RUE DE L'ABBAYE-SAINT-GERMAIN
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Gonflits de juridiotion. — Politique catholique. — Bellarmin. — Hérésie sociale.
Outre les canons fondamentaux, tels que la transmis- + sion du caractère sacerdotal par une cérémonie sacrée, où intervient l’action divine , la subordination à un chef infaillible, l’indissolubilité du mariage, et tout ce qui concerne la vie éternelle, matières dans lesquelles l’Église ne fait aucune distinction de temps ou de lieux, elle qui est immuable dans sa manière de prêcher le. Ghrist et le royaume des cieux; dans ses rapports avec l'ordre civil, elle accepte des tempéraments suivant le caractère des peuples et leur état moral.
Au milieu de tant de divergences accidentelles et dogmatiques, l'unique but auquel se ralliaient uniformément les dissidents était d’abolir la centralisation de.l’autorité pontificale, en opposant à la catholicité les nationalités, à l'unité de la foi les opinions individuelles, et en subordonnant le pouvoir ecclésiastique au pouvoir civil, c’est-à-dire la conscience aux décrets du prince, le droit au fait, la liberté à la permission, le for intérieur au for extérieur.
Tous les torts étaient-ils de leur côté?
Que Y'autorité ait le devoir de réglementer les œuvres, non pas celui de s'emparer des peuples, en sorte que les
L'État prévaut sur l'Église.
deux pouvoirs restent indépendants chacun dans la sphère de leur compétence, c'est ce qu'avait mal compris le moyen âge, lorsque l'unique pouvoir qui eût survécu à la ruine de la société, le seul capable de contenir la domination brutale des Barbares et de protéger le peuple, était le pouvoir ecclésiastique. Il en sortit un droit nouveau, reconnu même par ceux à qui il imposait un frein, et qui défendait les faibles en vertu d'une autorité immédiate et directe ou émanée du souverain pontife ‘. En mettant les papes au-dessus des souverains, même au point de vue temporel, on parut transgresser le précepte « Rendez à César ce qui est à César; » les Césariens ne niaient point le droit canonique, ils discutaient seulement sur le point de savoir s’il ne convenait pas de lui subordonner le droit public, et Dante lui-même, monarchiste des plus absolus, tenait pour règle en cette matière que é/la reverentia Cæsar utatur ad Petrum, qua primogenitus filius debet uli ad patrem.
A mesure que les gouvernements rétablirent l'ordre et reprirent de la vigueur, on retrancha à l'Église ce que la nécessité des temps lui avait attribué en dehors de la compétence qui dérivait de son essence divine : mais l'action réelle de la Réforme tendit à mettre le temporel audessus du spirituel au point d'oublier de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu. Les nations, ou pour mieux dire, ce
(1) Au douzième siècle, Hugues de Saint-Victor établissait d'une manière remarquable les limites des deux hiérarchies sociales. « Ja potestas dicitur sæcularis, isla spiritualis nominatur. In utraque potesfate diversi sunt-gradus et ordines polestatum, sub uno tamen utriusque capite distributi, et velut ab uno principio deducti et ad unum relati. Terrena potestas caput habet regem; spiritualis potestas, summum pontificem; ad potestatem regis pertinent que terrena sunt, et ad terrenam vitam facta omnia; ad potestatem summi pontificis pertinent que sunt
spiritualia, et vite spirituali attributa universa. (De Sacramentis, lib. II, pi 2,04.)
CONFLITS DE JURIDICTION. — POLITIQUE CATHOLIQUE. 3 petit nombre d'individus qui s'arrogent le droit de parler en leur nom, ne voulaient plus de l’unité théocratique ; on voulait en reconstituant l'État le rendre entièrement indépendant de l’Église, et la protestation sembla un légitime effort tenté pour dégager l’inviolabilité de la conscience du droitencore obscur de la société moderne. Ce qui constitua l’hérésie, ce fut non l'émancipation des liens qui subordonnaient tout à la curie romaine, mais l'institution d’Églises distinctes, nationales, et façonnées selon les exigences de la société civile. On présentait sous de fausses couleurs la grande lutte engagée entre l'Église et l'État; il ne s'agissait pas désormais d’affranchir l'âme du citoyen, mais au contraire de l’asservir davantage, en revenant au paganisme.
Les princes reconnurent tout d’abord quel parti ils pourraient tirer de la Réforme, en concentrant en leur personne les pouvoirs de l'Église, et en confisquant ses biens. Ce fut une maxime chez les Luthériens qu'un pays devait accepter la religion que voulait le prince; Grotius range au premier rang parmi les dits inhérents à la majesté impériale celui d'imposer sa religion à ses sujets : In arbitrio est summi imperii quænam religio publice exerceatur ; idque præcipuum inter majestatis jura ponunt omnes qui politica scripserunt. Ceci implique, suivant Bôhmer, le droit d’instituer des docteurs, de régler le culte, de réformer les choses sacrées et la discipline, de diriger l’enseignement et la prédication, de soumettre les causes sacrées à la juridiction criminelle, civile et pénale, de trancher les controverses religieuses, de convoquer les conciles, de délimiter les diocèses et les paroisses. Voilà bien l’absolue tyrannie, si elle eût jamais été appliquée dans la plénitude de ses conséquences, et si elle
Comment
autorité.
n’eùt pas été limitée par les constitutions écrites, auxquelles il fallut bien recourir après qu’on eut mis de côté ce suprème gardien de la vérité, de la justice et du droit. C’est ainsi qu'à la monarchie catholique du moyen Age se substituait la monarchic politique des temips modernes, avec l'unité et l’universalité du pouvoir public.
Ce que les protestants avaient obtenu tout d’un coup par la révolte ouverte, certains catholiques s'ingénièrent à l'obtenir par des expédients destinés à faire accorder la conscience avec la toute-puissance que l’État convoitait. Les princes qui avaient déclamé contre les abus ne savaient pas se prêter aux remèdes; et, à l’encontre des décisions de Trente, ils mettaient en avant les droits de leur souveraineté : de là de nouveaux dissentiments, qui jetèrent le trouble au sein de l'Église.
Quant au dogme, aucun catholique ne pouvait attaquer l'autorité irréfragable du concile ; mais parmi les articles il y en avait qui touchaient à la société séculière. Les prélats de Trente s'inquiétèrent peu de la partie qui appartient légitimefnent à la politique, et on les a accusés de prendre pour un acte de rébellion envers Dieu ce qui n'était qu’une tentative d’affranchissement en face de l’arbitraire des pouvoirs humains. Effrayés des attaques dirigées contre leurs attributions les plus élevées, les papes ne songèrent plus qu’à se défendre, si bien que, au lieu de continuer à être à la tête du progrès comme ils l'avaient été jusqu'alors, ils eurent l’air de prendre vis-à-vis de ce progrès une attitude d'opposition ou tout au moins de défiance dès qu'ils le virent se séparer d’eux. Des sévérités d’un caractère tout è fait précaire, et imposées par les circonstances, furent considérées comme l'exercice d’une mission sacrée et durable, et l'Italie en cessant d’être
CONFLITS DE JURIDICTION. — POLITIQUE CATHOLIQUE. 5 le centre de l’unité religieuse cessa d’être la maîtresse des sciences politiques.
Mais au premier moment Rome sut attirer à elle tous les éléments de la vie morale et intellectuelle, et retrouver sa vigueur en précisant le dogme, en corrigeant les mœurs, en posant comme absolues les vérités qu’elle enseigne, et en affirmant qu’en dehors d’elle il ne peut pas y avoir de salut (A). Elle ne se contenta pas d'arrêter les nations latines sur la pente qui les entrafnait vers la Réforme, elle voulut même ramener à son obéissance les esprits fourvoyés; et reprenant l'offensive, elle parut faire
revivre les temps de sa suprématie. Pour arrêter la recru-"
descence destendances païennes auxquelles cédait la société d’alors, elle eût voulu faire cesser toute cette diversité d'églises particulières, de rites nationaux, persuadée que c’était faire preuve de force que d'exiger de nouveau cette unité absolue qui dans le principe avaitsauvé la civilisation.
Comme les restes d’une armée mise en déroute se recomposent autour de l'état-major, ainsi les catholiques sentirent le besoin de se serrer autour du pape, et surtout les Jésuites, ranimés par le souffle du catholicisme rajeuni, s’appliquèrent à défendre le seul pasteur autour de qui devait se former un seul bercail.
La presse avait montré une puissance à laquelle le monde était loin de s'attendre, en se faisant aggressive et dissolvante sous l’étendard de la Réforme pour ébranler les pouvoirs établis, les souverainetés recornues, et mettre à la portée de toutes les intelligences les objections accumulées depuis quinze siècles contre le catholicisme. Auparavant, ou elles s’éteignaient avec Yhomme qui les avait inventées, ou elles restaient le partage des théologiens et des érudits :! avec le pro-
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