Acte II, scène IV
celle-ci décapite le roi Libre-Arbitre : l'ange raconte le cas aux deux apôtres, leur dit qué le pape est l’antechrist, et qu’une condamnation redoutable menace la puissance du catholicisme. Sur ces entrefaites survient en triomphe la Grâce Justifiante, qui ordonne à l'ange de publier partout la sentence portée par Dieu contre le tyran usurpateur, à savoir que « l’Antechrist soit tué peu à peu « avec le couteau de l'Esprit, qui est la parole de Dieu; '» puis, discourant avec les apôtres, la Grâce met en parallèle les canons sacrés avec les doctrines de Rome, et en relève les contradictions".
Nous retrouvons en 1546 à Vicence ce que déjà nous avons trouvé à Trévise et à Modène, une réunion de beaux esprits, Valentin Giulio de Cosenza, Paruta, Gribaldi, Biandrata, Jean-Paul Alciat, Ochin et Lelius
(1) Ce ne fut pas la seule composition théatrale relative aux controverses religieuses, Thomas Kirchmaier (Maogeorgus), de Staubing en Bavière, entre autres, composa Incendia sive Pyrgopolinices, tragedia nefanda quorumdam Papistarum facinora'exponens (Wittemberg 1538); Mercalor, seu judicium, in qué (tragediA), in conspectu ponuntur aposto. lica et papistica doctrina, quantum utraque in conscientia cerlamine valeal et officiat, et quis utriusque futurus sit ezilus, 1539.
Nous avons encore une « comédie plaisante de la vraie Église ancienne, romaine, catholique et apostolique, dans Jaquelle les interlo» cuteurs discutent et résolvent toutes les controverses entre Catholiques romains et les Luthériens, Zwingliens, Calvinistes, Ansbaptistes , Svenfeldiens et autres. » Romano] 1537,
On possède encore trois médailles à l'effigie de Negri et les ouvrages suivants :
Rhetia, sive de situ et moribus Rhetorum.
De Fanini Faventini ac Dominici Bussanensis morte, qui nuper ob Christum in Italia Romani Pontificis jussu imple occisi sunt, Brecis historia; Chiavenna, 1550.
Historia Francisci Spiera, civitatulani, qui, quod susceptam semel evangelica veritatis professionem abnegasset, in horrendam desperalionem ineidit; Tubingue, 1555; probablement traduite de l’italien de Vergerio.
Académie de Vicence,
Socin, qui s’assemblaient pour parler religion; ils poussaient la critique jusqu'à nier la Trinité. Les persécutions alors commencées les obligèrent à se disperser; ils se répandirent dans le monde en apôtres de. l’hérésie. Jules Ghirlanda, de Trévise, et Frangois de Ruego furent mis à mort en dépit de leur noblesse, de leurs richesses et de leur renommée : les unitaires les comptent au nombre de leurs martyrs !, : 5
Il est singulier qu'on ne sachè rien de cette académie, dont il a été tant parlé ; rien, ni son titre, ni le lieu de ses réunions, nile décret qui l'a condamnée. D'après une tradition, qui n'est peut-être fondée que sur l'originalité de la façade de l'édifice, elle se serait réunie dans la maison des Pigafetta, ou sur un plateau des environs de Vicence, au point où les collines de Loneda se rattachent à la montagne; on montre le chemin par lequel les académiciens se seraient enfuis en Allemagne.
L’hérésie dut être favorisée par le désordre dans lequel le cardinal Ridolfi avait, grâce à son abandon, laissé l'Église de Vicence, abandon qui lui fat reproché devant le Concile par l'évêque de Calaora, que le pape Paul I avait envoyé à Vicence, lorsqu'il songeait à réunir le Concile dans cette charmante cité. Ce qu’il y a de certain, c'est que les noms de nos académiciens tigurèrent plus tard parmi ceux des antitrinitaires, d'où nous pouvons conclure que cette hérésie y était commune. La famille Thiene fut principalement enveloppée dans la per-
(1) Lubieniezki, dans l’Hist. Reform. polanicæ, 1685, rapporte qu'en 1546 il se tenait des assemblées à Vicence ; qu'un certain abbé Bucale s'enfuit de cette ville à Thessalonique avec quarante. compagnons : Giulio de Trevise, François de Ruego, Jacob de Chiari furent pris; ce dernier mourut, les autres furent étranglés à Venise. L'abbé mourut à Damas, ses compagnons se dispersèrent en Suisse, en Moravie, etc.
LES HÉRÉTIQUES EN VÉNÉTIE. 94 steuffon. Jules. et Bruno, exilés en 1532, s'étaient refugiés
piero. Là, joies tua sa belle-sœur, sous prétexte. qu il l'a» vajt. surprise, en flagrant délit, mais en vérité, a-t-on dit, pour assurer à #à femme l’héritage : sa femme elle-même Ru en 1553, on ne sait par qui. Jules est nommé dans dang 1 une autre de celle de Crémone, e en 4580, qui toutes deux Je privaient de ses biens, mais il les avait passés sur la tête de.ses enfants. Il s'établit ensuite en France, où sa famille s'est propagée, SILE Odoard Thiene, comte de Cicogna, fief padovan, pre: quitté sa patrie en 4557. In s'établit. en Suisse, où il accueillait quiconque s'exilait pour cause de religion. Il a0cepia la dédicace du discours d'Alexandre Trissin ( Vicentin lui aussi, et pasteur à Chiavenna) sur la nécessité de se retirer pour vivre dans l'Église invisible de Jésus-Christ (1572). Il mourut en 1576, laissant pour son héritier principal Jules, et nommant ses exécuteurs testamentaires Théodore De Bèze, Nicolas Balbani et Prosper Diodati. È De la Camposampiero était Tiso Thiene, à qui son père légua tous ses biens; mais l’Inquisition de Crémone cassa le testament, parce que le légataire passait pour calviniste:: le legs. profita aux neveux, qui élaient revenus au culte de leurs aïeux. De la Camposampiero naquit encore Antoine Thiene, qui vécut en France et était seigneur de Chelles et de Tourane en Dauphiné. Le Saint-Office de Crémone ne tint pas pour valable la procuration qu'il envoya de Bâle, le 3 juin 1869, à François Borroni : ce qui fait supposer qu'il était hérétique; mais il ne devait pas être d'accord avec le comte de Cicogna, qui le raya du nombre
Les exilés Vicentins.
de ses hériliers, sous prétexte qu'il était déjà riche,
‘Alexandre Thiene fit son testament le 11 mai 1566, avant de quitter Vicence; il mourut à Spire, en 1568; ses biens furent confisqués par l'Inquisition de Crémone.
Nicolas Thiene, magistrat municipal en 1358, exilé de Vicence, dévint écuyer dè Henri Ill : il fit son téstament en 1579. Il avait épousé une dame Leoni, de Padoue, dont il eut Hermès, qui, lui aussi, émbrassa la réforme de Calvin et vécut à Corcelles. Adrien Thiené, ami de Palladio, qui fit son testament en 1550, vint également en France, et probablement pour cause de religon.
Cette famille avait pour intendant François Borroni, de Vicence, qui, avons-nous dit, reçut d'elle une procuration datée de Bâle, le 3 juin 1569. Étant venu à Crémone pour les affaires de ses'maîtres sur le fief de Rivarolo, il y fut pris par l'Inquisition, qui confisqua ce fief et le condamna, lui, à être brûlé vif(3 août 1580).
7 Les Thiene étaient en grande intimité avec les Pellizari, qui les suivirent dans l'exil et fondèrent une banque à Lyon.
A Londres se fixa Gaspard Gato , marchand de soie, qui offrit à la reine Élisabeth une paire de bas faits avec de la soie, produite filée et tissée en Angleterre. Les expressions des contemporains font croire qu'il appartenait à la société hérétique.
Quelques phrases de son testament, écrit en 1575, ont fait compter Volpe Brunoro parmi les adhérents du calvinisme.
Une lettre du 7 mars 1391, de Gabriel Capra, nous apprend que les fils de Marc-Antoine Franceschini enlevèrent de force du couvent une de leurs sœurs pour la convertir :
mais cela ne suffit pas à prouver qu'ils étaient hérétiques.
Jules Pace, dont nous avons parlé ailleurs, ent un quatrième fils, Jacques, qui revint au catholicisme et fut professeur à Padoue.
. Un jugement, du 5 juillet 1870, du tribunal ecelésias- tique de Vicence, signé d'Antoine Rutilio, vicaire général, et de frère André de Materno, inquisiteur spécial, condamnait Francois Renalda et J.-B. Trento. Ce dernier, refugié en Angleterre, et devenu l'hôte du ministre d'État: François Walshingam, protégea à son tour ceux qui émigraient pour motif de religion : dans son testament, du 2 mars 1588, il donnait une partie de ses biens aux Pelizzari sus-mentionnés ; il laissait des livres et quelque autre chose encore à l'Église italienne de Londres, nommant Walshingham son exécuteur testamentaire : il voulut être enseveli à Saint-Nicolas. |
Le martyrologe de Genève fait mention de Rieetto, de
Vicence, qui, le 15 février 1565, fut placé à Venise sur les deux fameuses gondoles, jointes, on le sait, de manière à laisser tomber le condamné à la mer en se séparant. Comme il cherchait un manteau parce qu’il faisait froid, « Quel « froid? (répliqua quelqu'un). Tu en sentiras un bien « plus grand tout à l’heure au fond de la mer. Que « ne cherches-tu plutôt à sauver ta vie? Les puces elles- « mêmes fuient la” mort. — Et moi, répondit-il, je fuis e la mort éternelle. »
Dans un manuscrit de mémoires autographes que pos-. sède monseigneur Marasca, de Vicence, on lit : « 1859, le « 41° juin est mort en prison monseigneur Augustin, de « Citadella. Porté au champ de mars après sa mort, il a « été brûlé comme luthérien ‘. +»
(1) Cet honorable ami nous a communiqué un acte du notaire Bar-
Le 44 mars 1585 Jean Strozzi écrivait de Trente au grand-duc de Toscane : « On dit ici que du côté de Lyon « on a intercepté des lettres que des Vicentins adressaient « à ceux de Lyon, pour les exhorter à se défendre constam- « ment et à ne pas chanceler, car le tetnps viendrait bién- «tôt où tous ensemble jouiraient de la commune victoire! » Et le 415: « J'ai appris qu'à Vicence on a arrêté, par < ordre du Conseil des Dix, quelques gentilshommes pour « cause d'hérésie, peut-être à l'occasion de ces lettres < interceptées dont je vous ai parlé l’autre jour. »
Nous avons mentionné ailleurs les libres critiques du poëte Jean-Georges Trissin; mais il n'y a pas là une raison qui autorisé à le ranger parmi les hétérodoxes, Il l'emporta sur bien des concurrents, et fut choisi pour porter la traîne du manteau du pape à la cérémonie du couronnement de Charles V à Bologne. Son fils Jules, qui était écelésiastique, étanttombé en désaccord avec lui en 1849, nous l'a représenté comme un luthérien, séduit par Pellegrin Morato et par un prêtre nommé Salvago, probablement de Vicence. Il ajouta qu'il suivit et favorisa les hérétiques, et il cite quelques faits à l'appui.
Charles Sessi naquit de Jean-Louis et Catherine Confalonieri, à Sandrigo, fief de sa famille, d’où l'emmena l'é véque de Calaora, qui était à la cour de Charles Quint , et
thélemy Buzato, du 29 novembre 1300, par lequel le Saint-Office de Vicence vend à Manfredino, fils de défunt Zuanetto, quelques maisons confisquiées à Negro Misini; le texte de l'ordre donné , le 20 octobre 1227;auxreligieux de cette province de précher‘contre les patarins, cone formément à la bulle de Grégoire IX; un acte notarié du 4 décembre 1281, par lequel le vicaire de l’évêque de Vicence condamne l’usurier Solate, ebun autre du 9 février 1292, par lequel linquisiteur frère Bonagiunta, de Mantoue, condamne Barthélemy Spezzabraghe, deSandrigo, à payer 200 livres véronaises au Saint-Oftice pour blasphèmes proférés contre le corps de Jésus-Christ:
qui lui donna une de ses nièces en mariage. Nous avons dit’comment il fut frappé par l'Inquisition! d'Espagne le 8 octobre 1859. Rendus à leur patrie, ses enfants s'établirent à Vérone.
Th 1500, il était question de réunir le concile général à Vicence, maïs le gouvernement de Venise s’y refusa, daris la crainte que les Turcs, venant à soupçonner des mächinations politiques sous le voile de la religion, ne molestassent les sujets de la république. | Parmi les adversaires des hérétiques, sé signala saint Gaétan Thiene, de Vicence, qui en avait converti un grand nombre sur l’échafaud. Cet apostolat fut continué par les théatins doit il était le fondateur, et qu'il introduisit dans sa patrié en 1595. Depuis, le Saint-Office dé cette ville condamnà à înort François dit le Tartarello, hérétique relaps ; . mais un théatin réussit à le ramener à la foi et à le sauver. | Vicénce ne tarda pas à voir les barnabites fonder dans ses murs l'œuvr e de la Mission pour les femmes repenties : ils tenaient des conférences de laiques pourles opposer à celles des hérétiques. Il faut croire que leurs efforts furent couronnés de succès, puisqu’en 1850 leurs adversaires soule- Vérent une persécution contre eux, et en les accusatit d’être séditieux, méme hérétiques, parvinrent à les faire chasser. Nous avons connaissance de quelques autres protestants qui habitaient le petit pays de Calvene. En 1562, la secte des angelicats prenait racine à Schio et à Arzi» &nano : le père Pagani fut envoÿé pour l’étouffer. Don Sylvestre Cigno , prêtre de Vicence, prédicateur fameux entre 4541 et 1570, déplorait qu'il existât dans cette contrée la secte des donatistes et des rebaptiseurs. Jér6me Massari, d'’Arzignano, enseigna la médecine à Strasbourg. Quelques sectaires de ses amis, effrayés par la persécution, avaient
Hérétiques de
Bassano,
abjuré, et l'exhortaient à en faire autant, à renoncer à la communion hérétique et à accepter une conférence avec eux. Il refusa, craignant que ce ne fût un piége pour le prendre; et comme on le blàmait de ce refus, il écrivit un livre où il feint qu'un certain Eusèbe Uranio, prisonnier à Rome, rend raison de sa croyance devant le pape et l'Inquisition. Cette exposition comprend trois journées : les juges parlent très-peu, et beaucoup trop l’accusé', qui se perd en de longues discussions. En 1536, il fit imprimer De fide ac operibus veri Christiani hominis ad mentem apostolorum, contra Evangelii inimicos; il fait dans sa préface allusion à un grand nombre d’Italiens demeurant à Bâle. Il écrivit encore une traduction latine et une paraphrase du traité d’Hippocrate De natura hominis (Strasbourg, 1564), une grammaire allemande et hébraïque : il mourut à Strasbourg, en 1564.
Dominique Cabianca, de Bassano, fut condamné à mort à trente ans par le Saint-Office de Crémone, et au dire de quelques-uns il fut le premier qui fut mis à mort à Rome pour cause d’apostasie : François Negri a écrit sa vie, comme celle d'un martyr.
En 1594 nous trouvons refugié à Morbegno, dans la Valteline, Bernard Passajotto de Vicence. Puis, lorsque les
(1) Eusebius caplivus, sive modus proccdendi in Curla Romana contra lutheranos; în quo est epitome pracipuorum capilum doctrine christiane et refutatio pontificie sinagoga; una cum historiis de vitiis aliquot pontificum, que ad negotium religionis scitu utiles sunt ac neces= sariæ ; Bâle, 1535 et 1597. L'auteur prend le nom de Hyeronimus Marius, vicentinus; c'est à tort que l'ouvrage est attribué à Curione. L'ouvrage est suivi d’un Modus solemnis et authenticus ad inguirendos et inveniendos et convincendos lutheranos, valde necessarium ad salutem sanclæ sedis apostolicæ et omnium ecclesiasticorum, anno 1519, composilus in M. Lutheri perditionem et ejus sequacinm per V. A. 8, Pragnaus, ete, — Cette indication d'auteur est mensongère.
LES HÉRÉTIQUES EN VÉNÉTIE. 97 Habitants de cette vallée tuèrent tous les‘protestants, on compta parmi les victimes Anna Liba de Schio, femme d'Antoine Crotti, son enfant à la mamelle, et Paule Beretta, religieuse aussi de Schio, qui, échappée du couvent, avait épousé le moine Carolini. Ce dernier, traduit à Milan, se sauva, dit-on, en abjurant.
IN existe, à la bibliothèque Silvestriana dé Rovigo, les éloges des citoyens de Rovigo, faits par de Jean Bonifazio, où il est fait mention de Dominique Mazzarella qui excella dans la jurisprudence et la poésie, etcomposa en 1568 un «lialogue de la philosophie en italien avec d’autres écrits, amais tristi fato has regiones penitus deserere coactus est.
Balthasar Bonifazio , autre biographe , cite Théophraste Mazzarella, fils de Dominique, né dans une grande pau- —vreté, laid, borgne, mais d’un vrai mérite comme 16giste, poëte et physicien, qui écrivit en italien un dis- «cours sur la philosophie ; mais, comme si la difformité de son corps eût exercé une fâcheuse influence sur son esprit, au moment même où sa patrie attendait de lui de grandes Choses, factus pharabuta, perduellis, desertorque fidei,
Genevam repente contendit, ubi sumptus inter novatores magister et ecclesiastes, masimos quoque apud liostes cathodice religionis obtinuit honores, si tamen infamibus viris in “égnominioso impiorum asylo ullus esse honor potest. Le bioggraphe ajoute dans une note qu'il fut excommunié et dé-
«laré infame dans l'église de Saint-François.
Il parattque Théophraste et Dominique sont une seule et même personne. Un traité demaximes religieuses, imprimé 2 Genève, dit en effet: « Mazarella Dominique, membre de « l’Académie des Endormis, à Rovigo. En butte aux rigueurs « de l’Inquisition, il abandonna sa patrie et se rendit à
« Genève, où il se fit calviniste. Il y devint prédicant de IV — 7
A Rovigo.
Dans Je Frioul.
98 DISCOVIS Ila
« cette commune, et changea son nom en celui de Théo- « phraste; on dit qu'il mourut assassiné dans son lit par « un domestique, sur la fin du seizième siècle. » Les recherches que nous avons failes dans son pays nous ont très-peu éclairé.
Le Frioul ne fut pas non plus exempt d'hérésie, En 1558, le Sénat de Venise députa des commissaires qui, unis à ceux du patriarche d'Aquilée, recherchèrent quelques hérétiques à Cividale ', Aa même époque, le lieutenant du territoire de Gradisca signalait au chapitre d'Aquilée son vicaire de Ferra, qui refusait de faire la levée des corps et de les accompagner conformément aux rites de l'Église, faisait décrocher les saintes! images et défendait à ses ouailles de les vénérer*?.
Grimani, patriarche d’Aquilée, fut poursuivi par l'Inquisition de Rome pour certaines opinions sur la prédestination; ce qui le fit exclure de la promotion | au cardinalat en 1561, malgré les instances de la Signoria de Venise, Il dut se rétracter aux pieds du pape, et ne fut absous que par le Concile de Trente, où un grand nombre de théologiens furent d'avis que sa manière de voir était celle de saint Augustin et des saints Pères.
En 1574, le lieutenant du Frioul, à la requête du vicaire du patriarche et de l’inquisiteur, jugeait Zanetto Foresto, accusé d'hérésie, ainsi que cela résulte d’une dépêche du doge portant la date de cette même année 3, conservée aux
(4) Lnormi, Notizie del Friuli, vol. V, à la fin.
(2) Moneta, Storia di Gorizia, vol. I, page 295.
(3) Aloysius Mocenico, Dei gratia dux Venetiurum, nobili et sapienti viro Danieli Priolo, desuo mandato locum tenente Patriæ Fori Juli, fideli dilecto, salutem et dilectionis affectum.
« Vu votre lettre du 21 du présent mois et les pièces que vous nous avez adressées au sujet de la requête à vous faite par lo révérend vi-
archives d'Udine. On voit dans ces mêmes archives un décret du lieutenant | 4588) qui annule un procès en matière d'hérésie, fait à Gemona par les inquisiteurs, sans que, conformément à la législation, le lieutenant et deux docteurs y fussent présents.
Georges Rorario de Pordenone passe pour être l'auteur des notes marginales de la Bible allemande de Luther !.
Horace Brunetti de Porcia, militaire, à ‘qui Zarotto'de Capodistria avait appris la médecine, avait été en correspondance avec. Vergerio. El imprima à Venise en 1548 des lettres qui abondent dans le sens protestant : il combattit le catholicisme en le défigurant dans un grand nombre d’opuscules italiens, qui ne sont remarquables ni par le fond ni par la forme, et d'où sont également absentes la bonne foi et la conviction.
Doubli a épargné Bernardin Gorgia, qui, sur la fin du quinzième siècle, s'échappa des prisons du Saint-Office d'Udine, et précha les maximes luthériennes dans la partie autrichienne du Frioul, en même temps que Frédéric Soriano de San-Vito *..
Jacques Maracca, vicaire du patriarche d’ Aquilée, propagea dans cette ville les maximes nouvelles, et, n’y obcaire du très-révérendissime patriarche d’Aquilée et par l’inquisiteur pour que vous interveniez au procès de Zanetto Foresto de Brescia accusé d’hérésie, nous vous disons avec les chefs de notre Copseil des Dix que le tribunal du très-révérendissime patriarche se tenant d’habitude à Udine, principale ville de cette province, il n'est pas convenable que ce tribunal soit transporté pour aller juger les prévenus, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, et par conséquent vous devez faire partie du procès, afin que, servatis servandis, il soit expédié le plus tt possible, comme il paraîtra à la justice de ce tribunal.
«Datum in nostro Ducali Palatio, die XXVI Januarii, Ind. XV 1571.» Extrait du Lib. privil. Civit. Utini; page”137.)
(1) Monografie Friulane, 1747, page 18.
(2) Linurti, Vite de’ letterati del Friuli, vol. IV, pages 395 et 418.
A Bellune.
100 DISCOURS IL tenant point tout le succès qu'il désirait, il ala les précher dans la partie vénitienne du Frioul, où déjà elles étaient répandues par Primosio, Vergerio, Nicolas de Trévise, et par Gorgia et Soriano que nous venons de nommer.
En 1367, un religieux de Cividal de Bellune fut condamné au feu avec Carnesecchi, comme relaps. Quel était ce religieux ? DT
JulesMaresio avait dix-huit ans, lorsqu’après avoirachevé ses études, il revint, vers 4541, de Bologne à Bellune, sa patrie. Là il fut circonvenu par un Franciscain, imbu de l'hérésie, qui lui donna à lire des écrits non orthodoxes. Mais, lorsqu’en 1551 il eut obtenu à Padoue le grade de docteur en théologie et de gardien des Conventuels de Bellune, ce religieux, excité par l'envie, l'accusa d’hérésie devant l'évêque qui le renvoya à Venise devant l’inquisiteur. Mais, comme celui-ci voulait le mettre en prison, il s'enfuit à Rome près de son général, Jacques de Montefalco. Ce dernier étant mort, il chercha un refuge près du cardinal Maffeo, protecteur de l’ordré, qui l’accueillit avec bonté et l'envoya à Bologne. Là, le révérend Jules Magnano l’enferma, le menaçant des galères et du bûcher, s’il ne confessait pas qu'il avait douté de quelque article de foi; il fut obligé de lire une formule de rétractation, et condamné à cinq ans de bannissement en Pologne. La quatrième année, Florio Maresio, son frère, lui donnait de bonnes espérances de la part du général Magnano : d’autres menacèrent l’inquisiteur de le rendre suspect, s’il le laissait rentrer dans sa patrie. Ce fut alors que Lismanin, qui venait d'arriver de Suisse en Pologne, lui fit jeter la soutane et le mena précher avec lui; il l’envoya ensuite étudier le grec et l'hébreu en Suisse, où Lélius Socin le surveillait de trèsprès pour qu'il ne regagnät pas l'Italie, comme il en
exprimait souvent le désir. Cependant, affligé de la mort de son père, et dégoûté de la compagnie d’Ochin, de Pierre-Martyr et de:Socin, il passa en Pologne, rentra dans le-sein de l’Église et dans son couvent. En 1566, le tribunal ecclésiastique de Bellune instruisit son procès : au dossier figure une lettre de lui, écrite en 4560 du couvent des Franciscains de Cracovie, dans laquelle il raconte à ses supérieurs tous ces détails (D). Peut-être pourrait-on précisément voir en lui le religieux qui fut brûlé avec Carnesecchi.-
-Quelques Luthériens de la Carniole et de la Carinthie' péaétrèrent. dans le comté de Goritz, mais ils y trouvèrent peu d’accueil. Le- curé Jean Rauscher veillait à ce qu’il ne s’y montrât pas d’hérétiques, et le prince les exilait.
ous avons parlé ailleurs de Lismanin de Corfou et de Lucar de Candie. Le 20 février 1582, le résident de Venise à Rome donnait avis de la sentence publiée contre dix-sept accusés poursuivis par le Saint-Office, donttrois furent envoyés au bûcher comme relaps. De ce nombre était Jacob Paléologue de Chio, fameux hérésiarque unitaire, qui, blamé comme excessif par Fauste Socin lui-même, erra longtemps à travers l’Allemag ne; à la fin, il fut traduit à Rome. Nous l’avons nommé au Disc. VIII du t. HI, p. 424.
Mathieu Flach, né à Albona d'Istrie en 1590, et connu sous le nom de Fiacius Illyricus, étudia les helles-lettres à Venise sous Egnazio. Il voulait entrer en religion.
(1) Primus Truber, né en Esclavonie en 1508, mort en 1586, fut
Hérétiques * de l'Istrie.
Flacius
le premier qui employa la langue esclavone co mme auteur; il traduisit |
en cettelangue le Nouveau Testament, le Catéchisme, la Confession d’Augsbourg, et quelques traités de Mélanchthon; c'est au moyen de ces Rivres que la doctrine luthérienne se répandit dans la Carniole et la
Mais un de ses parents, provincial des Cordeliers, l'en détourna, et lui conseilla d'aller plutôt en Allemagne. Ce provincial était Baldo. Lupatino d’Albona, qui, travailla énergiquement à répandre la Réforme dans la Vénétie, et qui, après vingt ans de prison à Venise, fut jeté au fond de la mer. Quant à Flacius, il se mit à Wittenberg sous la direction de Luther et de Mélanchthon, qui lui firent le meilleur accueil.
Dansle Catalogus Testium véritatis (Bale, 1556), Flacius Illyricus a énuméré les personnes qui favorisaient le.protestantisme et les écrits consacrés à.sa propagande. Trèsemporté contre le pape, il ne conformait cependant pas toujours ses opinions à celles de ses chefs, qui le traitaient de querelleur;et d’intolérant, Il excita des troubles dont, selon toute apparence, il se faisait une arme pour tenir les princes en respect.
Pendant que Mélanchthon, qui aurait tout sacrifié à l’amour de la paix, écrivait un livre Sur les choses indifférentes (De adiaphoris), où il déclare qu'on ne doit pas repousser avec obstination des rites et des cérémonies, pourvu qu’ils ne renferment pas d’idolàtrie, Flacius hurlait, en véritable furibond; qu'il fallait dévaster les églises, menacer les princes d’insurrection, plutôt que de tolérer un seul surplis ‘. Il soutenait formellement que le péché-originel est la substance de l'homme déchu : délire de Verreur qui souleva un grand nombre de contradictions, à la suite desquelles il dut se réfugir à Magdebourg. Là, il commença l’histoire ecclésiastique, fameuse sous le nom de Centuries de Magdebourg.
Très-habile à déterrer les documents anciens, il
(1) Mecca. Ava, De vitis philosoph., p. 195.
LES HÉRÉTIQUES EN VÉNÉTIE. 103 trouva entre autres une messe des tout premiers temps du christianisme !. Les Luthériens la proclamèrent d'abord comme étant en opposition complète avec l'usage moderne de Rome ; mais, en y regardant de plus près, on la trouva défavorable à leurs doctrines; ils n’épargnèrent rien pour supprimer tous les exemplaires, tandis que le cardinal Bona la faisait réimprimer à la fin de ses Liturgici.
(1) Afissa latina que olim ante Romanum circa septingentesimum Domini annum in usu fuit, bona fide ex vetusto authenticoque codice descripta a Mathia Flacio. Strasbourg, 1557. .
(A.)— Voici le fragment de cette circulaire telqu'il se trouve à la bibliothèque de Brera à Milan, au milieu des papiers enlevés à la Vénétie, dans les déprédations dont le royaume d'Italie s’est fait l'instrument :
« Notre très-religieux État s'est toujours fait un devoir de poursuivre les hérétiques et d’extirper un crime aussi abominable, comme on lit au début de la Promission de notre sérénissime prince et chef de nos conseils; c’est là sans doute ce qui explique la protection dont le Seigneur Dieu a toujours couvert la République : les temps offrent d'innombrables preuves de cetteMprotection. Dans le[présent cas , où il s'agit de sorciers et d'hérétiques, il importe de procéder avec maturité. En conséquence :
« Sera convoqué au lieu de nos réunions le Révérendissime Légat, par les soins de notre sérénissime Prince, en présence des chefs de ce conseil, pour y entendre les paroles graves et solennelles que Sa Sagesse dictera à Sa Sérénité : on lui déclarera combien il importe qu'en cette matière on procède avec maturité et justice, et aussi dans les formes, afin que suivant notre intention et notre désir tout se passe juridiquement et au profit de la gloire de Dieu et de la foi catholique. En conséquence, doivent faire partie de cette Inquisition un ou deux des Révérendissimes évêques et un très-vénérable inquisiteur, et tous doivent être distingués par la science, la vertu et l'intégrité ae omni exceptione majores, afin qu'on ne retombe plus dans les errements suivis jusqu’à ce jour; et, conjointement avec eux, deux excellentissimes docteurs de Brescia auront à conduire conformément aux lois les procès desdits sorciers et hérétiques. — L'instruction terminée, citra tamen torturam, on en portera les éléments à Brescia, où, par les soins des prénommés, en la présence et avec l'assistance de nos deux recteurs, de la cour du podestat et de quatre autres docteurs de Brescia réunissant les qualités énumé-
tt; NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS IL 103
rées ci-dessus, on fera lecture des pièces du procès, on entendra les prévenus pour voir s'ils maintiendront leurs dires ou les modiferont; on fera un nouvel examen et un nouvel interrogatoire, enfin on appliquera la torture si on le juge convenable. Cela fait avec toute la diligence et toute la circonspection voulue, il sera procédé au prononcé de la sentence par ceux à qui il appartient, devant le conseil des susnommés, et en sera l'exécution, servatis omnibus præmissis et non aliter, confiée au bras séculier. Et sera ladite procédure appliquée et observée même pour les procès antérieurement intentés, alors même’ que le jugement aurait été prononcé. Preterea, on tiendra un langage énergique au Légat et on lui enjoindra, relativement aux dépenses nécessitées par l'Inquisition, d'assigner un budget convenable, sans commettre ni extorsion ni exaction, ainsi que cela s’est, dit-on, pratiqué jusqu'à présent : il faut prendre des mesures telles qu'il devienne impossible de faire condamner ou humilier qui que ce soit pour de l'argent, comme cela s'est souvent fait jusqu'ici, sans qu'il y eût même apparence de fautes. — On doit aussi considérer que ces pauvres habitants de Valcamonica sont gens simples et de peu d’esprit, et qu’ils auraient plus besoin de prédicateur et de bonnes instructions sur È foi catholique que de persécuteurs et de sévères châtiments, car elles sont nombreuses les âmes à sauver dans ces montagnes et ces vallées. — Demum, on amènera par la persuasion le Révérendissime Légat à députer quelques personnes capables pour reviser les procès et constater les vices de forme et tous manquements, citer et châtier les auteurs de ces manquements qui ont soulevé des mumures de mécontentement ; ettout cela devra se faire sansretard pour le bon exemple de tous. Et ex nunc captum sit qu'après que cette justification aura été faite au Révérendissime Légat, le Conseil se réunira pour délibérer ce qu’il y aura à écrire à nos recteurs de Brescia et d’ailleurs, suivant que cela sera jugé nécessaire, et il est dès maintenant arrêté que toutes les mesures ordonnées depuis la suspension prononcée en ce Conseil le 12 décembre dernier sont rapportées etannulées, et ne devront recevoir aucune exécution. »
(B.) Cette dépêche de l'ambassadeur Mathieu Dandolo, datée de Rome 15 juin 1550, se trouve à la bibliothèque de Brera :
« Excellentissimi Domini. Lundi, un peu après vèpres, est venu chez moi le Révérendissime Mignanello, ex-légat à Venise, celuiqui, dans les choses d’État excepté, fait plus pour Sa Sainteté que tout autre : il m'a dit que Sa Sainteté le dépêchait vers moi pour m'informer qu’au consistoire de ce matin quatre révérendissimes cardinaux des plus âgés et des plus considérables étaient allés devant
le trône porter plainte contre les Luthériens qui se trouvent dans l'État de Votre Excellence, déplorant le peu de soin que l'on met à les réprimer, proposant à Sa Sainteté de vous envoyer un légat spécial pour ne pas laisser se répandre dans ces contrées et les contrées voisines un fléau aussi funeste. Mon interlocuteur avait assuré le pape des bonnesintentionsde Votre Excellence au sujet des mesures nécessaires ou convenables à prendre ; Mais cè dernier avait voulu l'envoyer me parler de ses sentiments et me prier d'en écrire chaudement, offrant son appui et en particulier l'envoi d'un légat ou prélat chargé de cette mission spéciale, et lui rappelant, outre son grand amour pour l’État de Venise, outre le service quiest dû à Dieu, tout le mal qu'il vous peut incontestablement faire au temporel, vous avertissant enfin qu'en céci Vos Excellences ne doivent pas s’en rapporter aux habitants du pays, car Elles peuvent bien penser qu'Elles n’y sont pas aimées de tous. Je lui dis pour réponse les choses que j'avais autrefois dites je lui parlai du 'très-digne magistrat que vous aviez nommé pour instruire contre les hérétiques, de tout ce qu'il fait avec l'assistance des légats et des auditeurs ; que Sa Seigneurie qui était parmi ces derniers pouvait en justifier; que, pour ce qui concernait Venise, j'étais presque sûr de mon fait; que des autres parties de l’État je ne savais rien, mais que je pouvais affirmer que ce grand magistrat ne négligerait rien ; que par conséquent il n'était besoin ni de légat ni d'un autre prélat quelconque ; que Vos Excellences ne manqueraient à rien de ce qu’elles doivent au Seigneur Dieu et à son service, mais que je ne négligerais pas de vous l'écrire par le premier courrier ; quoiqu'il s'en montràt très-impatient, il parut se contenter que je ne vous écrivisse pas autrement que par le courrier ordinaire. J'ai depuis appris de bonne source que tout ce remue-ménage avait été causé par quelques pères inquisiteurs d’aprèsles récits qu'ils ont fait de grands événements qui se seraient passés à Brescia et surtout à Bergame : ils ont rapporté entre autres les faits et gestes de quelques artisans qui, les jours de fète, parcourent les campagnes et montent sur des arbres pour prècher la doctrine luthérienne aux populations et aux paysans : ils disent qu'un procès a été engagé, il y a plus d’un an, contre eux à Bergame, duquel ils sont sortis absous par Votre Excellence : se voyant à l'abri de toute opposition et de tout châtiment, ils se sont enhardis et continuent pire que jamai: A la fin le Révérend Mignanello me dit qu'ilavait été sur le point d'oublier de me parler d’une chose très-importante. Et il entra dans le détail de cette chose, mais avec une infinie douceur et de grands témoi nages de
bienveillance, disant qu’il mi plaisait pour l’amour de Dieu de remplir sa mission, mais qu'il le faisait aussi par l'amour qu’il portait à l’État de Venise, me priant de vous avertir par tous les moyens possibles, parce que c'était pour Venise de la plus grande importance; car, lorsqu'il voudrait plus tard y remédier, il nele pourrait plus. Il cita l’exemple de l'Empereur qui, au commencement , aurait pu avec un signe de croix tout empêcher ; faute de lavoir fait, on peut dire qu’il a comme perdu l'empire , qu’il ne sait ni que faire, ni - que dire, ni comment s’en tirer; les États qui lui obéissent sont assurément plus grands que celui de Votre Excellence : il me répéta qu'il me tenait ce langage, autant par estime pour vous que pour remplir son devoir envers Dieu. Venant ensuite aux événements de Bergame et de Brescia, vous savez ce qu'il en a dit. Il me parla ensuite de Padoue en des termes qui témoignèrent de l'irritation soulevée par la question de l’Université, où se trouve une jeunesse facile à se laisser infecter des doctrines nouvelles. Je lui répondis que je eonnaissais Padoue, l'ayant habité comme particulier et comme militaire, que je n’àvais jamais entendu rien dire de pareil. Vous ne la trouveriez plus la même, me dit-il, je sais ce que je dis; la vérité est qu’un docteur piémontais, élevé depuis peu à une des. premières chaires de droit, sème les opinions nouvelles dans l'Université ; continuant, il ajouta : Offrez notre concours aux Signori de Venise, si vous le jugez à propos : nous enverrons un prélat avec mission spéciale, ou tout autre chargé d'affaires qui ne négligera rien de ce qui sera en notre pouvoir. Priez-les, pour l’amour de Dieu, de eroire, par amour pour Dieu et pour eux-mêmes, que nous savons ce que nous disons. Et, pour faire ce qui présentement est en! notre pouvoir, nous avons rappelé l'évêque de Vérone qui était en Allemagne à notre service, afin qu’il veille à ce que ce pays, placé au milieu de tant d'autres infectés par l’hérésie, ne soit pas à son tour infecté. Je louai Sa Sainteté de son amour paternel et de son zèle pour la religion : je la remerciai de ses sentiments envers l’État de Venise, répétant ce que j'avais déjà dit du très-digne magistrat, du zèle qu'il déploie à Venise, et de la]viglance que je croyais exercée dans les autres villes de l'État, qué “néanmoins je ne manquerais pas de vous écrire en toute diligence comme on m’en priait, promettant d’agir de telle façon qu'il ne serait pas besoin d’envoyer un prélat avec mission spéciale; que je vous ferais cependant part des offres paternelles de Sa Sainteté, et de ce il me pria de nouveau. »
(C.) — Voici le préambule de son traité sur l'âme, d'après te
manuscrit existant à la bibliothèque Mariana (de Venise), classe VI, n°490 :
« Explicaturi libros Aristotelis de anima, quamvis illis audito- « ribus eos exponamus; quos a rectæ veritatis tramite, quem ape- « ruit christiana religio, deviaturos nec timendum est, nec potest « credi, ob sanctas et religiosas institutiones in quibus vivunt, « tamen; ob nostrum legendi munus non debemus sine præfa- « tione hujusmodi contemplationem aggredi. Estote igitur ad- « moniti nos in hac pertractatione vobis non dicturos quid sen- « tiendum sit de anima humana, illud enim sanctius me, et vere « præscriptum est in sancta Romana Ecclesia : sed solum dic- «turum quod dixerit Aristoteles. Per sapientiam enim. certe « insipientiam assequeremur, si magie Aristoteli quam sanctis viris « credere vellemus. Aristoteles enim unus est homo, et dicit « Scriptura, «Omnis homo mendax, Deus veritas; » quare verita- «tem ex Deo ipso et ex sanctis hominibus, qui ex Deo Jocuti « sunt, accipere debemus, atque illam semper et constanter « anteponere omnibus aliorum sententiis, quamvis viri qui illas « protulerint sint apud mundum in existimatione. Rationes « omnes quibus Aristoteles, de anima loquens, videtur esse ve- « ritati contrarius solvunt præcipue theologi, ex quibus S., Tho- « mas et alii ipso recentiores. Quare quotiescumque continget ut « aliquid dicatur minus consonum veritati, habebitis apud istos, « quid sit respondendum, et ego illud opportune memorabo, « quandoquidem in his libris hane sum expositionem scripturus, « ut nihil dissimulem eorum que ab Aristotele dicuntur, {et dic- « torum fundamenta, prout ex ingenio potero , aperiam; quando- « cumquetamenaliquidaccidet, quod a veritate christiana sit remo- « tum, illud admonebo, ‘et quomodo allata fundamenta sint « removendo declarabo. Scitote tamen quod non sunt multa in « quibus Aristoteles dissentiit a veritate, et illa non sunt ita « demonstrata, ut non possint habere demonstrationum resolu- « tionem. Hic igitur est modus nostræ expositionis, quam non aliter « facere debemus ex sacrorum canonum decreto. »
(D.) «Reverendissime Pater et Domine Clementissime.
Scribit D. Petrus, in priore sua canonica epistola, diabolum, leonis instar, circumire quærereque quem devoret, unde monet idem Petrus ut ei, fortes in fide facti, alacres intrepidique resistamus. Hanc Apostoli divinam sententiam veram esse, luculenter testantur divine litere, que tradunt diabolum ‘ipsum suis fallaciis in ipso mundi exordio primis nostris parentibus insidias struxisse, imposuisse, et demum in extremum exitium una cum
universa posteritate conjecisse. Hoc ejus vafrum et fallar ingemium adversus humanum genus semper exercuit, quo et Optimi Maximi Dei gloriam obscuraret, et homini, quoad fieri per ejus sedulitatem poterat, incommodaret. Modo excitavit tyrannos, qui corporibus, modo hæreticos, qui bonorum et simplicium animis insidiarentar; nec unquam destitit quousque et Christum ipsum Dei Filium calumniis impiorum gravatum, agnum tamen innocentissimun in crucem egit. Cum autem Christus sibi Ecclesiam sanguine suo acquisivisset, et caput teterrimi illius serpentis contrivisset, non cessarunt parenti (?) frustra negotium Ecclesia Domini adhuc facessere, eam omnibus ’scalis et machinis admotis diripere, diruere’, ‘ac solo æquare voluerunt; sed Dominus præsto semper fuit, et lupos, qui illam invadebant, procul fugavit. Inter alias autem pestes, quas mendacii pater diabolus in Ecclesiam Dei invexit, nulla fuit nocentior Martino Luthero apostata qui ante annos40, Dei etpropriæ salutis oblitus, Ecclesiam Domini sponsam deserens, et aliam nescio quamimaginariam sibi fingens, novam doctrinam, nova dogmata novosque ritus excogitavit, hescqueomnia editis in lucem perniciosislibellis orbi christiano obtrusit. In quos et similes cum Dominicus Fortunatus Bellunensis theologus franciscanus ante annos 30 incidisset, et, ut erat titulo magis quam re theologus, eorum lectione delectatus fuisset, evenit, utpostannosdecem me quoque decemocto annorum adolescentem bonarum artium studiosum, e gymnasio bononiensi reducem, ad eorumdem librorum, quos mihi summopere commendabat, lectionem adhortatus fuerit. Ego vero, qui purus simplexque eram, et omniura liberalium artium, præsertim vero theologiæ, cognoscendarum cupidus, purus, sic me induxi , ut non exiguum hujusmodi librorum numerum emerem, quos per annos aliquot apud me servavi, inspexi, legi, animo plane candido nec a sancta catholica Ecclesia vel tantillum alieno.
«Accidit vero ut me Patavii strenuam operam literis navante, in patriam Bellunum charissimorun parentum revisendorum gratia revocarer : ubi cum Fortunatus animadvertisset me non contemnendos fecissein literis progressus, veritus ne paucos post annos illum et dignitate et auctoritate superarem, rationem commodam excogitavit, qua me patria pellere, adeoque pessumdare quandocumque vellet posset. Itaque mihi reditum Patavium adornanti, suasit ut literas ad fratrem meum sacerdotem, Franciscum nomine, virum bonum et Dei timentem, quem ille superstitiosum et hypocritam esse dicebat, Patavio darem, et librum insuper aliquem ejus farine eirelinquerem. Ego imprudens, nihil mali hic latere putans, li-
brum, cui erat Postilla Corvini, reliqui; et eum primum Patavium rediissem , epistolam satis quidem juveniliter et imprudenter scriptam ad eumdem fratem meum dedi , qua illum ad ejus libri lectio nem, prudenter tamen, et superstitionem et hypocrisimrelinquendam adhortabar, Hanc epistolam Fortunatus proditorie intercepit, et per totos quinque annos suppréssit : interim vero amicitiam arctissimam mecumsimulavit, et quotannis conscientiam confessione sacramentaria expurgare, et singulis fere diebus divinissimum Salvatoris nostri sacramentum ut alter Judas intra sua viscera recipere non est veritus. Anno vero nostre salutis supra millesimum et quingentesimum quinquagesimo primo, cum doetor theologiæ creatus et guardianus mei conventus electus in patriam rediissem,'et sancte ac inculpate vivere instituissem, ille per totos duos menses me ferre non potuit, quandoquidem ad suam tyrannidem et vitam omnino impuram connivere nolebam : idcirco epistolam ipsam in lucem prolatam, reverendissimo episcopo Bellunensi, qui tune aderat, obtulit; meque, cum sibi duos alios nequam ordinis nostri sacerdotes adjunxisset, hæreseos accusavit.
« Episcopus judex, in re præceps et parum æquus, inaudita parte, patrium solum vertere me jubet : minister provincie guardianatu me privat, et Inquisitori ordinario sisti mandat, Ego male acceptus utrique pareo; libros, quos in agro Tarvisino suspectos habui, ad unum exuro; Venetias proficiscor; Inquisitorem accedo. Ille jubet me Tarvisium reverti, recipitque se revocaturum me esse Venetias post dies xv : exspecto'unum et alterum mensem; non parvos sumptus facio, et'méis tillic amicis gravis fio, Generalis quidem Jacobus: Montifalchius per: literas ministro mandat, ut me in tutum carcerem det, ibique diligenter ad suum usque reditum servet. Inquisitor me Venetias revocat, in'careerem conjecturus miei consulunt, ne me Inquisitoris illius indocti, mali, et mihi infensi judicio credam y sed potius ut reverendissimum generalem accedam. Iis pareo; deque hoc toto negotio Inquisitorem admoneo, itineri me äccingo, et Urbini generalem exstinetum invenio. Romam recta propero, mequereverendissimo cardinali Maffeo, ordinis vice-protectori; sisto : ille me amanter excipit, etme per literas diligentissime commendavit, ad reverendum Julium Magnanum vicarium generalem Bononiam mittit; is me indignissime acceptum quartana febre laborantem in tetrum carcerem conjicit, ibique totum mensem satis inhumaniter servat; post alterum fere mensem, facta per amicum quemdam meum 200 coronatorum fidejussione, Venetias se sequi jubet. Tllic me sumptu meo viventem integrum mensem detinet,
territats deinde triremes, carceres perpetuos, ignes minatur; et tandem vi extorquet a me confessionem, quod circa articulos quosdam dubitaverim, quo apparentem aliquam causam condem-. nandi me habere videretur. Audet dicere facilius se mihi parsurum esse si hominem occidissem, quam quod scripserim eas literas : tentat subjicere me reverendissimi legati judicio, verum frustra. Discedit tandem, et me Inquisitoris illius nequam, cujus judicium detrectaveram, arbitrio linquit.
« Inquisitor predam nactus, quam dudum optaverat, carnificinam de me instruit, etin quoddam privatum cubiculum venire jussum, quo multos actus publici testes futuros vocaverat, formulam abjurationis mescio quam mihi in manus dat, jubetque ut clare legam. Ego cum prius illam utcumque legendo percurrissem, rei indignitate motus protestor, me non esse reum eorum quæ Inquisitor de me concinnaverat, asseroque lecturum me quidem esse Formulam utscripta erat, quo semel tandem e manibus hominis illius liberarer, quin majora, atrocioraque lecturum, si talia in ipsa Formula continerentur; non tamen fateri propterea me juste puniri, sed Deo oppressorum vindice in testem vocato, affirmo constanter, me injuste opprimi atque damnari. Adhæc Inquisitor nihil respondit, nisi ut jusserat formulam ipsam legerem. Legi itaque, qua lecta ille me absolvit; deinde sententiam quam contra me tulerat, promulgari mandavit. Illam ego
cum audivissem injustam adeo atque iniquam, ad Sanctum Tridentinum Concilium appellare decreveram : sed et monitis et precibus reverendi magistri Camilli Bellunensis patrui mei, qui aderat, mitigatus supersedi. Dicebat enim ,Deum vindicaturum ppropediem injurias, quibus afficiebar; sumpturum supplicium de pproditoribus et iniquis judicibus meis , quod sane fecit; et tandem Annocentiam meam christiano orbi ostensurum, quod cito futuacum spero.
« Venio in Poloniam, et hic totum fere quinquennium, quod temporis spatium exsilii mei terminus erat, honeste catholiceque “witam duco. Elapso quarto mei exsilii anno, reverendus Julius Maænanus generalis bonam mihi spem facit per literas reverendi «clomini Flori Archipresbyteri Bellunensis fratis mei germani, fore ut me cito in Italiam ab exsilio revocet, si quidem me® vite homeste catholiceque traductæ fide dignorum hominum testimonium
“ante præmittam. Pareo, amplissimumque testimonium omnium ameorum fratrum, quibuscum familiariter vixeram, et summi insuper Cracoviensis magistratus ad eum mitto. Ille, testimonio æccepto, nescio qua causa, revocationem ad generale capitulum,
142 NOTES ET ÉGLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS ll.
quod postea Brixiæ proximo mense junio celebravit, usque prorogat. Illic de meo negotio cum provincie mea patribus frigide tractat, tandem reverendo magistro Camillo Bellunensi provincie Sancti Antonii ministro, patruo meo; jubet, ut me inItaliam per literas familiariter revocet;-promittitque daturum se operam, cum in Italiam venero, ut salva atque incolumi ejus existimatione , libertati et dignitati mea, quoad ejus fieri possit, consulat. Ego ad nova examina et judicia vocari me! videns hæsito, et quid mihi sit faciendum plane ignoro. Interea ex Italia amici et propinqui certiorem me reddunt, Inquisitorem in meo negotio reverendissimo generali adversari, omnemque movere lapidem ne'ego ante absolutum quinquennium in Italiam redeam, minas insuper addit.
«Hic vero in Polonia apostata Lismaninus ab Helvetiis redux, veluti ex Trophonii antro prodit : quem cum ego semel atque iterum cum aliis fratribus officii causa invisissem, ille; ut callidus ‘est et versipellis, audito mearum rerum statu, suis artibus ita me fascinavit et irretivit, ut propositis a parte sinistra, que me manebant in Italia, penis, a dextra vero premiis, quæ hic promittebat, nolentem me et tergiversantem in suam sententiam me pertrahere facile potuerit. Hoc autem dico quod ad habitum tempus ad deponendum attinet : quandoquidem quod ad fidei et catholicæ religionis negotium pertinet, Deus scit me tale quidpiam in animo nunquam habuisse. Cessi itaque dolens, cum ut a tyrannide illius Inquisitoris tutus essem, tum ut mutato statu experirer tantum prosperiore aliqua fortuna uti possem. Cum autem unum et alterum mensem apud illum mansissem, observata ejus et sui similium religione ac vita, reditum ad meos meditari incipio, seriboque non semel ad reverendum commissarium, ut mittat qui me Cracoviam reducant. Lismaninus literas eas intercipit, et me in Helvetiam linguarum græcæ et hebraicæ addiscendarum causa mittere quamprimum tentat. Ego his angustiis circumseptus quid faciam aut
- quo me vertam nescio : tandem ejus in hac re consilio acquiesco , atque ad Helvetios, circiter calendis octobris anni 41556, me statim confero, sperans futurum ut illine in Italiam redeundi aliqua mihi occasio daretur. Ticuro ad patrem scribo, eum de meo statu certioremreddo, rogoque ut quamprimum potest ad‘ me illine adducendum ire properet, aut aliquem e meis fratribus mittat,
Leelius Sozzinus Senensis literas eas, quasilli diligentissime commendaveram, supprimit, meque et Italiam cito revisendi et charissimos parentes meos aliquando amplexandi certissima spe privat. Circumventus ab his. qui se falso Fratrum titulis ornant, stu-
diohebreælinguæ per annum integrum metotum do; anno sequenti græcas literas salutare incipio, quo tempore literæ de morte charissimi parentis mei nuntiæ ad me scribuntur. Ego infausto hoc nuntio consternatus, de opera linguis ulterius navanda animum plane despondeo. Ad Lismaninum scribo, illumque supplex rogo, ut in Poloniam reduci me quamprimum curet. Ille cum subolfecisset me per sesquiannum nec artificiosissimisOchini concionibus, nec prælectionibus doctissimis P. Martyris et alioram non potuisse trahi in suam de religione sententiam; tantum abest, ut meo desiderio satisfecerit, ut nec minimo quidera responso dignatus me fuerit. Ad Deum tune me converti, illumque precibus ex intimis cordis recessibus petitis continenter pulsavi, ut mee faucibus luporum ereptum Polonia et catholicæ Ecclesiæ restitueret. Annuit statim clementissimus ceelestis Pater, et meos labores ac ærumnas miseratus effecit, ut Italus quidam, religione excepta optimus vir mihi, se ultro obtulerit, reducturus secum me in Poloniam honeste et commode, nulloque meo sumptu, si vellem. Conditionem a Deo per hominem tam pie oblatam libens accipio, meque itineristatim accingo. Cracoviam ante biennium bonis avibus tandem redeo, et hic apud meos in Dei et proximi servitio, rugiente diabolo, qui me devorare volebat, catholice honesteque vivo» quod num verum sit, tu, piissime pater, fidelibus testibus, quibuscum familiariter vixi versatusque sum, scire facile poteris. Xllic autem historia hujus finis esto.
Articuli quatuor. ros
Quoniam vero Inquisitor, qui me judicavit ante annos novem ex Epistola mea ad fratrem, tum ex scheda quam a me extorsit vicarius generalis, articulos quatuor excerpsit, quos satis esse putavit ad meam damnationem, opera pretium erit illos huc
adscribere, et brevi ac aperta responsione diluere.
Primus est, aberrasse'me dubitando aliquoties de purgatorio,
justificatione, liberoque arbitrio. Respondeo, me sacræ theologiæ =studiis nondum initiatum potuisse facile de hisce articulis inter doctos nostri temporis ontroversis dubitare, cum viderem rationes et auctoritates Sanctarum Scripturarum, et veteris Ecclesiae Sanctorum Patrum utrinque adduci; cum autem in ea dubitatione numquam perstiterim, nec super hisarticulisaliquid unquam certi contra fidem catholicam asseruerim, non video qua ratione —hunc articulum tamquam hæreticeum mihi affixerit, præsertim cum non dubitatio temporaria, sed assertio pertinax hæreticum faciat. IV — 8
ver
Ma NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS Il.
Secundusest, aberrasse meretinendo per multos annosnonnullos et varios libros hæreticos scienter, quos etiam sciebam esse probibitos. Respondeo verum quidem esse me libros hujusmodi retinuisse : hos autem libros tenebam et servabam, non ut abuterer illis, sed uterer tantum. Putavi enim abusum tantum verum prohiberi, non autem usum, cum nulla creatura plane sit, qua quis uti vel abuti non possit. Pulcherrima autem cogitatio fuit velle hæreticos suis ipsorum gladiis jugulare. Quoniam vere errasse me fateor hos libros contra summi pontificis. placitum retinendo,
‘ etiamsi non malo, ut dixi, animo; ita constanter assero me prop-
ter hunc articulura ab Inquisitore heereseos non potuisse aut debuisse damnari.
Tertius est aberrasse me, quod dus doctrinæ hæreticæ fautor exstitihortando quemdam germanum meum, ut vacaret, daretque operam ut proficeret in eadem, in commodando et commendando quemdam' librum hæreticum et suspectum, Corvinum appellatum, promittens eidem illius professionis me alios libros mandare, quando cognoscerem suum profectum etstudium in eisdem. Respondeo, meram esse calumniam et mendacium, quod dicit me doctrinæ hæreticæ fautorem exstitisse. Totusenini vite mex transactæ cursus ostendebat, me a doctrinæ hæreticæ professione abhorrere. Si hæreticus fuissem, pœnitentia indulgentiaque.anni jubilæi quam Julius I omnibus Venetorum ditioni subjectis, qui superiore anno Romam ire non poterant, concesserat, meam conscientiam non purgassem. Quodautem articulum hunc probare contendit, propterea quod ad fratrem meum germanum epistolam illam suspectam scripserim, et librum reliquerim ejusdem farinæ, nihil efficit. Ostendi enim supra, quod etiam Romam ad teverendissimum Alex. cardinalem (Alexa ndrium?) scripsi, me proditoris suasu epistolam ipsam scripsisse , etlibrum eidem fratrimeo reliquisse. Quando dicit recepisse, mè missurum esse fratri meo libros ejusdem professionis alios, quando cognoscerem, etc. impudenter mentitur : duo enim illa verba de suo infarsit, que in meo exemplari nunquam visa sunt. Non debuit igitur adeo veteratorie mecum agere; et me, cum catholicus essem, etiamsi tunc, ut paulo post evenit, ruptus (?) fuisset hæreticum facere.
Quartus est aberrasse, quod parvipendi sacram canonum doctrinam existimans, facere ad hypocrisim, minusque prodesse animabus quam pestilentissimam doctrinam illam in eisdem libris hæreticis prohibitisque contentam. Respondeo, et hunc articulum, quem mihi falso affingit, esse impudens mendacium. Ego enim sacram canonum doctrinam numquam parvipendi ; immo mani-
feste apparet, me illam maximi semper fecisse, cum in ea epistola fratrem meüum hortarer ad studium eorumdem canonum; quos dicebam, quod etiam in scheda repetii, veram Sanctam Scripturam interpretandi et veritatem a falsitate cognoscendi regulam esse. Apparet igitur Inquisitorem hunc, non Deum, sedsuos tantum privatos affectus ante oculos habuisse, et me injuste, impie, et nihil minus quam christiane condemnasse. Hisarticulis affine est, quod in sententia dicit, me spontaneam istorum articulorum confessionem fecisse, confirmasse, et ratificasse, cum actio ista omnis coacta fuerit ac violenta, ne dicam tyrannica, quemadmodum ipsa protestatio mea præ se talit.
Videat igitur, post Deum, singularis pietas tua hanc causam meam, et requirat. Itaque cum videas manifestissime, piissime præsul, quid egerim, quid passus fuerim per totos fere decem annos, quantam jacturam fecerim charissimorum parentum, libertatis, existimationis, fortunarum, valetudinis, aliarumque rerum; quam obedienter paruerim sententiæ etiam iniquissime; cum experiaris insuper, me recte de sacra catholica religione sentire, ea omnia, que bominem christianum etverum catholicum decent, munia obire, in sancta romana Ecclesia constantervivere ac mori velle, ab omni hæresi et hæretica professione alienissimum esse ; per Deum ettuam pietatem te supplex rogo, velis me manu tandem mittere, in pristinam libertatem asserere, Italiæ, patrie, propinquis, amicis, existimationique restituere, et ita restituere ne posthac in cujusvis invidi sycophantæ arbitrium situm sit me hereseosinsimulare, autdamnare atque. adeo periculum aliquod vita, existimationis aut fortunarum mihi creare; quandoquidem, præterquam rem christiano episcopo dignam fecisse te scies, hominem vere catholicum sublevasse, et tibi etiam devinxisse perpetuo cognosces. Potestatem tibi fecit sanctissimus Pius IV, vive suæ vocis oraculo me absolvyendi, liherandi, pristinæ libertati et dignitati restituendi. Id ne differas exsequi, quod heros tam pius jussit. Bonam mex paterne hæreditatis partem jam exhausi; tempus, rem omnium pretiosissimam, inter Polonos et Helvetios frustra trivi discendo et docendo; propter multas causas doctior non potui.Effice nunc, pater amplissime, ut una eademque opera omnia isthæc damna brevi temporis spatio tua singulari pietate sarcire possim. Omnia candide exposui, nihil sciens et prudens celavi. Vides, ex re minima quantas tragædias per suos satellites excitavit rugiens ille leo diabolus. Privavit vita Deus suo justo judicio intra parvi temporis spatium auctorem mearum calamita-
146 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS Il.
tum, Inquisitorem illuminiquum, et tres alios mihi infensissimos hostes; spero, illum de reliquis quoque, qui superstites sunt, supplicium brevi sumpturum. Illis rogout parcat, ipsis ut meliorem mentem det. Hunc supplicem libellum, amplissime pater, tumultuarie scriptum, et plus aquo verbosum pro tua ingenuitate boni consule, ac vale.
In nostro Cracoviensi Franciscanorum monasterio. Nonis Augusti MDLx.
Amplitudinis Tue addictissimus cliens.
F. Juurus Marestus BELLUNENSIS. ‘
"Les Maresia étaient une famille bourgeoise distinguée, mais ne faisant pas partie de la Commune ou Conseil des nobles. Florio; fils de François, fut disciple de Pierre Valeriano, qui lui dédia le livre V de ses hiéroglyphes et fut archiprétre de chapitre. — Bonaventure, autre Conventuel, fut visiteur de son Ordre en Pologne en 1579, assistant et théologien du général Antoine des Sapienti, au concie de Trente et second inquisiteur du Saint-Office à Bellune pendant quarante ans, de 1366 à 1006. Je dois tous ces renseignements à Don François des Pellegrini. Le père Dominique Fortunat, mentionné dans la lettreci-dessus, est le premier des Inquisiteurs de Bellune : il fut nommé è cette charge en 1346. L'évéque dont le religieux se plaint était Jules Contarini (1542-75), neveu du célèbre cardinal Gaspard son prédécesseur, auquel toutefois il se recommande vers la fin de sa lettre, et qui laissa une excellente réputation de piété et de sagesse.
Venise en interdit. — Frà Paolo Sarpi. — De Dominis.
Les révolutionnaires d'f y a soixante et onze ans abat- . tirent avec fureur Venise l’Italienne, par cela seul qu’elle était antique. Ehbien, autant ils lui témoignèrent alors de mépris, antant aujourd’hui montrent-ils d’admiration et de tendresse pour cette glorieuse république, dont le cri fut toujours : « Italie et indépendance. » Elle aspirait à l’hégémonie de toute la péninsule, et elle y aurait établi des républiques municipales au lieu de ces principautés dont la destinée fut si triste, si la ligue de Cambrai, premier crime de la politique moderne, n’était venue briser ce que les ambitieux appelaien? son ambition.
Les Vénitiens avaient été les premiers à accepter le Concile de Trente. Non content de les en louer, Paul IV fit don à la République de ce magnifique palais de Rome, nommé aujourd'hui encore palais de Venise, en exprimant le désir d’y voir résider d’une. manière fixe son ambassadeur, ce qui fut réalisé. En échange, la sérénissime République donna pour résidence au nonce à Venise le majestueux palais Gritti. Ni ces actes de courtoisie, ni la vigilance de la Signoria à poursuivre les hérétiques, n ’empêchaient les Vénitiens de se tenir toujours sur le qui-vive dans leurs relations avec les papes. Ils se réservaient la faculté d'accorder ou de refuser l'érection d’é-
glises et de couvents, celle de surveiller lesétudes, excepté les études purement ecclésiastiques ; de régler les manifestations extérieures du culte et de, les protéger; d'examiner les actes qui venaient de Rome, et de leur donner l'exsequatur. Ils ne voulaient pas que les immunités ecclésiastiques vinssent entraver la punition des délits communs!; ils poussaient leur ombrageuse jalousie jusqu’à craindre que le clergé n’acquît par ses vertus de l'influence sur le peuple. « La raison d’État ne veut pas que « les prêtres soient exemplaires, parce qu'ils seraient « trop respectés et trop aimés par le peuple, » voilà ce qu'on lit dans le Discours aristocratique sur le gouvernement des Signori de Venise *. Un jésuite réunit-il les: gon-
(1) Les œuvres de Sarpi et surtout ses lettres'è Priuli , ambassadeur auprès de l'Empereur, en sont une preuve. On lui soumit le cas de savoir « si le haut Conseil des Dix, dans l'examen des accusés ecclésiastiques, doit intervenir avec le vicaire patriarcal ; » il répondit négativement,
Dans la lettre LXIX® on lit :« Quelques moines de Padouë, ayant un grand nombre de baronnies toutes possédées par eux, s'étaient arrogé une juridiction sur les paysans, laquelle leu a été enlevée au grand déplaisir du pape. Rome supporte tout; mais à la fin il faudra ou rompre, ou tout perdre. Le pape a cru déplaire en ne créant pas un cardinal vénitien; mais les bons croient que cela convient au service public. »
En 1865, le comte Papadopulo fit imprimer lés Lois vénitiennes relatives aux ecclésiastiques jusqu'au dix-huitième siècle;
(2) Venise, 1670, chap. 116. Au temps de Clément VII, lorsqu'il s'agissait de faire la guerre aux Turcs et aux Luthériens , lès Vénitiens s’y opposaient: quant aux premiers, ils donnaient -pourmotif lacrainte de les porter à des réactions; quant aux autres, ils redoutaient de les entraîner à faire un pas désespéré ; aussi préféraient-ils toujours la convocation du Concile, et le moyén qui consistait à délivrer et à purger tout doucement les esprits. du funeste poison ( Sécretä du
27 octobre 1530, aux Archives de Venise). Aussi, don Pierre de Ja Queva étant venu en ces jours à passer par cette ville pour se rendre à Rome dans le bütde solliciter du pape la' réunion du Concile, les Signori de Venise lui témoignérent à ce propos toutes leurs sympa+
doliers tous les jours de fête pour leur apprendre les vérités catholiques, la Signoria se dit que les gondoliers sont en contact avec des personnes de tout rang, et que partant ils peuvent servir à l’espionnage : elle interdit la réunion et expulse le Jésuite. Un autre déclame-t-il contre le carnaval, en disant que l’argent qu’on y dépense serait mieux employé à secourir le pape dans la guerre contre les Tures, qui menacent sans cesse la République, la Siégnoria l’exile. |
Tout le clergé indistirtttement était soumis à la juri- . diction des Dix et absolument exclu des emplois civils : toutes les fois qu’on avait à traiter des affaires relatives à Rome, on éloignait du Conseil les Papalisti, c’est-à-dire ceux qui avaient des attaches avec cette cour, ou simplement une parenté quelconque dans les États pontificaux. Le 9 octobre 1598, les Dix arrêtèrent que les citoyens ayant des fils ou des neveux dans les ordres ne pourraient être admis à traiter d'aucune affaire concernant Rome. Sous le prétexte que la défense de Corfou et de Carfie, boulevards de la chrétienté, eoùtait plus de 500,000 écus par an, Venise obtint du pape le dixième des revenus ecclésiastiques, sans excepter ceux des cardinaux. Le Doge lui-même donnait, au nom de Dieu et de saint Marc, l'investiture des trente-sept siéges épiscopaux vénètes; mais, après la ligue de Cambrai, la Cour romaine s’en était arrogé la thies; parce que « il en est bien peu parmi eux, qui, sur le point de la réforme du clergé et de l’incarcération des biens ecclésiastiques ne soient pas plus luthériens que Luther lui-même ; ils disent publie quement que le pape, les prélats', les prétres doivent vivre unique» ‘ ment de la dime. » Telles sont les paroles de Rodrigues Nigno, ame
bassadeur de l'Empereur, paroles qu’on trouve dans la liasse 7983 des manuscritti negazii di stato, aux archives de Sigancas.
collation, ne laissant à la Signoria que le quart des nominations : tous les titulaires, néanmoins, devaient être sujets de la République. Lorsque Innocent VIII prétendit nommersans conditions les évêques de Padoue etd’Aquilée, la Signoria repoussa toute ingérence, de même qu’elle s'opposa à la dime que ce même pape voulait lever sur les établissements de bienfaisance. Pie IV nomme évêque de Vérone. Marc-Antoine de Mula, alors ambassadeur à Rome : la Signoria refuse de le recevoir;. elle agit de -même, lorsqu'il est-élu cardinal; elle défend A ses parents de prendre la toge de soie pourpre, en signe de réjouissance; et elle s'en excuse auprès du pape en disant : « Nous sommes esclaves de nos lois, et c'est en cela que consiste notre liberté. » Elle ne voulut pas davantage que Vendramin, élu patriarche, allât subir l'examen à Rome; elle défendit de publier ou de recevoir la bulle în Cona Domini.
Lorsque Grégoire XIII voulut ordonner la visite générale des églises dans la Vénétie, comme cela s'était fait dans toute la chrétienté, il rencontra la®lus grande opposition : cela, disait-on, ne s'était jamais pratiqué sur les terres de la République et les pays du rite grec ou confinant à la Turquie en seraient bouleversés ;.on en vint jusqu'à menacer de s'unir à l'Église grecque, el ce ne fut qu'avec infiniment de précautions qu’on obtint de faire la visite en 1584; encore n’y employa-t-on que des prélats indigènes ‘.
Lorsque les ambassadeurs de Venise allèrent à Ferrare
(1) Nous avons eu entre les mains une relation que l'évêque Bolognetti, plus tard cardinal, adressait à Camille Paleotto relativement à la mission diplomatique qu'il avait remplie en Vénétie sous Grégoire XIII. Chargé d'y faire la visite apostolique, il rencontre de très-grandes diffi cultés de la part de la Signoria ; mais, grâce à sa manière insinuante et à sa prudence, il réussit à tont arranger. Quelques-uns à la cour de
féliciter Clément VIII de l'acquisition de cette ville en 1598, le pape leur demanda que la République vint à son aide dans ce qu'il faisait pour les infidèles convertis, en leur procurant des moyens d'existence, en lesemployant par exemple comme palefreniers ou chevau-légers, en les utilisant pour les travaux de la terre, l'extraction des pierres ou toute autre occupation; qu’on ne laissât pas vivre dans le Ghetto les Juifs devenus chrétiens ; que, eu égard augrand nombre de ceux qui vivaient en état de bigamie, et bien que ce délit ressortit au For laïque, on laissât l'Inquisition en connaître, sans préjudice pour la juridiction civile; que l'on procédât avec douceur dans la levée de l'impôt sur les biens ecclésiastiques ‘.
Venise était si jalouse de se juridiction sur les personnes ecclésiastiques, que les Inquisiteurs d’État, ayant eu vent qu'il se disait chez le nonce que « l'autorité du prince « séculier nes’étend pas au jugement des ecclésiastiques, si
« cette faculté n’a pas été accordée par quelque induit pon- .
« tifical », arrêta que « les prélats indigènes qui-se lais- « seraient aller à de pareils discours seraient notés sur « un livre ad hoc comme peu agréables; qu’on verrait à « leur défendre l'accès de la maison du nonce, et que, s'ils « persévéraient, on en arriverait aux dernières rigueurs, « attendu qu’il faut le fer et le feu pour détruire la gan-
Rome, et surtout le cardinal Gallio, secrétaire d'État, lui en surent mauvais gré ; ils auraient voulu des procédés plus tranchants ; Bolognetti fut rappelé. 11 se justifia en démontrant qu'on obtient bien plus par la courtoisie, le respect, la temporisation, que par les violences, surtout lorsqu'on a affaire à des princes chrétiens, et qu'il y avait plus de chance de succès è retirer une excommunication réclamée par des hommes trop zélés qui servaient mal la cause du pape.
(1) Ambassade extraordinaire de Venise auprés de Clément VIIF. Publiée en italien par Fulin en 1805.
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