique le fait de son existence, mais ils l’accusaient de n’être pas sincère, de prétendre à l’obéissance et au dévouement d’autrui par des moyens immoraux, et en déviant de sa divine institution.
Déjà Hutten, Erasme, Ochin, Vergerio avaient employé cette tactique contre la morale ou la foi : l’Arétin luimême était toléré et récompensé, tant on avait peur de l'opinion imprimée; aussi la presse devint-elle bientôt le sou-
verain organe des intérêts. N'étant en elle-même ni bonne ni mauvaise, mais toute-puissante, par cela même tyrannique et produisant des effets irréparables, soit qu'elle exalte ou qu’elle abaisse, la presse ne permet plus d’avoir désormais une foi, une conscience individuelle, puisqu’elle oblige les hommes à recevoir les suggestions d'autrui. Du reste, ils pourront en subir d’autres le lendemain, et par suite de ces continuels changements, ils perdront la faculté d’avoir des opinions vraies, c’est-àdire personnelles. Telle est cette énorme oppression de l'individu et de la liberté de penser, qui plaît pourtant, parce que chacun peut l'exercer.
Les rois cherchèrent à l’exploiter à leur profit, pour opposer à la foi, à la féodalité, au catholicisme, la bureaucratie, les écoles, les intérêts, et enfin la liberté organisée, c’est-à-dire la liberté du pouvoir dirigeant. Mais le temps vint où cette organisation échappa de leurs mains pour tomber dans celles de quiconque sut flatter les passions du jour.
L'Église avait prévu le danger; gardienne comme elle l'ex l'est de la morale et de la justice, pouvait-elle ne pas chercher le remède ?
La bulle In Cana Domini excommuniait les hérétiques, ou ceux qui lisaient des livres entachées d’hérésie; mais ceux-ci n’étant pas désignés spécialement et par leurs titres, il restait de l’incertitude. Les divers inquisiteurs les enregistraient au fur èt à mesure qu'ils en avaient connaissance ; aussi n’étaient-ils pas d’accord les uns avec les autres. D'abord l’inquisition d’Espagne en 1558 publia un catalogue des livres prohibés; l’année suivante, le pape Paul IV fit paraître l’Index, qui servit de modèle à ceux qui vinrent ensuite. Il était divisé en trois parties : la
première comprenait les auteurs dont tous les ouvrages étaient réprouvés bien que traitant de sujets étrangers à la religion ; parmi ces auteurs, il en était quelques-uns qui avaient vécu et qui étaient morts dans la communion catholique ; la seconde comprenait ceux dont les livres avaient été spécialement condamnés ; la troisième, les anonymes ; on y interdisait par une disposition générale les livres publiés sans nom d’auteur à partir de 1519 (A).
En outre, on dressa une liste de soixante-douze éditeurs, en déclarant que tout livre imprimé par eux serait considéré comme défendu ; même déclaration pour les éditions publiées par quiconque aurait imprimé des ouvrages faits par des hérétiques. Voilà bien les exagérations auxquelles on se laisse entraîner, en face d'un péril urgent! |
On proscrivit alors des auteurs qui depuis des siècles avaient libre cours partout, quelques-uns même imprimés au début avec approbation, par exemple les Annotations d’Érasme sur le Nouveau Testament, que Léon X avaithonorées d’un bref. Plus tard, on assimila aux livres entachés d’hérésie les ouvrages qui affaiblissaient l’autorité pontificale vis-à-vis soit des évêques, soit des princes et des magistrats temporels.
Quelquefois des livres excellents furent défendus, à cause des commentaires que les éditeurs y avaient ajoutés (B). On trouve parmi eux beaucoup de livres de dévotion, de prières, des légendes, des offices et des recueils de sermons.
Congrégation Pie V, pour régler cette matière, établit la Congrégation rindens de l’Index, à laquelle Benoît XIV, en 1753, donna des règles définitives, destinées à protéger les esprits bien moins
contre les ouvrages des hérétiques que contre ceux des
LA RÉFORME MORALE ET DISCIPLINAIRE. 669 catholiques, et à faire cesser les plaintes qui s'étaient produites même publiquement, à propos de la condamnation d'auteurs irréprochables. Il louait le Saint-Siége d’avoir toujours pris les mesures nécessaires pour empécher les mauvais livres de nuire à la foi et à la piété des chrétiens ; il approuvait l’Index tel qu’il avait été publié, d'abord sous Pie IV, puis successivement sous Clément VII, sous Alexandre VII, avec l'addition de nouveaux auteurs; enfin, lui-même en rédigea un autre, en suivant les règles prescrites dans la bulle Sollicita ac provida.
Aux termes de cette bulle, la congrégation de l’Inquisi- ce, tion est composée de cardinaux qui se sont distingués par congrigation. leur connaissance en théologie, ou par leur science en droit canon, ou par leur habileté dans les affaires ecclésiastiques et civiles; on leur adjoint un auditeur de la S. Rote, un maître en théologie dominicain, quelques consulteurs du clergé séculier et régulier, et des savants qualificateurs. Quand un livre est dénoncé, on examine s’il y a lieu de le transmettre à la congrégation de l’Inder. Au cas d’affirmative, on le remet à un qualificateur ou consulteur, pour le lire attentivement et indiquer les passages repréhensibles. Son rapport imprimé est présenté à chaque membre de la congrégation; celle-ci le discute, et émet son vote. Mais ce vote est purement consultatif; il doit être transmis avec le livre à la congrégation des Cardinaux, qui prononce suivant les mêmes règles; puis toutes les pièces sont présentées au pape, qui peut seul prononcer la condamnation.
Une règle ancienne veut, lorsqu'il s’agit d’un livre dont l’auteur est catholique, que l’avis d’un seul rapporteur ne suffise point pour la prohibition ; il faut que le livre soit soumis à un autre réviseur qui ignore le nom
du premier. Si celui-ci est d’un avis différent, un troisième réviseur examine l’ouvrege à son tour, et c’est sur ces avis différents que prononcent les cardinaux.
Certaines personnes se plaignent de ce qu'on rend la décision sans avoir entendu Pauteur. Cette formalité n’est pas nécessaire; on ne juge pas la personne, mais l’ouvrage. Il n’est pas question de punir l’auteur, mais uniquement d’avertir les fidèles du danger. S'agit-il cepen- dant d’un auteur catholique de bonne renommée? On défend le livre avec la formule jusqu'à ce qu'il soit corrigé ou amendé, s’il est possible. Cette sentence une fois rendue, avant de la publier, on la communique à l’auteur ou à celui qui le représente, en lui indiquaat les passages à corriger ou à retrancher. S'il fait ces corrections dans une nouvelle édition, on supprime le décret. à moins que beaucoup d'exemplaires de la première ne soient déjà en circulation. Pour un auteur catholique et. de réputation, on veut qu’il soit entendu, où qu'il nomme ua consulteur chargé de prendre sa défense et, bien que le silence soit prescrit sous la foi du serment, le secrétaire de la congrégation pourra communiquer à l’auteur les points incriminés, en supprimant les noms du dénonciateur et du censeur. Mais à quoi bon ces égards pour un livre, ou qui attaque la foi par des hérésies directes, ou qui blesse les bonnes mœurs ?
On prescrit de choisir pour censeurs des personnes d’une piété et d'une science éprouvées, dont l'intégrité repousse toute crainte de haine ou de faveur. Is ne doivent pas se croire appelés à condamner l’ouvrage, mais à
l’examiner avec impartialité ; il leur faut peser les opinions sans acception de nation, de famille, d'école, d’institut et de parti; leur devoir est de ne pas oublier que
beaucoup d'opinions paraissent indubitables à une école, à un institut, à un pays, qui pourtant sont rejetées par d’autres catholiques sans dommage pour la foi. Avant tout, ils ne doivent pas perdre de vue qu'on ne peut juger d’un livre, sans l'avoir lu en entier, en comparant entre eux les différents passages, et en recherchant l’intention de l’auteur ; ils ne doivent pas non plus prendre une décision sur une-ow deux propositions détachées, car cequ'un auteur dit quelque part, sans la clarté suffisante etenpassant, est pent-étreparfaitement expliqué ailleurs.
Plût au Ciel (ajoute la Constitution pontificale), qu’on pùt empêcher les injures, les mots mordants qu’on échange trop souvent! Celui qui les emploie dans des questions religieuses sert mal la vérité et la charité. Il faut donc se montrer sévère pour caux qui défendent avec acharnement une proposition, non point parce qu'elle est vraie, mais parce qu'elle est leur, et qui exposent des opinions privées comme étant des dogmes positifs de l’Église.
Ce pape donna d’autres règles sur cette matière dans une lettre adressée au grand inquisiteur d'Espagne, où il le désapprouvait d'avoir mis à l'index les œuvres du cardinal Henri Noris; il y rappelle qu'on doit observer la plusgrande prudence, quand ils'agit de prohiber des livres d'auteurs illustres, et qui ont bien servi les saines doctrines. Il y a sans doute (dit-il) dans l’ouvrage de ce cardinal des propositions qui prêtent à la censure, mais on en pourrait aussi trouver dans l'Histoire de Tillemont, dans celle des Bollandistes, dans la. Déclaration du clergé gallican de Bossuet, dans les Annales de Louis Muratorï: et pourtant, bien que ces ouvrages aient été dénoncés, les papes s’abstinrent de les condamner, estimant qu’on devait avoir de grands égards pour la réputation et les mé-
rites de ces écrivains; que par là on ne met point en péril l'Église, qui pèse les avantages et les inconvénients avant de rendre une sentence.
Toutes ces précautions sont ignorées de ceux qui font litière de l’Index, sans s'être jamais donné, je puis l’affirmer, la peine de le lire. L'Église croit que ses principes sont justes et les plus propres à faire prospérer l’État et la famille; aussi ne souffre-t-elle pas qu'on les entame. N’accorde-t-on pas une pareille autorité à l’État et à la famille? Pourquoi donc la refuserait-on à l'Église ? Celle-ci, ne pouvant empêcher le mal, empêche du moins que ce mal n’en engendre un autre. C’est pourquoi elle emploie les armes qui lui conviennent, à savoir l’avertissement et l’excommunication. Il ne faut pas dissimuler que cette loi a uniquement le caractère d’un remède ; l’Église n’a pas recours à la force pour empêcher d'imprimer des livres, mais elle défend de les lire ; elle en donne la permission à ceux qu'elle croit incapables d’en faire un mauvais usage (C), absolument comme cela se pratique pour les armes dangereuses; dans ce cas, ce n’est pas la permission de faire le mal qu’elle accorde, mais celle de le connaître.
On objecte que la trop lente procédure de la sacrée congrégation de l’Index rend inutile la prohibition ; elle arrive quand le livre court déjà le monde, et peut-être même quand il est déjà oublié. Voudriez-vous la prohibition préventive ? Alors supprimez en matière pénale les formes, sous prétexte qu’elles ôtent au châtiment son efficacité en l’empéchant de suivre immédiatement le délit. L'Église, qui ne connaît pas les répressions matérielles, croit de son devoir d’annoncer aux catholiques que des doctrines dangereuses ou des exemples funestes sont
exposés dans des livres qu’elle signale expressément et auxquels elle ne veut pas, dût-elle parler un peu tard, laisser le bénéfice de l'impunité. Ce ne fut pas le concile, mais la sacrée congrégation de l’Index qui défendit les Bibles en langues vulgaires (D). Cette mesure, réclamée par le caractère de cette époque, fut ensuite abrogée par Benoît XIV : mais qui pourrait prétendre n’avoir pasbesoin d’être dirigé dans le choix d’une bonne traduction?
Parmi les livres lascifs et obscènes, on avait excepté les classiques, eu égard à leur élégance (nulla tamen ratione pueris prælegendi erunt, dit cependant la règle VII de l’Index); c’est ainsi que l’impie Lucrèce ne fut pas enregistré au catalogue de l’Index, mais que la traduction faite par Marchetti y figure. Depuis longtemps déjà, les honnétes gens et les confesseurs déclamaient contre le Décaméron : je citerai, entre mille autres, Boniface Vannozzi, qui disait que « ces traités d'amour, ces discours « si lascifs ont ouvert de grandes fenêtres à l’idolâtrie, « aux hérésies, aux mœurs les plus dissolues parmi nous « catholiques. Celui qui pourrait évaluer le nombre de « femmes égarées grâce au Décaméron de Boccace, « serait stupéfait et presque hors de lui. » Mais comme on regrettait de priver les personnes studieuses d’un livre qu’on regardait comme un modèle achevé de style, on prit le moyen terme de l’expurger. Le maltre du sacré palais signala les passages à retrancher ou à corriger, et une députation de Florentins, à la tête desquels était Vincent Borghini, arrangea ce livre tel qu'il parut en 1573 avec approbation de Grégoire XIII. Les fanatiques, les scrupuleux n’en furent pas encore satisfaits : ils demandèrent une nouvelle épuration, dont on chargea Léonard Salviati. On ne saurait dire les lazzi et les dé-