‹ Les hérétique d'Italie (volume 3)Chapitre 18 sur 24 · IN · texte numérisé non relu

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274 DISCOURS 1V, trées, le drapeau français déployé, fit son entrée à Coire, sur l’ordre de Richelieu, ministre de Louis XtH; il: rendit aux Droitutes leurs libertés, chassa l'évêque, remit les choses dans le premier état » et marcha teut. droit sur la Valteline y d'où les Papalins se retirèrent. Arrivé.là , il: conclut un’ accord avec les députés de la villée, promettant que les allié&la protégeraient, que les Grisons n'en treraient point dans les forts, et qu'iliy resterait:ceule»ment jusqu'à ce qu'on ‘eût établi un gouveriement fégue lier : en attendant, on solliciterait une: soletion définitive.» Robustelli, après s'être consacré en vain à la délense de: la patrie qu’il: avait entraînée à une si triste dutte, se. retire: sur le territoire: de Milan; la vallée tout entière: fut roecupée par les Français, aux grands apphiudiiseinents de . ces gens qui appellent affranchissement A changement. dè maître: ° e :

Grande fut alors l'anxiété de Feria : les Français ne von-. draient-ils point, pendant que le vent ‘souffait pour eut, tomber sur leMilanais, et, comme bar représailles de ce que . venaient de ténter les Espagnols, prendre une partide lebrs ue : en conséquence, il mit les'passages eri état: le défense. Plus tard, les négociations diplomatiques akoutirent à ‘un accord conclu à Monçon, ville -&'Aragon, le 6 mars 1626, où, en ce qui concerne la Walteline, on:dé= cida que la religion catholique serait conservés; et qu'on rétablirait les:choses dans l'état où elles étaient en 4847: D'aprèsle traité, les indigènes avaient le droit de nommer eux-mêmes leurs magistrats et leurs gouverneurs, sans dépendre des Grisons; ceux-ci devaient confirmer les élus dans là huîtaine: qui suivait l'élection, et recevoir une redevance annuelle de vingt-cinq mille éens d'or : où s'enfageait à remettre les forteresses au pape pour-les dé

molir; les Grisons ne pouvaient plus entrer en armes dans la vallée, et les Espagnols ne devaient entretenir à la frontière thilanaise que le contingent ordinaire. +

Ce traité sauvegardait la dignité de: l'Espagne , qui paraissait avoir pourvu tout à la fois à la religion”èt à la liberté’ de-ces populations. Mais il n'était pas temps eucore. Les Grisons, enr effet, sur les instigations dés prédicants, de Venise et de la Frahce, réclamaierit l'exécution du traité de Madrid, tandis qu'en Valteline le parti ultracatlibligire peussait à des mesures rigoureuses contre les hérétiques, et confisquait les biens des relaps. : c'est aisi que beaucoup de ceux qui avaient embrassé secrètement ta Réforme périrent, on par suite de sentences del'Inquisition où sous les coups de fanatiques. Du resté, il était dans la natüre même des chosés que les Catholiques bé sentant vigoureusement ‘appuyés, se livrassent à des excès envers les dissidents, ne fàt-ce qu'en paroles {M): Nous avons une léttre de frère Jean de Martinengo prédicateur à Ponte, écrite le 48 mars 1627 à Jean Bongetta et à Philippe-Béptiste dit Sfodego, ainsi qu'à d'autres habitants de “Sondrio, où il lenr annonçait ce qui suit: «. J'ai appris < les hotribles binsphémes que vous el d'autres héréti- < ques; tant hommes que femmes, demeuraït à Sondrio, « proférez contré"notre sainte foi catholique. ‘J'avais ré- « solu sans pMs tarder de vous infliger le châtiment que «-vous-méritez, mais je ‘veux user envers vous d'un-excès « :dé miséricorde. C'est pourquoi la présente vous sérvira «è vois età d’autres hérétiques de-douce exhortation à « embrasser la foi catholique. Et si vous ne le voulez pas, « faites en sorte d'être tous dehors de la vallée et au- « delà des frontières; malheur à vous si vows m'at- « tendiez là; le châtiment le plus léger serate feu et

« les flammes. Si vous me demandez au nom de quelle « autorité je vous écris et je vous menace, vous verrez « bien par les effets ce que je puis: et ‘veux faire pour « purger entièrement la vallée d’une pareille peste... »

On établit aussi le Saint-Office, ct au mois d'octobre 1628 on décréta que tous les hétérodoxes devraient, dans l'espace de deux ans, vendre tous leurs biens immeubles dans la Valieline, et la quitter sous peine ‘de mort. L'évèque Caraffirio , étant venu en visite pastorale, enleva aux Protestants les biens de sa mense épiscopale, qu'ils tenaient à bail emphytéotique, quoiqu'ils en eussent payé la redevance.

Le ministre de Poschiavo étant mort de la peste ‘en 1634, Caraffino écrivait aux seigneurs de l'endroit. à la date du 16 janvier : « Au milieu du progrès qu’a fait le « mal contagieux dans ce pays et dans le reste de mon « diocèse, j'apprends qu’il a plu à la majesté divine. de « retirer de ce monde le prédicant de Poschiavo : voilà « une preuve évidente de sa miséricorde envers nous. Afin « de répondre tous de notre côté à cette faveur, et de satis- « faire à nos obligations, j'ai cru devoir écrire la présente « à vos Seigneuries pour les avertir de ne plus permettre « à l'avenir l'introduction d’une semblable peste dans le « comté, et de vous y opposer virilenfènt..., persuadés

° « que vous devez être, qu’outre l'assistance que vous re- « cevrez du Dieu saint, en ce qui me concerne, non- « seulement je vous fournirai tous les setours imagina- « bles, vous envoyant même des forces capables de « s'opposer avec vous à la résolution de ces hérétiques, « mais au besoin j'irai vous trouver en personne, et mon « exemple sera promptement suivi par le révérend père « inquisiteur, accompagné de tous ses familiers, pour

« s'emparer du ministre et de ses fauteurs, non moins que «< de tous ceux qui n'auraient pas pleinement, satisfait « à leur devoir en s'opposant à l’arrivée du prédicant. » Sur ces-entrefaites, la guerre venait d’éclater au sujet de la possession du duché de Mantoue, que se disputaient entre eux les ducs de Nevers, héritiers des Gonzagues, soutenus. par la France, les ducs de Savoie, l'esprit toujours tendu vers les agrandissements, et les Autrichiens, toujours vigilants pour les arrêter. Le duc de Nevers, profitant de la récente convention de la France avee les Grisons, passa avec son armée par la Valteline sur le territoire vénitien, et alla prendre possession du duché. Pendant ce temps-là, des autres vallées alpestres débouchaient des soldats français, espagnols, savoyards pour se disputer le triste honneur de dépouiller et d’avilir cette pauvre Italie, toujours l'enjeu de la victoire. L’empereur Ferdinand, pour faire insulte à la France et pour soutenir, lui Autrichien', les ambitions autrichiennes, envoya trente-six mille fantassins et huit mille cavaliers, sous la conduite de, Rambaldo Collalto ; troupes toujours formidables, mais qui l’étaient alors bien davantage par la crainte de la peste. Le gros de cette armée était venu par Lindau dans le pays de Chiavenna pour descendre de là dans le Milanais :puis, se dissé minant à travers la Valteline, les soldats y avaient propagé outre le brigandage, la peste, fléau aggravé par les longues souffrances de la guerre et par la récente disette. Les livres de plusieurs auteurs et les miens, devenus populaires, ont fait connaître à fond ces misères, an milieu desquelles, on a vu d'une part, croître les legs pieux et les ex-voto, et d'autre part les hommes, au lieu de se mieux conduire en face du châtiment divin, insultant le Dieu qui les flagellait, s'enivrer de la vie qui

et superstitions,

278 DISCOURS IV." les fuyait, du désordre qui régnait, et de la fortune qui s’accumulait entre les mains des survivants. .

Quant à nous, nous voudrions recommander aux grands sages de notre siècle de ne permettre jamais le retonr de ces horribles fléaux naturels! Ne vantent-ils pas l'omnipotence de l’homme capable de dompter la nature? Ne lui promettent-ils pas-un avenir de jouissances inépuigables, dès qu'il aura fait disparaître toutes les causes de destpuction et enchaîné les éléments? Mais voici tout à comp un torrent, un tremblement de terre, une maladie qui s'attaque à l'homme, à la vigne, aux pommes de, terre, une saison défavorable, et les riantes prévisions s’en vont “en fumée ; il leur faut alors reconnaître une main plus. puissante, el combien est précaire la possession de l'homme sur cette croûte du globe terrestre qui couve un incendie.

Aussi les grandes calamités sont le jour du prêtre, du moine, et de la charité ! voilà les forces que les grands sages de notre époque s'ingénient à discréditer; influences qu'ils voudraient bannir et qui redeviennent efficaces grâce aux bénédictions qu'elles s’attirent an milieu de ces malheurs.

Sauver sa vie était une exception : on considérait comme un héros celui qui restait au poste à lui marqué par.la Providence, ets’il yavaitencore quelque remède au mal, c'était de la charité chrétienne qu’il venait. On avait accordé an clergé les plus amples pouvoirs ; combien ne vit-on pas de ses membres en assistant les malades, exposer par un sa crifice spontané leur vie mortelle pour acquérir la vie éternelle, Les Capucins se rendaient jour et nuit partoutoù le besoin se faisait sentir : ils apprèlaient eux-mêmes la nourriture et les médicaments, ilsrefaisaient le lit des malades, veillaient au chevet des moribonds, les transpor-

taient, les appropriaient,; st mettaient à -profit.ces terribles moments où l'homme. le plus dépravé sent revivre la.canscience, pour le fortifierpar la douce espérance du: pardon. A Tirano surtout la contagion fit de cruels ravages ; les malades se faisaient placer dans une enceinte élevée autour de l'église de la Mañona mireculeuse, dans l'espoir d'obtenir d'elle un. soulagement pour l'âme ou pour le corps, et au moins d'avoir la, consalation de. mourir là .où ils désiraient. Les Capucins s'étaient établis à Tirano en 4684 ; ils moururent jusqu'au dernier en soignant les pestiférés : d'autres de leurs frères vinrent les remplacer, et sutcombèrent à leur tour. Donner la vie pour faire le bien! Je te recennais bien là à ces nobles actions, Ô sainte religion, toi qui seule es capable d’enfanter des martyrs de l’amour] .

Pour prévenir et pour guérir la maladie, on avait pris des mesures de ‘précaution, les unes sages, les autres superstitieuses, d’autres exécrables, Séquestrer les malades, prolonger les quarantaines, interdire les, communications avec qui que ce soit, porter dans les mains de la rue, de la menthe, du romarin, un flacon. de vinaigre, une fiole remplie de mercure, qu'on regardait comme ayant la propriété d'absorber les émanations contagieuses. Et comme dans les grands fléaux, lorsqu'on n'ose pas blasphémer la Providence, on sent le besoin de décharger sur quelqu'un la colère du brutal ‘instinct, et d’exhaler contre lui les sentiments d’un orgueil humilié-de son impuissance, l'opinion publique, ce monstre terrible aux époques de perversité ou de défaillance, affirmait que des malveillants propageaient la peste au moyen de sortiléges et d'onctions : aussi vit-on dans certains pays de prétendus empoisonneurs non pas seu-

lement massacrés par une populace en délire, mais encore poursuivis en règle, convaincus de ce crime, et livrés d’horribles supplices *.

Bormio avait interdit à toute personne de passer dans l’Engadine, où la maladie sévissait. Un paysan, ayant dépassé le cordon sanitaire, tomba entre les mains des gardes : il avoua ‘que, sa femme étant malade, et soupconnant que la maladie pouvait être le résultat d'un sortilége, il s'était porté au delà du cordon sanitaire pour consulter l’astrologue de Camosasco, homme du commun, qui avait des intelligences avec le diable , et qui, disait le contrevenant, avait montré dans une fiole trois personnes qui avaient fait l’incantation sur sa femme *. Soit ignorance, soit malice, le paysan nomma une pauvre vieille, qui, ayant été arrèlée et soumise à la corde, s’accusa elle-même et dénonça plusieurs personnes. Le juge de Bormio instruisit le procès, et fit pour la sûreté de sa conscience intérvenir l’archiprètre Simon Murchio : puis, du consentement de l’évèque de Côme, trente-quatre personnes, tant hommes que femmes, furent décapitées, et leurs cadavres réduits en cendres. C’est ainsi que des guerres ‘insensées, des fléaux horribles et des préjugés concouraient à l’extermination de la pauvre humanité.

(1) On appelait Untori ceux qui au temps de la peste étaient regardés comme les auteurs et les propagateurs de ce fléau au moyen des onguents. ( Note des traducteurs.)

(2) Cette femme, ensorcelée dans une pièce de drap rouge, resta deux mois confinée au lit sans manger ni boire rien autre que quelques

gouttes d'eau qu'on lui ingurgitait à l'endroit d'une dent qu'elle avait perdue. Cependant on la voyait se mettre à la fenétre ; mais, dès qu'elle s'apercevait qu'on la voyait, elle retournait au lit, où elle restait immobile. Elle guérit tardivement, malgré les exorcismes en règle qui Eui furent appliqués.

(3) ALBERTI, Antichità Bormiesi, manuscrit.

La peste cessa, mais non les malheurs de la Valteline; le pays était parcouru en tous sens par des bandes de soldats qui allaient à l’épouvantable guerre de Trente ans. Cette facilité d'envoyer des troupes faisait davantage regretter à la France de voir le passage aux mains de sa rivale : aussi se leva-t-elle enfin, résolue d’affranchir l'Italie, vieux prétexte (disait Ripamonti) dont.se servent les Français pour franchir les Alpes; les Français (ajoutet-il}, auxquels on ne devrait point-se fier, car c’est une nation inquiète, et qui n'aspire qu’à inquiéter les autres ‘.

Le duc Henri de Rohan, le gentilhomme le plus accompli de son siècle, en sa qualité de chef des réformés, avait soutenu avec vigueur et'talent la lutte contre Richelieu, qui avait bien pu lui faire perdre la faveur de la Cour, mais non la réputation d’un excellent capitaine. Précédé de cette renommée, le duc, avec une armée de douze mille fantassins et.de quinze cents cavaliers, passa par Bâle et Saint-Gall pour ‘atteindre Coire, d'où, étant entré par Chiavenna dans la Valteline, il occupa sans difficulté tout le pays.

Bientôt arrivent des Allemands par Bormio, des Espagnols et des Milanais par le fort de Fuentès. Chassé par ces forces supérieures, Rohan est contraint de se retirer dans l’Engadine. Ayant recruté de nouvelles troupes, il repasse la frontière , livre de terribles combats, remporte la victoire, et pendant qu'il a la fortune en. main se précipite sur le pays situé à l'extrémité septentrionale du lac de Côme. Il le livre au pillage et à l'incendie, puis continue à s'avancer; mais, ayant rencontré dans les forteresses

(1) Gentis inquiete, et volentis inquietare cæteros. Historiarum Ratriæ in continpationem Tristani Chalchi, 1641 et 1643, ou 1648, 3 vol. in-fol. p. 127.

Le duc de Rohan.

se DISCOURS IV: ‘ de Musso et de Lecco une résistance opintâtre, il est forcé de renoncer à son emireprise, devenue impassible. : >

La France, qui voulait à tout prix enlever à l’Autrithe ce passage, solliéitait les Valtelins de seconder ses èfforts, et leur promettait de les soustraire entièrettient au joug: des Grisons; elle leur offrait même de prendre à sa: charge la redevance qu'ils payaient, et s’engageait à leur accorder une justice propre et le bienfait d’une religion unique. Ces propositions vinrent & la eonnaistance des Grisons, qui, indigné de ce/que le roi de Frante nè les caressàt que dans la mesure de l’aide qu’ils lui prétaient contre Îes Autrichiens, abandonnèrent tout à coup l'alliance du monarque très-chrétien pour se touÿner du côté de l'Espagne. Cette puissance, qui ne désirait rièn'tant que cela, n'eut aucun scrapule de conscience ä'accepter l’alance des Protestants, et se trouva de nouveau avoir entre les mains le sort-de la Valteline, qu’elle n'hésita pas un seul instant, selon les! besoins de sa politique, à sacrifier pour sauvegarder l'alliance avec la Rhétie: Le marquis de Leganes, nouveau gouverneur du' Milanais, prodiguait les avances aux ambassadeurs des Grisons, et en était chiche pour les Valtelins : il fit demander à l'évèque de Côme si la domination des Seigneurs Grisons était compatible avec la religion: catholique. Celui-ei r6pondit affirmativement, et en cela il était d'accord’ avec la décision prise sar le même sujet par une assemblée de théologiens, réunie en Espagne.

Déjà, dans le château de Sondrio, on avait établi une garnison de troupes grisonnes. Les Valtelins furent effrayés de cette mesure; quelques-uns d’entre eux avaient proposé de courirencoreauxarmes, d'égorger le petit nombre d’ennemis qu’ils avaient dans le pays, et de s’aider eux-mêmes,

sans compter désormais sur les secours de la France ou de l'Espagne, On donnait la préférence. à un parti qu’il n°était plus temps de prendre. En effet, on, n'avait ples.ni vivres, ni argent, pi crédit ::la peste de 1630, ‘qui revint cinq ans après, avait décimé la population : partqut régnait ce sentiment de lassitude qui, d'ordinaire se montre à la suite de fortes. commotions, de même qu'au délire de la colère succède le délire dela peur; sentiment qui fait considérer. comme le moindre malheur de. courber. la tête sous la tempête et de demander à Dieu sa miséricorde. , Le gouverneur Leganes avec le concours des; envoyés de la Rhétie termina. l'affaire à. Milan, le. 3 septembre 1639, . en restituant aux Grisons la Valteline sous, des clauses et conditions comprises en quarante articles, et dont vpici les dispositions principales. Personne ne sera recherché. pour des faits accomplis postérieurement à 1690. :. les procédures de Thusis seront cassées; les finances, les douanes et les. coutumes . remises dans l'état où elles étaient avant l'insurrection; les officiers, à partir. du vicaire de la vallée pour les relations, extérieures,, devront être élus par les Seigneurs Grisons, et la reddition dé comptes. être faite dans le pays. Quant aux statuts de 1849, on y dérogeait formellement pour les dispositions .frauduleusement. introduites, au préjudice de la foi et des immunités. ecclésiastiques; on ne devait admettre que la sente religion catholique, suivant en cette matière les règles de conduite adoptées par les Suisses dans les bailliages italiens. Plus d’Inquisition : l'évêque, les prétaes, les moines exercent en toute sécurité leur saint ministère; aucun protestant n'aura le droit de se fixer dans le’ pays, à l'exception des magistrats. L'Espagne devait payer à chacune des Trois Ligues

rade

dans la Valteline.

une rente annuelle de quinze cents écus, et entretenir à ses frais six jeunes gens dans les universités de Milan et de Pavie; on devait accorder un libre passage aux soldats autrichiens à travers la vallée, et pas à d'autres.

Les stipulations une fois ratifiées, le gouverneur informa les Valtelins de l'accord. Il y eut une stupéfaction générale à cette nouvelle : tous se déchatnèrent contre l'évèqne Caraffino; on parodiait le nom de Leganes en liga-nos; on appelait de cette convention, on protestait contre elle : telle est la dernière ressource de ceux qui succombent. A ces plaintes, le grand chancelier donnait pour réponse qu’on n'avait pas pu obtenir de meilleures conditions; les étrangers donnaient raison aux Valtelins, mais ils n’allaient pas plus loin.

Cette capitulation forma la base du droit public de la Valteline vis-à-vis de ses maîtres, et servit de mesure aux droits et aux devoirs réciproques. Les Grisons furent réintégrés dans la pleine possession de ce pays, et, on peut le dire à leur louange, ils en usèrent avec modération. Le chevalier Robustelli, bien qu’on lui eût promis paix et sûreté, ne put se résigner d'obéir aux autres là où il avait commandé : il dit donc adieu à sa patrie, qu'il ne pouvait plus désormais servir, et il ne manqua pas de gens qui lui infligèrent le titre que les Italiens réservent à ceux qui ne réussissent pas, celui de traître.

Les choses ne pouvaient cependant pas se passer avec calme après tant de démonstrations de haine let tant de sang répandu : on n’en finirait jamais si l'on voulait redire les lamentations des Valtelins sur la violation des traités. Le nombre des réformés, bien que leur séjour fàt interdit dans le pays, croissait chaque jour : le seul petit village de Mese, au bout de quinze ‘ans, en comptait

LES GRISONS. — LA VALTELINE. 285 cinquante : il y avait quatre familles protestantes à Tirano, trois à Teglio, autant à Cajolo, le double à Traona, neuf à Sondrio, deux à Berbenno, douze à Chiavenna et ailleurs, toutes bien apparentées, sans compter les artisans et les étrangers. Ces protestants vivaient en pleine liberté ; ils se moquaient des dévots et des cérémonies du culte; quant aux magistrats, ils ne respectaient point les immunités du clergé, interdisaient de recourir à Rome, et prétendaient qu'on violât pour eux le secret des confessions : ils tenaient même des conventicules de prédicants dans le palais public de Sondrio, et. inventaient mille moyens pour les y introduire; on était même allé jusqu’à demander à la Diète des Grisons d'avoir dans le pays trois temples. Cependant les riches étaient l'objet d'accusations incessantes qu’on leur intentait pour leur extorquer de l'argent; était absous celui qui payait. On poursuivit deux notables de Sondrio pour s'être servis du mot d’hérétique, et même l'archiprètre pour avoir réuni certains chefs afin d’aviser sur cette arrestation‘. Les Réformés n’eurent plus cependant l’avantage du nombre. dans le diocèse de Côme, et quant à la liberté du culte, elle fut restreinte aux seuls districts de Poschiavo et de Brusio, pays qui aujourd'hui encore appartiennent aux Ligues grisonnes, bien qu'on y parle l'italien et qu’ils soient situés en deçà des Alpes ?.

(1) N ÿ avait en 1790 dix familles de Protestants à Tirano, deux à Bianzone, deux à Teglio, une à Castione Inférieur, une à Cajolo, et soixante cinq dans le comté de Chiavenna. Jacques Picenino, ministre protestant à Coire, publia l'Apelogie de la Réforme: En réponse à cet ouvrage, le pére Gotti, professeur de théologie à Bologne, écrivit La Vera Chiesa di Cristo, 3 vol. in-6°, livre qui luj valut la Fa) ces districts appartinrent jusqu'a ces derniers temps au diccèse de Côme, ainsi que la majeure partie du canton du Tessin. Aujourd'hui

Là les Réformés forment le tiers de la population, et c’est dans cette proportion qu'ils ont part aux emplois : pendant deux ans le podestat est un catholique, la troisième année, c'est un réformé, et il en est de même pour les autres charges et les institutions de bienfaisance. Ils vivent en bonne intelligence, et dé part et d'autre on, observe la tolérance : rious avons vu ‘beaucoup d'Évangéliques assister aux cérémonies catholiques, et s'y comporter avec modestie. Les pasteurs des deux églises réformées sont envoyés par le chapitre de la haute Engadine. Dans le éonsistoire que tienneñt chaque année les pasteurs de la Rhétie à tour de rôle, sbus la surveillance du doyen, on approuve les ministrés, et on se consulte sur le dogmé et snr la morale. Les ministres suivent la Confession rhétique et la Confession helvétique, mais dans leurs catéchismes ils diffèrent profondément, même sur les points fondamentaux. Il s'y introduisit parfois certains ferments de luthéranisme; on alla même jusqu'à conserver le saint sacrement "et à le porter aux malades; on a proposé aussi d'admettre l'usage de la confession auriculaire, mais tout dépend des idéés personnelles des ministres. Depuis quelques années È ceux-ci ont recu pour instruclion de ne jamais traiter les questions de dogme, et de s’en tenir uniquement aux vérités pratiques. Puissions-nous voir bientôt l'heure où les rameaux séparés du grand arbre reverdiront,et où le sang sacré de la rédemption réunira nos frèrés séparés dans un seul bercail et sous la houlette d’an seul pasteur !

ils sont ou vont en être séparés; on a confisqué les biens que l’évêque de Côme y possédait, et l’on voudrait incorporer les communes de Poschiavo et de Brusio au diocèse de Coire : le canton du Tessin aurait son

évêque particulier.

(A.) Sur Jules de Milan, voir Scueaone, Ergstalichkeiten,

Stüek, 5. n

L'argumen traité dans ce chapitre a déjà été développé par nous dans la Storia della diocesi di Como, et dans l'opuscule intitulé, Sacro macello di Valtellina. Une œuvre capitale sur cette matière est la Historia Reformationis ecclesiarum rheeticarum en ger nuinis fontibus ct adhuc mazima parts nunquam impressis, sine partizma studio deducta...; par Perro Doumco Rosio De Porta,

t. II, Coira, 1774. On peut juger de l’impartialité de l'ouvrage par la dédicace suivante : Alme matri — ecclesia J.-C. —'voontis sanctie — venerandis ampliss. ac magnificie communitatibus — in exc. trium Rhatice federum rep. — religionem. ad. es. evangelium reformatam — fidem semel sanctis traditam — carde tenentibus — ore profitentibus — quere defendentibus — Dominis suis clementissimis — beate reformationis — historiam — in devote mentis monumentum — dedicat, Et dans la lettre suivante, toujours en latin, il dit : « S'il est un bienfait pour lequel nous et nos enfants devions être éternellement reconnaissents envers Dieu, certes c'est la Réforme... .A elle nous sommes redevables d'avoir chassé l'ignorance crasse qui avait voilé notre ciel de ténèbres épaisses.» Et, venant à parler des difficultés de son œuvre, il se plaint que de sen temps aussi les études fussent négligées. « Les prêtres catholiques, dit-il, ne s’entendaient qu'en messes et indulgences, c'est-à-dire à.ce qui sert à la cuisine (sic) : quant aux Évangéliques (dit-il), ils croient avoir accompli tous leurs devoirs lorsque ils ont récité un sermon appris par cœur. »

- De semblables préventiens sont bien loin de l'impartialité promise, et qu'en fait on désire toujours. Cependant cet ouvrage peu connu est un des plus importants du sièele dernier; l’auteur est bien loin du mépris qu’on avait alors pour l'histoire. Il cherche la vérité dans les archives et dans les correspondances

privées, il examine à fond le caractère des personnages, il décrit les lieux, montrant toujours un amour vif pour la patrie, pour la religion, et pour son sujet.

Il se plaint encore du peu d'attention que lui prétèrent ses compatriotes, et de ce qu'ils ne lui ont fourni aucune aide, pas mème pour la transcription des documenis ; il déplore qu'on ne lui ait tenu aucun compte de son travail, — conduite trop ordinaire de nos jours, et surtout dans le pays où j'écris.

(B.) Nous avons parlé ailleurs longuement de Muzio. Il a écrit quelque part « qu'aucune loi émanée soit de la patrie, soit du prince, qu'aucun intérêt de fortune ou de la vie ne doivent le céder à l'honneur. » Réponse MI.

Un des plus fidèles investigateurs des mémoires sur: l'Istrie, Kandler, m'écrivait en 1864 qu'il avait fait beaucoup de recherches sur Vergerio, et qu'il avait fini par se persuader que C'était «un infortuné qui n'avait pas su se modérer ku milieu des agitations soulevées par Muzio, son concitoyem et son camarade de jeunesse. Toute cette histoire m'a paru une guerre de Franciscains, dirigée contre l'évêque pour se venger sur lui de ce qu'il avait découvert et puni certaines irrégularités dans leurs couvents. Vergerio n'avait jamais eu la vocation ecclésiastique ; depuis plus de dix ans qu'il était évèque, il n'avait pas même la tonsure : ce fut eontre son gré qu'il se mit à la tête d'un diocèse, on qu'il dut s'y mettre; je crois qu'il avait entendu parler davantage de la foi protestante que de la foi catholique, occupé comme il le fut dans les négociations de la diplomatie. Il ne fut pas meilleur protestant; sa foi était très-incertaine; il tenait uniquement à conserver la dignité épiscopale, dont il ne voulut jamais déposer le titre; il tenait, contre la cour de Rome, tantôt pour les Rhètes, tantôt pour les Polonais, tantôt pour les Allemands, mais pourtant sans jamais oublier les avantages que procure un bon bénéfice. I serait mème rentré dans le sein de l'Église s'il avait pu recouvrer l'épiscopat. Les persécutions qu'il eut à souffrir vinrent de ses compatriotes, de Grisoni par-dessus tous les autres, de Stella, de Muzio; l’Inquisition, qui était entre les mains des Franciscains, déploya contre lui tous les ressorts de son autorité : procès, incarcérations, abjurations, listes d’hérétiques, de personnes en train de le devenir, de suspects d'hérésie; on donna l'épithète d’infectés aux monastères, aux confrévies, aux chapitres, aux lettrés; mais au fond de tant de confusion on finit par croire qu'il y avait là méchanceté et exagération, que les accusateurs étaient des exilés, ou des personnes

poursuivies à tort, ou enfin des aventuriers qui cherchaient un prétexte pour faire fortune. »

« Tout ce tapage devait, dans l'esprit des novateurs, amener l’exaltation de la langue slave, et ils comptaient convertir les Slaves habitant entre le Frioul et Constantinople ; ausst publiat-on un grand nombre d'ouvrages. Mais les Slaves ne savaient point lire, et ne le surent que tard; les caractères, fondus aux frais des Protestants, passèrent par l'effet du hasard à Rome, où ils servirent à imprimer des missels et des bréviaires. »

Parmi les ouvrages anonymes ou pseudonymes de Vergerio est celui intitulé Delle commissioni et facultà che papa Giulio III ha dato a monsignor Paulo Odescalco comasco, suo nuncio et inquisitore tin tutto il pose dei magnifici Grisoni, 1553.

IL a publié aussi Illustri atque optime spei puero D. Ebherardo, ill. principis Christophori, ducis Witembergensis, filio primogenito , minusculum, 1558. Mais Celio Curione prétend que ce n'est qu'une traduction d’une œuvre de Jean Valdès.

(C) Donnons-en un échantillon :

Remissionem peccatorum Credo etiam, certusque cano, intrepidusque repono Unius haud aliis quam Christi sanguine sacris Placatum semel, afflictis mortalibus ipsum Condonasse Deum peccatum quidquid ubique est, Christigenas ut nulla usquam fortuna moretur Durior, aut trepidas tortura piacula mentes Usque adeo adscribi magnum est in pignora summi Chara patris, Christi auspictis, nil tale merentes

Carnis resurrectionem.

Quin fateor ventura olim nova secula, quando His vetus indomitis ardescet in ignibus orbis Cunctorum in pœnas et tristia fata malorum.

Tumvero sanctorum hominum clarissima moles Carnis in æthereum mutabitur altera sortem, Cognatæque illis terrene ab origine labes Seu functi repetant vitam, seu forte supersint, Cunctarum omnipotens rerum quid non queat auctor.

Milan, 24 mai 1584.

J'écris longuement à monseigneur le cardinal Savello au sujet des affaires des Grisons : la lettre vous sera, comme d'habitude, IV — 19

remise ouverte, pour que vous en preniez connaissance, Mais cette lettre ne ‘dit pas tout. Il y a des détails relatifs à la même affaire que vous trouverez ici en postscriptum. Je vais vous en dire immédiatementun mot plus secret que tout le veste, dont le gouverneur m'a fait part en toute confidence. Je ne crois pas, de mon côté, pouvoir faire moins que de l'écrire à votre Seigneurie, afin qu'elle en réfère à notre Saint-Père, sous forme d’avis. Apprenez donc que les peuples catholiques de la Valteline, affligés et opprimés dans les choses de la religion par le gouvernement écrasant des Seigneurs Grisons, ont fait fappel, l'amée dernière, aux ministres du roi à Milan pour les aider à mettre fin à tant de souffrances, en sorte que, débarrassés des entraves qui longtemps les ont privés de tous secours spirituels, ils pussent vivre à leur convenance en bons catholiques. — Dans ce but, ils ne demandaient l'appui que de 400 fantassins, pour peu de jours; ce serait assez, disaient-ils, pour secouer le joug et fermer aux Grisons les passages des montagnes : dans la suite, les gens de la vallée suffiraient à maintenir leur indépendance. Les ministres écrivirent au roi, qui a répondu qu’on leur accordàt le secours demandé et tout autre nécessaire pour les aider dans les choses de lareligion catholique : en dehors de cet intérêt, on ne devait pas remuer. Depuis que la réponse du roi est arrivée les ministres ont sursis jusqu'à cette heure, afin de voir l'issue de l’affaire de la Ligue : maintenant qu’elle a avorté, je vois qu'on pense à l'autre projet, et si le succès couronnait l’entreprise, j'espère de la honté de Dieu qu'en peu d'années il se produirait dans ces pays d'en deçà des monts tant d’heureux résultats, que le fléau de l’hérésie en disparaîtrait presque entièrement. Mais alors même qu’on ne réussirait pas, les Grisons verront par ce mouvement que de toute façon ces peuples ne pourront jamais supporter un tel état de choses; et le doute, la crainte continuelle de semblables alliances, les amèneront, pour n’yplus donner occasion , à leur accorder à la fin les libertés qu'il réclament. Dans le cas où ces peuples n’obtiendraient pas, les armes à la main, la liberté pour laquelle ils s’agitent, dans le cas où il y aurait rumeur et révolte, j'informe votre Seigneurie que l'ambassadeur de France.en Suisse a reçu la mission de surveiller les affaires de son roi dans les pays des Grisons, et j'ai moi-même été plusieurs “fois en relations avec lui pour le bien spirituel de ces populations : il s’est toujours montré animé de la meilleure volonté, toutes les fois qu'il s’est agi de servir les intérêts catholiques et surtout de répondre à de légitimes désirs. Je crois mème que si

l'ambassadeur de France intervenait comme médiateur entre les maitres et les sujets, que si l'on faisait valoir mes relations forcées avec les cantons catholiques suisses, pour tâcher de conquérir la liberté pour les Valtelins, de leur obtenir protection et d'établir l’accord; je crois, dis-je, qu'il en résulterait un trèsgrand bien pour la cause catholique. Si au contraire la chose réussit par les voies pacifiques, je m’enhardirai à obtenir du roi qu'il se contente, en restituant ce pays aux Grisons, de poser les conditions les plus avantageuses pour notre foi, puisque aussi bien il a prescrit à ses ministres de ne se mêler de cette affaire qu’autant qu'il y aura intérèt pour la religion catholique. Quant à moi, je ne m'y embarrasse d’aucune façon, et je cherche d’autant moins une solution qu'on s'en occupe présentement : je ne viendrai au seeours de ces populations que par la voie spirituelle. Ici je fais faire des prières générales et particulières à Dieu, afin que tout tourne à bien et à la gloire de son saint nom : mais de cette manière on ne dévoile pas la nature de la négoci tion entamée; je désire que votre Seigneurie agisse de son côté, recommande chaudement l'affaire aux religieux et à d’autres, et la fasse même recommander par les prédicateurs, mais d’une manière couverte.

« Puis, j'ai quelque occasion de faire du bien'dans les contrées suisses, laquelle m'est fournie par ma visite à Locarno : du reste, ce dernier pays en a besoin et s'en montre désireux. D'autres loealités d'au delà des monts sont dans le mème cas : c’est ainsi que je vais être appelé à consacrer la nouvelle église des capucins du colonel Lussi. Pour entretenir le bon désir de ces populations et maintenir la bonné opinion qu’elles ont eue de moi jusqu'ici, il est nécessaire que je les visite, mais que je ne les visite que dans un but spirituel : cela me permettra, à cause du voisinage, d'être informé des premiers bruits d'armes, s’il en survenait, et d’en entretenir immédiatement l'ambassadeur de France pour obtenir à ces vallées l'exercice de la liberté catholique, soit par la voie convenue avec lui, et pour l'emploi de laquelle on fera toute diligence, surtout que le nonce de notre saint-père en France me fait savoir que le roi en donnerait l'ordre à son envoyé, sur la demande instante qui lui en a été faite, par commission de Sa Sainteté, soit dans lé cas où cette négociation n’aboutirait pas et où les troubles auraient éclaté, qu'on y remédie par voie d'accord ainsi que je l'ai déjà dit. »

(E) Serecuer, Pallas, lib. VI,.p. 177. Buceuixi, Rhetia Christ. J'ai trouvé aux archives diplomatiques de Florence, correspon-

dance de Milan, une lettre du chevalier Modesti, qui écrivait, à la date du9juillet 1590, une dépéche chiffrée, dont voici un extrait :

« Ces paroles m'ont remis en mémoire un fait qui s’est passé il y a six ans, quand je vins ici. Un infortuné gentilhomme, négociant de Milan, ayant reçu secrètement l'ordre et les fonds (sans qu'il y eût trace d’écrit) pour envahir, avec des forces suffisantes et enrôlées par lui, la Valteline, et le traité n’ayant pu ètre mis à exécution, il arriva que les Grisons fondirent sur lui en l’accablant de récriminations, et ce pauvre homme, après avoir enduré une suite de mauvais traitements, fut envoyé aux galères. Je me rappelle avoir vu un matin sa femme accompagnée de quelques-uns de ses petits enfants se jeter aux pieds du duc de Terranova, gouverneur de Milan, et implorer pitié pour elle et pour les plus jeunes enfants; S. E. la renvoya presque à coups de pied, et lui dit qu’en ne faisant pas mourir son mari, il lui avait déjà fait une belle faveur. Or il est plus clair que le jour que cet infortuné avait été choisi par le gouverneur pour cette entreprise, et qu'il avait reçu de l'argent par son ordre. »

Etle 27 mars 1591, le même Modesti recommande à la grandeduchesse « une toute petite fille de Renaud Tettone, banquier de Milan, qui, ses affaires ayant mal tourné, fut obligé de s’absenter, et laissa sa femme à Florence avec quelques petits enfants. Cette femme, à la fleur de l’âge, danse à tous les bals, touche convenablement du luth, et du clavecin avec un talent remarquable, chante la romance, aborde elle-même la composition du madrigal, et écrit passablement bien. »

(F) — Wir Gemeiner Dreyen, Pünden, etc.

«Nous, commissaires et consuls des trois éminentes Ligues, assemblés à Davos, d'ordre et commandement de nos seigneurs et supérieurs des communes, faisons savoir la comparution par devant notre conseil de nos chers confédérés les révérends seigneurs GeorgesLatzino, et celle del’excellentissime seigneur don André Ruinelli, qui nous ont exposé comme quoi, depuis plusieurs années déjà, dans notre Église réformée nous avions fixé dans les diètes publiques un traitement de quarante écus à chacun des prédicants de notre domaine et juridiction de Valteline et comté de Chiavenna, duquel jusqu'à présent il leur avait bien fallu se contenter. Mais, vu la présente et continuelle disette, ils nous supplient, en considération de leurs fatigues et de leurs bons et fidèles services, d'augmenter leur salaire annuel, afin qu'ils puissent vivre plus largement.

« Ayant donc considéré et pesé les motifs de la cause, pour que le service ne soit pas entravé, et pour soulager d'autant les ministres dans les dépenses de la vie quotidienne, i

« Ordonnons et commandons qu'à tous les prédicateurs de la Valteline et du comté de Chiavenna, présents et futurs (encore qu'il y en eût un ou plusieurs par commune ) il seit payé sans autre condition et jusqu’à nouvel ordre supérieur une rétribution annuelle de cinquante écus, prise sur les biens appartetenant à l'Église ou aux communes, à la volonté ou au bon plaisir des supérieurs, sous peine de disgrâce par chaque contravention à un quelconque de nos ordres.

«En foi de quoi nous avons publié en plusieurs exemplaires et signé la loi présente avec le sceau des dix Droitures.

« Datum Davos, le 22 octobre 1588. »

Pacz Buzz, notaire à Davos.

(G) Voir DE Porta, tom. II. L'archiprètre Schenardi de Morbegno, lui aussi, dans un écrit en latin sur la propagation de la foi catholique dans la Rhétie, émettait l'avis que lorsque les ministres hérétiques, à chaque octave du Corpus Domini (Fète- Dieu), venaient pour célébrer leurs conciliabules, on les prit en embuscade, à leur retour, dans un lieu nommé Bocca d'Adda, et qu’on les envoyàt à Rome.

Le 23 juin 1568, le ministre résidant du grand-duc de Toscane à Milan écrit à son souverain ce qui suit :

« Je dois faire savoir à V. E. qu’à Oltolina et dans d'autres villages des Grisons il y avait pour prédicant lutherien un homme infâme, jadis frère mendiant de l’ordre des Mineurs, qui, à raison de ses méfaits, avait été condamné au bûcher, lorsqu'il se retira pour aller prècher chez les Luthériens. Sa Sainteté, ayant été informée que cet apostat venait incognito dans cet État et dans toute la Lombardie pour exercer certaines fonctions criminelles, a pris des mesures,' selon ce que j'apprends, pour qu'on fit toutes les diligences possibles, comme déjà l’inquisiteur l’a fait, afin de le mettre en prison ; mais, au dire des nôtres, il aurait été conduit aux frontières de cet État, à une distance de dix pas dans la juridiction de l'État, et là fait prisonnier. Ce qu'ayant appris les Grisons, qui prétendent que la capture s’est faite sur leur territoire, après avoir fait certaines démarches, dit-on, auprès de S. E. et de l’Inquisiteur, ne voyant pas qu’elles eussent abouti à la mise en liberté du dit moine, auraient fait

savoir qu’ils ont emprisonné plusieurs moines qui se trouvent dans un monastère d’Oltolina, sous leur juridiction, et qu'ils leur feront subir le mème châtiment qu'on pourrait infliger audit moine prédicateur. Loin de s’en tenir à ce fait, ils auraient protesté par écrit à la frontière, de concert avec les Suisses leurs confédérés, pour tous les dommages qui pourraient s'en suivre. » .

J'ai recueilli ce document aux Archives diplomatiques de Florence, où j'ai aussi trouvé une anecdote concernant le célèbre sanctuaire d'Einsiedlen, appartenant à cette époque aux Grisons. Gédéon Strucker écrivait ainsi au grand-duc, le 27 septembre 1644 :

« Étant parti le 24 septembre de Sainte-Marie des Ermites (Einsiedlen), deux jours après, un -prédicateur préchant selon la coutume , il y eut dans son auditoire un bourgeois de Zurich’, qui pendant le sermon lui donna tout haut un démenti. Tout aussitôt la garde arrèta l’effronté, et le mit en prison. Le peuple eroyait bien qu'on lui couperait la tête, ou tout au moins qu’on lui fendrait la langue ; mais la justice a été pleine de miséricorde, et les juges ont condamné le coupable à être amené, le dimanche suivant, 28 septembre, à l'heure du sermon dans la chaire, et là, à répéter le démenti qu'il avait donné, puis à déclarer qu'il avait altéré la vérité, comme un misérable menteur qu'il était, et à demander pardon au prédicateur, aux juges, ainsi qu’à tous les catholiques qui formaient l'auditoire le jour de son esclandre.

« Quand il fait beau temps, on prèche sur une belle prairie, devant une petite chapelle; la garde fait le cercle autour des assistants, et le prédicateur est escorté par elle et reconduit aussi par elle avec des torches jusque dans le temple : l'endroit où l'on prèche est distant du temple d'environ une bonne tirade d’arquebuse. » (Sic.) Arch. dip. di Firenze.

(H) M° C.-. Kind (Die Reformation in den Bisthümern Chur und Como) m'accuse d’avoir dit, mais sans le prouver, que le roi d'Angleterre donnait de l'argent pour soutenir les hérétiques en Valteline. Laissant de côté la vraisemblance du fait, je lis dans une lettre adressée par Pierre Paul Vergerio, le 8 mars 1551, à Gualterio :. « Dites à Bullinger que l'ambassadeur du sérénissime roi d'Angleterre, qui est à Augsbourg, m'a écrit qu'il savait que Sa Majesté veut m'allouer quelques fonds pour pouvoir continuer à faire la guerre au diable. »

Il est fréquemment question des affaires de la Valteline dans la

correspondance échangée entre le cardinal Borghèse, ministre d'État à Rome, et Bentivoglio, nonce à Paris. Notamment, le 20 juillet 1618, Borghèse répétait qu'il fallait exhorter les Cantons catholiques et la France à prendre sous leur protection les évêques de Sion et de Coire, voisins de l’Italie, et en butte à beaucoup de vexations, et cela surtout depuis que les Grisons avaient établi un de leurs collèges à Sondrio, « établissement qui est une vraie peste non-seulement pour cette vallée, mais pour les autres du Bergamasque et du Brescian qui y confinent, et en conséquence pour l'Italie. » .

(D Que les exilés des Grisons aient eu des intelligences même avec le gouverneur de Milan, les correspondances des grandsducs de Toscane ne laissent aucun doute à ce sujet : on y énumère toutes les manœuvres des Planta, de Zambra, de Christophe Carcano et du prévôt de la Scala, qui à Milan en était le centre et l'âme. Un certain Béroldinger, qui faisait en Suisse les affaires des grands-ducs, écrivait le 17 décembre 1619 :

+ Dans les Grisons, l’état des choses est encore indécis ; cependant il semble quil soit plus favorable aux Luthériens qu'aux Catholiques. Quoi qu'il en soit, il est question d’un soulèvement dans l'intérêt des catholiques, et s'il pouvait se réaliser, ce serait un important secours prêté à notre foi. Mais les Vénitiens, de leur côté, manœuvrent avec tant d'activité, que nous sommes privés de l'espoir de voir l’entreprise arriver à bonne fin. Néanmoins, il nous faut espérer que Dieu n’abandonnera pas les siens. »

Et dans la correspondance de Milan’, qui a trait aux informations reçues, on trouve, sous la date du 3 juin 1620, ce qui suit :

« On n'a pas cessé d'envoyer en Suisse des soldats par petits détachements; il en est parti d'ici jusqu’à présent 900, et, bien que l'affaire ait été négociée avec le plus grand secret, on a découvert néanmoins que tout se fait pour venir en aide à certains bannis des Grisons qui, résolus de retourner dans leur pays, font essai de tous moyens, pourvu qu'ils réussissent. Cela est si vrai, qu’en attendant ils ont pris la résolution d'entrer dans la haute Engadine et dans la vallée Tellina pour s'en emparer; cette vallée, si leur entreprise réussit, sera d'un grand avantage aux Espagnols, parce que, sans qu’il y paraisse, ils obtiendront l'objet de leurs désirs, c'est-à-dire d’être les maîtres de la Valteline, qui par sa position offrirait un transit fort commode à travers le Tyrol, et par suite dont la possession serait d'une grande importance pour eux. »

Le 24. « A tout moment on s’attend à apprendre ce qu'auront fait les bannis des Grisons dans leur pays, car on sait que le 25 ils devaient y entrer, et que tous les soldats d'ici à cet effet étaient prèts à se mettre en marche au premier signal du commandement... »

Le 30 juin, nous trouvons dans les avis venus de Suisse : « Il est passé dans ces derniers jours des charges d'argent, que de Milan on envoie en Allemagne, bien que les bannis aient annoncé publiquement qu’elles doivent servir contre les Grisons. »

Le 4°" juillet. « Dans les Grisons, les tentatives de révolte de la part des bannis devaient avoir lieu le jour de la Saint-Jean ; mais comme les gens du sérénissime Léopold (l’archiduc?) ne purent ètre prêts pour cette époque, l'exécution en a été différée tout le mois de juin passé. Monseigneur le duc de Feria m'a dit que maintenant il attend d’un ‘moment à l'autre avis de la mise à exécution, et il espère apprendre la nouvelle de quelque grand coup pour l’extirpation des hérétiques de ces contrées. Il m'a ajouté, qu'ayant fait des instances auprès du pape pour avoir un simple avis sur la marche qu'il y avait à suivre dans cette affaire, il n’avait jamais pu en obtenir de réponse, et il s’en plaignit fortement. »

Le 8 juillet. « Les manœuvres opérées par les bannis des Grisons pour entrer dans la basse Engadine ont échoué, par suite de ce qu’elles ont été découvertes, et que leurs ennemis ont été avertis. On ne cesse pourtant pas de faire tout ce qui est possible pour seconder ces dispositions. Hier soir, on a encaissé cent colis de poudre, des arquebuses et des mousquets, et tout cela, dit-on, pour envoyer dans ces pays. »

(3) « Que fut le 19 juillet 1620, sinon un jour vraiment fortuné, et qui. par la somme de félicité qu'il nous a procurée, mérite d’être signalé entre les jours les plus célèbres de l'année par des processions solennelles ? » BaLLarm, Felici Progressi, etc., p. 10.

« Comme autant de Machabées, pleins de confiance dans la protection divine, ils’ ont attaqué les hérétiques.:.. Combien cette entreprise a été agréable à Dieu, c'est ce que divers miracles ont prouvé, ete »... Relation manuscrite en italien.

« Tout cela s'accomplit avec tant de facilité et de bonheur, qu'on vit bien l'assistance du bras de Dieu dans cette œuvre sainte; l’entreprise était approuvée de tous, mais il n’y eut pas plus de cent personnes qui y prirent part, et pourtant elles mirent à mort un grand nombre d’hérétiques et d'officiers Grisons. » Supplique au roi catholique (en italien).

mi uu

« Le fait glorieux de Teglio dissipe les obscurités de l’hérésie, embellit le christianisme, remplit de joie mon cœur ainsi que ceux d’autres fidèles : toutes les langues doivent se délier pour le célébrer comme une œuvre si sublime et si haute qu'elle est parfaitement en rapport avec la sublimité et la hauteur du lieu où elle s’est passée ». Il Rusco, o descrizione del contado, etc.

L'Alberti, dans ses Antiquités de Bormio, dit que « les gens sages applaudirent au soulèvement, mais non pas à la manière dont ils’accomplit. » Du reste les faits se passaient dans un pays d’un accès difficile, et les passions religieuses les défiguraient : leur véritable caractère ne put être reconnu que tard. C'est en ce sens que s'expliquent les paroles suivantes attribuées par l’Alberti au pape : Fortissimum consilium, quod vos ad salutaria arma capienda compulit, et Grisonum hareticorum jugum excutere suasit, faveat exercituum Deus pietati et fortitudini vestræ. Grégoire XV, bref du 9 mars 1623. — Et Quadrio, Della Rezia Cisalpina, Diss. IV. « Il parut que le ciel lui-même voulut se montrer favorable à leur dessein, car, lorsqu'il était tombé toute la nuit une pluie abondante, à l'aube du lendemain, le ciel, débarrassé de toute espèce de nuage, fut d'une parfaite sérénité ». Le mème Quadrio voudrait, contre toute vraisemblance, insinuer qu’on avait eu égard aux femmes, comme à des êtres mobiles par leur nature; il prétend que c’est par accident qu'à Teglio huit femmes et trois enfants auraient été sacrifiés, etc. : mais n’était-ce pas aussi bien un assassinat sur elles que sur les hommes? et qu’enfin « les personnes ‘sages ont approuvé la révolte, mais non pas certes la manière dont elle se fit. »

A la fin du I° volume des Atti e monumenti delle Chiesa Gallicana,'1631, in-fol., est insérée une Histoire des massacres de la Valteline, par Abbot, archevèque de Cantorbéry ; mais ce n’est que la traduction de l’opuscule allemand de Gaspard Waser, illustre théologien de Zurich, reproduit dans la bibliothèque d’Hottinger, et traduit aussitôt en italien, en français et en anglais. Waser donne dans son récit tous les détails du massacre, et pour lui toutes les victimes sont des martyrs; il raconte leur courage, leur constance, leurs paroles édifiantes, comme on le fait dans un martyrologe. On a répondu à Waser avec une exagération passionnée dans un ouvrage allemand dont voici letitre : Kelchkrieg, oder urzer und wahrhaftiger Bericht des Kelchkriegs so von den calvinischen Pundtneren, und Zwinglischen, Zürcheren und Berneren in Veltlin vollbracht worden, 1620, Altorf : et la même année à Milan, en italien. i

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(La guerre du calice, ou récit exact et véridique de la guerre en Valteline chez les calvinistes de Schwitz, de Zurich et de Berne, 1620, Altorf.)

Une relation du temps, que j'ai trouvée aux Archives générales de Florence, dit, entre autres choses, ce qui suit : « Pendant qu'on s'est assuré des postes et des passages, les soldats du pays,

“et surtout les campagnards, sont allés à la chasse des hérétiques

fuyards, et, les ayant trouvés pour la plupart, ils les ont tous massacrés, spécialement ceux d’un petit village nommé Mossini, situé au-dessus de Sondrio, et ils se sont lavé les mains dans leur sang. Ils ont pris beaucoup de prédicants; à quelques-uns d’entre-eux ils prolongèrent la vie pour leur arracher la vérité sur le complot qu'ils avaient formé d’égorger les catholiques, et de détruire entièrement la foi catholique, puis ils les traitèrent comme ils le méritaient.

« Le nombre des hérétiques mis à mort sera environ de cinq cents, mais on ne peut rien dire de précis, car chaque jour encore on massacre ceux qu’on a trouvés cachés dans des cavernes. D'autres se sont réfugiés au delà des monts, d'autres en Vénétie.

« On ne se lasse pas de répéter que parmi les morts de Tirano il y avait un Grison géant, qui gisait étendu par terre tout couvert de blessures, et comme, quatre heures et plus après qu'il avait été frappé, il remuait encore la tète, un petit enfant catholique, âgé de cinq ans, alla lui asséner un coup d’un petit maillet sur la tête, en lui disant : Ce traître de Luthérien ne veut pas encore mourir.

« Déjà on a accepté le calendrier grégorien et introduit les fètes suivant le rit romain : pour mieux implanter la foi catholique, on demande des prédicateurs, surtout des Capucins, qu'on aime beaucoup, et pour qui on construira deux monastères au moins, lorsque la fureur de ces agitations sera éteinte : on espère dans la miséricorde divine pour arranger toutes choses en vue de la cause qui est la sienne, et dans la piété de Sa Majesté Catholique, qui voudra bien accepter le protectorat de ces populations à elle si dévouées, et qui sont, on peut le dire des citoyens de l'État de Milan comme étant des diocésains de Côme. »

Parmi les livres prohibés figurent le Memoriale Alla Santità di nostro signore papa Gregorio XV, il clero e cattolici di Valtellina, ainsi que la Vera narratione del, massacro degli Evangelici fatto dai Papisti ribelli nella maggior parte della Valtellina.

(K) 4 août. « On apprend qu'une bande de Grisons hérétiques,

escortée de deux cents Hollandais, de ceux licenciés par la république de Venise, sont entrés en Valteline du còté de Chiavenna... En même temps on a reçu l'avis que les Grisons hérétiques avaient coulé bas deux barques remplies de soldats catholiques, et que pas un ne s'était sauvé. A l’arrivée de ces nouvelles, monseigneur le duc de Feria se troubla très-fort, voyant qu'on courait risque de perdre tous les avantages précédemment obtenus ; et comme il s'était engagé à défendre la Valteline, il lui déplaisait d'avoir à en venir à une nouvelle mèlée. On dit qu'il se plaignit très-vivement à monseigneur le prévôt de la Scala, lui reprochant d’avoir représenté le succès comme très-facile à obtenir et comme chimérique le danger d'allumer l'incendie en Italie, tandis que maintenant c'était tout le contraire ; on apprenait que toutes les populations des montagnes étaient en insurrection, et fermement décidées à recouvrer ce qu'elles avaient perdu.

« A peu de distance du fort de Fuentès, on fit prisonniers «trois prédicants, qui furent conduits à Milan, et remis à la garde du Saint-Office. Parmi eux est une religieuse de Vicence, qui s’enfuit de cette ville il y a quinze ans. » (Correspondance de Milan, à l'Archivio generale di Firenze.)

(L) On publia alors une pasquinade dans le genre de celles qui ont été composées avec des textes de l’Écriture.

Le roi de France. Ite, et reddite que sunt Cesaris Ce-

sari, ete.

Marquis de Cœvre. Bonum est nos hic esse, faciamus tria tabernacula.

Venise, Attollite portas, principes, vestras, ct elevamini porte æternales.

Les Valtelins. Circumdederunt nos dolores mortis.

Les Grisons. Erit fletus magnus et stridor gentium.

Marquis de Bagno. Et ego per aliam viam revertar in regionem meam.

Le Pape. Ego dormio, sed, cor meum vigilat.

Le duc de Savoie. Qua hora non putatis veniam.

La république de Gènes. Veni, et noli tardare.

Le roi d'Espagne.

Les Seigneurs de la Valteline.

Le duc de Feria.

Omnia quecumque volui, feci.

Ecce relinquimus omnia, et secuti sumus te.

Adjuva me, Domine, ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum.

L'État de Milan. Nos habemus regem nisi infantem. L’archiduc Léopold. Quesivi, et non inveni.

L'empereur. Os habent et non loquentur, manus, etc. - Le duc de Parme. Doce me facere voluntatem tuam. « de Modène. Quotidie vobiscum sum.

« de Mantoue. In pace amaritudo mea amarissima.

« de Lucques. Clausa est janua.

« d'Urbin. Dereliquit me virtus mea et lumen oculorum meorum.

Le grand-duc. Pulsate, et aperietur vobis.

(M) Les griefs des dissidents sont exposés dans un livre intitulé : « Recueil vrai et sincère de partie des méchancetez atroces et « cruelles tirannies commises en la Valteline après le massacre, « et demeurées impunies ; ensemble les transgressions des sta- « tuts, loix criminelles et civiles, voir mesmes des ordonnances et « constitutions faites à Tiran depuis le dit temps jusqu’à l'an « 1626. » (Sic.)

Voir aussi la Valteline, schediasma. « Véritable et solide res- «æonce aux calomnies et raisons desquelles les resbelles de « la Valteline, vrais et naturels sujets des Grisons , pallient et « desguisent leurs exécrables forfaits, voulans par une entreprise « imprudente et abominable persuader aux rois et aux potentats « de prendre les armes pour leur défence et protection. (Sic.) ne Nous avons dans le même sens : « Antidoto contro le calunnie di Cappuccini, composé par les fidèles confesseurs de la vérité dans les Ligues des Grisons. — Et Informatione reale delle false appari-

* zioni e miracoli della madonna di Tirano, di san Carlo Borromeo, e del beato Alviggi.

Vue d'ensemble sur la Réforme.

Au moment d’en finir avec le siècle et les consé- conditions quences immèdiates de la Réforme, demandons-nous si Plitiaues l'Italie perdit pour ne l'avoir point embrassée, et si en cela elle s’est écartée du courant de la vraie civilisation. Doit-elle, au contraire, se réjouir avec saint Ambroise disant : Non hic tibi infidelis aliqua regio... Italia, Italia, aliquando tentata, mutata nunquam ‘.

Les dissidents allèguent la décadence que subit à cétse époque la patrie italienne.

Elle est venue après la Réforme, donc elle en est la

«conséquence, post hac, ergo propter hoc, ce raisonnement est devenu trivial. Mais la disparition des petites républiques, proie que se partagent de petits seigneurs; la division en partis que suscitent non plus l'amour de la patrie et de ses droits, mais la volonté, l'ambition et les prétentions des princess un nouvel accès de la fièvre des conquêtes lointaines dans cette Europe à qui Rome avait donné le premier, fièvre dont la féodalité l'avait guérie au moyen âge : l'invasion étrangère qui s’en suivit et qui grandit, grâce à l'établissement des armées permanentes devenu général; la renaissance des lettres classiques, qui portait les esprits à vénérer la force, souveraine maîtresse

(1) De fide, liv. 11, ch 16.

dans l'état paien, tandis que la justice est celle de lasociélé chrétienne, telles furent les vraies causes qui poussèrent l'Italie au déclin moralet politique, au moment où la découverte des deux mondes nouveaux, due à des Italiens, détournait la richesse du chemin de ses marchés. La guerre de Trente ans, allumée en Allemagne, fut l'époque la plus désastreuse pour l’Europe, et les souffrances qu’eurent à subir les États et les personnes dépassèrent encore celles de l'invasion des Barbares; elle finit au traité de Westphalie!, dont la conséquence fut de faire déchoir l’Allemagne de cette suprémalie qu’elle avait conservée pendant tout le moyen àge. Aussi les Allemands, voyant d’un œil jaloux au-delà des Alpes un soleil plus brillant, une langue plus harmonieuse, des mœurs plus polies, des institutions plus libérales, une civilisation plus développée, avaient été entraînés vers la Réforme, et avaient trouvé leg proprè ruine dans leur haine pour l'Italie. Ils craignaient la domination de la race latine; on s'était levé contre l’Espagne, et comme elle était-catholique on faisait la guerre au catholicisme ; mais on n'avait réussi qu’à ° consolider la maison d'Autriche, qui depuis lors posséda toujours la couronne impériale en Allemagne et la souveraineté de l'Italie. Au lieu de détruire l'empire, on ‘détruisit la papauté; au lieu de conquérir les libertés politiques et municipales, on obtint de ne plus aller à la messe, de ne plus se confesser et de chanter les psaumes en

(1) Par de très-bonnes raisons religieuses, politiques et humaines le pontife repoussa la paix de Westphalie, suivant la démonstration du docteur Dôllinger Kirche und Kirchen (l'Église et les églises, chap. 2). Mais il faut remarquer comme un fait général que la protestation dirigée contre cette paix ne put en empécher l'effet et l'application immédiate. “

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