‹ Les hérétique d'Italie (volume 3)Chapitre 11 sur 24 · TETE · texte numérisé non relu

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48 DISCOURS Il « neront leur avis en toute chose regardant cette matière. « L’arrèt devenu définitif, les recteursdevrontle faire exécu- « ter. Et si, par quelqu'empèchement légitime, les recteurs « ne pouvaient être présents à toute la suite du procès, un « d'eux devra au moins y assister avec l'un de ceux qui « ont été mentionnés ci-dessus. Et dans les endroits où « il n’y aurait qu'un seul recteur, celui-ci devrait y as- « sister en personne, ayant toujours à côté de lui les « deux députés choisis par lui pour cet objet. Cet ordre « sera, du reste, inséré dans les commissions des recteurs, « afin qu'il soit en tout observé. Les procès intentés jus- « qu'ici sur cette matière, — sans la participation des rec- « teurs, — sont déclarés nuls, mais ils peuvent être recom- « mencés en la forme dite ci-dessus.

« ILest aussi prescrit aux susdits recteurs qu’aussitòt « reçu notre présent ordre ils devront le faire procla- « mer publiquement dans toutes les villes sous leur com- « mandement et dans tous les châteaux soumis à leur « juridiction, afin que si quelqu'un a des livres défendus « par la sainte Église catholique, il puisse, comme c’est « son devoir, les présenter au recteur dans le délai qu'il « aura fixé, sans encourir aucune peine; et ces livres se- « ront brülés publiquement. Passé le terme fixé, on pro- « cédera contre les insoumis de la manière qu'il paraîtra « convenable aux recteurs.

« Et dès maintenant, en mème temps qu’on adressera « aux recteurs’ la délibération ci-dessus, on leur écrira « secrètement et à part ce qui est contenu ci-dessous. »

« Instruction secrète. »

(1) Cest-à-dire ceux de Padoue, de Brescia, Cividal de Bellune, Vicence, Bergame, Feltre, Vérone, Trévise, Udine, Chioggia, Adria et Capodistria.

« Vous aurez vu ce que nous .vaus avons prescrit avec notre Conseil des Dix, sur la manière de procéder

-contre les hérétiques avec notre assistance et notre avis,

et sur l'élection que vous devrez faire de deux personnes qualifiées, prescription qu'il est de notre volonté que vous exécutiez. — Nous vous disons maintenant, avec le même Conseil que lorsqu'il s'agira d’une personne de laquelle il vous paraîtrait que pourrait provenir quelque scandale, avant de la détenir et de la juger, vous devrez en donner avis aux chefs de ceConseil, en lui faisant

connaître particulièrement la qualité de la personne,

ses parents et adhérents, ses biens, et toute autre chose qui vous semblerait digne de considération. Vous observerez la même chose avant l'exécution du jugement,

à l'égard de qui que ce soit, lorsqu'il comportera la

perte de la vie, ou d'un membre,'un châtiment corporel, ou la confiscation des biens. Dans ces cas on vous donnera les instructions que l’on jugera convenables. « Cet ordre étant très-important, nous voulons que vous le teniez très-secret et le gardiez pour vous seul, en sorte qu'aucun de vos serviteurs ni personne autre le puisse connaître, et vous le remettrez, en observant le même secret, de la main à la main à votre successeur, qui en fera autant à ceux qui viendront après lui. »

Le même Conseil des Dix avec sa Junte écrivait aux

divers recteurs des provinces :

« Vous aurez vu la manière dont il faut procéder contre les hérétiques luthériens. Vous vous conformerez soigneusement à l'instruction qui vous a été donnée. — Nous ajoutons avec le même Conseil et sa

Junte que lorsque vousaurez cru devoir décréter contre IV — 4

50 DISCOURS II, « quelqu'un la peine de mort, la perte d'un membre ou « la confiscation, vous ayez à suspendre le procès, pour en « référer aux chefs de ce Conseil : vous lui adresserez le « dossier de l’affaire, sous cachet, et attendrez nos or- « dres. »

Le 29 novembre 4848, le doge François Donato écrivait au recteur de Bergame :

« Nous avons appris, à notre grand déplaisir, qu'il « existe dans cette ville quelques hérétiques qui non-seu- « lement ne vivent pas catholiquement, mais publient, « discutent et cherchent à faire prévaloir les opinions « luthériennes: c’est une chose que nous ne voulons « souffrir en aucune façon. » Le pape s’étant plaint que le capitaine et le podestat de Vicence laissaient prècher librement l'erreur, la Seigneurie, conformément aux ordres très-sévères transmis, commença les supplices. Guido Zanetti fut remis à l’Inquisition romaine; Jules Ghirlanda de Trévise et François de Rovigo furent conduits à Venise et étranglés sans procès; Antoine Ricetto de Vicence, François Spinola, prêtre milanais, et frà Baldo Lupetino eurent le même sort; François de Ruego fut étouffé, en 1546. Quelques-uns profitèrent de ce terrible avertissement pour s'enfuir : de ce nombre fut Alexandre Trissino, qui avec d’autres se réfugia à Chiavenna, d’où il écrivit à son compatriote Léonard Tiene, l’excitant à embrasser la Réforme avec toute la ville.

Altieri, que nous avons déjà nommé, écrivait de Venise, à Bullinger, le 24 mars 1549 : « Ici la persécution devient < tous les jours plus insolente : un grand nombre de per- « sonnes sont arrêtées et condamnées soit aux galères, soit « à la détention perpétuelle ; on en amène quelques-uns « à se rétracter par la crainte-du châtiment, tant le

LES HÉRÉTIQUES AN vÉNÉTIE. 51 « Christ est encore faible en eux : beaucoup sont pros- « crits avec leurs femmes et leurs enfants, d’autres cher- « chent leur salut dans la fuite. Parmi ces derniers se « trouve le pieux et savant évêque Vergerio : celui-là, s'il « vient à vous, accueillez-le bien et ayez pour lui toutes « sortes d’égards. Quant à moi, j'en suis réduit à la même «extrémité, puisqu'il plaît à Dieu d'éprouver par les « tentations la foi des siens. »

Cet Altieri amena les Suisses et les Allemands à ne rien épargner pour faire retirer le décret du sénat; il en écrivit au duc de Saxe et allaen Suisse. Il affirmait solennellement que les Vénitiens étaient tous favorables aux Français, et par le fait même hostiles à l'empereur; en conséquence, les princes d'Allemagne devaient les compter pour beaucoup et les considérer comme utiles à leurs projets; mais il ne put obtenir que des lettres de recommandation, et à son retour à Venise it lui fut intimé de professer le culte romain ou bien de sen aller. C’est ce dernier parti qu'il prit : il passa par Ferrare pour se rendre à Florence, puis revint dans le pays de Brescia, d’où il écrivait à Bullinger, en novembre 1549, qu’il était en butte à toutes espèces de vexations, et courait péril de la vie; qu'il n’entrevoyait pas un seul endroit en Italie où il pùt vivre en sûreté avec sa femme et son enfant : « les impies, disait-il, n’auront ‘pas « de repos qu'ils ne m'aient englouti vivant. »

Plus violent encore, Vergerio écrivait : « Ce serait une «< cruauté, une barbarie et une ânerie de vouloir empé- « cher derétablir la pureté etla beauté dela langue vulgaire. « Eh bien, n'est-ce pas une cruauté, une barbarie, une « ânerie cent fois plus grandes d’avoir envoyé comme lé- « gat à Venise le Milanais Archinto, qui ne pense à au- « tre chose qu'à faire traîner en prison et à exiler une

« foule de gens de bien, par le seul motif qu'ils se mon- « trent désireux de voir rendre à l'Église cette pureté « et cette beauté de l'Évangile que Jésus-Christ est venu « nous enseigner et qui avait élé horriblement souillée et « déshonorée !? »

Et à Dolfin, évèque de Lesina : « L'injustice et la cruauté « n'ont fait que croître chez vous depuis quelque temps, < car de nos jours les papes font noyer nos fidèles, de < nuit et secrètement, sans que leur défense ait pù être « entendue, au moins en public, comme cela est arrivé « dernièrement de deux saints martyrs du Christ : 4° frà < Baldo Lupetino d’Albona, qui avait pour neveu et dis- « ciple M. Mathæus Flaccius Illyricus, bien connu du « monde, et 2° Barthélemy Fonzio, qui entre autres ont .« été noyés nuitamment; et ces mêmes papes ne veulent « pas que les accusés dans cette affaire puissent être en- « tendus, si ce n’est par quelque inquisiteur du diable « et dans un coin. Sed lu Domine usquequo ? » A la date du 24 avril 1851, il raconte : « Il y a de nou-

« veau en Italie que les Signori de Venise ont publié un « décret aux termes duquel aucun légat du pape, ni évè- « que, ni inquisiteur ne pourra procéder contre qui que « ce soit sans la présence et l'intervention d’un magis- « trat laïque; et maintenant le pape frémit : il a fulminé < une bulle qui défend sous les peines les plus graves à e tous les princes séculiers de s'immiscer ni beaucoup ni « peu dansles causes des accusés pour cause de religion : < nous allons voir si les Vénitiens voudront obéir. Quelle « bonne chose si par cette voie la discorde éclatait entre < eux et l’Antéchrist®! »

(1) Jugement sur les Lettres de treize hommes illustres (en italien). (2) Manuscrit existant à la Bibliothèque de Zurich.

Enfin, Vergerio écrivait de Tubingue à Bullinger, le 6septembre 1554 : « J'ai ici avec moi Jérôme Donzelino, mé- « decin, chassé tout dernièrement de Venise pour la cause

« de l'Évangile; c’est un homme savant, qui est très au

« courant de ce qui se passe en Italie : il m’affirme que « l’erreur de Servet se répand plus que jamais en Italie « comme une peste, et que lui-même a été engagé par « Gribaldo à y adhérer. Il est certain qu'à Bâle quelques « personnes ont formé d'accord avec un certain nom- « bre d’Italiens, une conspiration qui enfantera quelque

« grand mal si elle n’est étouffée. » Et sur ses derniers .

jours (1862), il annonçait Venetos impios sævire, quod antea non fecerunt; nec dubium est quin cum papa sint confederati contra, ul aiunt, lutheranos. Florentia ibidem ; imo una vice propter religionem XVIII captos et in carcerem confectos fuisse. Theologum qui diversam de Trinitate sententiam pro concionibus defendere voluerit, Geneva esse decolatum ; quod factum non omnes approbant.

Il y avait donc à Venise la liberté de mœurs et non la liberté d’opinions : celle-ci est souvent confondue avec celle-là. La vérité est que l'institution des trois Sages de l’hérésie, en 1551, était un expédient pour avoir le moyen de surveiller l’action du Saint-Office. Les Exécuteurs chargés de réprimer le blasphème devaient approuver les imprimés, veiller sur les hérétiques, les blasphémateurs, les violateurs des choses sacrées, et sur ceux qui célébraient la messe sans avoir reçu les ordres.

Cependant les papes querellaient la Seigneurie pour son trop de douceur; Jules II, en particulier, adressa à ce sujet, en 1550, de vives remontranees à l’ambassadeur Mathieu Dandolo (B). Il se plaignait aussi que les laïques fussent appelés à juger avec les ecclésiastiques en matière

de foi : ce pape publia une bulle pour protester contre cette pratique.

Ce furent peut-être les instances du pape qui provoquèrentlanotification suivante, datée du 3 novembre 1850 : « Franciscus Donato, Dei gratia, Dux Venetiarum, etc., nobilibus et sapientibus viris Francisco Venerio, de suo mandato potestati, et Hieronymo Grimani, capilanio Veronæ, et successoribus suis, fidelibus dileclis salutem et dilectionis affectum. Ayant estimé juste et convenable de procéder partout d’une manière uniforme dans la juridiction de notre État contre les inculpés d’hérésie , nous avons délibéré en Conseil avec les Dix et la Junte que dans les cas d’hérésie qui se présentent et qui se présenteront on doit observer la même forme de procéder arrètée par nos villes de Brescia et de Bergame, relatée dans les lettres écrites aux recteurs de ces villes par les Dix et la Junte réunis en conseil, sous la date du 29 novembre 1548, en ces termes : Réunissez-vous avec le révérend vicaire, ou avecle révérend évêque, s’il yenaun, et l’inquisiteur, pour, avec eux et les premiers docteurs de la ville qui vous paraîtront doués de vertu et de doctrine, intenter diligemment les procès en cette matière, nonobstant tous autres ordres; vous vous trouverez présents à tout ce qui se fera; ou, si quelquefois, par un empêchement inévitable, vous ne pouvez y assister, vous y ferez venir en votre place votre vicaire, et vous userez de toutes les diligences possibles pour que la procédure soit conduite de la manière qui convient, car nous pouvons exiger à juste titre de savoir comment les choses. se passent en une matière aussi im- « portante. Le procès terminé, vous. én enverrez immé- « diatement le dossier au chef du Conseil, et lorsque nous

LES HÉRÉTIQUES EN VÉNÉTIE. | 53 « l’aurons examiné, nous vous aviserons de ce qu’il faudra « faire. En attendant, de l'autorité de notre Conseil des « Dix et de la Junte réunis nous vous ordonnons d'observer «et de faire observer lesdites lettres, de les faire en- « registrer en votre chancellerie pour servir de mémoire « à ceux qui vous succéderont et être observées par « eux'. » Pie IV se plaignait, en 1564, à l'ambassadeur Marc Soranzo que la Seigneurie ne se montrât pas asser sévère dans les cas d’hérésie découverts à Venise, Vérone, Vicence. « Il faut qu'ils se montrent plus sévères, «et qu'ils appliquent des remèdes plus efficaces qu’ils « ne l'ont fait jusqu'ici. Leur État confine par plusieurs «côtés aux hérétiques; il est nécessaire qu'ils fassent « bonne garde pour que cette peste ne pénètre pas chez « eux, et pour que ceux que l’on découvrira soient punis - « rigoureusement. Ce qu’ils n'ont pas fait jusqu’à pre- « sent, il faut qu'ils le fassent désormais de la manière « dite. Nous avons su aussi qu’à Padoue on a toléré des « étudiants allemands ouvertement hérétiques, qui en ont « perverti d’autres?. »

En conséqueilile, le Conseil des Dix publia une ordonnance dans laquelle il professait qu’on ne pouvait rien faire -de plus agréable à Jésus-Christ et à tous les fidèles que de chercher les moyens d’éloigner ces méchants qui en matière de religion suivent des opinions particulières : c'est pourquoi ils enjoignaient aux recteurs de-les chasser de tontes les terres de la république, dans les quinze jours qui suivraient la publication du décret, sous la menace

(1) Page 139 du vol. I°, arréte et décisions du Conseil des Dix et du grand Conseil, n° LIX du catalogue. Il existe sur le méme objet d'autres lois, du’ 29 décembre 1550, du 13 mars 1555.

(2) Mennscrit 697, classe 7°, ital., è la Bibliothèque Saint-Marc.

s'ils revenaient d’être enfermés en lieu sûr, dans une prison autre que celle des criminels ordinaires, et d'êtres frappés d’une amende considérable.

Cela ne les empêcha pas d'écrire, la même année, aux Grisons de venir faire leur commerce sur le marché de Venise, sans crainte d'être inquiétés par l’Inquisition dans une partie quelconque de l'État, pourvu qu'ils fussent tranquilles et ne fissent pas de scandale.

Sollicité par Pie V de faire appliquer l’inquisition rigoureusement par la Seigneurie, l'ambassadeur vénitien Paul Tiepolo écrit lui avoir répondu que cela serait fait, mais qu'en y regardant de près « on trouverait que l'on vit dans cet État plus religieusement et plus catholiquement que peut-être n'importe où; qu’il ne savait pas de pays où l'on fréquentât davantage l’église et les offices divins; ce dont le pape ne parut pas parfaitement convaincu, peut-être à cause des informations contraires qu'il avait reçues. »

Un autre fois il écrit : « L’inquisiteur de Brescia est venu me trouver; il m’a dit que le pape l'avait longuement questionné sur les affaires de cette ville, et que lui, sachant bien qu’avec S. S. il n’y avait besoin ni d’éperon ni de frein, il avait agi de son mieux pour pallier et radoucir les choses ébruitées, affirmant que les illustres recteurs lui avaient promptement accordé tous les secours et toutes les faveurs dont ils le savaient avide. Il ajouta avoir dit à S.S. qu'il avait appris qu'elle n'était pas bien disposée envers la sérénissime répuhlique; mais que, dévoué à S. S., il se faisait un devoir de lui dire qu’il ne connaissait pas d’État qui fitplus pour le Saint-Siége; qu’enfin, alors même que dans le nombre on trouverait certains esprits peu droits, il ne fallait pas

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LES HÉRÉTIQUES EN VÉNÉTIE. 57 « avoir mauvaise opinion d’une république aussi digne et « aussi bonne. »

Il raconte aitleurs qu’il rassura le saint-père au sujet de la vigilance très-soigneusement exercée par la Seigneurie sur les hérétiques, et cela non-seulement par zèle retigieux, mais pour la concorde et l’union entre les citoyens, que l’hérésie troublerait; « les choses, ajoute-t-il, étaient et « bon et peut-être meilleur état que dans aucune autre « partie de la chrétienté malgré le voisinage de l’Alle- « magne, à laqüelle la république touchait par plus de « 300 milles de frontières, circonstance qui l’obligeait « à de fréquentes relations commerciales avec les Alle- « mands. » Et plus loin : « Nous agissons plus que « nous ne parlons; chez nous ce n’est pas tout feu et « flamme, mais l’on fait bel et bien mourir secrète- « ment quiconque mérite ce sort... Les démonstrations, « plus solennelles, sévères, publiques, effrayantes, pour- « raient causer plus de préjudice que de profit, et con- « firmer dans leur erreur ceux qui s’abandonnent à leur « propre sens, au lieu de les épouvanter : en France et « daris les pays.de Flandre, où l’on avait fait massacrer les « gens par dizaines de mille, non-seulement on n’en avait « pas eu de bons résultats, mais on avait vu chaque jour « se multipler le nombre des partisans de l’opinion des « morts. Le Conseil des Dix avait dernièrement fait une loi « d’après laquelle quiconque serait banni d’une ville pour « cause de religion devait se considérer comme banni de « l'État tout entier, chose qu’à la rigueur on n’aurait peut- « être pas pu faire, suivant les règles de la justice‘. »

(1) Romanin (tome. V, page 328 de son Hisloire de Venise) me reproche d’avoir dit que Venise fut sévére et même atroce dans les chàtiments qu’elle a inftigés aux bérétiques. Laissons parier les faits.

38 DISCOURS Il

Cette phrase terrible de Tiepolo : « Nous faisons bel et bien mourir secrètement quiconque mérite ce sort » était, espérons-le, une de ces formules diplomatiques où la seconde partie détruit l'effet de la première, et dont se servent ceux qui cèdent dans la forme pour maintenir le fond: S'il y eut des supplices secrets, ils durent être exceptionnels, et nullement érigés en système. En 1588, Sixte- Quint se plaignant de la manière d'agir de la république, le cardinal Farnèse lui dit en souriant : « Saint-Père, ces « messieurs gouvernent l'État avec les règles d’État et « non avec celles du Saint-Office. Et si l’on doit avoir un « œil sincère pour la religion; on doit aussi regarder à « autre chose *. »

Dans les archives des Médicis , nous avons recueilli une lettre du chevalier Nobili, ambassadeur de Toscane, qui écrit de Madrid, à la date du 8 juin 1568? :

« J'ai appris de l'ambassadeur de Venise qu'il y a ici un Italien qui a habité un grand nombre d'années la « Suisse et le pays des Grisons aux confins du Milanais, « où il a connu un grand nombre de vassaux du roi en + intelligence avec les! luthériens de ces pays; cet Italien <est venu à la cour pour dénoncer à Sa Majesté ceux « qui sont infectés de l'opinion hérétique. Il a aussi eu « des entretiens avec l'ambassadeur de Venise, auquel il <a dit qu'en s'occupant de cette affaire il a trouvé un

Romanin était juif, et ne pouvait bien comprendre l'organisation chrétienne, trop peu connue des Italiens eux-mêmes. Romanin done, pour montrer la douceur du gouvernement vénitien, cite les égards dont les juifs étaient l'objet: Qu'ont à faire ici les juifs?.ils ne tombaient, nous l'avons dit, sous la juridiction de l'Inquisition ou de l'Église catholique que lorsqu'ils-tentaient. de faire des prosélytes:

(1) Dépéche de Rome, man. 1279 de la Marciana.

(2) Archives de l'État à Florence, Rang, 4898.

« grand nombre d'habitants des terres des Vénitiens, tous « hommes de qualité, ayant ces idées perverses : il a « ajouté que si la république voulait le récompenser, il a irait dans cette contrée et rendrait compte de tout en « bonne sincérité et avec preuves à l'appui; ce qui a en- « gagé l'ambassadeur à écrire à la république pour l’ex- « horter à voir les choses comme elles sont, et à châtier « sévèrement ceux qui suivent cette ligne de conduite « dans leur État, et spécialement à Brescia et à Bergame, « villes que cet Italien désigne comme particulièrement « infectées. »

Et à la date du 30 juillet : « A propos de ce qu’ont écrit « à Sa Majesté catholique, par lettre du 41 avril dernier, « monseigneur le duc et votre Excellence sur le danger « que les Français et les hérétiques feraient planer sur l’I- « talie, s'ils entreprenaient de pervertir ce pays, Sa Sainteté « aécritla même chose, et s'efforce de démontrer en quelle « suspicion l’on devait tenir le duc de Savoie et les Véni- « tiens, le premier à cause de l’hérésie qui infecte ses « États et de son voisinage avec la France, les autres à « cause du peu de vigilance qu'ils exercent sur la ma- « nière de vivre d’un chacun : le concours ou la permis- « sion de ces deux suffisent, paraît-il, pour faire naître en « Italie tous les troubles fomentés par ses ennemis. Il s’est « longuement étendu au sujet du duc et de la républi- « que, et les a chargés beaucoup auprès de Sa Majesté, « comme étant ceux dont la bonne volonté pour le ser- « vice de la foi et celui de Sa Majesté est la plus dou- « teuse. »

Jacques Brocardo, Vénitien ou, suivant d’autres, Piémontais, suivit Calvin, et prétendit confirmer par la sainte Écriture des visions qu'il disait avoir. En 1565, s'étant re-

Jacques Brocardo.

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Procédure l'Inquisition

en matière d'hérésie,

tiré dans le Frioul, il y écrivit sur la physique ; mais il y fut découvert, et les Dix le firent arrêter. Relâché, il s'en alla errant à Heidelberg, en France, en Angleterre, en Hollande, où il publia des livres dans lesquels il soutenait que les prophètes avaient prédit les événements particuliers au seizième siècle : il les appliquait aux faits à venir pour ce qui concernait Philippe II, Élisabeth, le prince d’Orange. Le synode de Middelbourg désapprouva cette manière d’interprèter la Bible. Le Breton Ségur-Pardaillan crut que le personnage désigné dans ces prophéties comme destiné à abattre l’hydre papale était Henri IV, et il sollicita ce monarque de l'envoyer aux princes protestants pour cet objet; mais il devint ridicule lorsqu'il eut révélé la source d’où il tirait cette persuasion.

Un commentaire de Brocardo sur la Genèse fut condamné par le synode national de La Rochelle en 1581. Il rétracta plus tard ses livres mystiques et prephétiques, ce qui ne l'empêcha pas d’être expulsé de la Hollande: il erra misérablement jusqu’après l'année 4594.

Le mode de procéder, en fait d’hérésie, à Venise, ressort de l’instruction suivante : .

« Modus qui servatur in tribunali nostro in procedendo contra hæreticos.

« Et primo, porrecta querela, sive denuntia contra aliquem per judices ecclesiasticos, videlicet reverendum dominum Auditorem reverendissimi d. Legati apostolici et per patrem inquisitorem hæreticæ pravitatis, cum assistentia clarissimorum dominorum deputatorum contra hæreticos, ex offitio super ea testes assumuntur et examinantur; et si faciunt inditia aut probationes, ita quod deveniri possit ad capturam denunciati, tune Judices ecclesiastici, accedente consilio

DI

« prædictorum clarissimorum dominorum deputatorum, « dictam capturam decernunt; sin autem, eundem ad « comparendum personaliter citari mandant, qui si non « comparuerit, proclamatur in scalis publicis, et contra « ipsum proceditur, ejus contumacia non obstante. Si « vero comparuerit, judices ecclesiastici cum assistentia « prædictorum clarissimorum d. deputat. ejus rei reci- « piunt aut constilutum, et eo receplo, decernunt (acce- « dente consilio ut supra) quod incarceretur aut consi- « gnetur in aliquo loco quem ei deputant pro carcere, « eum fidejussione de se presentando et de non rece- « dendo, et successive ad ulteriora proceditur, exami- « nando tesles et contestes, et constituendo inquisitum « qui confitetur se errasse, et qui se remittit sancte ma- « tris Ecclesiæ correctioni. Tunc formata abjuratione « illa, reus, ore proprio, si scit legere, sin autem notarius « reo preesente et omnia in eadem abjuratione contitente, « recitat die statuto per judices. Deinde ipsi judices ec- « clesiastici, habito colloquio de pœna sive peenitentia, : « ad quam reus veniat condemnandus, cum prædictis « clarissimis dominis deputatis, et citato reo ad audien- « dam sententiam , illam in scriptis, accedente consilio « ut supra, proferunt et promulgant, et in ipsius sen- « tentiæ fine serenissimi principis pro executione ipsius « sententiæ brachium humiliter implorant. Si vero reus « negaverit delicta, de quibus in inquisilione, perpe- « trasse, tunc in arctiori carcere detrudi mandatur, ut eo « mediante, delicta per se perpetrata confiteatur. Si vero « illa confiteri negaverit, tunc et eo casu utatur deductis « in processu et altestationibus testium, dummodo vi- « deantur esse conformes et sine aliqua inimicitiæ suspi- « cione, ac tales quod in juditio fides èisdem adhiberi

Procès +

le sorcellerie,

« possit : et sic ad sententiam condemnatoriam, prout « juris fuerit ut supra, proceditur. Si vero testes exami- « nati non plene probaverint, ita quod tantummodo inditia fecerint, aut semiplene probaverint, tunc et eo « casu proceditur ad torturam, licet hactenus in tribunali « nostro hujusmodi non evenerit casus, et ita hactenus « fuit servatum et processum , cum assistentiam prædic- « torum clarissimorum domin. deputatorum et eorum ac- « cedente consilio decretum et séntentiatum. »

Les archives du Saint-Office, maintenant réunies aux autres au couvent des Frari, sont composées de 180 dossiers. À part un procès de 184, la série régulière ne commence qu’en 1348. D’après Romanin, de 1548 à 1880, on fit 63 procès tant dans la capitale que dans les provinces ; 19 furent suspendus; les autres aboutirent à des amendes ou à l'exil : quelques-uns se terminèrent par une prison temporaire, un par une condamnation aux galères et un autre par une condamnation à mort. Les inculpés sont ou des prètres ou des artisans ; il y a peu de bourgeois, pas de nobles. La Bibliothèque de Saint-Marc! ne possède que la sentence prononcée contre François Barozzi pour sorcellerie, séduction, apostasie obstinée : celui-ci s'6tait résolu à tout confesser, pourvu qu’on lui laïssât la vie sauve et ses biens ; il resta quelque temps en prison, paya cent ducats, de quoi faire deux crucifix d'argent, ets’obligea à faire certaines prières et à se confesser régulièrement.

Les procès de sorcellerie ne manquèrent pas dans les États de Venise. Les Diarii de Marin Sanuto en rapportent plusieurs qui eurent lieu avec les abus ordinaires de la procédure d'alors, et l'on y trouve des preuves évidentes de

(1) Manuscrit 367, classe VII, Ital.

superstition, de délire, d’hallucination. On voit dans les Annales de Brescia, qui existent en manuscrit à la Bibliothèque du Quirinal, qu’en 1455, le père Antoine, inquisiteur, faisait appel au gouvernement contre les hérétiques dépendant de la paroisse d’Edolo, qui refusaient les sacrements, immolaient des enfants, adoraient le diable. En 1540, on avait brûlé à Edolo et à Pisogne plus de 60 sorciers et sorcières accusés d'avoir ensorcelé des hommes, des femmes, des animaux, d'avoir desséché des prés et des herbes. Pendant qu’on les conduisait au bûcher, ils ne se montraient nullement effrayés, dans la conviction que le diable ferait un miracle pour les sauver. En 4518, on avait brûlé plus de 70 sorcières dans la Valcamonica et confisqué leurs biens : une lettre d’Orzinovi de cette même année dénonce comme infectés de sorcellerie un grand nombre de prêtres qui ne baptisaient pas et qui disaient la messe comme Dieu veut.

Le docteur Alexandre Pompejo raconte dans une lettre datée de Brescia, 28 juillet 14518, que 2,500 personnes se réunissaient sur le mont Tonale pour y assister au sabbat. Charles Miani, patricien de Venise, rapporte avec les plus grands détails que, sollicitées par leurs mères, les jeunes filles forment une croix sur la terre, la foulent aux pieds et crachent dessus; au même instant se présente à elles un cheval, qu’elles montent, et tout à coup elles se trouvent transportées sur le mont Tonale, au milieu ” d’une orgie. Introduites dans une salle magnifique toute tendue de soie, elles voient assis sur un trône d’or et de pierres précieuses un grand seigneur, qui les fait pisser sur la croix et les accouple à des jeunes hommes d’une beauté ravissante. Il se tenait des réunions du mème genre sur le mont Crocedomini entre la vallée Sabbia et la

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Censure établie sur les livres.

Camonica, ainsi que le rapporte Gambara, dans ses notes sur les Gestes des Brescians pendant la ligue de Cambray

Pour l’inquisition des livres défendus, Venisese montra jalouse de sa souveraineté : elle confia cette matière au Conseil des Dix qui, par un décret de janvier 1526, défendit de rien imprimer sans la permission des trois chefs du Conseil. Elle remit ensuite ce soin aux Exécuteurs chargés de réprimer le blasphème. L'Index de Clément VIII ne fut reçu qu'avec de certaines restrictions, et dans le concordat de 1596 on établit neuf chapitres : 4°leslivres signalés comme devant être expurgés par lenouvel Index peuvent être vendus aux personnes qui ont la permission de l'évêque ou de l’inquisiteur; 2° si les imprimeurs veulent les réimprimer, ces livres pourront être corrigés par l'évèque ou par l'inquisiteur sans être renvoyés à Rome; 3° on consignera l'original des livres nouveaux entre les mains du secrétaire des réformateurs de l’université de Padoue, où au chancelier du capitaine dans les autres villes; 4° on imprimera sur les livres le décret de permission et le nom du réviseur; 5° il n'y aura pas de gravures déshonnêtes; 6° les libraires présenteront, une fois pour toutes, à l'inquisiteur, l'inventaire des livres qu'ils ont en leur possession pour qu'on élimine ceux notés par l'index ; 7° les évèques et les inquisiteurs ne pourront défendre un livre que pour cause d’hérésie ou pour fausse permission; 8° les imprimeurs ne sont pas obligés au serment; 9° les héritiers des libraires donneront à l’inquisiteur la note des livres défendus qu'ils trouveraient dans l'héritage.

Ces rigueurs n'empêchèrent pas la typographie d'être une des principales et des plus nobles industries de Venise, illustrée par les Alde, les Baglioni, les Comini, les

ww

J LES NÉRÉTIQUES EN VÉNÉTIE. 65 Zalia. Les Baglioni obtinrent la noblesse de Venise, ct les Albrizzi la dignffè de procureurg de Saint-Marc.

Tous les chefs-lieux de la République avaient leur tribunal de l’Inquisition, organisé sur le modèle de celui de Venise : d’accord avec les réformateurs de l’université de Padoue, ce tribunal révisait les livres et les estampes; la permission devait être enregistrée par le magistrat des Exécutetrs contre le blasphème. Deux consulteurs, l’un ecclésiastique, l’autre séculier, étaient questionnés sur les différences entre les jugements religieux et politiques. Un Réviseur des brefs examinait toutes les bulles et tous les papiers qui venaient de Rome.

Tout ce que nous avons dit an Discours IX du t. I, p. 331 et suiv. de l’école de Padoue s'applique à Venise, dont Padoue était le gymnase. Caracciolo qualifie cette ville de « repaire d’hérétiques; là résidèrent pendant quelque « temps non-seulement Vergerio, mais Henri Scotta, « Sigismond Gelvo, Martin Borrao, Gribaldi et Calvin « lui-même, lorsque, fuyant la Picardie, il vint en Italie, « et arriva jusqu’à Florence. Chioggia avait un évêque « très-suspect d’hérésie, si bien qu’il ne dut qu’au car- « dinal de Trente de n'avoir pas été arrêté au Concile. « En général, on peut concevoir, par le rapport que l’é- « vêque Teatino fit au pape Clément VII, combien toute

« cette province de Venise était souillée d'hérésie. » o

Parmi les lettres de Bullinger, il s’en trouve une, du

0 mars 1543, où Oswald Miconio parle d’un doyen de Pa- <ioue qui croyait pouvoir accorder les rites catholiques a vec les nouvelles croyances, et d’un autre, dont il ne donne pas le nom, qui soutint, dans un colloque, qu’il ne fallait qu'un seul pasteur et un seul bercail, qu'on de-

vailobserver le caréme, le jetme, les fêles ct invoquer les 1 — 5

Padoue

et Averroistes.

saints; et qui prétendait (dit-il) allier le Christ à Bélial. Il cite encore un autre Italien, qui captiva Calvin au point d'en obtenir une commende; mais étant venu à Argovie, il déclara publiquement ne pas croire à l’Esprit-Saint.

Bernardin Tomitano, de Padoue, qui publia une Eeposilion littéraire du texte de Mathieu Évangéiste ( Venise, 1547), laquelle a été probablement traduite d’Érasme, fut également accusé d’hérésie. Mais il se justifia dans les «Discours I et IT aux seigneurs de Ia sainte Inquisition de Venise » (Padoue 1856 ).

Il existe aux archives du Vatican un « écrit composé sous Frédéric Cornaro, évêque de Padoue, ser la question de savoir s'il faut tolérer oui ou non tolérer la licence de la nation allemande! ; » il s'y plaint qu'à cette université on ait les mêmes exigences qu’à celles d’Angleterre, de Genève, d'Allemagne, « lesquelles veulent qu'après trois « jours tous les étrangers soient obligés de quitter leurs « rites et de s'accommoder à leurs abus et à leur li- « cence, »

L'enseignement des Averroïstes’ survécut dans l'École de Padoue, même après que les formules barbares de cette doctrine eurent été bafouées par les humanistes, et le fond par les catholiques. Zabarella, Zimara, Frédéric Pendasio , Louis Alberti et autres continuèrent cette tradition, bien que tous répudiassent l’unité de l’intelligence. Le Vénitien François Ludovici, dans une des nombreuses continuations du poëme de l’Arioste intitulé le Triomphe de Charlemagne, chante Renaud, Le héros pé-

(1) Manusc. Urbin, 859, fol: 325:

(2) Voir notre T. 1°", page 344 ct stiiv. On imptima à Riva de Trente, en 1560, un abrégé de la Logique d’Averroës; souvent réimprimé, ilest demeuré jusqu’à ces derniers temps classique parmi les Isrsélites:

nètre dans les egggrailles du mont Atlas, se trouve au milien du temple de la Nature, eta voit donner l'existence à tout ce qui végète, à tout ce qui respire : la Nature est mise à la place de Dieu, de méme que l'intelligence et la raison tiennent lieu de l'âme. A cette question de Renaud, pourquoi les hommes ont-ils une Ame immortelle plus intelligente que celle des bêtes, la Nature répond :

« Jen place plus (d'intelligence) dans l’homme que ce n’est mon vouloir. Et cette intelligence est si grande que votre savoir excède de loin celui de tout autre animal. Cette autre chose qu’en vous l’on dit immortelle, ce n’est pas moi qui la fais; si Dieu la fait qu’il la fasse. Ce que c’est, je ne le sais pas; je ne sais non plus ce qu'elle vaut. Il peut très-bien arriver qu'il lui plaise de créer, quand je fais vos corps, ce quelque chose de votre être

qui à la fin de votre existence retourne dans son sein. Et cela, si bon vous semble, vous le pouvez croire.

Le dernier représentant marquant de celle école fut César Cremonini de Cento, qui professa dix-sept ans à Ferrare et quarante ans à Padoue. Les quelques écrits qu’on a imprimés de lui ne justifieraient pas sa haute reputation; mais il reste un grand nombre de copies des cours qu'il faisait aux élèves. Il n’accepte pas l’unitè de l'intelligence : il admet comme intelligence acre Dieu lui-méme, distirict des puissances de l'âme, exis{atit par lui-même, vie de l'Univers, lequel Univers n'est jämais, mais devient | Mundus nunguam est, nascilur

semper él moritur). I distingue toujours la vérité philosophique de la théologie; dans l’exorde du traité de l'âme en particulier, il dit à ses auditeurs : « Je ne prétends pas « vous enseigner ce qu’il faut croire de l'âme, mais seu- & lement ce qu'a dit Aristote. Or tout ce qui est dans

« Aristote est contraire à la foi, et les théologiens y ont

x ebondamment répondu. Soyez-en avertis une fois pour

Cremonini.

« toutes, afin que si vous entendez quelque proposition « mal sonnante dans mon enseignement, vous sachiez où « vous en trouverez la réponse (A). »

Ces précautions et d'autres semblables n’empéchèrent pas l'inquisiteur de Padoue de lui écrire, le 3 juillet 4619, pour lui rappeler le décret du Concile de Latran qui oblige tous les professeurs à réfuter sérieusement les erreurs qu'ils exposent '.

« Sa Sainteté m'a donné ordre de faire savoir à Votre Seigneurie que dans votre apologie non-seulement vous n'avez pas corrigé le premier livre, intitulé Disputatio de Ceelo, selon la disposition du Concile de Latran, en résumant le raisonnement d'Aristote, en le réfutant, eten défendant manifestement la foi catholique, mais que vous avez de votre propre sens créé certains modes d'explications et de distinctions, qui contiennent des assertions dignes de censure, comme on peut le voir par les observations que je vous ai fait parvenir. En conséquence, il convient que vous corrigiez de vous même le premier livre, d'après la prescription du Concile de Latran : c'est là votre devoir et non celui des théologiens ou d'autres; car vous devez le faire par obligation de conscience, si vous êtes ce philosophe chrétien et catholique que vous dites être; vous le devez encore à votre réputation, si vous voulez être regardé comme un philosophe chrétien et non comme un philosophe païen. Il faut de plus que vous enleviez de l’apologie et réfutiez certaines manières d’expliquer et de distinguer que vous avez lirées de votre propre raison pour l'éclaircissement des propositions notées et censurées dans le premier

(1) Cette lettre se trouve à la Bibliothèque du Mont-Cassin, n° 483.

LES HÉRÉTIQUES EN VÉNETIE. 69 « livre, car elles ne satisfont pas à l'ordre qui vous a été « donné, et on ne doit pas les tolérer en elles-mêmes. « Donc, en raison de la nécessité qu'il y a de prévenir « les maux que peut causer la lecture de ces livres, il « convient que vous corrigiez le premier livre, suivant « l'ordre qui vous a été donné en conformité du Concile « de Latran, et que vous enleviez du second les erreurs « et les assertions dignes de censure que vous avez « écrites de votre propre sentiment, en même temps que « la méthode par vous suivie pour déclarer votre ma- « nière de voir sur ces choses; autrement, on m'écrit de « Rome qu'on en viendra à défendre ces livres ; et dans « cette affaire on n’a rien autre chose en vue que la gloire « de Dieu et le salut des âmes.

« En outre, on fait remarquer à Votre Seigneurie que « la rétractation dans les choses concernant la foi doit « être claire et évidente, non embarrassée, non ambiguë. < D'autres hommes de mérite ont exposé Aristote dans « cette université de Padoue : sur tout ce qui tient à « l'âme mortelle, ils prouvaient qu'Aristote, avec le « seul secours des lumières naturelles, s'était trompé, « et ils ont réfuté ses arguments d'une manière re- < marquable in principiis philosophiæ : ainsi en a agi « de nos jours Pendasio, homme de beaucoup de sa- « voir et de piété. Outre le long entretien que j'ai eu « avec Votre Seigneurie à ce sujet, j'ai cru devoir vous « transmettre ces observations par écrit. Que Votre Sei- « gneurie me réponde donc distinctement par écrit sur « toul ce que je lui dis, afin que j'en puisse rendre « compte à Rome pour vendredi prochain. Dieu vous cona serve! »

Cremonini répondit :

« J'ai vu la lettre que m'écrit, votre paternité : j'y trouve deux choses : par l'une vous m’avertissez, vous m'exhortez et vous me persuadez de satisfaire aux observations auxquelles mes livres ont dernièrement donné lieu, Je vous remercie de votre bonne affeclion : vous savez , je crois, que l'autre fois j'ai été très-prompt, à suivre l'ordre de Sa Sainteté, et vous devez done croire que cette, fois encore. j'agirai.de méme à l'égard de toute requête convenable. Vous me dites ce que je dois faire : à ce propos, je vous.dirai, chemin faisant, ce que je puis. Je verrai les observations le plus tôt possible. Étant. à cette heure un peu indisposé, je ne puis dès maintenant me livrer à 1°6tude : j'en agirai avec votre paternité de manière à accomplir tout ce qu'il faudra.

« Pour ce qui est à remanier dans le premier livre, je ne puis absolument le faire, car lorsque je l'ai composé, ila été arrèté par ordre de Sa Sainteté que l'on en ferait, à l'occasion, l'apologie : ce que l'on. a fait. La chose a été sue au Sénat; on la tient pour jugée, ensorte que je n'ai pas le pouvoir de rien changer au livre.

« Voici tout ce que je puis faire, Dans la dernière partie que je publierai, De cati efficientia, j'aurai égard à toutes les difficultés qui se présenteront, et je ferai le nécessaire pour me montrer ce philosophe catholique et chrétien que je dis ètre, que je suis en effet, votre paternité le. sait. Ma conduite habituelle me juslitie, et il ne faut point s’en rapporter à des relations menteuses, j'en prends Dieu à témoin. Quant aux manières d'explication que vous dites, je crois qu’elles seront en partie notées dans les observations; je verrai à me mettre d'accord avec vous. Nous verrons aussi

LES HÉRÉTIQUES EN VÉNÉTIE, mn « ensemble le Concile de Latran, et je ferai ce qu'il « faudra. Mais quant à changer ma manière de dire, je « ne sais comment je pourrai promettre de me changer « moi-même; chacun a sa manière, qui l’une, qui l'au- «tre. Je ne peux ni ne veux rétracter les expositions « d'Aristote, puisque je l’entends ainsi et que je suis payé « pour déclarer ce que j'entends, et en ne le faisant pas « je serais.obligé à la restitution du salaire. Ainsi je ne « veux pas rétracter les considérations par moi émises « sur l'interprétation que vous avez faite de mes explica- « tions, sur mon honneur, sur l'intérêt de la chaire que « j'occupe, et partant du prince. Mais il y a un re- « mède : que quelqu'un écrive le contraire, je me tairai « et je ne ferai rien pour répliquer. C’est ainsi qu'on fit « écrire à Suessano le livre De Immortalitate, contre Pom- « ponace.

« Quant aux choses de l'âme, ce n'est pas le temps « d'en parler; lorsque je ferai le commentaire, je me < comporterai en bon catholique, et je ne me montrerai «inférieur en piété chrétienne à aucun. autre philo- « sophe. »

Il fant bien reconnaitre que ses croyances ne lui attirèrent aucun désagrément, puisqu'il continua à enseigner à Padoue. Mais son nom resta comme le type de l'incrédulité savants ; on a dit de lui qu’il avait brisé d’une manière peu philosophique l'accord entre la foi et la philosophie, en donnaot la formule suivante: Intas ut libet, foris ut mores ; on ajoute que mort octogénaire, daus la peste de 1631, il protesta du fond du tombeau contre l'immortalité par cette épitaphe : Zio jaces Cramoninus lotus,

Ce fait est-il bien avéré?

Gisbert Voet écrit que anfehac ab crudelissimo viro et

12 DISCOURS Il

amico mihi communicatum erat epitaphium quod dicebatur sibi. fecisse, Totus Cremoninus hic javet : sed postea ab eodem aliunde aliter informato menitus, revocavi illud'.

Mais Balzac, faisant l'éloge d'un certain M. Drouet, dit : « Son nom est en grosses lettres dans les archives de « l'École de Padoue ; et il sortit de la discipline du grand « Cremonini presque aussi.grand et aussi savant que buy. « Non pas qué pour cela il, soit partisan aveugle de feu « son maistre. Je vous puis asseurer qu'il n’en a espousé « que les légitimes opinions, et jamais fidèle ne fut mieux « persuadé que luy que le Dieu d'Abraham et d'Isaac est « le Dieu des vivants, el non pas des morts. »

Laurent Crasso disait de Cremonini? : « C'est un poison « spirituel contagieux d'enseigner que l’âme de l'homme, « sujette à la corruption, ne diffère pas dans la mort « de celle des brutes, comme il le faisait, bien qu'il ait « eu la prudence d'assurer qu’en cela il ne faisait que sou- « tenir l'opinion d'Aristote. » Il ajoute que Cremonini « était bien fait de corps, austère de visage, très-sobre de « sommeil, ambitieux de science, hypocrite dans sa con- « duite, éloigné de toute religion; et que, de l'avis de plu- « sieurs, il avait fait à un grand nombre de ses élèves la « ‘confidence de si doctrine perverse. »

En vérité on est étonné que le péripatétisme scolastique ait été si tard en honneur à l'université de Padoue, et que Cremonini exposât le traité de la Génération et de la Corruption, celui du Monde et du Ciel, pendant que Galilée y expliquait Euclide ; ce Cremonini, qui refusa lorsque Galilée découvrit les satellites de Jupiter de les regarder avec le télescope, parce que ce fait était en contradiction

(1) Selectarum disputationum theologic., vol. 1, p. 2067 (2) Éloges d'hommes de lettres, t. Il, p. 124.

avec Aristote. Mais la ruine de cette école fut moins due à la science sérieuse et expérimentale qu’au triomphe définitif de l’orthodoxie.

. De la terre-ferme des États de Venise, outre le nom . de Flaminio est venu jusqu’à nous celui de Paul Lazise, de

Merétiques

ais et Brescians.

Vérone, chanoine de Latran, qui, à l’époque où il enseignait”

le latin à San-Frediano de Lucques, entendit Pierre Martyr, prit goût aux dogmes hétérodoxes et en fit profession

en 1542. Il fut quelque temps professeur à Zurich, puis à .

Bâle; enfin Martin Bucer l'appela à Strasbourg pour y enseigner le grec et l’hébreu,

Un des chefs de la cohorte des lettrés charlatans, ce fut Jules César Scaliger, probablement natif de Vérone, qui attaqua d’abord Erasme à propos des railleries dont celui-ci poursuivit les latinistes italiens, et fut plus tard soupçonné d’adhérer aux opinions nouvelles. On sait d'une manière positive qu'il mourut en bon catholique, le 21 octobre 14558. On a cependant gravé sur son tombeau à Agen cette épigraphe sceptique : J.-C. Scaligeri quod fuit.

Domitius Calderini, de Caldiero près de Vérone, auteur de plusieurs commentaires sur les anciens, secrétaire

apostolique à Rome, se fit des ennemis par sa critique pré-

somptueuse. Ceux-ci dirent de lui qu'il fuyait la messe et qu'il s'écriait quand il devait y aller : « Allons à l'erreur commune. » Cela a suffi pour qu'on l'ait placé parmi les témoins de la vérité.

Alexandre Citolini, de Serravalle, au diocèse de Ceneda, est l’auteur d’un Aré de se souvenir, où il réduisait à diverses catégories les choses de la pensée, afin de pouvoir discourir sur tous les sujets indifféremment. Outre

(1) Vivès, De veritate fidei, liv. MI, p. 264.

74 DISCOURS Il

cet ouvrage, il fit imprimer à Venise, en 1864, la Topucosmie, ou le Monde réduit à un sewl lieu, mélange bigarré de toutes les choses matérielles et intelligibles, renfermant plusieurs des erreurs dans lesquelles il s'était Jaissé entraîner. Il se réfugia à Strasbourg, puis-en Angleterre. Sturm fait de lui un grand éloge.

Le 43 juillet 1527, Clément VII adressait une bulle à l'évèque de Brescia, Paul Zema, et à l'inquisiteur de cette ville, où il les félicitait, eux et toutle municipe, dese montrer dignes de l'excellente réputation que- leur avaient laissée leurs parents et leurs aïeux, en veillant soigneusement à ce que l’hérésie ne pénétràt pas dans leurs murs, et en étant toujours prêts à l'extirper si elle s’y introduisait, 1l avait appris que quelques-uns, ternissant leur honneur, n'avaient pas eu honte de professer la doctrine luthé-

- rienne, enseignant en secret ce qu'ils n’osaient confesser en publie, et entraînant ainsi un grand nombre de personnes. ‘ Ils avaient élu trois citoyens qui à force de zèle avaient fait disparaitre presque entièrement de la ville l'hérésie diabolique de Luther, en punissant ses fauteurs et ses propagateurs. Il les exhorte à écouter ces-citoyens, afin que dans la ville et tout le diocèse la doctrine luthérienne et les autres erreurs soient déracinées entièrement. Rappelant l'accusation par eux portée contre J.-B. Pallavacine, religieux carme, qui dans le dernier caréme, préchant à Brescia, avait émis des propositions erronées el contraires à la foi catholique, au grand scandale des âmes pieuses ; il les aulorise à prononcer leur jugement, sans appel, même au Saint-Siége; à obliger par les censures ecclésiastiques les témoins qui se récuseraient; à procéder contre ceux qui soutiendraient, favoriseraient ou conseilleraient les maximes de frère Martin, à déclarer infàmes,

incapables de tester et indignes de la sépulture en terre bénite ceux qui s'obstineraient; enfin l'évêque et l'inquisiteur de Brescia pourront recevoir l’abjuration des repentants et le serment par lequel ils s'engageront à ne pas retomber, moyennant quoi, ils seront absous de toute infamie ou incapacité !.

Nousavons déjà parlé du Brescian Jacques Bonfadio, que le gouvernement de Gênes avait fait mourir pour un crime abominable. Les écrivains démocrates ont donné à entendre que la cour de Rome avait été l'instigatrice de son supplice. Or, il existe aux archives de Gênes une lettre de monseigneur J.-B. Lomellini, écrite de Rome, le 41° février 1%%4, à ce gouvernement; il y raconte que le cardinal Crescenzio lui avait dit que « Sa Sainteté était grandement « scandalisée de la conduite de la Signoria, à laquelle on « avait dù en peu de temps faire desréclamations au sujet « de trois ou quatre cas exorbitants; entre autres et avant « tout celui de Bonfadio, que l'on avait fait mourir sans lui « donner le temps de prouver qu'il était prêtre, bien qu'il « alléguäât cette qualité. »

Nous avons trouvé parmi les pièces du procès du cardinal Morone la lettre suivante, qui est d’une écriture difficile à lire et très-incorrecte. « Au très-savant pré- « dicateur el révérend vicaire général dom Hippolyte « Crisola, mon très-honoré. Rome, à la Paix.

« Très-cher frère, je vous ai déjà éerit deux fois de- « puis ma première lettre; je crois vous avoir écrit mes « intentions et mes sentiments : je ne dirai rien autre « chose, sinon qu'’enchaîné par Dieu, contre ma volonté et « mon choix, je suis venu à Milan, où j'ai commencé à

(1) Bulleriam Romanur .

« prècher : que la volonté du Seigneur soit faite ! Je précherai avec tout le zèle dont je serai capable ; que Notre Seigneur me guide! Je n’ai jamais eu l'intention de nuire à personne ; je prends Dieu à témoin que si ma conscience était en paix, tout serait calme. J'userai des remèdes dont vous me parlez. Je suis persuadé que la liberté chrétienne doit servir à la charité chrétienne autant que la charité doit servir à la foi. Maudite soit la liberté chrétienne qui détruit la charité, mais plus maudite soit la charité qui détruit la foi. Si je pouvais réunir ces trois choses, je serais l’homme le plus heureux du monde; mais je ne le puis. Je pensais trouver l'évèque de Bergame, pour voir s'il pouvait m'apaiser: Je vous prie en grâce d'implorer l'appui de Pole, de Morone, du patriarche et de l'évêque de Bergame : recommandez-moi à eux tous. Voyez si vouspouvez avoir assez de loisir pour me soulager là où je souffre. Cela me consolerait. Je désirerais jouir des douceurs du monde, toutefois honnètement et chrétiennement, si je le pouvais. Jamais je n'ai été aussi calme que maintenant que je sais qu'on ne m'abandonnera pas. Mais c'est avec un grand bonheur que je verrai arriver la fin de ma prédication. Écrivez vai à mon tour, et je prierai, en attendant, notre commun père Jésus-Christ, qui est le seul maître du cœur, de voir que c'est là une plaie du cœur. Ne manquez pas de prier avec tous les fidèles.

« De Milan, le premier dimanche de carème (1552).

« Votre CeLse.

« Je vous envoie les salutations d’Octavien Pisogno et d'Adiodato, qui sont ici avec moi. »

Ce Celse Maximilien, fils du comte César Martinengo

de Brescia, chanoine de Latran et excellent prédicateur, appelé à Lucques par Vermiglio, tomba avec lui dans l’erreur. Vergerio raconte que ce grand serviteur de Dieu se trouvant près de Milan, Muzio envoya des soldats avec des bâtons et des épées pour l'arrêter et le livrer aux mains des Scribes et des Pharisiens'. Ayant quitté l'Italie, Martinengo s'arrêta dans la Valtelline, mais il y fut soupçonné d'être anabaptiste et unitaire ?, Il devint néanmoins pasteur de l'Église italienne à Genève, dont il fut reçu citoyen gratuitement le 30 janvier 1556.

Pierre Martyr, dans une lettre à Calvin, du commen-

(1) Défense présentée au sérénissime doge Donat. « Un certain Muzio, dont la profession est de publier des placards et de mener les gens se faire tuer sur les barricades, est devenu théologien papal en trois jours et de plus capitaine des papistes. Demandez au gouverneur du château da Milan s'il est vrai qu'accompagné de la cour et de ses sbires il est allé, cum fustibus et gladiis, prendrele bon serviteur de Jésus-Christ Celse Martinengo pour le livrer aux mains des Scribes et des Pharisiens. » Les archives de Genève portent cette note : Le comte Celse Maximilien Martinengo de Brescia est arrivé en cette ville au mois de mars.1552, et peu de temps après il a été installé ministre de l'Église.

(2) Philippe Gallizio écrit de Coire à Bullinger, le dernier jour de février 1552 :

« Celse Martinengo, passant par ici, m’a soutenu qu'on ne peut pas avec les Écritures canoniques prouver les mots de trinità et de personnes, et que nous devons nous servir des expressions employées par les Saints-Pères; que la virginité de Marie après son premier enfantement n’est pas prouvée par les Écritures; qu'il faut exclure le baptistère de l'Église. Comander se demande ce qu'ils veulent... Je crois qu'ils portent dans leur cœur des choses qu’ils n’oseront pas divulguer. . ... .. D'Italie, on apprend que certains ne craignent pas de dire que Jésus- Christ est né de la semence de Joseph, et que le récit de Mathieu et de Luc relatif à la Conception de Jésus-Christ par l'opération du Saint-Esprit n’est pas autrement fondé sur l'Evangile. Ces têtes ambitieuses ne peuvent se reposer. » — Et Comander à Bullinger, le 6 avril 1552 : « L'Italieet notre chère Valteline elle-même sont déchirées par les Anabaptistes. Martinengo, qui est affigé de cette plaie, est allé en Angleterre; que les bons se tiennent en garde contre eux! »

Soranzo:

cement de 1557, déplore la mort de la femme de Marlinengo, l’Anglaise Jeanne Straffort, veuve Williams, réfugiée à Genève, et devenue son épouse en février 1586. Quant à lui, il mourut en 1557, et eut pour successeur Lactance Ragnoni, de Sienne. Nous aurons occasion d'en parler ailleurs. | |

Caracciolo, déjà tant de fois cité par nous, dit qu'il ÿ avait à Bergame beaucoup d'hérétiques, et en premier lieu l’évêque et son vicaire, le prévôt Nicolas Assonico; et que Ghislieri fut envoyé pour leur faire leur procès, et cela non sans courir de grands dangers, car Assonico était aimé des recteurs et des principaux de la ville. Mais « Ghislieri fut enfin découvert. Les recteurs et, l’évêque « ayant envoyé des gens pour le prendre et le faire « mourir cruellement, il s'enfuit, grâce à quelqu'un de « l’Inquisition, et fut remis en lieu sûr. Le procès, eu égard « à son importance, et pour qu'il ne courût pas le même « danger que l’inquisiteur, fut confié à un religieux de « saint François; peu de temps après, grâce à un ami, « Ghislieri eut de nouveau la direction du procès, et s'en « retourna à Rome, heureux d'une si belle œuvre. Cité « à Rome, l'évêque y comparut en personne, quoique pro- « tégé et défendu par des hommes puissants. Enfermé au « château Saint-Angeet convaincu, il se reconnut coupable « de plusieurs chefs d'hérésie du plus mauvais exemple qui « auraient infecté tout le pays si le zèle de Ghislieri n’eût « prévenu la ruine de tant d’àmes, Privé de son siége, l'é- « vêque mourut ensuite misérablement, à Venise. »

Nous savons que le fameux Plerre Bembo avait été préconisé au siége de Bergame, mais qu'il ne s’y rendit Jamais. Il avait eu pour successeur, en 4847, Victor So= ranzo, qui, plusieurs fois accusé d’hérésie et plusieurs fois

LES HÉRÉTIQUES EN VÉNETIE, | 79 condamné de ee chef, fut enfin destitué '.' Son vicaire, le prévôt Assonico, fut l’objet des mêmes poursuites, et mourut à Venise. | |

En 1593, Alvise Priuli, recteur de Bergame, écrivait à la Signoria de Venise : « qu’il n’y avait pas d’hérétiques « sur ce territoire, bien qu’un grand nombre de mar- « chands allemands l’habitassent; ces marchands toute- «.fois vivaient sans faire de scandale, et la fréquence des « relations entre les Bergamasques et les habitants de la « Valteline ne nuisait point à la religion; car ces très- « fidèles sujets, occupés de leur négoce et de leur trafic, « sont très-éloignés de l’aisiveté de laquelle dérivent tous « les maux. ».

Mais le pays n'était pas’ aussi pur d’hérétiques : nous pouvons citer à cet égard le médecin Guillaume Grattarola, refugié chez les protestants, et Jérôme Zanchi, d'Alzano (1516-1596). Ce dernier était fils de François et neveu de Paul Zanchi : Paul avec ses fils Basile ct Christophe, se signala par ses travaux d’érudition. Basile, bon pote et chanoine de Latran, versé dans la connaissance des Écritures, fut accusé d’hérésie sous Paul V, et mis en prison; il y mourut, en 1559, Jérôme Zanchi, non pas l'ermite.de saint Augustin, mais le chanoine régulier, changea de religion après avoir entendu précher à Luc-

(1) Interrpgé s'il connaissait Soranzo, Morone répondit : « Cet ‘homme tenait quelquefois chez moi. Il se déclarait réformé, et parlait toujouts des choses de Christ. Il me dit qu'ayant été une fois appelé à Rome; il y avait été acciisé sur un grand nombre d'articles. Un jour que je le trouvais disposé & s'enfuir de Rome, il se mit à me parlet du mariage des prêtres, qu’il prétendait être légitime : il m'assura que le cardinal Sfondrato avait toléré un prêtre qui avait pris femine. je ne pouvais supporter ces intempérances de langage; je lui disais qu'il était dans l'erreur, et je cherchais pat beaucotip de raisons à le persuader du contraire. »

Jérôme Zanchi.

ques Pierre Marlyr, et lui resta toujours dévoué depuis.

Ayant quitté sa patrie en 1580, il succéda à Gaspard Hédion dans la chaire d'explication des saints livres à Strasbourg. Il remplit cette fonction de 1553 à 1563, et faisait en outre des leçons sur Aristote, Comme tous les

Italiens, il n’acceptait pas dans son intégrité la confession

d'Augsbourg; modéré, il réprouvait les exagérations,

n'outrageait pas le pape, reconnaissait beaucoup de pré-

jugés chez les Réformés , et cherchait à concilier les di-

verses opinions, Il écrivait à Sterm : « Je suis indigné de

voir dans nos Églises réformées chez un grand nombre la manie d'écrire à propos de tout, plutôt que de laïsser ce soin aux pasteurs, aux docteurs et aux colonnes de l'Église. Souvent nous obscurcissons à dessein le véritable état de la question, afin qu'elle ne puisse être comprise : nous avons l’imprudence de nier les choses évidentes et nous affirmons effrontément le faux : nons inculquons fortement aux peuples comme principes de foi des doctrines manifestement impies, ct nous dénonçons comme hérétiques des opinions parfaitement orthodoxes : nous torturons les Écritures pour les mettre d'accord avec nosinventions, et nous nous vantons d'être les disciples des Pères, tandis qu’au contraire nous re-

fusons de suivre leurs doctrines. La tromperie, la calomnie, l'injure nous sont familières, et nous ne pen-sons pas combien par de semblables écrits nous‘nuisons

au progrès de l'Évangile, quel coup nous portons à l'É-

glise de Jésus-Christ, et combien nous raffermissons les

sectaires dans leurs hérésies, combien nous excitons les

tyrans à prendre les armes contre nous, combien nous

dilatons sur la terre le règne de Satan; que ce soit bien

ou mal, vrai ou faux, peu nous importe, pourvu que

« nous soutenions notre cause. O temps, ò mœurs! quel « homme en voyant, en lisant, @p:examinant tout cela, « s'il conserve une étincelle de piété, ne sera profondé- « ment affligé et troublé, et ne déplorera amèrement les « malheurs de notre temps?» >

Mais en cherchant à mettre la paix, Zanchi fut luimême constamment mêlé à des discussions. Il était devenu membre du chapitre de Saint-Thomas, où ses divergences sur la prédestination, sur la persévérance dans la sainteté, sur l’ubiquité et sur l’antéchrist lui valurent mille contestations : on ne le saluait plus, on ne lui adressait plus la parole.-Poussé à bout, il souscrivit, pour conserver son poste, un formulaire, mais avec des réserves, et modo orthodoxe intelligatur.

Il renonça ensuite au canonicat, et se fixa à Chiavenna de 1563 à 1568, frucluose quidem, sed non absque cruce. Il avait épousé Violante, fille de Celio Curione, dont Vermigli décrit la mort, dans une lettre à Pierre Martyr : celleci, toute pleine d’aspirations, goûtait d'avance les douceurs du paradis et elle brûlait du désir de voir le Sauveur : elle chargea Olympe Morata de l’ensevelir, puis elle expira, dans les bras de son mari, en s'écriant : Au ciel, au ciel?. Il épousa ensuite Livie Lumaca, riche héritière de Chiavenna, dont il eut de nombreux enfants. L’électeur palatin Frédéric III le fit demander pour professer la théologie à Heidelberg. Là il écrivit contre les antitrinitaires ; mais à la mort de son protecteur, le pays ayant changé ses croyances, il en fut renvoyé, avec tous ceux qui s'é-

(1) Hiznowimi Zancais Responsio ad Jo. Sturmium, au tom. VIII de ses OEuvres théologiques, col. 835.

(2) Metcinon Apam, Vite Théol. exter.; voir notre T. II, Disc. XfI,

pag. 574.

82 DISCOURS Il.

cartaient du Luthéranisme pur, et se refugia à Neustadt, jusqu'au moment où il put rentrer à Heidelberg. A l'âge de soixante-dix ans, et déjà aveugle, il fit une profession de foi pour lui et pour sa famille, dans laquelle il déclare, en s'adressant à Ulysse Martinengo, n'avoir pas répudié tous les dogmies de l'Église romaine, mais ceux-là seulement qui n'étaient pas conformes aux enseignements de l'Église primitive; en l'abandonnant il s'était proposé de rentrer dans son sein dès ‘qu’elle se serait amendée; il le désirait de tout son cœur, puisqué ‘rien n'est plus désirable que de passer ses derniers jours dans lesein de l'Église où l'on à 616 baptisé. ‘ i

Il mourut en 1590. On plaga l’épitaphe suivante sur son tombeau : : i

Hieronymi hic sunt condita ossa Zanchii.

Itali exulanlis Christi amore a patria. , Qui theologus quantus fuerit et philosophus, Testantur libri editi ab eo plurimi.

Testantur hoc quos voce docuil in scholis Quique audiere cum docentem ecclesias.

Nunc ergo quamvis hine migravit spiritu Claro tamen nobis rem auzit nomine.

Ses œuvres, recueillies en six volunîes, dont deux de lettres, ont été publiées à Genève, en 1619. Son ouvrage le plus célèbre fut De Dei naiwra et de tribus elohini Paire, Filio, et Spiritu Sancto, uno eodemque Jehova, en deux pare ties : dans la première il expose la doctrine pure et explique le mystère de la Trinité; dans la seconde il réfute les arguments contradictoires. Ces écrits lui firent une telle réputation, que Sturm disait qu'il suffirait à lui seul

à tenir tête à tous les pères de Trente; mais si ses livres

LES HÉRÉTIQUES EN YÉNÉTIE. 83 obtinrent de grands éloges, ils eurent peu de lecteurs : Bayle fait remarquer qu’on les achetait pour rien et qu’ils avaient plus d’amateurs parmi les charcutiers que parmi les théologiens. —

‘ Francois'Negri, de Bassano, ne è fit pas moins de brait. Eñtré aux Augüstins', à la suite d’un amour malheureux, uh amour nouveau le poussa à un assassinat, pour lequel il‘s’enfuit en Suisse: S'étant lié avec Zwingle et ayant adopté-ses doctrines, it l'accompagna, dit-on, à la conféreñce de Marbourg en 1599 et à Ia diète d’Augsbourg, il soutint la liberté absolue des cultes, qui au lieu de cela fut limitée aux*deux sectes principales. Negri finit par se joindre aux: antitrinitaires.

On a;annoncé, il y a quelque vingt-cinq ans, que sa correspondance avait été trouvée en Suisse et portée à Bassano :: mais nous avons eù beau chercher, nous n’avous trouvé que deux lettres de lui parmi celles dont Baseggio 4 enrichi la bibliothèque de cette ville. L'une ne présente aucun intérét; dans l’autre, datée de Strasbourg, 8 août 1530, et adressée au révérend maître Paul Rossello, de Padoue, il parle dé totit cé qu’il a eu à souffrir pour le Christ après son éxpatriation; il y dit que, le caréme précédent, s'étant rendu incognito à Venise et en d’autres Heu de € Hate, | il y avait trouvé « plusieurs frères aux-

"dite non | aux Bénédictiné, comme le dit Carrara, dans le Nouveai Bisftonmatre ‘historique, publié è ‘Bassano, en 1796, Outre cet article étendu, Verci a parlé de Negri dans les Notices sur les écrivains de Bassumo. ‘ils sont coritredits pat Dominique Rossio Da Porta, ministre réformé è'Soglio, dans les Grisons, en 1794, qui s'adresse au délégué don Fhièle de Vertemate Franchi, et avec plus d’exactitude par J.-B. Roberti dans ses Notices Mstorico-critiques sur la vie et les OEuvres de François Negri Bassano, 1839. C’est ume erreur de Quadrio de l’indiquer comme originaire de Lovere.

François Negri,

« quels je parlai avec détail (dit-il) de moi et des af- « faires de l'Évangile. Voici les noms de ces frères ;: à « Venise, je me suis entretenu avec frère Aloys des Forna- « sieri, de Padoue, autrefois don Barthélemy en religion. « A Padoue, je me suis entretenu avec frère Barthélemy « Testa, auquel j'ai laissé mon bénéfice, et qui est main= « tenant intendant de la maison de monseigneur Stampa, « Ensuite, dans une ville du Véronais dont je ne me « rappelle pas le nom, à trois ou quatre milles deLegnago, « je me suis entretenu deux jours avec frère Marin Gujoto, « qui, quondam monachus, dicebatur don Pierre de Padaue. « En dernier lieu, j'ai eu, pendant toute une journée, « un entretien avec don Vincent de Mazi. Par eux donc « vous pourrez tout apprendre‘, »

Après lui avoir donné des nouvelles d'Allemagne, il conclut : « Nous ne pouvons qu’attendre quelque grave « croix, Orandum sine intermissione, nobis ac vobis est, ut « Dominus ipse negotium suum defendat. À Venise, je « n'ai pu parler avec le frère Alvise comme je le désirais, « car il était allé se fixer à Trévise, ainsi que me l'a dit « sa mère. Je ne puis que vous demander ayec instances, « à vous et aux autres frères, de prier enizissime Dieu pour « NOUS, » Ù

Negri se fixa à Chiavenna en qualité de maître, mais il ne paraît pas qu'il y ait été pasteur, puisque le premier de cette église fut Augustin Mainardi, qui vécut jusqu'en 1563, et qui l'excommunia comme socinien. Negri se dis

(1) Nous aurions désiré donner quelques détails sur les personnes nommées dans cette lettre; mais tout ce que nous avons pu recueillir, et c'est à M. Baseggio que nous le devons, c'est que Fornasiere était au: gustin et de Bassano, comme Testa; ils s'enfuirent, et l'on n'eut plus

de leurs nouvelles, Nous n'avons pu davantage retrouver la corre» pondance qu'ils entretenaient avec Spiera.

culpa à Zurich, puis publia sa propre profession de foi, dans laquelle il admet la divinité et lincarnation du Christ, l'efficacité du ‘baptéme et de l’eucharistié,

.Ses:moinbreux ouvrages témoignent de ses connaissanees en fait de grec, d'hébreu et:de théologie : mais il y. fait rarement preuve d'élégance et de goût. On rec marque l’opuscule sur la mort de Fanino de Faenza ( non fanno, comme dit Tiraboschi), et celui qu'il écrivit sur Bominigque Cabianca, de Bassano. Ce dernier avait fait la guerre contre Charles Quint: puis s'étant fait l’apôtre des nouvelles doctrines, à les prêcha ouvertement à Plaisance : arvòté: dans cette ville, sur le refus qu'il fit de se rétracter, il fut pendu, en septembre 1550. |

. Negri traduisit en latin les Aventures de François Spiera de Citadella. Mais son écrit le plus fameux est la tragédie intitulée Lébero arbitrio, imprimée en 1546, puis en 4850 et en 1859 en latin. C’est la mise en drame des controverses religieuses de l’époque. Les invectives contre monseigreur della Casa, contre le Tedeschino, c’est-à-dire monseigneur Thomas Stella, évêque de Capodistria, et contre Muzio, l’ont fait attribuer par Zeno à Vergerio ‘, par d'autres à Louis Alamanni ou à Ochin; mais il ne paraît pas douteux que cette tragédie soit de Negri, qui se montre bien informé des questions qu’il y traite, des hérésies de

La tragédie du Libre- Arbitre.

Luther et de Zwihgle, du développement des dogmes, de

l'mtroduction des rites, des lois canoniques , et de l’institution des ordres religieux. - -L'action se passe à Rome sur la place du Vatican, (1) Vergerio a fait la préface et les quelques notes de l'édition de 1550, dans laquelle on lit le nom de F. Negri. On ena une tradyction

francaise anonyme de 1559, imprimée à Villefranche, c'est-à-dire Genève, W une-en iatin, de la même année, imprimée dans la même ville.

sous le règne de-Paul III, et, dure de midi au soir. Les personnages réels: y sont mélés à. des allégories. Fabius d’Ostie, pèlerin de retour de la Terre-Sainte, fait l'ex position ou protase. Monseigneur Glergé, fils du pape et premier ministre du: royaume catholique, symbolise. le Pontife, dans le palais duquel se tient le concile.: Biaconat, majordome de. monseigneur Clergé, .diplomate «ha» bile, soutient les. droits du pape, .et fait la peinture la plus noire de la ‘cour de. Rome. Anamonius: et:Triphon, chancelier et notaire, révèlent les intrigues des. ecclésiastiques ; on voit parattre en outre Orbilius, domestique, le chapelain de messire Clergé et son contident, hypocrite ignorant; l’ange Raphaëlet la Grâce justifiante, envoyés sur terre pour tuer Libre-Arbire et condamner le pape comme antechrist. 3

Le pape ayant convoqué le concile pour réprimer la ré. bellion semble réussir d'abord à conserver son autorité. Fabius d'Ostie, à son retour de la Terre-Sainte, rencontre par hasard la Parole humaine, de la-bouche. de laquelle il apprend la révolte des Septentrionaux contre. le: roi Libre-Arbitre. Diaconat survenant lui en ‘expose:Aes rai» sons et lui raconté comment Libre-Arbitre'a été:couronné roi par le pape, qui lui a ‘accordé le royaume des bonnes œuvres, réservant les autres possessions pour lui et pour son fils unique monseigneur' Clergé, auquel ‘il à donné pour dotla provincé sacramentaire, dont la capitale est l'Ordre. Le pays est divisé en un grand nombre de contrées, dans chacune desquelles existe une -hiérarchie différente, dont la première est le consistoire des cardinaux : chaque cardinal tient une cour somptueuse, dont on décrit les désordres.

Après le départ du pèlerin, Hermès, interprète du Con-

cile de Trente, vient raconter à Diaconat les discours que tiennent au milieu des verres les théologiens festoyés par monseigneur Clergé : ces discours roulent sur les questions relatives à la Réforme, aux décisions du Concile établissant. l’inviolabilité de la volonté. du..pape et son pouvoir illimité, condammant.quiconque répand. les maximes contraires ou. interprète. d’une manière , différente les Écritures au peuple. Felin, fournisseur du Concile, raconte.grotesquement les débauches auxquelles sa.sont livrés les fhéologiens. ... ou ee . Au second acte, Libre-Arbitre et ses ministres, Discours humain. secrétaire,. et Acte Elicite, maître de maison (c'est-à-dire les deux impulsions de l'âme à agir librement), discourent sur une lettre de l'empereur qui les instruit des progrès de la Réforme en Allemagne. Le roi fait chercher dans la daterie des documents pour prouver.leur légitime possession : il en est donné lecture par le notaire, et le Fou les commente .de la manière que vous pouvez imaginer, On y énumère les divers ordres religieux, leurs richesses et leurs fautes, les dignités, cléricales, les institutions, de legs pieux.et de congrégations séculières ; on discute. ensuite de la,.confession,, de l’eucharistie,. de, l'oraison, de la messe, des aumônes, des suffrages, des. indulgences :. yn incident dramatique vient démontrer .qu'avec de l'argent on peut oblenir toutes les indulgences du monde. . | | Au troisième acte, Discours humain, par commission n du roi, apprend à monseigneur Clergé et à Diaconat que, dans un entretien secret, le pape et lui sont convenus d'excommunier et de combattre les hérétiques allemands, d'édicter les proscriptions les plus sévères, de rendre l’Inquisition plus rigourense, et de convoquer à cet effet les

88 DISCOURS Il. .

cardinaux composant le Saint-Office. Diaconat voudrait que Felin retractàt ses calomnies contre les prélats; mais, celui-ci ne faisant que renchérir sur ses accusalions!, on interroge Hermès, qui, tout en ayant l'air de prendre leur défense, leur délivre un diplôme d’ignorance et de méchanceté ; il expose ensuite une querelle survenue entre Zwingle et Eckius, querelle dont le premier est sorti vainqueur.

Au quatrième acte, les saints apôtres Pierre et Paul, en costume de pèlerins, se présentent à Bertuccio, cousin de Pasquin; et, reconnaissant son penchant pour les nouveautés, ils se font connaître, et disent qu’ils sont venus du ciel à Rome pour s'éclairer sur ce qu'il y a de vrai dans les nouvelles portées par Pasquin au ciel relativement aux innovations papales contraires à la Sainte Écriture. Pendant qu'ils sont à chercher le moyen de pénétrer à la cour, monseigneur Clergé sort avec Felin : tous deux s'entretiennent de la congrégation des cardinaux, formée pour exercer l’inquisilion, ce qui fournit à Bertuccio l’occasion de s'élever contre eux, contre monseigneur della Casa, le Justinapolitain Muzio, l'évêque Stella et autres ennemis de la Réforme. Les deux apôtres, convaincus des écarts de la cour de Rome, déclament de manière à eonvertir tout à fait Bertuccio aux doctrines de Zwingie et de Calvin, dont on expose les dogmes et la discipline.

Au cinquième acte, le dénouement approche. L'Ange Raphaël et la Grâce Justifiante sont descendus du ciel;

() Esse diu mentitus erst so Papa per orbem Semideumque virum, semivirumque Deum.

At vere hunc, retegente Deo, nunc esse videmus Semisatanque virum, semivirumque Satan.

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