‹ Les hérétique d'Italie (volume 3)Chapitre 20 sur 24 · VUE D'ENSEMBLE SUR LA RÉFORME · texte numérisé non relu

VUE D'ENSEMBLE SUR LA RÉFORME

le fanatisme persécuteur : c’est ainsi qu'au lieu de cimenter l'alliance de la liberté civile avec l’indépendance religieuse, il fallut combattre au dedans et au dehors la barbarie, qui paraissait renattre.

La Réforme donna-t-elle l'élan aux études et aux lettres ? On le nie dans d’autres pays, bien qu'elle y coincida mème avec ce qu’on appelle partout la renaissance. Mais l'Italie était depuis longtemps à la tête du monde civilisé ; depuis trois siècles, elle étudiait saint Thomas, depuis deux siècles elle lisait Dante et Pétrarque, génies sortis de son sein; elle avait produit Christophe Colomb et Cesalpino, fait l'éducation de Copernic et de Vesale, elle était en train d'élever la plus grande basilique du monde, et que de merveilles on pouvait admirer près de celle-là : le Moïse de Michel Ange, la chapelle Sixtine, les loges du Vatican, ajoutez les œuvres glorieuses de Titien, de Corrège, de l’Arioste et d'Annibal Caro. Ses universités étaient fréquentées par des étudiants de tous les pays ; Érasme s’étonnait d’y trouver à la fois des chaires de grec', d’arabe, d'hébreu, et notre république littératre donnait droit de cité même à ces savants qui appartenaient aux nations que le patriotisme appelait barbares ?.

Quandles multitudesfurent prises d’une ardeur fanatique pour les disputes, qui jusque-là ne sortaient pas de l’en-

(1) Lagomarsini, dans son commentaire sur les Lettres de Pogiano (vol. IV, p. 335) dit : Fuit illa hominum cetate cum mullorum ingens in Italia gracarum litterarum studium, tum egregia in italis hominibus greca interpretandi facultas.

(2) Qui quidem tali ingenio præditi, barbari certe non sunt. Non enim quos a nobis montium excelsitas aut latitudo equorum disjunxit, sed qua cum vere religionis cultu non peragravit humanitas et artium amor ingenuarum, ea certa et sola est barbaries. SADOLETI, Phedr., pag. 561.

Décadence des études.

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ceinte des couvents et des presbytères, on se dégoûta des belles-lettres. Parmi les écrivains de la Réforme, aucun Italienne sefit remarquer ; de très-nobles esprits éparpillèrent dans les controverses la force qu'ils auraient pu employer à produire une œuvre; ils ne laissèrent que des écrits incomplets, comme le sont d'ordinaire les écrits polémiques, dans lesquels les admirateurs eux-mêmes louent plutôt ce qu'on a voulu que ce qu'on a fait. La philologie acquit une nouvelle importance, dès que les langues antiques devinrent nécessaires dans les recherches sur la religion. Mais quant à la traduction de la Bible, qui dans d’autres pays ouvre l’ère du langage moderne, elle ne pouvait se produire avec ce caractère là où depuis cinq cents ans on parlait, où depuis trois cents ans on écrivait l'italien. Manuce, cet éditeur d’une admirable érudition, se plaint que les écoles soient abandonnées et qu’on ne trouve que la solitude à l’université de Rome, quand vient l’heure de la leçon; Jules Pogiani, excellent latiniste, dans une lettre adressée à un écrivain non moins recommandable, Antoine Marie Graziano, à la date du 30 mai 1862 se plaignait que le beau style fût perdu : Unum, aut ad summum alterum vel in maximis civitatibus reperias, qui speciem aliquam pra se ferat romani sermonis : succum vero et sanguinem incorruptum latina oralionis qui habeat, fere neminem. Nec injurie. Libri enim qui nobis præstantis illius laudis et disciplinam prascribunt et erempla proponunt, pene obsoleverunt. Nullus jam est in manibus Terentius, nullus Cæsar : ipse latine eloquentiæ princeps legi desitus est : tota denique jacet antiquitas,: optima tum vivendi, tum loquendi magistra. Ad quos igitur plerique se contulerunt? Pudet, nec omnino dicere licet. Sunt enim tidem barbariæ et impietatis auctores, quorum in dispari scelere

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