A AR RAR SR A A A
pane lucrando. Grand merci à lui : donc, qu’est-ce qu'on étudie pour gagner ou pour devenir grand ou célèbre ? Non, messire, non : ce n’est pas lä la fin véritable de l'étude, il s’agit d’être utile à ses semblables par sa science, et ensuite d’avoir les lettres comme refuge dans toutes ses peines. Il répliquera : qu'y a-t-il qui puisse être utile au monde en dehors des lois et de la connaissance des lois, au moyen desquelles on maintient en paix les villes et les provinces? En cela il se trompe évidemment : il n’est si vil métier au monde qui ne rende plus de services à tous indistinctement que la science des lois civiles, eu égard à la façon dont on en faitaujourd'hui usage : je vais plus loin, il n’y a pas de science, je parle des sciences humaines, parmi celles reçues et approuvées, qui nuise plus au monde que celle des lois civies traitées par des docteurs, des avocats, des auditeurs et autres de la même espèce, enla manière adoptée presque partout : c’est une chose dont rendent témoignage les villes qui ont chassé de chez elles cette sorte de gens : elles vivent dans une tranquillité dont on n’a pas l'idée. On n’y voit pas de pauvres gens se consumer trente années à plaider et à courir le palais : on n’y entend ni Barthole, ni Balde, ni Cino, ni Alessandro, ni toute cette canaille qui n’est venue au monde que pour en être le fléau. Mais, comme le temps me pousse, je me réserve de te démontrer une autre fois que l’homme ne peut embrasser un état et une condition pires que celle que nous voulons bien appeler profession de docteur en droit civil et canonique, ou civil seulement, ou toute autre dénomination qui te plaira, pourvu qu'il s'agisse de lois faites par les hommes.
« Quant à l’autre côté dela question, qui tend àtrouverun
ANTITRINITAIRES. —— LES SOCINS. — BIANDRATA. 407
refuge dans les peines, je te laisse à penser si les loissont bonnes à cela. Vois-tu, si j'étais près de toi, je te les ferais honnir si bien que tu jetterais au feu tout ces vilains animaux que tu as dans ton cabinet. Comme tu pourrais m'objecter que je fais mal de blâmer cette profession qui a été pour ainsi dire héréditaire dans ma famille et lui a valu quelque gloire, je te réponds que ce
que je t'écris, je ne le crierais pas sur les places publi-
ques; mais, en considérant ce que tu es pour moi et en
te voyant marcher dans le chemin que tusuis, je me crois
obligé de te tenir ce langage. Je te remercie de m'avoir
informé de ce qui s’est fait ce carnaval-ci, et des stances que tu m'as envoyées; j'aurais reçu avec plus de plaisir encore le sonnet fait pour les deux fils du duc, et je ne
sais ce qui peut t'empècher de me l’adresser. J’attends la
canzone du Frate, mais j'attendrai également le sonnel : je t'en prie, ne te moque pas de moi. La mort de Spannocchio que j'ai apprise tout dernièrement m'a extrêmement troublé : j'en écris au Focoso.
« Voilà pour ce qui est de ta première lettre : j'arrive à la seconde, dont je me débarrasserai en peu de mots. Je
suis d’une nature telle que rien ne me trouble excepté les
maux d'autrui, et les tiens par-dessus tous les autres :
c'est pourquoi je ne serai parfaitement heureux que
le jour où je saurai que ceux que j'aime, et toi en par-
ticulier, ne suivez pas une voie à vous rompre le cou et à vous perdre. Je suis fâché que notre Académie s'en soit allée en fumée, par suite des malheurs dont je t'ai parlé autrefois, et puisque l'Italie aime tant la barbarie, qu’elle veut bannir les belles-lettres de son sein, plaise à Dieu qu'elle ne devienne pas barbare pour tout de bon. J'ai écrit au Focoso, comme tu le vois, mais je ne l'ai pas
grondé de la manière que tu voudrais; en échange,
« c’est toi que j'ai grondé dans cette lettre. L’espérance
dont l’entretenait ma lettre, quoique lointaine, se réalisera, et se réalisera facilement, si toutefois nous vivons quelques années encore : en voilà assez pour ta seconde lettre.
« A la troisième, je réponds que les sonnets de cettenouvelleSapho m'ont été très-agréables, et j'estime qu'elle est appelée à être une grande poétesse, puisqu'elle se décerne ce nom : elle vous fera rougir, vous autres jeunes gens qui ne cultivez plus que les articles du Code, et je ne sais quoi encore. Garde-toi de mettre les pieds dans les lacs de l’amour, ni pour celle-là, ni pour d’autres, et ne fais pas fi de moi en disant : Oh! quand même le Frastagliato le saurait, qu’importerait? Car en faisant cela, ce n’est pas de moi que tu te moquerais, mais de Dieu, qui ne se comportera pas comme moi : moi, je te reprendrai violemment, et j'en aurai une douleur sans mesure, et puis plus rien, mais Dieu te châtiera de façon que tu aimeras mieux n’être pas né : il l’infligera la peine de la mort éternelle, peine horrible et épouvantable pour les bêtes elles-mêmes. Et en vérité, Materiale, si tu ne te décides pas à changer de vie et à laisser de côté ces niaiseries, qui d'ici à trèspeu de temps te causeront beaucoup de désagréments, je vois que tu vas te perdre tout à fait, car si tu te moques quelque temps de Dieu, il se moquera de toi, il t’abandonnera si bien, que tu tomberas rapidement dans l'abîme des vices, et que tu feras beaucoup de ces choses que tu ne ferais pas maintenant pour tout l’or du monde. Je sais qu'un tel langage te paraîtra étrange, et pourtant la chose est ainsi ; et ne va pas te comparer
o | à i ANTITRINITAIRES. — LES SOCINS. — BIANDRATA. -409 avec d'autres, parce que les autres n'ont point reçu les mèmes corrections, lesmêmesavertissements, les mèmes lumières qui sont venues t’églairer dans ce bas monde; de plus, ces mêmes réprimandes qui t'ontélé faites, ces mêmes avertissements qui t'ont été donnés, l'ont été par une personne qui t'aime si fort, et à laquelletu es si cher, qu’il me paraît bien étonnant que tu ne t'en apercoives pas. Comment est-il possible que tu ne sois pas touché par des paroles empreintes de tant d'amour et de tant de vérité ? Veux-tu par hasard que, pour te convaincre, je t'écrive des balivernes ? Ne suffit-il pas, entre des amis vrais et parfaits comme nous cherchons à l’ètre, de se faire entendre réciproquement et simplement sa volonté, en tant qu'il s’agit de choses licites et honnêtes ? Exige de moi ce que tu voudras, pourvu que ce soit permis et honnête, et tu verras si je dirai ja-
: mais non, si même je n’aurai pas plus vite obéi que tu
Fond =
n'auras ordonné. Ne sais-tu pas que tu m'’appartiens ? Penses-tu qu’une séparation de deux ans m'ait fait perdre mon empire sur toi? Ce n’est pas ce que t'enseignent tes lois : or, si tu es à moi, pourquoi ne me laisses-tu pas faire de toi ce que bon me semble? Quel plus grand contentement peux-tu avoir que celui d'être entièrement uni avec ton Frastagliato? Préférerais-tu par hasard à cette parfaite union les plaisirs, les grandeurs et les honneurs que te pourrait donner l'univers entier? N’aimerais-tu pas mieux mener une vie misérable par le monde qüe de ne pas être mon ami parfait? Si tu m'aimes véritablement, Materiale, c’est maintenant que je le saurai; je le saurai surtout à l'époque cù tu te détermineras à embrasser une carrière ; si en cffet tu choisis un mode de vie que tu sais être contraire
ne dira — ——p- gr us Lt
pomme
Les
à mes intentions , je dirai que tu ne m'aimes pas, que même tu désires me voir dans la douleur et la peine; car ignores-tu que ‘rien ne pourrait me contrarier davantage que de te voir trop opposé à mes desseins. Pardonne-moi si je suis un grondeur Apre, et fais-moi savoir que tu as pris mes conseils en bonne part, et surtout que tu as commencé à les mettre en pratique. Une autre fois, je serai à peine la moitié aussi long qu'aujourd'hui, car mes études et une infinité d'autres choses m’'empéchent d’être bref en écrivant. Voici les quelques vers que je t'ai envoyés dans ma seconde lettre. » |
« P.S.Tusalueras le Scacciato de ma part; je lui ai déjà écrit, je lui écrirai encore quand je saurai qu’il a recu les lettres que je lui ai déjà adressées. »
Nunc barbarorum asperrima hac loca incolens, Ubi horrido gelu riget, tabet, perit
Hominum, ferarum, etarborum simul genus Dulcissimi haud meminisse natalis soli
Omnia ubi ferme adhuc virent, vivunt, vigent, Non possum, amice mi omnium charissime, Ejusque desiderio inenarrabili
Non usque aduri et confici miserrime.
« J'ai fait ces jambes, ainsi que je l’ai déjà écrit, au commencement de novembre, par un temps de trèsgrand froid queje ressentis, quejc palpai pour ainsi dire cn ce pays-Ci :Je les ai faits avec l’intention d’en ajouter beaucoup d’autres, mais plusieurs considérations m’ont forcé à abandonner l’entreprise; et comme en les laissant dans cet état d’imperfection, ils auraient pu inspirer quelque doute à ton ami, je t'ai écrit, et je te répète maintenant, que tout a été dit par hyperbole.
ANTITRINITAIRES. == LES SOCINS. — BIANDRATA. dii
« Je t'ai écrit dernièrement que je désirais avoir un « Boccace, c’est-à-dire son Décaméron, l’édition impri- « mée à Florence en 1827 par ds Giunti : je t'ai prié de « faire tout au monde pour en avoir au moins un exem- « plaire, à n’importe quel prix. Je te renouvelle ma de- « mande, et je te supplie de ne pas manquer, dusses-tu « pour cela mettre Sienne et l’univers sens dessus des- « sous. » — Puis il continue en vers italiens :
« J'ai oublié les choses de la terre, je me suis oublié moi- « même ; je ne connais plus que les larmes et le deuil; l’a- « mour intérieur m'a brûlé malgré moi.
« Et maintenant que je désire sentir les douces flammes « de l'amour de Dieu, Dieu père, Dieu éternel, et source de « tous les biens, l’effet est loin de correspondre à un aussi « beau désir.
« Maissije pouvaiséprouver l’infiniemistricorde, comme « 1lm°a été donné d’apercevoir l’angélique beauté de l’être « souverain, que je serais heureux! carje ne craindrais plus « les dernières morsures de la mort, qui m’épouvante : « qu'aurais-je à craindre en aimant celui qui rend à la vie « ses fidèles ? »
« P.S. Je salue l’Atonito mille fois : je me courroucerai « beaucoup moins contre lui, alors même que pendant « toute sa vie il s’appliquerait uniquement à la philoso- « phie naturelle, que je ne me courroucerai contre toi « si j'apprends que tu te perds dans ces Baldate et ces « Bartolate', qui me font rougir quand je pense que j'ai « perdu du temps à m’en occuper. Salue de même tous « les amis. A Dieu, Matériale. » 20 avril 1563.
(1) Se reporter plus haut : C’est une allusion aux jurisconsultes contemporains, Balde et Barthole, dont il désigne les ceuvres par des expressions forgées avec leur nom.
LS
Autre lettre. — « Très-respectable monsieur.
« V.S. ne s'étonnera passi je n’ai pas répondu plus tôt à la charmante lettre qu'elle m'écrivit, iln’y a pas plus de quatre meis, le 24 juin dernier, car il n’y a pas plus de quatre jours quejel’ai reçue. Pour moi, je vousle dis en vérité, le plus souvent lorsque j’écrivaisà notre ami Bargaglio, j’ai fait mention dans mes lettres de V. S.; c’est ainsi qu’en lui écrivant j'ai toujours cru vous écrire : je considérais aussi les lettres que m'écrivait Bargaglio comme écrites non pas seulement par lui, mais encore par V.S., tantme paraît solidement établie et indissoluble l'amitié qui nous unit, amitié dans laquelle il vous a toujours plu de m'’admettre en troisième pour ma plus grande satisfaction et dans mon véritable intérêt, bien qu’au moment où je goûtais davantage le fruit de votre insigne bienveillance, j'aie dù en quelque sorte m'éloigner pour un temps, et à une distance assez grande de l’un et de l’autre de vous. Si, comme elle me l'écrit, cet éloignement devait encore lui causer un préjudice, certainement je sentirais redoubler en moi la douleur que je dois en éprouver; mais quel préjudice cet éloignement a-t-il pu lui causer, surtout dans cette circonstance particulière où elle me parle de la réponse qu’elle a faite à Mazzone?
« Quel besoin peut-elle avoir d'un homme comme moi dans des questions et des matières poétiques, où elle est si versée, que dis-je, si exercée, si entendue, et d’où non-seulement je me retire peu à peu, mais d'où je m'éloigne presque entièrement, tant à raison de mes infirmités que des études plus sérieuses auxquelles je me suis exclusivement adonné. Ajoutez à cela que V.S. a eu entre les mains un excel-
ANTITRINITAIRES. — LES SOCINS. —> BIANDRATA. 413 n'
« lent prétexte, et, si ce n’était que pour vaincre certaines « difficultés qui se présentent à elle dans cette circons- « tance; s’il ne s'agissait que d’un secours nécessaire pour
anéantir tout à fait cemonstre, quel aut illeur champion pouvait-elle désirer que M. Bargazilo qui ne lui cède en rien sous le rapport de la valeur, pas plus que sous celui de la bienveillance réciproque? V. S. a pu voir combien j'ai dû étendre ce peu de connaissances « quime restent encore des études poétiques, pour traduire « en vers, si Dieu m'accorde la vie, les hymnes de David, « entreprise que je n'ai pu poursuivre depuis plusieurs « mois, et cela contre monattente, à cause de ma surdité, « qui n'est point du tout pour cela en décroissance, mais «. qui d'après ce que je peux juger, s'est au contraire un « peu augmentée.
« Maintenant que je suis débarrassé de ce souci, je « dois absolument m'occuper de faire une réplique « à un de nos Italiens, personne fort lettrée, et qui « est connue spécialement pour ses études de théologie, « sur une question née entre nous, et sur laquelle nous avons déjà l’un et l’autre écrit quelques pages. Cette question, la voici : Adam a-t-il été créé par Dieu de « façon à ce que de sa nature il fùt immortel, oui, ou non ? Ce personnage tient pour l'aflirmative, et moi je « regarde la négative comme étant plus vraie. Bien que la « susdite question ou controverse ne paraisse pas avoir « grande importance dans notrereligion, néanmoins, surtout au point de vue des conséquences qu'il tire de son système, ou plutòt au point de vue des arguments avec lesquels il s'efforce de le prouver, tant lui que d’autres, « ces arguments, étant vrais, force est d’en conclure que « cette question a une très grande importance. Il me sem-
blait (ct mon opinion était partagée par d’autres encore ) que j'avais suffisamment répondu à une dixaine d’arguments qu'il avait rédigés par écrit en faveur de son opinion et gfi m'avait fait passer, et selon toute vraisemblance il eût dû se calmer, mais il a fait une réplique, et une réplique fort longue. Aussi me suis-je mis à nouveau à répondre aux arguments qu'il a su écrire contre mon système, avec le ferme espoir que cette fatigue nescrait pas inutile; car, à moins de me tromper grossièrement, mes travaux serviront à expliquer plusieurs passages très-difficites et fort obscurs de l’Écriture sainte, passages que peu de personnes ont bien compris ; mais le mal est que je me trouve dépourvu de livres, n’ayant avee moi rien autre que la Bible. J'espère malgré cela mener à fin le mieux qu’il me sera possible l'ouvrage, me réservant, après l’avoir terminé de la manière où pour le moment il m'est permis d’y travailler, d’y ajouter certaines choses que je trouverai dans les livres qui me manquent, pour perfectionner ce travail.
« Mon opinion, je le sais d’une façon certaine, a été partagée chez les anciens par Athanase, et chez les modernes par Augustin Steucho d’Agubbio, chanoine régulier ct personne très-versée dans les lettres, par le cardinal Gaétan et par bien d'autres. Je reconnais que la question, quelque profonde et difficile qu'elle soit, et sous bien des rapports ne ressortissant pas du pur domaine de la théologie, et par suite non proprotionnée à mes études et à mes forces, je devrais laisser peser le fardeau de sa solution sur de meilleures épaules que les miennes. Mais je me confie en Dieu ; car, ayant de mon côté, comme j’en suis persuadé, la
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a vérité, et n'ayant pas d'autre but en écrivant que celui de la manifester à ceux à qui elle serait obscure ; et pour « la gloire de Dieu ainsi que pour le profit de ceux qui « cultivent les lettres sacrées, mes fatigues ne seront, ainsi « que je l'ai déjà dit, nullement inutiles.
« Dès que j'aurai terminé ce travail, qui, eu égard aux « nombreuses réponses que je devrai faire aux nombreux paralogismes etaux chicanes de l'adversaire, sera un livre assez-complet, j'aurai à terminer un autre ouvrage plus considérable et beaucoup plus important, au sujet duquel j'ai écrit, dans d’autres occasions à M. Bargaglio; cet « ouvrage a pour objet une très-longue controverse sur la « justification, controverse que j'entamai avec un prédi- « cant qui, venant de Genève, m'en avait parlé à Bâle. « C’est pourquoi j'ai écrit à Bargaglio de vouloir bien se « charger de la traduction des psaumes comme passe- « temps, non point que j'ignore le moins du monde qu’il « ne mefaille, comme à n’importe qui, me voir bien souvent « couler la sueur du front pour m’acquiter médiocrement « d’une entreprisecomme celle-ci. Jene veux pas non plus y « apporterla moindre négligence : mais, en faisant le paral- « lèle entre les autres travaux du même genre dans « lesquels, je pourrais ètre sans cesse plongé, et celui- « là, ces autres me semblent de vrais travaux, tandis « que la traduction me paraît être pour ainsi dire un « délassement, délassement auquel je retournerai aussi- « tôt que je le pourrai, n’ayant jusqu'à présent pas tra- « duit plus de onze psaumes et demi. Mais, pour revenir « à cette traduction, j'ai besoin de quelques livres, et « je ne sais comment je pourrai me les procurer ici.
« Je me suis réjoui infiniment de ce que le Seigneur « Dieu, au lieu d’une fille qui vous était née avant mon
départ, et qu’il vous a d'abord ravie, vous ait ensuite envoyé un garçon. Plaise à Sa Majesté de vous faire éprouver une véritable joie de cet événement, et nonseulement pour cet enfant, mais encore pour tous ceux (et j'aime à le croire) que V. S. et madame Aurélie, que je salue de nouveau affectueusement, vous éleverez sans cesse dans la crainte de Dieu, sans laquelle c'est une suprême folie d’espérer jamais posséder aucun bien véritable. Il n’est personne de nous désormais qui par expérience, sinon par la raison ou par leslecons divines et les maximes qu’il a reçues, ne sache que cette vie et ce monde tout entier ne sont rien autre chose qu'une fumée et qu’une ombre. Élevons donc une fois sérieuse-
ment notre âme vers cette vie et vers ces siècles promis
par Jésus-Christ, qui ne peut mentir, à tous ceux qui se renonceront à eux-mêmes et qui renonceront pour le suivre à toute autre chose, vers celte vie et vers ces siècles qui, nous le savons par révélation divine, doivent être éternels et incorruptibles. Pour pouvoir faire cette élévation d’äme comme il convient, prions sans relâche et avec ardeur Dieu, qui a promis d’exaucer toutes les prières que nous lui adresserons, d’être en conformité avec ce que nous savons être sa très-sainte . volonté. Et je recommande de tout cœur à ce Dieu, à
sa très-riche et très-puissante grâce ct bonté Votre
Seigneurie, madame Aurélie et votre famille.
« Baden, le 30 octobre 1577.
P. S. « J'ai écrit ces deux ouvrages en latin. « De votre Seigneurie très-magnifique
« Le beau frère et serviteur très-affectionné,
« FAUSTE SocIx. »
Cette lettre est adressée : À son très-magnifique Seigneur et respectable beau-frère le seigneur Bélisaire Bolgarini, à Sienne (B.).
Le nombre des adeptes de Socin se multiplia tellement que les sectes très-variées d’Unitaires se réduisirent à une seule, dite des Sociniens. Un de leurs articles proclamant la guerre un fléau qu’on devait abhorrer, les Sociniens condamnaient ouvertement les Réformés qui prenaient les armes contre ‘leurs souverains, se refusaient d'entrer dans l’armée, et ne consentaient pas davantage à se battre pour la défense du pays.
Cependant les Sociniens n’ont pas eu la paix en Pologne jusqu’en 1638 : ils furent persécutés pour cause politique, sous le prétexte qu'ils étaient d'accord avec les Suédois. Ils s'établirent ensuite, dans d’autres lieux, principalement en Transylvanie, où ils avaient été dans le principe introduits par Biandrata ; ils se conservèrent à l’état de secte particulière seulement dans ce pays, tandis que partout ailleurs ils se fusionnèrent avec les sectes au milieu desquelles ils vivaient.
Nous avons vu aussi s'enfuir de Sienne Mino Celsi et le frère Sixte, juif converti. François Pucci, issu d’une illustre famille florentine, qui avait donné à l'Église trois cardinaux, étant dans le commerce à Lyon, y fréquentait les lettrés : il prit goût aux controverses, fut imbu des opinions protestantes, et ayant abandonné les affaires il se mit à étudier la théologie. Espérant avoir plus de liberté en Angleterre, il s’y rendit, et fut en 1574 reçu docteur à l’Université d'Oxford. Dans son traité De fide in Deum qua et qualis sit, il combattit les Calvinistes, dont les doctrines prévalaient à cette université; ce qui lui
valut des persécutions auxquelles il échappa en se réfu- II — 27
Francois Pueci et les autres Unitaires,
giant à Bâle. Là, s'étant lié d'amitié et de croyance avec Fauste Socin, il publia une thèse dont l'argument était « que tout homme dès le sein de sa mère est réellement « participant des bienfaits du Christ et de la bienheureuse « immortalité. » Les opinions émises dans cette thèse le forcèrent même de quitter Bâle. Bien loin de trouver plus de tolérance à Londres, il fut mis en prison; il en fut de même en Hollande, où il eut des disputes avec plusieurs personnes, et aussi avec Socin, à propos du livre De immortalitale primi hominis ante peccatum '. Pucci ne put pas davantage s'entendre avec les religionnaires. A Cracovie, deux alchimistes anglais, annoncant que Dieu allait opérer une grande réforme de son Église par leur entremise, lui persuadèrent qu'ils pouvaient, au moyen du commerce qu'ils entretenaient avec certains esprits, découvrir des choses ignorées du reste des hommes : Pucci y crut, et chercha à le faire croire aux autres par des publications. Ses illusions sur ce point étant tombées en 1536, il reconnut ses erreurs, et se rétracta en 1595, entre les mains de l’évêque de Plaisance, nonce pontifical à Prague; puis, après avoir fait pénitence et avoir été ordonné prêtre, il entra au service du cardinal Pompée d’Aragon en qualité de sécretaire. En 1592, il avait fait imprimer
(1) Socin, dans la troisième lettre à Mathias Rudeio, parle de sa dispute avec Pucci, qui ne se tint pas pour vaincu, mais ne voulut plus l’écouter ni lire un de ses livres en italien.
Voyez JEAN-BAPTISTE Gaspari, De vita... Francisci Pucci Fidilini, dans la Nuova Raccolta Callogeriana, tom. XXX, Venise 1776; BAYLE, ad nomen, et Dono.
Dans le volume de la « Bibliothèque des Frères polonais » existe une De statura primi hominis ante lapsum disputatio, qui contient dix thèses de Pucci, à l'aide desquelles il prouve que toutes les créatures étaient immortelles avant le péché. Ce volume renferme en outre la réponse de Socin, la réplique de Pucci et la défense de Socin.
da
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en Hollande un livre où il soutenait que ni l'ignorance;
ni l’incrédalité, ni le manque de baptème ne forment empéchement au salut d'un homme, pourvu qu’il vive honnétement: cette thèse fut réfutée contre lui par des Catholiques, des Luthériens, et des Calvinistes. On a affirmé, mais nous né savons pas sur quelle autorité repose cette affirmation, que Pucci fut arrêté par ordre de l'évéque de Salzbourg, et envoyé à Rome, où il aurait été brûlé. |
Theiner* rapporte que le nonce du pape voulait appeler en Pologne Bellarmin et François Toledo pour contenir les hérétiques italiens, qui étaient alors Buccella ?, le Vénitien Michel Bruto, Simon de Lucques, Prosper Provana, Fauste Socin, Alciat de Milan, Bovico de Bologne, Fabricius Pallavicini de Chiavenna, Rosmino Rosmini de Roveredo.
Ces hérétiques nous sont déjà en partie connus; nous avons aussi nommé parmi les prédicateurs de la Réforme en Pologne François Stancari, de Mantoue. Professeur d’hébreu dans une académie établie par Bernardin Partenio à Spilimberg en Frioul , il avait manifesté des idées hétérodoxes qui le contraignirent de prendre ia fuite : de Bâle où il s'était retiré, il adressa aux magistrats vénitiens un traité de la Réformation 3. Tandis qu'Osiandre enseignait
(1) Ann. Eccl. au n° XL de l'année, 1583.
(2) Dans le rapport fait par le cardinal Albert Bolognetto sur sa Nonciature de Pologne, imprimé à Modène, en 1861, par F. Calori Cesi, il est dit que les Polonais voyaient avec peine les bénéfices possédés par des étrangers, parmi lesquels il nomme « Buccella, médecin de Padoue, héritique des plus obstinés, et Alamanni, gentilhomme florentin, chef de cuisine, bon catholique et homme de bien ».
(3) Dans une lettre de Monseigneur Della Casa, datée de Venise, lt 2 juillet 1547, on lit ce qui suit : « Un nommé Stancari, qui fut déja arrêté ici comme hérétique et abjura, a écrità ces messieurs les
Stancari de Mantour.
que l’homme est justifié par la justice essentielle de Dieu et que Jésus-Christ est notre justice selon sa nature divine, Stancari soutenait que Jésus-Christ est notre médiateur seulement selon sa nature humaine. Le concile de Genève présidé par Calvin l’excommunia pour avoir professé que Jésus-Christ a été notre médiateur près du Père éternel comme homme, et non comme Dieu : il rencontra partout des adversaires pour ses doctrines exorbitantes. A Cracovie, où il fut appelé pour enseigner l'hébreu, il sut les dissimuler, mais lorsque l’évêque Maciejowski, qui avait des soupçons sur lui, l’eut fait arrêter, les seigneurs qui le protégeaient obtinrent du prélat sa mise en liberté. Encouragé par ce succès, Stancari proposa d’abattre les images des saints et de renverser l'antique culte; il agit en hérésiarque, et donna cinquante règles de réforme pour les nouvelles Églises. Sa doctrine fut anathématisée par les synodes polonais, et l'Église de Pologne resta en proie à une grande agitation jusqu'à ce qu'enfin Stancari vint à mourir, à Stobnitz.
Mainardi écrivit de Chiavenna, le 22 septembre 1548, à Bullinger, alors à Zurich, sur différents sujets, et en parlant de Stancari avec une certaine amertume il lui communiquetroislettres qui lui étaient arrivées de Venise. Dansl’une, Balthasar Alterio, secrétaire de l’ambassade anglaise, lui
députés (ainsi que V. S. Ill. le verra par les copies ci-incluses), et a envoyé à leurs seigneuries un livre publié par lui, et dédié à l'Tlustrissime Signoria de Venise, livre qui contient beaucoup d'hérésies. Aussi les susdits députés hésitent sur le parti qu'ils doivent prendre à cet égard, lui faire un procès ou rester tranquilles; et ils ont ajouté, et cela par manière de dire, qu'il serait peut-être bien d'écrire au cardinal d'Augsbourg pour faire arréter le dit Stancari. Je ne ssis pas ce que fera Augsbourg, aussi je me suis enfui, et il m'a paru bon d'en donner avis à V. S. Ill. (le cardinal Farnèse). » Lettere d'uomini illustri conservate nell’ Archivio di Parma.
ANTITRINITAIRES, == LES SOCINS. == BIANDRATA. ‘421
écrit : « Ily a quelque temps déjà que je connais cet écervelé de Stancari, et je sais de quel pied il bottait. Il n’a jamais valu grand’chose; sa conduite est scandaleuse et ses opinions étranges; il est d'une grande inconstance, gràce à laquelle on ne sait guère comment le prendre; c’est un individu beaucoup plus téméraire que vous ne me le dites dans vos lettres : fuyez-le donc pour l’amour de Dieu, et faites-le disparaître de vos regards le plus vite que vous pourrez : autrement, vous n’aurez jamais de repos, ni vous ni votre Église. »
Dominique Manjoni disait à Ballinger : « Sur don François Stancari, je vous dirai clairement et réellement ce que je sais et même ce que j'en pense. D’abord ilest clair et manifeste qu'il est léger, inconstant, plein d’amourpropre, un brouillon dans tout ce qu’il fait; le pire c’est qu'il veut qu'on épouse toutes ses opinions, bien qu’elles soient en opposition avec la vraie religion chrétienne. » Manjoni ajoute qu’il fut prêtre, qu’à son avis ce n'était pas un juif, bien qu'il en eût l'apparence; qu’enfin il épousa à Venise une femme pauvre qui vivait dans la rue : « Je l'ai entretenu à mes frais pendant longtemps dans ma maison, mais ici, je dois le dire bien malgré moi, à cause de son état d'agitation. »
Marc fils de Lilio, civis venetus, vir pius et fidelis, le compare à la limace, qui laisse-partout trace de son passage ‘.
Stancari ne peut cependant pas, à proprement parler, s’appeler un Unitaire, mais bien un de ces sophistes querelleurs, qui passent la mesure à force d’exagération dans la critique. Après avoir, pendant son séjour à Keenigsberg,
(i) Ap. Ds Poara, P. II, pag. 120.
attribué à l’humanité du Christ tout ce qu’Osiandre accordait à sa divinité, Stancari dans le seul but de le combattre, se rencontra à Francfort sur l’Oder avec Musculus, qui, pourle réfuter, soutient que Jésus-Christ, notre médiateur en tant que Dieu et en tant qu'homme, était mort comme Dieu. Musculus soutint son opinion en Pologne, et accusa ses adversaires d’arianisme, ce qui amena forcément de fatales transactions. Dans son livre contre les ministres de Genève et de Zurich (Cracovie, 1862), il écrit que « Pierre Lombard vaut à lui tout seul mieux que cent Lu- « ther, deux cents Mélanchthon, trois cents Bullinger, « quatre cents Pierre Martyr et cinq cents Calvin, car en « supposant qu'on les pilât tous dans un mortier, il n’en « sortirait pas une once de vraie théologie ».
Outre une grammaire hébraïque, Stancari a publié une exposition de l’épître de saint Jacques : De trinitate el mediatore D. N.J. C. adversus Bullingerum, Petrum Mariyrem, et Johannem Calvinum, et alios... ecclesiæ Dei perturbatores, ainsi que d’autres écrits de polémique. Dans son obstination à vouloir prouver que toutes les Églises réformées sont aricnnes et eutychiennes, il lancait des injures à tout le monde. Calvin qualifiait ainsi son exposition, non absurdum modo sed exitiale commentum, quo vir ille false turgidus et novitatis nimium cupidus, orlodoxæ fidei principia labefactare conatus est. Orichovitz, dans un poéme la Chimère, insiste auprès du roi de Pologne pour qu’on extermine de pareils novateurs; il ne se contente pas, on le voit, de donner des raisons contre l’hérétique. |
Cyrille Lucar, originaire de Candie, île du domaine de Venise, avait été instruit dans la Réforme en Italie et en Allemagne. 11 dissimula ses opinions, jusqu’à ce que parvenu de dignité en dignité au patriarchat d'Alexandrie,
puis à celui de Constantinople, il se mît à répandre les nouveautés. Les évêques etles prêtres, s’en étant aperçus, le firent reléguer dans l’île de Rhodes; mais, rétabli dans sa charge grâce à l'appui de l'Angleterre et de la Hollande, il publia un catéchisme calviniste, avec lequel il excita de grands troubles, que la Porte ne put étouffer qu’en le faisant étrangler. Divers synodes anathématisèrent sa personne et ses doctrines.
Nous pouvons compter au nombre des Italiens François Lismanin, de Corfou, moine franciscain, confesseur de Bona Sforza, reine de Pologne, et son prédicateur en langue italienne. Il répandit sans bruit les doctrines réformées dans la ville de Cracovie, et sa conduite passa inapergue tant que Lelio Socin ne lui conseilla pas d’aller dans les pays dissidents. Voyant le roi Sigismond-Auguste incliner vers la Réforme, il demeura en Pologne pour l’affermir dans ces dispositions, et reçut de ce prince l’ordre de voyager pour étudier la marche des nouvelles croyances dans cette religion. Il visita l’Italie, la Suisse, Genève et Paris sous le prétexted’acheter des livres pour la bibliothèque de ce roi; il entretint des relations épistolaires avec les principaux chefs de la Réforme, mais il se maria, etle roi de Pologne, indigné, ne voulut plus entendre parler de protestantisme. La secte s’était néanmoins répandue en Pologne, et les membres du premier synode qui s’y tint écrivirent à Lismanin, alors en Suisse, pour le prier de revenir. Il revint en effet en Pologne en 1556, et y resta caché comme un proscrit, jusqu'à ce qu’il eût obtenu sa grâce.
Les réformés de ce royaume étaient alors divisés entre Stancari, qui soutenait que Jésus-Christ n’était pas médiateur selon la nature divine, et Paul Gonesio, qui soutenait la prééminence de Dieu le père. Lismanin eut des entretiens
424 DISOOURS VIII.
avec Biandrata en 1558, et à partir de cette date il commenca à avoir des doutes sur le dogme de la Trinité : par suite, il fut dénoncé comme arien au consistoire de Cracovie. Des dissentiments étant venus à éclater, il chercha à mettre l’accord au sein de l’assemblée, et conseilla de : s'en tenir aux quatre docteurs de l'Église; il résuma leurs doctrines en un centon qui pouvait servir aux adeptes de tous les partis.
S'étant retiré à Keenigsberg en Prusse, il y vécut misérablement jusqu’en 1563, époque à laquelle il se suicida en se jetant dans un puits.
Nous pouvons à plus juste titre enregistrer parmi les hérétiques italiens Jacques Paléologue. Né en 1520, à Chio, d’une famille d’où étaient jadis sortis des empereurs, élevé en Italie, il y fut initié aux opinions nouvelles, qu'il alla ensuite professer en Allemagne. Mais il ne fut bien reconnu comme hétérodoxe qu'après qu'il eùl fixé son séjour en Transylvanie : en 1569, il succéda à Jean Sommer en qualité de recteur du gymnase de Clausenbourg. Fauste Socin lui fit une querelle pour avoir embrassé les doctrines subversives de Budnée : comme il persistait dans cette voie, il fut arrêté par les magistrats et consigné à l’Inquisition de Rome, où il fut condamné au bûcher, le 22 mars 1385. Si nous en croyons Ciappi dans la vie de Grégoire XIII, Paléologue se troubla en face du bûcher, et demanda un délai pour se repentir : reconduit en prison, il composa des livres pieux et remplis d’érudition. Ciappi est le seul qui ait avancé ce fait. Parmi les opuscules de Paléologue, nous mentionnerons celui intitulé De magistratu politico, où il soutient que Jésus-Christ n’a pas supprimé l'autorité civile, et que par conséquent elle peut être exercée par un chrétien. Sur la réfutation que fit de ce
ANTITRINITAIRES. == LES SOUINS. — BIANDRATA. 425 traité Grégoire Pauli, au nom du synode de Rakow, Paléologue écrivit une réponse, à laquelle Socin opposa la Defensio vera sententiæ de magitratu politico (Losc, 1380).
Je pric V. S. Mustrissime de satisfaire, à sa convenance, ma curiosité, etc. De V. S. Illustrissime Le dévoué et reconnaissant serviteur
ANTOINE Francois MARMI.
Florence, 24 octobre 1772.
La minute, non signée, de la réponse en date du 29 novembre 1772, mais qui sans aucun doute est de Bentivoglio, fait partie du manuscrit E. IX. 18. a. c. 243 :
Cu... Je n'ai aucun renseignement sur Cornélius Socin : quant à Celse Socin, j'ai ses controverses soutenues, à mon avis, vers Yan 1540. C'est ainsi qu’en parle le P. Ugurgieri, dans le tome III inédit des Fastes Sicnnois. — Celse Sozzini, frère d'Alexandre, lui aussi grand jurisconsulte, enseigna d’abord dans sa patrie, où il expliqua les Institutes de droit civil, et où il occupa ensuite une chaire extraordinaire : plus tard, grâce à l’appui de son père, il eut une chaire de droit canon à Bologne, à laquelle était attaché un traitement de cent écus d’or; enfin, après la mort de son père, il enseigna le droit civil, mais au bout de peu d'années il abandonna le professorat. Il est l'auteur d’une épitre au cardinal d’Augsbourg, épître qui a été publiée au tome IV des Conseils de Martano, son pere.
« Ce Celse, qui a recu daus notre académie le surnom de I! Sonnacchioso (l’endormi), a publié aussi d'autres ouvrages qu'on trouve dans la Bibliotheca auctorum polonorum, et quant à moi, je ne crois pas qu'on puisse douter qu'il fut un hérétique. Bien certainement ces écrivains ont embrassé le luthéranisme lors du fameux passage des Allemands, ainsi qu’il apparait dans les procès qu'on trouve aux archives de notre Inquisition; reconnaissant ensuite la vanité de cette secte, et ne voulant point rentrer dans le giron de notre sainte foi, ils se firent Unitaires, hérétiques connus aujourd'hui sous le nom de Sociniens. Je pense que Lelio, Fauste, Celse et Alexandre appartenaient à cette illustre famille, mais, à dire vrai, Celse dut retourner à la vraie foi, puisque, si nous devons nous en rapporter à ce que dit le P. Ugurgieri au titre 16, fogl. 433, il mourut à Sienne, le 12 mars 1576, ct fut inhumé dans l'église Saint-Dominique de cette ville ».
Nous croyons qu'où n'a jamais publié l'arbre généalogique de la famille Sozzini (des Socins); comme il s'agit d’une famille qui a donné le jour aux plus grands hérésiarques de l'Italie, nos lecteurs nous sauront gré de le leur offrir.
MARTINELLO, natif de Percena.
Ses fils.
Anbré, dont le nom est cité en 1348.
Sozzo, banquier, vivait en 1294.
Bixno, inscrit au Livre des dénonciations des années 1326 et
Les fils de Sozzo.
Giovanni ou Gianwi (Jean) figure au Livre des Gabelles des années 1304-1305 comme citoyen de Sienne. Il épousa Marguerite, qui mourut après son mari, en 1345, et fut inhumée à Saint-Dominique. De ce mariage naquirent deux fils: Minuccto, gonfalonnier du quartier de San-Martino en 1368; et Checco (Francois), dont le nom est cité en 1344.
Ser Mino, notaire, transféra du village de Percena, situé au-dessw de Buonconvento, sa famille à Sienne, où son nom figure au Livre des Gabelles pendant les années 1304 et 1305. N mourut en avril 1340. Sa femme, Gherarda, mourut cn 1348, et fut inhumée dans l’église Saint-Dominique.
Fils de Ser Mio :
Sozzixo, marchand ; ambassadeur de la ville d'Aquilée en 1349; inscrit à la confrérie du Crucifix (aujourd’hui dite de la Madone, sous l’arcade de l’Hòpital). En 1355, il mourut capitaine du peuple, et eut des funérailles auxquelles assistèrent toute la ville.
Fraxcesco (Francois) fit partie de la Signoria en 1377, et fut ambassadeur à Florence en 1381.
PErcExA, mourut en 1376, et fut inhumé à Saint-Dominique.
Giovanni (Jean), capitaine du peuple en 1351 et 1356, fit partie du conseil des Douze en 1361, 63 et 67; membre de la confrérie du Crucifix avant l'année 1360; un des otages donnés par la commune de Sienne aux chefs de la Compagnia Bianca, en 1364; mourut en août 1374, et fut inhumé à Saint-Dominique. Il eut ' pour femme une Bargagli, peut-être Louise.
Lopovico (Ludovic), nommé dans une pièce concernant l’hòpital de Santa-Maria-della-Scala, 1335, avec d'autres enfants de ser Mino.
MARGHERITA, morte en 1360, inhumée à Saint-Dominique.
AGNESE, femme de Philippe de Lapo, morte en 1397.
Vénérable Pierro , dominicain, étudia la théologie à Paris, et devint professeur de cette science; fut choisi comme inquisiteur par l'évèque Domesdeo, et mourut de la peste, en 1348.
BenEDETTO (Benoît), membre du conseil des Douze pendant les années 1356, 66, 68; de la Signoria en 1388; ambassadeur à Bologne en 1357, envoyé près le pape Urbain V en 1365, près Charles IV en 1368; gonfalonier pour le quartier de San-Martino en 1367; chassé comme rebelle; rappelé pour avoir livré aux flammes deux portes de la ville de Florence en 1391; mort en avril 1394, et inhumé dans le cloitre de Saint-Dominique.
Eut pour fils Betto, mort en 1411; Nicolas, mort en 1383 , et enseveli dans le cloître de Saint-Dominique ; un autre Nicolas (celui-ci n’est pas bien authentique), qui engendra une fille du nom d’Andrée, mariée à Charles de Bandino Piccolomini avec 400 florins de dot.
De Sozzino naquirent Ghera, qui en 1415 était veuve de François de Toro; Franceschino, qui en 1370 était un des Prieurs, et mourut à Mantoue, en aoùt 98, laissant un fils Pierre Paul, lequel en 1462 était chàtelain à Massa et Montanto de la Maremme; ce dernier donna lc jour à Gabriel, qui eut une fille nommée Virginie, mariée à Jacomo Tomma, en 1481, avec 1000 florins de dot.
Jacomo, membre de la confrérie du Crucifia : Betto, mort en 1363, ainsi que Pierre; Mariano, figurant avec l'épithète de famosus mercator dans le nécrologe de Saint-Dominique, fut un des Signori en 1401, et gonfalonier du quartier de San-Martino', et mourut en février 1402. Jean, qui en 1351 était ambassadeur de la commune à Pérouse; membre des Douze en 1361, 63 ct 67; ambassadeur à Cortone en 58, à Florence en 59 ct 64 : près le seigneur de Montefeltro en 1362.
Il engendra Muriano en 1409: Agnolina, mariée en 1427 à
François Ciani, avec 800 florins de dot, et morte en 1459,
Donc la justa ira es maire de la disciplina, et la patienca sen raso semena li vici et laissa prevaricar li mal.
Cela ne suffirait pas à infirmer l'assertion directe d'Alain de Lille, et même celle de saint Thomas. Mais Régnier Saccone, que nous avons cité (T. I des HÉRÉTIQUES, D'ITALIE, les Précurseurs, pages 136 et 181 note D), composa en 1250 une Summa de Catharis : moins emporté que ne le sont d'ordinaire les convertis, il raconte avec calme et sans fanatisme, et ne refuse pas des louanges aux sectaires, avouant leur attachement pour la Bible et leurs mœurs pures. Or cet auteur affirme que les Vaudois pensent quod non licet regibus, principibus et potestatibus punire malefactores. Le père Moneta de Crémone, qui écrivit en 1250 un savant traité Adversus Catharos et Valdenses, a tout un chapitre pour prouver, contre l'opinion des Vaudois, que la société civile possède le jus gladii. Dans la Bibkotheca Maxima Patrum, t. XXV, p. 308, est un Index errorum quibus Valdenses infecti sunt, rédigé par un contemporain, et au numéro XXIV, figure l'erreur suivante : Omne homicidium quorumeumque maleficorum credunt esse mortale peccatum : sicut nos non posse vivificare, non posse occidere.
Il est donc curieux de voir une méme doctrine affirmée par les accusateurs et niée par les defenseurs, alors que bien des gens aujourd’hui en feraient un mérite aux Vaudois.
(B) Les recherches relatives aux Socins ne sont pas nouvelles, ainsi qu’on le verra par les lettres suivantes, qu'on trouve parmi les manuscrits de la bibliothèque de Sienne, manuscrit E, IX, 17 a. c. 35.
« Au sieur Hubert Bentivoglio, à Sienne.
« Illustrissime seigneur. — Ayant eu entre les mains quelques certificats authentiques à la décharge de Celse, fils de Mariano Socin, et de Cornelius de la même famille, qui était marié à Françoise, fille d’Atoleo, de Bologne, tous deux vivants en 1560, je désirerais savoir de V. S. Ill. si l'un d’eux est sorti du giron de notre sainte mère l'Église, malgré ces certificats délivrés en forme authentique. Ils ont en effet été accusés de vivre comme des Luthériens et des Hérétiques, par un certain Paul de la famille Cataldi, de Bologne, qui était à cette époque dans les prisons de Sienne sur la poursuite des magistrats de l’Inquisition. Cette accusation résultant d’un interrogatoire qu’on lui avait fait subir après son élargissement, pour arriver à la vérité, il répondit que ces impostures lui avaient échappé à l’instigation de l’inquisiteur.
Dominique. En 1430, il avait épousé Nicola Venturi, avec 1450 florius de dot, laquelle mourut en 1483.
Fils de MARIANA :
Giovanni, né en 1432.
MARGHERITA, mariée, cn 1459, à Salimbene Capocci, avec 1000 florins de dot.
Camilo, né en 1434.
Giovan Sozzino, né en 1442.
Bartolomeo, chef de l'autre ligne que nous donnons à la lettre B.
ALESSANDRO, né en 1443; un des prieurs, 1493 et 98; un des Gouverneurs en 97; il était gonfalonier pour le quartier de San- Martino en 1503, époque à laquelle il mourut; il fut inhumé dans la chapelle de ses ancètres. En 1477, il avait épousé Laure, fille de François Arringhieri avec une dut de 1 #00 florins : celle-ci mourut en 1500, :
Fils d’'ALESSANDRO :
BERNARDINO, né en 1492.
CaxiILLa, mariée à Alexandre Borghesi, avec 1810 florins de dot.
Francesco, né en 1483, un des Prieurs 1308 et 1519; fut un de ceux qui, le 20 septembre 1555, jurèrent fidélité au roi de France et à la république de Sienne, qui avait battu en retraite sur Montalcino.
Nicoras, né en 1488.
JEAN-BAPTISTE, né en 1196.
JéRoME, né en 1480, un des Prieurs en 1505 et 1512, eut un fils, César, né en 1528, mort en 1530.
MARIANO le jeune, né en 1452; capitaine du peuple 1508 et 1324; de1507 à 1524 enseigne les Instituts de droit civil et de droit canon dans sa patrie ; puis exerce le même professorat successivement à Pise, à Padoue, à Bologne; il fut mème recherché ailleurs pour l'enseignement, mais en vain. Ambassadeur près des Florentins et de Léon X. En 1551 le pape Jules III le nomme avocat consistorial. Enéas Sylvius lui donne de grands éloges, étant (dit-il) d'une taille très-petite, mais d'une complexion robuste, d'un savoir universel. Un jour qu'on lui reprochait d’avoir interrompu le cours de ses lecons, il répondit : « Je suis marié. — Socrate aussi avait une femme, et pourtant... — Mais Xantippe était une chicanière et une brute sans doute, tandis que moi j'ai une femme belle et gentille ». En 1543 il achète le domaine du Scopeto des fils de Scipion Sozzini. A l'académie degli Intro-
nati, il avait recu le sobriquet de Sgualcito (le chiffonné). En 1552, il fit son testament. En 1556, il meurut, et fut inhumé dans le cloitre de Saint-Dominique de Bologne. En 1508, il avait épousé Camille Salvetti, avec 1666 florins de dot : elle mourut en 1554.
Fils de MARIANO.
CawiLLe, mariée à Marc Tondi avec 1400 florins de dot.
Corneuius , qui était à Rome en 1552, lorsque son père lui légua par testament 70 écus d'or : il fut accusé d’hérésie. De son mariage avec Francoise, fille d’Atoleo, Bolonais, il eut une fille nommée Françoise, morte en 1572, et inhumée dans l’église de Saint-Dominique.
Lelio, né en 1525, jurisconsulte et polyglotte. En 1556, il commença à tenir des réunions religieuses à Vienne : il fut envoyé en exil, et alla s'établir à Zurich, où il mourut, en 1562.
OcrTAvE, prit du service militaire en Allemagne.
JuLes, né en 1512, mort en 1525.
BARTHÉLEMY, né en 1511.
MARC-ANTOINE, né en 1514.
ASCAGNE, né en 1526. -
Porzia, mariée en 1539, à Lelio, fils de Jean Pecci, avec une dot de 3000 florins.
PÒÙirippe, qui survécut à son père.
Cane, légiste; condamné et excommunié par contumace à la suite d’accusations en règle pour délits commis à Bologne et à Sienne.
ALEXANDRE, né en 1509 ; membre du conseil des Prieurs en 1531; reçu docteur en droit à Sienne par Philippe Decio, il expliqua les Instituts de droit civil; professa à Padoue en même temps que Jérôme Vieri et Marc-Antoine Bellarmati, enseigna à la nouvelle université de Macerata, avec un traitement annuel de 500 écus, et y mourut, en 1544. Il avait épousé, en 1538, Agnès fille de Borghèse Petrucci, qui reçut en dot la somme de 4,000 florins. De cette union naquirent Alexandre qui fut un des Prieurs en 1603, et Fillide, née en 1540, laquelle épousa en 1559 Cornélius fils de César Marsili, et eut 4,000 florins de dot.
Faustus, né en 1539, qui, ayant adopté en matière de religion les erreurs de son oncle, dut s'expatrier, et se retira à Lyon en 1560. Après trois années de séjour dans cette ville, il revint dans sa patrie, où Cosme lui confia des charges honqpifiques et
des emplois lucratifs; mais, ayant persévéré dans l'erreur, il alla se retirer à Bàle en 1574 : il mourut à Cracovie, le 3 mars 1604. Dans la confrérie dite degli Intronati, il avait reçu le surnom de Brouillon. Il avait épousé en 1578 Elisabeth, qui mourut en 1587; sa fille Agnès eut pour mari un gentilhomme polonais, qui lui donna une nombreuse progéniture.
Cezsr, né en 1517, fit partie du conseil des Prieurs en 1543 et 1549; capitaine en 1565; gonfalonier pour le quartier de San- Martino en 1568. Il enseigna les Institutes de droit civil dans sa ville natale, et le droit canon à Bologne avec 100 écus d’or d’appointements. Après la mort de son père, il lui succéda dans la chaire de droit civil, et peu de temps après il abandonna l’enseignement. En 1554 il fonda l’académie dite dei Sizienti : chez les Intronati, il avait recu le surnom d'Esprit obtus.On lui conféra le titre de comte palatin, bien qu'accusé d'hérésie. Il mourut en 1570. En 1549, il avait épousé Albine Bulgarini, avec 3,000 florins de dot; il se remaria avec Lucrèce Sabattini, de Bologne. laquelle mourut en 1590.
Fils de CELSE.
Maniano, né le 20 juillet 1594.
BaARTHÉLENY, né le 24 octobre 1595.
Lucreer, née le 18 avril 1599.
Lucrèce, née le 28 aout 1600.
CATHERINE, née le 5 octobre 1601.
CeLse, mort en bas âge, 1601.
JEAN-BAPTISTE, né le 27 juin 1604, mort l'année suivante.
CATHERINE, née le 1°" novembre 1606.
MADELEINE-CATHERINE, née le 17 août 1609; marice, en 1627, à Marcellus Pannocchieschi, comte d’Elci, avec une dot de 8,000 florins.
Mariano, né le 5 juilet 1613; chez les Filomati, on le surnommait le Circonspect; à Rome, il entra chez les Oratoriens, et y mourut, en odeur de sainteté.
NICOLAS, né le 5 août 1605 surnommé chez les Intronati le Gelido (frais, glacé) ; fut membre du conseil des Prieurs en 1633 et 163: : gonfalonier pour le quartier de San-Martino en 1642 ; archiviste judiciaire et familier du prince Mathias : il mourut en 1699. En 1635, il avait épousé Catherine Savini, avec 8,750 florins de dot, ct celle-ci était décédée en 1685.
Fils de NICOLAS.
Alexandre, né le 26 février 1635, chanoine et auditeur du cardinal Nini; surnommé chez les Intronati le Joviul.
Charles, né le 15 septembre 1637.
Victoire, née le 25 juin 1639.
Philippe, né le 13 juillet 1640.
Sylvie, née le 23 aoùt 1641.
Elisabeth, née le 23 août 1642.
Camille, née le 14 septembre 1643.
Porzia, née le 17 avril 1646.
Philippe, né le 6 mai 1647, chanoine du Dôme; surnommé chez les Intronati le Morbide.
Orsus, décédé à l’âge de deux ans, le 15 octobre 1658, oppressus a quantitate pustularum, vulgariter vérole, qui morbus necavit in hoc anno quantitatem non paucam puerorum, dit le nécrologe de Saint-Dominique.
Bernardin, né le 8 octobre 1649.
Madeleine, née le 9 novembre 1650.
Charles, né le 9 mai 1653.
Jérôme, né le 9 mai 1654.
Madeleine, née le 15 juin 1655.
Camille, née le 22 septembre 1656.
GALGANO, néen 1638; fut membre du conseil des Prieurs en 1663 ; capitaine du peuple en 1676; surintendant des communes de l’État, et un des quatre conservateurs; chez les Intronati il portait le sunom de il Franco. Il recueillit la succession de Charles et de Marie Sozzini. Il mourut en 1711, et eut l’honneur de funérailles payées par le trésor public. Il avait épousé, en 1673, Faustine Chigi, avec une dot de 4500 écus, laquelle mourut en
Fils de GALGANO.
Porzia, née le 16 octobre 1675.
Jérôme, né le 41°" octobre 1677.
François-Antoine, né le 20 août 1678.
Mariano, né le 24 janvier 1680.
Mariano, né le 11 septembre 1684; en 1747 il avait dédic au cardinal Régnier d’Elci la vie de Mariano, son grand oncle.
Nicolas Marie, né en 1678; fut membre du conseil dg Prieurs en
1678, 1701, 1704, 1714; capitaine du peuple en 1716; chez les Intronati il était dit Ze Lambin. Il mourut en 4755. Il avait épousé, en 1703, Agnès Piccolomini della Triana, avec 4,000 écus de dot.
Fils de NICOLAS-MARIE.
Alexandre, né en 1706; fut Prieur en 1730, 33, 35, 37, 40, 44; il mourut d’une fièvre lente, le 23 avril 1748. En 1743, il avait
+ épousé Catherine, fille de Philippe Bonarotti, de Florence, avec 4,000 écus de dot.
Marie, née le 30 octobre 1708.
Barthélemy, né le 14 août 1710.
Galgano, né le 9 mars 1711.
Catherine, née le 24 aoùt 1713. e
Victoire, née le 8 novembre 1714.
Catherine-Virginie, née le 8 avril 1717.
Horace, né le 20 juin 1718.
Bernardin, né le 5 février 1723.
Barthélemy-Horace, né le 5 avril 1722; fut un des Prieurs en 1774; gonfalonier en 1775, 77, 84; capitaine du peuple en 1776, 1784. En lui s'éteignit cette branche des Socins.
Faustine, née le 24 juillet 1727.
Porzia, mariée, en 1728, au comte Gaétan Marciani d'Orvieto, avec 2,000 écus de dot; elle fut l’héritière des biens des Socins.