‹ Les hérétique d'Italie (volume 3)Chapitre 3 sur 24 · CONFLITS DE JURIDICTION. — POLITIQUE QUE · texte numérisé non relu

CONFLITS DE JURIDICTION. — POLITIQUE QUE

La situation du royaume de Naples Fe » complexe, à cause de sa dépendance féodale vis-à-vis du saint-siége. Philippe II, roi d'Espagne, admit avec quelques restrictions les décrets du concile de Trente; il ordonna, le 2 juillet 1364, au vice-roi de Naples de les lier, pour les faire observer aussi dans ce pays, proteStant néanmoins ‘contre toute clause qui dérogerait aux priviléges régaliens, au patronage royal, où aux autres droits de la souveraineté. Le régent, après un examen attentif des canons de Trente, y trouva plusieurs points qui préjudiciaient à ces droits. Par exemple le concile inflige l’excommunication et une amende à quiconque imprime des livres traitant de matières sacrées sans la licence de l'évêque; or, disait-on, si la censure appartient à l'Église, il appartient au prince de consentir ou non à l'impression. Dans certains cas on accorde aux évêques le pouvoir de procéder contre des ecclésiastiques et des séculiers, non-seulement par voie d’excommunication, mais encore par l’exil ou par d’autres peines pécuniaires et même corporelles; or l'exécution doit être réservée au roi. Les évêques ont: aussi été investis par le concile du droit d'approuver les maîtres et les professeurs, droit qui attaque l'autorité du prince et celle des universités. Pour fonder de nouvelles paroisses ou des séminaires, l’évèque a la faculté d'imposer au peuple des décimes, des oblations, des collectes; tandis que ce droit est de son es-

travers leurs propriétés; partant, ils génaient la liberté des aqueducs, consacrée par un des plus utilesetdes plus anciens statuts du Milanais, et qui est la cause de sa grande prospérité agricole. Saint Charles, considérant hac in re non de Ecclesiæ ejusque ministrorum damno, sed di utilitate evidenti agi, ordonna de cesser cette opposition. (Édit du 21 août 1372.) "

sence inhéfent à la souveraineté, etcomplétement étranger à la puissance ecclésiastique. De même la visite et l’administration de tous les établissements de charité, des hôpitaux et des confréries, la révision de leur comptabilité, le droit de commutation de volonté en matière de testament, celui d’infliger des peines aux laïques et aux patrons qui se rendent coupables de malversation dañs l'administration des revenus d'église, ou de falsification dans leur comptabilité, le fait de soustraire aux tribunaux séculiers les clercs tonsurés, tous ces divers actes sont autant d’'empiétements sur la juridiction civile. Dans le royaume de Naples, une antique coutume autorisait à annuler et à révoquer les censures injustes, ce que le concile défendait absolument; il frappait aussi d’excommunication et allait même jusqu'à priver de leur droit de souveraineté les princes qui permettaient le duel; quant aux duellistes et à leurs témoins, outre la censure, il leur infligeait la confiscation des biens et les décrétait d’infamie perpétuelle.

Malgré ces réclamations on laissa publier les canons du concile dans le royaume, mais sans aucune promulgation officielle, et on les regarda comme non avenus toutes les fois qu'ils semblaient porter atteinte à la régale. Aucune bulle ou aucun rescrit venant de Rome n’était valable sans l’exequatur regium, et comme le pape s’offusquait de ce procédé, Philippe II, dans une lettre lui recommanda de ne pas s’exposer volontairement à faire l'expérience de ce que pourrait tenter un puissant monarque poussé aux extrémités.

La bulle in Cana Domini fut l'occasion de nouveaux conflits : le vice-roi duc d'Alcala s'y opposa résolôment jusqu'à menacer d’arrestalion les libraires qui l'imprimeraient;

CONFLITS DE JURIDICTION. — POLITIQUE CATHOLIQUE. dò

une personne fut condamnée aux galères pou ir publié le livre de Baronius contre le privilége d’exemption, nommé Ja Monarchie sicilierine, privilége qui donnait au roi les insignes et les droits de légat pontifical (C). Par contre, les évêques prétendaient à la juridiction en matière testamentaire, et au droit de conserver pendant ùn cerlain temps les biens de quiconque décédait intestat, pour en appliquer une partie aux suffrages du défunt; dans les cas mixtes, c'est-à-dire toutes les fois qu'il s'agissait de sacrilége, d'usure, de concubinage, d’inceste, de parjure, de blasphème, de sortilége, ils soutenaient que la poursuite pouvait être déférée au for ecclésiastique ou au for séculier, selon que la plainte avait été d'abord portée à l'un ou à l'autre : de là d’inextricables altercations. Le peuple y, trouvait son compte : en effet un impôt d’un ducat ayant été mis, en 4882, sur chaque tonneau de vin, le capucin frère Lupo se mit à menacer au nom du ciel d’un lourd châtiment quiconque en ferait ou exigerait le payement. On peut s’imaginer le bon accueil qu’on fit à de pareilles exhortations; les choses allèrent à ce point qu’il fallut suspendre l'impôt. Maints évèques, en vertu de la fameuse bulle, prohibaient la perception des gabelles dans leur diocèse : la place de Nido à Naples refusa le payement d'une ‘taxe nouvelle, parce qu'elle n'avait pas été approuvée par Rome. Le pape encourageait cette résistance, et menaçait même de mettre la ville en interdit. On renvoya du confessional et on priva du viatique quiconque avait opiné en sens contraire dans les conseils du vice-roi, et ce fut à grand’ peine que le célèbre régent Villani obtint l’absolution à son lit de mort. = Par suite, il y eut souvent conflit entre les devoirs du & sujet et ceux du chrétien, sans qu'on vit d’ouverture à

transaction. Ajoutez à cela les cilations devant la cour de Rome, et les visiteurs apostoliques que le pape envoyait dans le royaume pour exiger des décimies, pour examiner lesaliénations illégitimes des biens ecclésiastiques et pour vérifier si les conditions imposées aux legs pieux avaient été exécutées, afin que dans le cas contraire le bénéfice en fût attribué à la fabrique de Saint-Pierre.

Des priviléges ecclésiastiques que s’attribuait l'autorité séculière rendaient la Sicile indépendante de Rome, mais la soumettaient à l'Espagne et à l’Inquisition; celle-ci avait dans cette île plus de pouvoir que dans aucun autre paysde l'Italie, attendu que les inquisiteurs éludaient la juridiction des évèques, bravaient la résistance des vice-rois, et opposaient aux excès de pouvoir des barons l’action secrète des foristi ou familiers du Saint-Office. Le duc de Terranova ayant envoyé aux galères un orfévre voleur, un ordre venu d'Espagne lui enjoignit de le relaxer, parce qu'il était familier du Saint-Office, de lui payer deux cents écus à titre d'indemnité et de faire pénitence publique.Æn certain Mariano Alliata, familier lui aussi, avait été banni en 1602; le Saint-Office ordonna aux juges de le rappeler; et comme ceux-ci n’obéissaient pas, ils furent excommuniés. L'archevêque les ayant relevés de l'excommunication, le Saint-Office l'excommunia lui-même. Celui-ci recourt au vice-roi, marquis de Feria, qui envoie contre les inquisiteurs deux compagnies de hallebardiers avec le connétable et l'exécuteurvdes hautes œuvres : les inquisiteurs de leur côté lancent l'excommunication des fenêtres du couvent contre ces envoyés et contre ceux qui leur prétaient main-forte : les soldats répondent en enfonçant les portes du couvent, mais à la vue des moines tranquillement assis en cercle, ils n'osent leur faire violence; à la

CONFLITS DE JURIDICTION. — POLITIQUE CATHOLIQUE. 17 fin le dissentiment est arrangé par le retrait de l’interdit et la consignation du délinquant aux inquisiteurs !.

Les princes toléraient avec peine ces restrictions apportées à leur autorité, et voyaient d'un mauvais œil que le Saint-Office ne se contentât pas de rendre des jugements, mais introduisit peu à peu une force armée indépendante, qui brisait l'unité de gouvernement. De là un ensemble de litiges qui fait sourire de pitié notre époque, mais qui au fond avaient alors le caractère de questions constitutionnelles, où la liberté apparaissait sous la soutane du prêtre, comme de nos jours elle se montre sous la robe de l'avocat et du magistrat. Anciennement cette liberté n'était connue que sous la forme de priviléges, et ils étaient si nombreux, si variés, défendus avec un soin si jaloux par les corporations ou par l'énergie individuelle, qu'ils constituaient un ensemble vigoureux et suffisant de garanties publiques. L'Église avait été la première à conquérir et à assurer ses libertés, et souvent elle protégea les libertés publiques ou individuelles qui paraissaient menacées. Lorsque la monarchie absolue les eut absorbées toutes, il parut à beaucoup de peuples que les immunités de l’Église, plus ou moins respectées, seraient une compensation plus ou moins suffisante aux franchises que leur avaient enlevées les princes; partant ils se firent les champions des immunités ecclésiastiques.

Mutilée par les exigences des princes, la politique romaine parut se retourner et favoriser de préférence les peuples, parce qu'elle reconnaissait leurs droits et mettait quelque chose au-dessus de l’omnipotence de l'État et du roi. Le lecteur qui nous a suivi dans nos études a pu voir

(1) Chronique manuscrite existant à la bibliothèque communale de

Palerme, 2, 9. E. 55.

18 DISCOURS I comme cette polilique a toujours eu une prédilection pour les gouvernements électifs, pour le suffrage populaire, pour la prépondérance des hommes vertueux : à l'absolu du pouvoir royal elle a toujours opposé la loi de Dieu, c’est-àdire la justice éternelle. C'était l'époque où triomphait la puissance des princes; mais des princes ayant pris la place de la royauté absolue, le droit nouveau y substitua les domaines héréditaires, l'omnipotence parlementaire, c’està-dire la suprématie du nombre et de la force. Une fois l'autorité divine ébranlée, il fallut chercher de nouveaux fondements aux devoirs des individus et des nations. Parmi les penseurs italiens qui se détachèrent de l'É-

is ;. Elise, nous avons déjà nommé Albéric Gentile. Fondateur

de la science du droit publie, il séparait celui-ci de la religion, et voulait que les différences de foi et de culte n'eussent aucune influence sur les relations d’État et sur les ambassades. Cependant chez les publicistes d'alors on sent, malgré qu'ils soient protestants, la réaction catholique, et on ne les voit plus, à l'exemple de Guichardin et de Machiavel, faire parade d’immoralité, afficher l'indifférence entre le bien et le mal et une espèce de culte pour le succès, quels que soient les moyens employés. Beaucoup de nos compatriotes ont suivi cette voie, sans y laisser de traces remarquables. Scipion Ammirato défend la cour de Rome, et, suivant lui, elle n’a pas été la cause du démembrement de l'Italie, qu'il préfère du reste à une « union ,mal affermie et pire qu'un replâtrage », union qu'on ne pourrait obtenir sans la ruine du pays. Paul Paruta, admirateur passionné de la liberté de sa chère Venise, fut l’historiographe de la guerre qu'elle eut à soutenir contre les Turcs, véritable épopée de la réaction catholique. Nous pouvons retrouver

CONFLITS DE JURIDICTION. — POLITIQUE CATHOLIQUE.. 49 tous les sentiments que cette réaction fit naître en son Ame dans son Soliloque sur sa propre vie. Jean Botero, Piémontais, secrétaire de saint Charles et de Frédéric Borromée, dans sa Ragione di Stato, fonde toute une théorie de gouvernement sur l'Évangile, c’est-à-dire sur la justice et sur l'humanité; théorie en parfaite contradiction avec les principes de Machiavel, qu'il combat toujours et ne nomme jamais‘. Admettant l’hypothèse qui fait de l'État « une puissance stable, établie sur les peuples », Botero justifie trop les moyens employés pour sa conservation ; il approuve la Saint-Barthélemy, tandis qu’il regrette l’expulsion des Maures de l'Espagne et qu'il loue la France d'avoir accordé la liberté du culte aux protestants. L’orgueil ét la puissance, suivant lui, ont engendré les vices du clergé, qui ne devrait avoir d'autre autorité que celle que donnent la modération et le désintéressement. Dans sa Regia Sapientia, il trace des règles pour la conduite des rois, empruntées à l’Écriture, et dont Bossuet s’est peut-être inspiré pour sa Politique tirée de l'Écriture sainte.

Mais les protestants libéraux n’aboutissaient qu'à la négation, soit qu'ils résistassent au despotisme au nom du droit et non du devoir, soit qu'ils se fissent les champions de ce criticisme maladroit qui voit les plaies, non la difficulté du remède, et qui, détruisant le respect, pousse à la désobéissance. Ils accusaient les catholiques de légitimer la résistance aux représentants de l'autorité; ils leur reprochaient de vouloir que l'Église, elle aussi, eût sa part de puissance, au lieu de la laisser se concentrer tout entière aux mains des princes; de supposer

(1) Botero professe cette doctrine dans les Uffizi del Cardinale, liv. I, page 64.

quelque chose de supérieur et d'antérieur aux pactes sociaux, tandis qu'eux ne faisaient dériver les obligations que des lois; enfin, d'enseigner avec saint Thomas que Tobéissance aux rois est subordonnée à l’obéissance due à la justice.

Les théologiens d'Italie soutenaient que l'autorité du pape est supérieure aux prérogatives de la puissance politique, attendu que la première est de droit divin‘. Répondait-on que le droit des princes, lui aussi, devait avoir une origine divine, car sans cela il manquerait de base? ils n'hésitaient point à répondre à leur tour que la base pouvait en être dans le peuple, fortifiant ainsi la souveraineté du droit des princes, c’est-à-dire le droit

- que Dieu a conféré aux sociétés de pourvoir à leur propre gouvernement toutes les fois qu'elles en manqueraient; ils ajoutaient que ces sociétés ne peuvent cependant violer les droits acquis ni substituer le caprice de la foule aux institutions légitimes.

Bellarmin Le théologien qui personnifia en lui ces idées fut Ro- Antareti, bert Bellarmin, jésuite de Montepulciano (1542-1691 ). Selon lui la puissance civile dérive de Dieu : faisant abstraction des formes particulières de monarchie, d’aristocratie et de démocratie, il donne à cette puissance pour base la nature humaine, et comme elle n’est incarnée dans aucun homme en particulier, elle appartient à la

(1) Cette théorie fut de nos jours ressuscitée par Gioberti dans le Primato et dansles Prolegomeni. Le père Ventura a dit que « le pouvoir « politique devait étre subordonné au pouvoir ecclésiastique au même « degré que le pouvoir domestique l’est au pouvoir politique ». Consultez aussi sur cette matière AupISIO, Diritto pubblico della Chiesa e delle genti cristiane, vol. 3, Rome, 1863, ouvrage traduit en français par le chanoine Labis, professeur au grand séminaire de Tournay, Paris, Lethielleux, 1856. bi

CONFLITS DE JURIDICTION. — POLITIQUE CATHOLIQUE. 24 société tout entière. Celle-ci ne peut l'exercer par ellemême, d'où il suit qu'elle est forcée de la transférer à une personne ou à plusieurs; que le peuple peut à son gré établir soit un roi, soit des consuls, soit d’autres magistrats, et qu’il a aussi le droit de les changer *.

La mission principale et immédiate de l'Église, c’est l'ordre spirituel; celle du prince, c’est l’ordre temporel. Si le prince empiète au détriment des âmes, l'Église doit le rappeler à l’ordre, et même prononcer sa déchéance.

La suprématie du pape échappe à toute espèce de tribunal, le pape étant l'âme de la société, dont la puissance temporelle n'est que le corps*. Cependant il ne doit s’immiscer dans les affaires de la politique, que dans les pays qui relèvent de lui; ily a plus, il est licite de lui résister toutes les fois qu'il trouble l'État , et d'empêcher qu’on lui obéisse. Il ne peut déposer de son plein gré les rois, à moins qu’ils ne soient ses vassaux; il peut bien en transférer le royaume à d’autres, lorsque le salut des âmes l'exige, et chaque fois qu'il s’est prononcé , une nation doit cesser de leur obéir 3.

(1) De laïcis, lib. III, cap. 6 : Certum est politicam polestatem a Deo esser... Jus, divinum nulli homini particulari dedit hanc potestatem ; ergo dedit multitudini..... Respublica non potest per se ipsum exercere hanc potestatem ; ergo tenelur eam transferre in aliquem unum, vel aliquos paucos... Pendet a consensu mullitudinis constiluere super se regem, vel consules, vel alios magistratus... Sublato jure positivo, non est major ratio cur ex mullis œqualibus unus potius quam alius dominetur.…

(2) Summus pontifex simpliciter et absolute est supra Ecclesiam universam et supra Concilium generale, ita ut nullum in terris supra se judicem agnoscat. De Concili auctoritate, cap. 17.

(3) De romano ponlifice capite totius militantis Ecclesia, Il, 29. Pontifex ut pontifer, elsi non habet ullam mere temporalem polestatem, tamen în ordine ad bonum spirituale habet summam potestatem disponendi de temporalibus rebus omnium christianorum.

Ce système, tont à la fois juridique et historique, est celui que nous avons exposé comme dominant dans les temps où l’on professait le règne du Christ. Bellarmin préfère à la monarchie pure celle qui est tempérée par l'aristocratie; et si, lui aussi, affirme quele pape peut faire de l'injustice la justice, il convient de rappeler qu'Hobbes attribuait le même droit aux roîs'. .

L'œuvre de Bellarmin'déplut souverainement à Naples et à Paris; elle ne fut pas davantage agréable à Rome, et Sixte Quint la mit à l’Index, mais contre le vœu de la Congrégation, en sorte qu’elle ne tarda point à en être rayée : une preuve suffisante du mérite de cet ouvrage, c'est l'apparition de vingt-deux livres composés pour le réfuter *; bien plus on alla jusqu'à ériger des chaires spéciales pour le combattre.

En 1585 parut un Avviso piacevole dato alla bella Italia da ‘un giovane nobile francese. C'est, au dire de De Thou, l’euvre de François Peratto, seigneur de Maizières, calviniste, L'auteur de ce libelle y a entassé tout ce qu'ont pu dire de pis contre les papes les classiques italiens et d’autres; il

(1) Reges que imperent justa facere imperando que volent injusta. Hosgrs, De cive, 112. L'opinion attribuée à Bellarmin se fonde principalement sur le De Romano pontifice, lib. IV, c. 5, mais le dernier point est ordinairement laissé dans l'ombre.

(2) L'Antibellarmin d'Adam Scherzer; un autre de Samuel Weber; le Contrat Antibellarminien de Conrad Vorstius; l'Antibellarmin biblique de Georges Albrecht ; le Collége antibellarminien d'Amand Polano; les Disputes Antibellarminiennes de Louis Crell; lè Bellarmino enervato de Guillaume Amesio ; et/nous passons les autres sous silence, notamment les réfutations du. Stuart. Duplessy-Mornay écrivit aussi « le Mystère d'iniquité, Ou Histoire de la Papauté, livre où l'on voit par quels progrès elle est arrivée à son apogée, quel'e fut l'opposition que Jui firent de siècle en siècle les gens de bien, et où l'on défend les droits des empereurs, des rois et des princes chrétiens contre les assertions des cardinaux Bellarmin et Baronius ». Saumur, 1611.

CONFLITS DE JURIDICTION, — POLITIQUE CATHOLIQUE. 23 soutient que le papeest l’antéchrist, et que, pour le bien de Italie, il faudrait l’exterminer. Bellarmin répondit au libelle par son Appendix ad libros de summo pontifice, que continet responsionem ad librum quemdam anonymum; il y soutient que la beauté de l'Italie « consiste en ce qu'elle n'a été souillée par aucune tache d’hérésie ni de schisme ».

Néanmoins ce qui prouve combien il sentait le besoin de ménager les opinions courantes, ce sont certaines instructions par lui données à un évêque, son neveu ; il lui dit, entre autres choses : « Nous vivons à une époque où il est fort difficile de défendre les libertés ecclésiastiques, sans encourir l’indignation des pouvoirs séculiers. D'un autre côté, si nous sommes timides ou négligents, nous offensons Dieu et son glorieux vicaire. Il faut que par notre « manière d’agir nous prouvions aux princes et àleurs mi- < nistres que nous ne recherchons point les occasions de « nous heurter avec eux, mais que la seule crainte de Dieu « « «

et l'amour de son nomnous déterminent à prendre la

défense des libertés de l'Église. De ce que nous nous

sommes engagés dans un combat légitime, cela ne nous « empêche pas d’apprécier la bienveillance des princes « du siècle. »

Bellarmin, prédicateur très-goûté dès l'âge de vingtdeux ans, fut envoyé par saint François de Borgia à l’université de Louvain pour s'opposer à l’hérésie qui sy était glissée. « Il reçut ‘dans cette ville, en 4569, la consécration sacerdotale de Corneille Jansenius, évêque de Gand', qui combattit Baïus dans ses erreurs sur la Grâce, et continua! à se livrer à la prédication et à l'instruction de la jeunesse, jusqu’à ce que, pour motif de santé, il fut

(1) Ne pas le confondre avec l'évêque d'Ypres, auteur de l'Angustinus.

revenu à Rome. Dans ses Disputationes de controverstis fidei adversus hereticos, il expose d’abord l'hérésie, puis la doctrine de l'Église et les sentiments des théologiens, en les corroborant non point par des raisonnements, mais par des textes tirés de l’Écriture, des Pères, des Conciles et par des exemples pratiques; il termine en réfutant ses adversaires. Modèle d'ordre, de précision , de clarté, ayant dù préserver son style des aridités et du formalisme de l’école, si parfois il se trompe sur le compte des écrivains ecclésiastiques qui n'étaient pas encore passés au crible d'une sévère critique, Bellarmin sait hardiment rejeter les écrivains apocryphes; il ne tonne point contre ses adversaires; mais, appuyé sur l'autorité des théologiens, il les réfute, en leur opposant la vérité dans toute sa clarté, dans toute sa précision. Mosheim, un des champions les plus intrépides de l’hétérodoxie, prétend que «la candeur et la « bonne foi de Bellarmin lui firent encourir les reproches « desthéologiens catholiques, parce qu'il se donna la peine « de recueillir les preuves et les objections de ses adver- «’saires, et qu’il les exposait avec une scrupuleuse fidé- « lité, dans toute leur force. »

Dans un des nombreux libelles publiés contre lui, on racontait que le savant jésuite, la conscience déchirée par les remords, s'était rendu à la Santa Casa de Lorelte pour confesser ses fautes; mais que le pénitencier, après en avoir entendu quelques-unes, -l'avait renvoyé comme étantirrémissiblement damné ; si bien qu'il était tombé par terre et avait péri au milieu d’horribles contorsions. Ceci s'imprimait alors qu’il vivait dans une humilité laborieuse. Objet de l'admiration générale pour son désintéressement et son humilité, son nom volait de bouche en bouche dans toute l'Europe et l’on traduisait partout son catéchisme.

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