DI800UES TIU
cher la faveur d'Innocent III» qui condamna encore toutes leurs réunions et tous leurs enseignements, en
Jacques, ëvèque de Turin, étant aUé en 1S09 à la cour de Tempereur Othon IV, lui fit comattre cette peste de son diocèse , et il en obtint un rescril dans lequel rempereur proteste que c le juste vit de la foi , et que celui qui ne croit pas est jugé; » ausâ veut-il que dans son empire tout hérétique soit puni avec la rigueur officielle; il lui confère Tautorisation spéciale de chasser de son diocèse les Vandois et quiconque sème la zizanie des fausses doctrines*. Cependant peu à peu leur audace s'accrut; à l'exemple des FraticeUes, ils soutenaient que pour administrer les sacrements il faut être pauvre , et qu'en conséquence les prêtres catholiques n'étaient pas les véritables successeurs des apdtres. En 1S12 fls s'adressèrent de nouveau à Rome pour obtenir du Saint-Siège la liberté de prêcher; et Conrad, abbé d'Ursperg, qui les y vit avec leur maître B^nard, dit qu'ils affectaieni la pauvreté apostolique , portant des sandales et des tuniques comme les moines, mais ayant les cheveux longs, contrairement à ceux-ci, et que dans leurs assemblées secrètes et leurs sermons ils singeuent les rites de FÉglisé. H ajoute que ce fut pour donner à l'Église de véritables pauvres que le pape approuva les Franciscains ^.
(1) Prœ«cHtm X\h\ aueXonXaït rM1^iia!l^in (iuaUxi}k%\ixM\eo% VaUienses et omnes, qui in TaurinenH Bioeesi xitaniam seminant falsitoiis, et fi' dem cat%0heam aUcuiustrroHs seupra»UatU dùctrina impugnanif a toio taurinensi episcapatu imperiali auctorltate expellas : Hcentiam ctUm, auctoritatem omntmodom et plenam tibi conferimus potestatemt Mf , per tum studium soUicitudinis, iaurintnsis episeopatw area ventiletur, et ontnU gravitas qvœ fidei catholicœ contradiçit penitus expurgetur. GiOF- FREDDO, /histoire des Alpes maritImeStk Tannée 120^.
(2) Chron., Corradi Urspergensii, à Tannée 1212.
PIÉUOMI. LES VAUDOIS SUfiALPIlfS. 4G9
Alors Jls vivaient renfermés dans les vallées subalpines, d'où, en 1308, ils repoussèrent à main armée les inquisiteurs, et mirent à mort Gmllaume» prévôt catholique de la vallée, le soupçonnant de les avoir dénoncés. Jean XXII, dans un href du 8 juillet 1332, adressé^ à Tinquisiteur Albert de GasteUars^ ^ginaire de Marseille, se plaignait des progrès des Vandois dans le Piémont, et surtout du pasteur Pierre Hartin^ et il indiquait les moyens d'y remédier. En 1364 Jacques, prince d'AcbaSe, résidant à Pignerol, ordonnait à Bakmger Roreçco et à Huet, son neveu, seigneurs délia Torre, d'emprisonner tous les Vaudbis qu'ils pourraient prendre dans la vallée de Luseme ^ £n 1365, le jour de la Purification, ils tuèrent dans le couvent des Franciscains de Suse Pierre Cambi^o , de l'ordre des Frères Prêcb^irs, qui avait acquis le fief de JKuffia. Le dominicain Antoine Pavmi, inquisiteur à Savigliano, pendant qu'il y précbsdt le dimanche in Albis de l'année 1374, fut (ué, et son cadavre mis en lambeaux. Les meurtriers ayant été découverts, le comte de Savoie fit détruire leur maison^ avec défense de larebfttiretde cultiver leurs champs ; ajoutant que s'ils étaient saisis ils seraient promenés dans tout le Piémont, ignominieusement vêtus, et les mains derrière le dos ; placés aux portes de chaque église pendant les fêtes, puis mis en pris<m jusqu'à ce qu'ils eussent reçu le châtiment mérité ^. En 1370 le nombre des Vaodois s'était tellement accru que lesprodàctioqs du pays étaient insuffisantes à les nourrir ; un grand nombre d'entre eux émigrèrent, et ce fut peut-être alors qu'ils fon-
(l)RoHBNco, Hémoires hisloriqttesmr riniroduction des hérésies dans la vallée delaLusernSy le marquisat deSaUices, etc., Turin, 1649. , (2) La vie de Cambiano a été écrite par le théologien Charles Marc Arnaud, de Lagna5ico. Cambiano et Pavom ont été béatifiés.
470 DISCOURS VIIK
dèrent des colonies dans les Calabres et dans la Pooille. Ils étaient dirigés par des anciens, qu*il» appelaient barbes', c*e8t*à-dire oncles» nom ée Suoille affectueux» et dont plus lard ils tirèrent le titre de bBrbeis. Adversaires de Rome et des rites qnlls qualifiaient d*idoIàtres, ils prétendaient avoir conservé dans son intégrité la prédication évangélique; mais» sans s*embarrasscr dans des subtilités dogmatiques, ils se cont^taient de croire et d'adorer conformément à ce que dictai! leur conscience ; et ils s'éloignaient si peu des croyances catholiques, que toutes les fols qu'ils n'avaient pas de barbes ou qu^ils les trouvaient trop ignorants dans les cfaoses de l'âme, ils venaient requérir nos prêtres* Mission- Quelques religieux allaient les évangéliser , et saint Vin*
naircs
et cent Ferrier, en 1403, écrivaità son'général pour lui rendre compte de ses prédications en Piémont et ea Lombardie : « J'ai passé trois mois à parcourir leDauphiné, annonçant la parole deDieu ; mais je me suis arrêté plus longtemps dans les trois fameuses vallées de Luserne> d'Argentière et de Yalputa. J'y retournai deuxou trois fois, et bien que le pays soit rempli d'hérétiques, le peuple écoutait la parole de Dieu avec tant de dévotion et de respect, qn'aprës y avoir planté la foi avec le secours de Dieu, je crus devoir y reparaître pour confirmer les fidèles. Je descendis ensuite en Lombardie, à la prière d'un grand nombre, et pendant treize mois je ne cessai d'annoncer l'Evangile. Je pénétrai dans le Montferrat et dans les pays subalpins, où j'ai trouvé de nombreux Vaudois ainsi que d'autres hérétiques, surtout dans le diocèse de Turin ; et Dieu aidait visiblement mon ministère. Ces hérésies ont leur source principale dans une ignorance profonde et dans le défaut d'instruction; il yen a beaucoup qui m'ont fissuré
^PIÉMONT. LES VàUDOIS SCBALPINS. 471
que depuis trente ans ils n'avaient pas entendu prêcher, sauf quelque ministre vaudais qui avait coutume de venir de la PouiHe deux fois par an. Cela me fit rougir et trembler ; je eotisîdérais quel terrible compte auront à rendre au pasteur su[M:ême les supérieurs ecclésiastiques dont les uns reposait tranquillement dans de riches palais , les antres ne veulent exercer leur ministère que dans les grandes villes, laissant périr les âmes, qui ne recevant de personne le pain de la parole, vivent dans Terreur et meurent dans le péché. Dans la vallée de Luserne je trouvai un évëque d'hérétiques qui, ayant accepté une conférence avec moi, ouvrir les yeux à la lumière et embrassa la foi de l'Église. Je ne parlerai pas des écoles des Vaudois, de ce que je fis pour les détruire, ni des abominations d'une autre secte, qui habite une vallée dite Pontia. Béni soit le Seigneur de la docilité avec laquelle les membres de ces sectes renoncèrent à de faux dogmes el à des pratiques criminelles en même temps que superstitieuses! Un autre vous dira comment je fus reçu dans un pays où depuis longtemps s'étaient réfugiés les assassins de saint Pierre Martyr. Quant à la réconciliation des Guelfes et des Gibelins , et à la pacification gé* nérale des partis, mieux vaut n'en rien dire ; à Dieu seul j'en rends toute la gloire*. »
C'est aveccettecharité chrétienne qu'opéraient les missionnaires. N'allez pas croire pourtant que les supplices manquassent; vingt-deux Vaudoisfurentbrûlésà Coni, en i44â \
(1) Lettre datée de Genève, le 17 décembre 1403 : suit l'exposé de quelques superstitions de cette ville où Ton fêtait saint Orient; à Lausanne, s'il faut Ten croire, les campagnards adoraient le soleil et lui adressaient tous les matins leurs prières^ leurs voeux.
()) Les pièces du procès sont aux arclives de Tarchevéché de Turin, Protocole 19% fol. xlvi. i
472 msooufis vm. ^
Le samedi 5 septembre 1388, à Turin, le frère Antoine de Settimo de Savigllano, inquisiteur dans la haute Lombardie, fulmina une condamnaiion contre les Cathares, lesPatarins, les Spéronistes, les Léonistes, les Âraaldistes, les Circoncis» lesPassaggins, les Joséphins, les Francescbi, les Bagnoresi, les Cornistes, les Berrucaroli, lesCuramelli, lesYarini, les Ortolans, IesSacatenses,les Albanais et Vaudois, et les hérétiques de toute autre secte. Déjà, dans notre premier rolumc (pag. 450 etsuiv.),nous avons rapporté ce procès, où l'on n'employa pas les tortures : les châtiments consistaient dans l'obligation de portei' sur le vêtement deux croix couleur jaune pflle d'un palme de long et de trois travers de doigt de large\ d'assister avec elles à la grand'messe et au sermon, et de payer une amende. En cas de récidive, leurs biens étaient confisqués, et ils étaient remis au châtelain d' Asti etdePignerol pour recevoir une punition sévère. Dans maintes autres occasions, nous trouvons les blasphémateurs et les relaps punis d'amendes pécuniaires : en 1272 , Pasqueta de yillafi*anca fut condamnée à payer quarante sols, parce que/ocieda/ smiikgia in visiane stellarum; Antoine Carlavario, en 1363, à quarante florins sous l'accusation d'avoir fait tomber la grêle à Pignerol en lisant des livrer de nécronaancie ; et en 1386 trente-deux hommes de la vallée de Saint- Saturnin furent condamnés à une amende de cent vingt florins d'or, parce qu'ils croyaient faire guérir par enchantement leurs animaux, dans le cours d'une épidémie '.
Vers 1440 s'étaient introduits d'autres hérétiques, qui causèrent de grands troubles; pleins d'audace, ils injuriaient les curés catholiques, les appelant ignorants, les
(I) Semerïa, Histoire de VÉglise de Turin, liv. 1", p. 678.
«PIEMONT. VëS VAUDOIS SUBALPINS. 473
accusant de perdre les âmes et les corps ; ils en maltraitèrent deux ; ils tuèrent celui d*Angrogna, qui combattait yictorieusement leurs ^phismes, frappèrent celui de Fenile, assaillirent celui de€ampilione et d'autres. L'évèque de Turin )ie voulut pas laisser ces crimes impunis ; en 1446, il envoya vers eux le frère Jacques Buronzio, inquisiteur, avec une troupe de soldats, et si non fuissent milites gui eum cvstodiebant, dit un chroniqueur, tina cum mvltis alHs bonis catholicis non rediissetvivus. Il trouva presque tous les habitants des vallées en proie à riiérésie, et parmi eux un grand nombre de relaps. Il fit des conférences, et ayant invité à Luserne fous ceux qui voulaient discuter avec lui, le vieux Claude Pastre, barbe très-savant, vînt l'y trouver avec plus de trois cents Vaudois, et. s'en retourna sans convaincre et sans avoir été. convaincu. Ce dernier prêchait d'autres hérésies contre Fincarnation du Fils de Dieu et contre la présence réelle, et tenait des assemblées comprenant jusqu'à cinq cents hérétiques ; lesquels ou repoussaient les inquisiteurs, ou ;les assaillaient, ou bien les tournaient en dérision.
L'inquisiteur, qui ne voulait se servir que des armes de l'Ëglise, et qui ne pouvait les punir un à un à cause de leur nombre, prononça l'interdiction de la vallée , qui fut maintenue de 1448 à 1453. A cette époque le frère Buronzio y étant retourné ramena certains habitants; les convertis implorèrent le pardon de Nicolas Y, qui en effet ordonna aux évoques de Turin et de Nice de réconcilier tous ceux qui abjureraient. Il y en eut plus de trois mille qui abandonnèrent l'hérésie ; l'évèque les accueillit, leur fit des présents; mais il leur déclara que s'ils retombaient dans leurs erreurs ils perdraient leurs biens. Cela n'empêcha pas un grand
^«^ j)iscoL'ns vin.
Doiubre de retonvnov rapidement àlear vomissement*. Ce fut sous cet évoque, Louis de Roinagnano, que certains brigands ayant volé un ostensoir avec les saintes espèces, la béte qui les portait, en passant par Turin, se jeta à ferre, et l'hostie s'éleva lumineuse (6 juin 1453), miracle qu on a fètë jusqu'à ce jour.
Malgré ce prodige et quelques autres de cette époque , les Vaudois persistaient dans Terreur; aussi en 1475 on décréta que tout contrat passé avec eux n'avait aucune valeur, et le frère Jean d'Aquapendente veillait à ce que les magistrats se conformassent à ce décret.
Le 23 janvier de l'année suivante, Yolande, sœur de Louis XI, veuve du bienheureux Amédée de Savoie et tutrice de Charles, d'accord avec les évéques, enjoignait aux châtelains de Pignerol et de Cavour, et au podestat de Luseme , de faire observer les ordres de l'Inquisition, et d'user de tous les moyens pour ramener les Vaudois à l'Église catholique. On envoya ensuite contre ceux-ci l'inquisiteur Albert des Gapitahei, archidiacre de Crémone , dont les rigueurs poussèrent à la résistance ; en 1487 Pierre Revel d'Angrogna assassina Neg rode Mondovi , et les troupes venues pour les réduire furent maltraitées. Us furent vivement persécutés par lé bienheureux Aîmon Tapparelli, d^Azeglio, inquisiteur en 1495. Les Vaudois donnaient de l'ombrage à leurs voisins, et déjà en 1417 les inquisiteurs des diocèses d'Asti et de Turin écrivaient au gouverneur de Saluées d'empêcher les réunions secrètes que les hérétiques tenaient dans le pays, et in suis eonvenUcuHs docent m per quœ fides caihoKca dila^eratur, et animœ variorum, per taies de
(t) Moniffn. H%$tori9C patries Scripioresy y oX.iy^ p. 1445 etsuîv.
PIEMONT. LES VA.17B0IS SUBALPINS. 475
ceptœ, in domimUionis baratkrum âdlabuntur. Malgré ces précautions, les doctrines des Vaudois s'étaient répandues dans le niarquisat deSalûcies; au commencement de FaU'* née 1500, beaucoup de Vaudois étaient établis principalement dans les bourgs de Praguglielmo , Bioletto , Bialonetto. La marquise Marguerite de Foix, veuve de Louis II, laquelle avait fait ériger Saluées en ville capitale et évèché, publia un édit portant peine de mort contre les eqnemis de la foi.
Déjà, en 1809, d'accord avec les seignem's de Paesana, elle avait commencé des persécutions. Frère Angèle Rieciardino de Savigliano, inquisiteur, publia un édit enjoignant aux habitants de ces bourgs et d'autres de descendre à Paesaina et de faire pénitence. Personne n'y vint. On saisit à Sanfronte un certain Pierre Faro des Giuliani de Praguglielmo « comme un homme perdu de vices », et on ramena par des mauvais traitements affaire des révélations. Il dénonça en effet comme étant imbus d'hérésie tous ses compatriotes, et sa déclaration fut confirmée par un autre habitant dé Sanfronte. Les soldats appelés par l'inquisiteur n'en purent arrêter le 2S novembre que deux, qui étaient François Marie et Balangiero Lanfrè ; et ceux-ci « sans attendre le martyre confessèrent qu'ils étaient Vaudois ». Alors la marquise fit venir deux cents soldats; les habitants, menacés, prirent la fuite, on ne put saisir qu'on petit nombre d'entre eux et mettre à sac les chaumières de Sanfronte. Quand le procès fut terminé, suivant le^ errements alors trop ordinaires , le 24 mars 1 MO, on condamnaau feu Jacques Mainero, François Maria, Antoine Lanfrè , Luchino Maria , Guillaume Maria. L'exécution devait avoir lieu le jour des Rameaux, mais il tomba tant de ndgé qu'on la remit au lendemain. Pendant
476 DI8000BS Vin. ^
la nuit, lesTcondamnés trouvèrent moyen de s'échapper : parvenus à Bopodiano , ceux de Paesano se procurèrent près d'un serrurier d'Oncino des limes ei des marteaux pour se débarrasser de leurs chiines» et se réfugièrent à Barge.
On se vengea de leur fuite sur d'autres détenus : et» hiesa qu'on leur eût promis la vie» Julien Genêt, Maria Genei» Balangiero, Lanfrè furent brûlés sur les rives du Pô» le 2 mai. Pour ceux qui vinrent après, on adoucit le ch&limept : les uns furent battus de verges et exUés, les autres retenus ea prison jusqu'à ce qu'ils eussent fait pénitence.
En 1512 encore, cinq hérétiques vivant dans des cavernes furent pris et brûlés vifs sur la place de Sanfronte ; on jeta par terre la maison où ils tenaient leurs assemblées : « elle était belle à voir et faite coiZUBe un labyrinthe >. On ordonna quePraguglielmo s'appel&t désormais Borgo-San-Lorenzo ; on confisqua les biens au profit des seigneurs; les exilés accouraient quelquefois du val de Luserne jusques à leurs maisons, et les voyant occupées par d'autres , ils y mettaient le feu;^ et tuaient hommes et bêtes.
En 1813, le pape Léon X leur acforda pardon et fit cesser la persécution : par suite la marquise leur restitua la partie de leurs biens non encore vendus; leur permit de retourner chez eux moyainant le payement d'une somme de quatre mille qui^re cents ducats, et comme ils ne purent verser une si grosse somme, elle leur ordonna à^ sortir dans le délai de trois jours sous peine de la vie ; plus tard elle se contenta de six cents ducats outre une redevance de soixante par sumée. Les habitants de Praguglielmo convinrent avec le seigneur de Paesana de payer à chaque Saint-Martin dix ducats d'or, de moudre tou-
PIÉMONT. LEÈ VALOIS SUBALPINS. ' 477
jours à son moulin , et de lui donner toutes les perdrix, lièvres et jeunes épervlers qu'ils prendraient au prix de trois grossi. Les Vaudois s'étaient renfermés dans leurs vallées. Si tranquilles qu'ils y fussent/ le silence des Alpes ne les pouvait pas toujours soustraire aux soupçons et aux ctifttiments des gouvernements, surtout de la France, qui était gênée de teur voisinage. Le roi Charles YIU les avait persécutés; le pape Innocent VIII avait excité les croyants contre ces aspics vénéneux; et le légat conduisit une armée dans les paisibles vallées d'Angrogna et de Pragelat. A sa venue, quelques-uns répondirent par une abjuration ; les autres se retirèrent dans des montagnes plus inaccessibles : mais le roi Louis XII, après informaticms prises, se seraitécrié : « Ils sont meilleurs chrétiens que nous ! >
Juge incompétent! Mais, en 1517, Claude de Seyssel, ar- ^^^ clievéque de Turin, qu'on vénérait pour sa sagesse et pour seyssei. les charges à lui conférées par Louis XII et François 1*^, ayant connu les Vaudois dans une visite pastorale , s'étudia à rechercher leurs erreurs jusque dans la racine, et à les convertir ; or, il regarda ceux-ci comme une race abjecte et brutale , ayant à peine assez de raison pour distinguer s'ils sont des hommes ou des animaux, s'ils sont vivants ou morts; il n'y a donc pas lieu, disaitil, d'avoir avec eux une discussion en règle. Cependant il parle dé leurs doctrines, et ce ne sont pas celles que professèrent ensuite les Réformés. La principale consistait & faire dépendit l'autorité du ministère ecclésiastique du mérite des personnes, de telle sorte qu'on ne pût consacrer et absoudre celui qui n'observe pas la loi du Christ; en conséquence, on ne doit pas obéir au pape ni aux prélatS; parce qu'ils se sont détournés de la voie des apôtres;
478 DISCOURS vin.
Rome, le centre de tout mal, est la prostituée de TApocaiypse. Claude de Seyssel ajoute bien que « quelques-uns « d'entre eux, savants de haute ignorance, jasent plutôt c qu'ils ne raisonnent au sujet de la substance et de la « réalité de Teucharistie ; mais ce qu'ils en disent comme « un secret est tellement élevé qu'à peine les plus experts c théologiens arrivent à le comprendre. %
Ils ne s'agissait point de la doctrine qui nie la présence réelle, doctrine la moins élevée, et la plus conforme aux sens. Cet archevêque fait même dire h un Vaudois : « Comc ment un évéque et un prêtre qui ont attiré le courroux « de Dieu pourraient-ils jamais rendre Dieu propice aux « autres? Comment celui qui est banpi du royaume de c Dieu pourrait-il en avoir les clefs ? Si ses prières et « ses actions n*ont aucune utilité, comment JésusrChrist « pourrait*il jamais, à ses paroles, se transformer sous Tes- « pèce du pain et du vin, et se laisser toucher par un homme € qu'il a entièrement rejeté* ?»
Bossuet, qui, dans son Histoire des YariaUons, a raconté celles des Vaudois, assure que dans une certaine bibliothèque existent les procès faits en i49S dans leurs vallées, recueillis en deux gros volumes, où , entre autres, on trouve Tinterrogatoire d'un nommé Quoti de Pragelat. On y demande à celui-ci ee que las barbea .enseignent sur le sacrement de l'autel, il répond « qu'ils prêchent et a enseignent que quand un chapelain revêtu des Ordres c prononce les paroles 'de la conséeration, il consacre sur < Tautel le corps du Christ ; que le pain se change en ce c vrai corps ; » que pour lui il recevait tous les ans à Pi-
(1) Claxtdii Skisselli, j^rcUep, Taurlnensis^ adversns trrores ef sfctam f^aléensium, disputationes, Paris, 1520, p. 55 et 56.
PIÉMOKT. LES YAUPOIS SVfiALPINS. 479
ques « le corps du Christ; » et les barbes disaient que pour bien le recevoir il faut s'être confessé^ aux barbes plutôt qu'aux chapelains, c'est-à-dire aux prêtres, parce que ces derniers menaient une Tie débauchée, tandis que la conduite des autres était juste et sainte. Us revenaient donc toujours à la théorie du mérite personnel, leur dogme principal. Les autres répètent aussi qu'ils se confessaient aux barbes, qui ont la faculté d'absoudre ; ils se confessaient à genoux , et pour chaque confession ils donnaient une monnaie ; on leur imposait des pénitences qui consistaient le plus souvent en un Paier, un Credo^ jamais en un Ave-Maria; il leur était défendu de jurer ; ils ne devaient ni invoquer les saints ni prier pour les morts.
Ils continuèrent ainsi à vivre et à croire jusqu'à ce que, malheureusement pour eux, ils eurent connaissance dw vaudois de la Réforme prêchée par Luther. Ils n'étaient pas poussés Réformés. par réaction à Tembrasser comme le furent les Suisses et les Allemands. Cependant, invités par eux, ils députèrent en 1530 Pierre Masson, Georges Morel et Martin Gonin, leurs barbes, pour s'en entretenir à Bàle avec (Kcolampade, à Strasbourg avec Bucer, à Berne avec BerthoUet, Hallej: et autres champions. Ils expliquèrent à ceux-ci qu'ils px'atiquaient la confession auriculaire, que leurs ministres vivaient dans le célibat ; et que parmi, eux il y avait des vierges qui faisaient vœu de chasteté perpétuelle. ^
Ceux qui appuyaiept les négations protestantes sur les usages du chrîslianisme primitif n'aimèrent pas à reconnaître que ces prétendus contemporains des apôtres différaient de leurs nouvelles opinions sur des points aussi controversés, et qu'ils prenaient scandale des asser-
lions de Luther contre le libre arbitre. Pierre Gilles, leur historien, note que les maîtres du protestantisme leur donnèrent avis de trois choses : 1* de quelques points de doctrine qu'il rapporte, et sur lesquels ils voulaient qu*ils se réformassent; 2* de mieux discipliner les assemblées ; 3* de ne plus permettre que les membres de leur église assistassent à la messe» ni qu'ils adhérassent en aucune manière aux superstitions du pape et aux prêtres catholiques'.
Du reste, aucun auteur ne laisse apercevoir qu'ils eussent une confession ou canon de foi : de sorte qu'il est présumable que les confessions alléguées ont été compilées après leur réforme alors qu'ils cessèrent d'être ce qu'ils étaient d'abord , et se mirent sur les traces des Protestants, dont ils se donnaient volontiei*s pour les précurseurs. De Bèze lui-même reconnaît que les Yaudois avaient « abâtardi la pureté de la doctrine, » et abandonné la piété et la doctrine* ; et le protestant Scultet, dans la relation de leur conférence avec Œcolampade (A) , fait confesser par un de leurs députés que jusqu'alors ils avaient reconnu sept sacrements; mais ils n'admettaient pas la messe, le purgatoire, l'invocation des saints ; leurs ministres étaient ignorants au suprême degré, comme des personnes contraintes à vivre de travail et d'aumônes ; ce n'était pas d'eux , mais des prêtres romains qu'ils recevaient les sacrements, ce dont ils demandaient pardon i Dieuf parce qu'ils ne pouvaient faire autrement : que ces ministres ne se mariaient pas, mais se livraient à la fornication, et qu'alors ils demeuraient exclus de la société des
(1) Pierre Giluis, Histoire eccUMiastique des églises taudoises. (7) Livre I*% page 23, à Taimée J&36; pages 35 et za, à Tanuée 1544, etc.
PIEMONT. LES VAI7D0IS SUBALPINS. 48J
Barbes et de la prédication. Et pour leur inslruclion ils demandaient non-seulement « s'il est licite au magistrat de punir de mort les criminels », mais aussi s'il était permis de tuer le faux frère qui les dénonçait, attendu que, n'ayant pas de juridiction parmi eux, ils ne trouvaient que ce moyen de répression ; si les ecclésiastiques pouvaient recevoir des dons et posséder quelque diose en propre ; si Ton devait admettre la distinction du péché en originel, véniel et martel ; si Içs enfants d'une nation quelconque sont sauvés par les mérites du Christ ; si les adultes qui manquent de foi peuvent arriver au salut dans quelque religion que ce soit. Ds se montraient surtout blessés de ce qu'ils avaient lu dans Luther sur la prédestination et sur le libre arbitre, « pendant qu'ils croyaient que l'homme avait naturellement quelque force, quelque vertu, qui, avec Taide de Dieu, n'étaient pas sans une certaine valeur, conformément aux paroles : Frappez et Von vous ùuvrira. Si les prédestinés ne peuvent devenir réprouvés, et réciproquement, pourquoi tant de sermons, ^ tant d'écritures? Pourquoi ^ si tout arrive par nécessité? »
On prétendit y trouver une plus grande conformité avec les doctrines de Calvin, qui, ayant pénétré dans la vallée d'Aoste après avoir abandonné la duchesse de Ferrare, fit tous ses efforts pour que ces montagnards embrassassent sa croyance, et, secouant le joug de la Savoie, se fondissent avec les Cantons protestants de la Suisse. Cependant les états de cette vallée, assemblés en février 1S36, prirent des mesures sévères pour la conservation de la foi catholique. Le célèbre Genevois Farel eut plus de succès avec les Barbets ; il les amena à publier leur profession de foi, à se déclarer calvinistes ou 4 le devenir, en abolissant les suf-
483 DisQOfjas ?ui.
frages pourlcs morte» les jeûnes, le sacrifice de la messe, tous les sacrements excepté la baptême et la cène, à croire à la prédestination et au salut par la fok^eule; enfin à ne pas admettre d'antre médiateur que le Christ entre Dieu et les hommes.
Était-ce vraiment là le symbole antique? ou bien, ainsi que nous l'avons vu affirmer d-dessus, admettaient-ils dès Forigine l'efficacité des œuvres ?
Quand on reprochait aux. novateurs d*ètre nés d'hier» il fallait avant tout établir ces points, et de là des discussions pleines de cet achamemrat qui toujours offusque la vérité. Les eontroverùstes modernes nient que les Yaudois remontassent à Claude de Turin ; sdon eux, la ronfessio fidei vl e^ pas de il30; elle est certainemaait postérieure à la corrférence des Vaudois avec OEcolampade;et c'est peu à peu qu'ils s'étaient éloignés de l'Église catho- * lique".
''taudoto^ Dans l'assemblée que tinrent les Vaudois pendant six jours à Angrogna, au milieu de septembre 1S33, on proposa une confession de fi$î unique, dont les bases étaient :
!• Qu'on ne peut servir Dieu qu'en esprit et en vérité;
T Que ceux qui furent (hi qui seront sauvés ont été élus par Dieu avant la créati(m ;
3« Que reconnaître le libre arbitre, c'est nier la prédestination et la grftce de Dieu ;
4"" Que l'on peut jurer, pourvu qu'<»i ne pr^me pas le nom de Dieu en vain ;
S*" Que la confession auricukire est contraire à TËcri-
(1) Ann.' EtangeUi tetmtaii, Decad. S, année 1530. Voir encore RvcHAT, hisUÀndela réfomwHim en Suiêse, toI. VU»
PIÉMONT. LES yAiay)lS SUBALPINS. 483
ture , tandis qu'il faut louer la confession réciproque et la répréhensSon secrète; 6'' n n'y a pas de jours fixés pouf le jeûne chrétien ; 7^ La Bible ne défend pas de travailler le dimanche ; 8* Dans la prière, il n'est pas besoin d'articuler les paroles, ni de se mettre à genoux, Ai dese frapper la poi- j trine;
9"* Les apdtres et les Pères de l'Eglise ont pratiqué l'imposition des mains, mais <;omme un acte extérieur et arbitraire ; lO"" Les vœux du célibat sont antichrétiens ; il<»l.es ministres de la parole de Dieu ne doivent pas voyager ni dhanger de résidence, à moins que le bien de l'Église ne l'exige ;
IS^" Pour pourvoir aux besoins des fiinitlles> ils peuvent jouir de revenus autres que les fruits de la communion apostolique ;
1 3"" Les seuls signes sacramentels sont le baptême et l'eucharistie.
Cependant tous n'approuvèrent pas ces articles : et les Barbes Daniel de Valence et Jean de Molines en particulier refusèrent d'y adhérer ; en se retirant du synode, ils passèrent en Bohème : premier schisme entre les Vaudois, dont la raison principale fut que « quelques-uns pensèrent qu'en acceptant de telles conclusions, ils déshonoraient la mémoire de ceux qui jusqu^là avaient dirigé leur Église; »
Après redit de 1555, ite exposèrent au lieutenant du roi i^urs de France une autre profession de foi, portant que leur religion, comme celle de leurs pères, était révélée par Dieu dans l'ancien et le nouveau Testament, et sommairement exprimée dans les douze articles du Credo ; ils
altérations.
If
484 DISCOURS VlII.
reconnaissaient les sacrement&» mais pas tous; ils ac- C2ptaient les quatre conciles œcuméniques de Nicée, d*Éphësè, de Constantinople el de Cbalcédoine, le symbole de saint Athanase, les commandements de Dieu; ils reconnaissaient les princes de la terre, mais Us n'entendaient pas obéir à TÉgltse calholiqae ni à ses décrets.
n parait donc que les enseignements de la science ingénue des Barbes ne tenaient pas de ce dogmatisme absolu et systématique dont s*armèrent les Réformés pour combattre TËglise romaine ; ils avaient peu lu, peu discuté'; leur principi^ défense consistait à souffrir et à croire ; ils toléraient dans TÉgUse romaine tout ce qui ne heurtait pas leur sens moraL Hais Farel et les sectateurs de Calvin les amenèrent à repousser toiit ac^^ord avec elle, réussissant mieux à changer leurs croyances que tant de prédications et tant de persécutions. En 1842 le pasteur Paul Appia gémissait de l'introduction de ces changements. € Si Ton vent, dkaii-il, bien connaître TÉglise c vaudoise, il faut l'observer avant la Réforme, quand elle « n'avait pas encore été déformée par les professions calc vinistes. Ce ne fut pas pour elle un beau jour que celui « où le génie colossal mais trop absolu de Calvin lui im- « prima son cachet vigoureux, mais dur ; j'aime mieux c nos Barbes, qui dans leurs retraites ou en plein air réci- « tent des passages de la Bible. Ah 1 pourquoi les Israélites « des vallées n'ont-iis pas préféré rester dans leur obscu- « rite, tels qu'ils étaient avant ce déluge de controverses, a c'est-à-dire des hommes de la Bible, de la priëre,de l'ab- € négation, pauvres d'esprit comme^ceox à qui appai*tient € le royaume des cieux ?»
Ce furent les Vaudois qui donnèrent à la France la preihiDçaite. mière traduction de la Bible. En effet, ayant reconnu des
La BiUe
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contre-sens et tfes altérations dans te petit nombre d'exemplaires qui ciï*cuiaient, ils engagèrent Robert Olk^ano, versé dans le grec et dans Vbéta*en, à ta traduire eafrançais» Il exécuta cette traduction dans une amiée : « J'ai fait de c mon mieux, dit-il ; j'ai travaiitë, j'ai creusé autant que « j'ai pu dans la mine vivante de h vérité pure pour en « retirer ce présent que je vous offire, pour la décoration « du saint temple de Dieu. Je n'ai pas honte» comme la ff veuve de l'Évangile, d'avoir porté devrait vous les deux < seuls deniers qui sont tout mon «vmr. D'autres vienc dront ensuite qui pourront mieux prépara le càémin et € rendre la voie plus douce. »
Une quête pour la faire imprimar produisit quinze cents écus d'or, et dans la préface de l'édition de 1535 on disait à TÉglise naissante de France : « C'est à toi, c pauvre petite Église, qu'est adressé ce trésor par un pau* <c vre peuple, ton ami et ton frère eit Jésus-Christ, et qui, « depuis qu'il en fut doté et enrichi par les apôtres du c Christ^ en eut toujours la jouissanee ; et maintenast, vouc lant te donner ce que tu désires, il m'a ebargé d'enlever c ce trésor des écrins grecs et hébreux, et, après l'avoir ente veloppé dans des sacheti^ français le mieux qu'il m'est c possible suivant le don de Dieu, de t'en fadre présent, à c toi , pauvre ÉgUse , à qui l'on n'ofiTr é rien. Oh ! la gra* c cieuse denrée que la charité, dont on fait un marché si c utile et si profitable ! 0 birafaisante profession de la c grâce, qui rend à celui qui donne et à celui qui reçoit uue c même joie, une même délectation *ïi^ Dès que le contact des Réformés tes eut tirés de leur '"d^âe"
(1) Dk Bèzb, Histoire d« Églises réformées^ tome I", p. 36 ; Perrin, Histoire des Vaudois, p. 1 6 1 .
486 Disooims TOI.
tranquille obscurité, kg Vaudois eurent à traverser les orages d'une épocpie où tout était suspect. Soudain le parlement d*Aix et cdui de Turin ( le Piémont étant alors sous la dooiinatkMi de la Frame) leur appliquèrent les peines oaipitales dirigées contre les hérétiques, le bûcher et le fer i*ouge ; puis, parce qu'ils maltraitaient les religieux qu*on envoyait pour les convertir, on anncmça par un édit qu*on les exterminerait, ^t qu'ils perdraient leurs fils, leurs biens, leur liberté. Ces rigueurs rencontrèrent nne opposition énergique de la part deSadoIet, évoque deCarpentras; et le roi François P*", voyant qu'ils étaient honnêtes et qu'ils payaient bien, ordonna au parlement de cesser les poursuites, et leur donna IrcHS mois pour se réconcilier ; mais, après ce temps, Jewk Hainier, baron d^Oppède, président du parlement, l'engagea à &ire exécuter l'édit. Une soldatesqne fanatique commence le massacre ; quatre mille Vaudois sont mis à mort^ huit cents scmt envoyés aux galères; ceux de Gabrières, de Mérindol et de vingt autres villages sont passés au fil de l-épée (i549). La chronique sent l'exagération ordinaire aux temps de parti ; la vérité est que l'universalité et la cruauté de l'intolérance firent frémir la généreuse nation française, et que le roi en mourant recommandait à son fils de châtier les auteurs de ces excès. Mais, quand on porta l'accusation devant le pariràient de Paris, d'Oppède s'y présenta impassible, comme quelqu'un qui a rempli un devoir; il commença sa défense par ces paroles : « Lève-toi , Seigneur; soutiens nds droits contre la nation inique; » et il fut absoc^ ; les autres aussi s'en allèrent impunis, ce qui causa aux Protestants un grand dépit.
La persécution s'étant peu à peu ralentie, les \audois pratiquèrent même publiquement leur culte; en 18S8, ils
PIÉMONT. VSS TAUDOIS SUBALPINS. 487
bâtirent leur premier temple à Angrogna, et, bien que^ Jean Garacciolo, prince de Melfi et duc .d^Ascoli, lieutenant du roi de France, eût démantelé les forts de Torre« Bobbio, Bricherasio et Luseme, cependant, sous la domi* nation française, ils s*êtendirent encore dans le marquisat de Saluées et dans les environs de ChAtéau-Dauphin; ils accueillaient les fugitife dltalîe, parmi lesquels Dominique Baronio, prêtre florentin, qpi voulut composer une messe, conciliant le rite catholique avec celui des Vaudois; mais on la repoussa conmie une pure fantaisie '« . Ce dernier écrivit diverses ; brochures latines et ita^ liennes contre TËglise catholique ; dans l!une d'elles il sou^ tenait qu'en temps de persécution on doit manifester sans réticence ses opinions religieuses personnelles ; en cela il fut contredit par Celse Hartinengo. On ne cessait de travailler à la conversion des Yaudois, Tum
et
soit par la prédication, soit par d'autres moyens propres rhërësie à ce temps, et les déeurions de Turin veillèrent avec soin pour empêcher leur extension dans cette ville. A cette intention, ils écrivirent à Pie I¥ qu'ils voulaient fermemmt maintenir jusqu'à la mort la foi de leurs aïeux ; et ils envoyé-rent à Charles IX, leur rot, des délégués pour le supplier de ne pas tolérer les scandales que donnaient les Luthériens; en 156i , ils obtinrent un décret qui interdisait aux ministres hérétiques de prêcher dans cette viUe, et de tenir des assem- ^ blées soit publiques, soit privées. Déjà depuis 1532 la dté avait élu un mattre pour lire les épltresde saint Paul^ thème des controverses les plus habituelles, et en 484S elle déclarait que nul n'obtiendrait des charges puUîques s'il ne faisait profession de la foi catholique. Sept personnes pieuses,
(1) Gilles, Histoire générale des Églises vaudoises, chap. X.
48B BiSGOu&s Tm,
qui furent TavoGat Albo^o, le capitaine Délia Rossa, le chanoine Gamb^rfi, l'arocat Ursk), Yalle négociant, Bossi tailleur, Nasi libraire, instituèrent la Compagnie 4e la Foi^ dite ensuite de saint Paul , qui s*étendit rapidement , et développa les œuvres de charité, lesquelles devaient consister & prêcher i^vec zèle contre l'héréâe. Le principal mérite de l'érection de cette copfrérie revint au frère Paul de Quinzano de Brescia» qui avait comhaU^ les Luthériens chez les Suisses ; Thistoure de cette association fut écrite par le fameux Emmanuel Tesauro, et ses saintes oeuvres se sont continuées jusqu'à ce Jour à tray^rs les outrages du peuple et les tiiacasseries du gouvernement Voici ce que racontent les annales des Capucins. ATurin, quand Charles de Savoie eut été dépossédé de cette ville par les Français, les soldats hér^Hiques de cette nation, imposés à la garde des portes^ injuriaient les cathdiques et surtout les Dàoines quand ils jy descendaieiit de la Madone del Campo qui était voisine. Un de leurs capitaines insulta un pré<Ucateur fameux, <cpii, perdant patienqe, commença à lui répandre et ^it par lui faire cette proposition : « Lion^ ensemble nos bras nus, et m€ltons4es sur le feu. Celui dont le. bras restera intact, nous tiendrons qu'il possèdi^ la véritable fai« » L'béréti^e refusa la proposition, mais il en conçut une telle rancune contre tous lesCapudns, qu'il résolut avec ses hommes d'assaillir le couvent et de les égorger pendant une certaiiie nuit. Les frères le surent; mais ils ne voulurent ni s'enfuir, ni se préparer à jia défense; le gardien les rassembla dans Féglise pour prier à rintention de leurs persécuteurs , et pour reconmiaader & Dieu leurs propres &mes« A l'approche de la bande des assassins, le gardien commande de tirer le verrou et d'ouvrir largement la porte ; mais les
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agresseurs, effrayés comme s*ils élaieni assaillis par une troupe armée, se mettent à fuir, et les Capucins ont la palme du martyre sans avoir répanda de sang*.
Quand Turin fut restitué au duc^ celui-ci y trouva un grand noml»*e de Huguenots; aussi institua-t*il dans TUniversité une cbaire de théologie pour y expliquer les épttres de saint Paul; en cela il toi puissamment aidé par le jésuite ÂdiiUe Gagliardi, par le théologien Louis Codretto, et,par le père Jean Martini qui. parcoururent en prêchant les vallées vaudoises.
On raconte^aussiqu'àVerceil un courtisan calviniste, perdant au jeu, entra furieux dans la cathédrale, et donna un soufflet à une effigie en marln-e de la Madone. Il y resta Tempreinte de la main et du sang qui en jaillit, et le duc Charles voidut que le coupahle, bien qu'appartenant à la cour, fût pendu.
On rapporte également que dans le château de Cham* saint^aire. béry, le 4 décembre 1532, le saint suaire, linceul dans lequel on croit que le Christ mort fut enveloppé, fut préservé^d'un incendie si violent qu'il fondit le métal de la caisse dans laquelle il était renfermé : pour vérifier ce miracle, Clâaaent VU envoya le cardinal Gorrovedo. Plus tard , en 1578, ce linceul sacré fut enlevé de Chambéry, parce qu'il courait risque d'être violé par les hérétiques, et porté à Turin, où il n'a pas cessé depuis d'être en vénération.
Les Vaudois s'étaiait enhardis, grAce aux désordres du pays et à l'accroîssement de leurs coreligionnairesenFrtnce et en Suisse ; aussi le duc publia-t-il de Nice un édit pour mettre un firein à leur prosâytisme. Ensuite on envoya
. (1) BovEKio, Annales M. Capuccinarum, à Tannée 1555.
490 BISGOTTItS VIJI.
l'inquisiteur Thomas Giacomelli et des missionnaires, parmi lesquels se trouTait Possevin *.
posMTin. Possevin, né à Mantoae en 1834 d'une famille ^noble, mais pauvre » entra eomme précepteur dans la maison du cardinal Hercule Gonzague, ob il connut les célébrités les plus florissantes d'Italie, et gagna leur estinte. Devenu abbé de Fossano, il voyait s'ouvrir devant lui une spleadide carrière, mais il préféra les fatigues du jésuite, et fut un des membres les plus actifs dans cette société si active. Nous n'avons pas à raconter ici ses missions diplomatie ques en Suède, en Pologne, en Hongrie, à Moscou, pays qu'il fît le premier connaître, on peut le dire ; il fonda des collèges en Piémont, en Savoie, en France.
Au milieu des terres de France se trouvait le comtat d'Avignon, qui appartenait à l'Italie comme domaine des papes, lesquels y avaient demeuré longtemps, pendant cette période qn'on a appelée la captivité deBabylone; ils y entretinrent ensuite un légat comme gouverneur civil ; celui-ci dut bien vite travailler à en exclure l'hérésie. Les Huguenots y excitaient des tumultes pour avoir un prétexte de soustraire le pays au sceptre du souverain pontife dont ils détruisirent môme les palais. Pie IV y envoya son cousin Fabricins Serbelloni, frère du fomeux Gabriel, qui, avec le titre de général, puis de gouverneur, et avec des pouvoirs extraordinaires, soutint les Catholiques; ce qui lui fit reprocher par les Protestants des actes de grande cruauté; le fait est qu'il réussît à les doiËpter ; il en exila deux mille, et rétablit la messe.
(1) Jeanne de Jofiâe, Savoyarde, reiigieasefranciscitine de Sainte-Glaire À Genève, voyant les désordres delà Réforme, se retira à Annecy et y fit imprimer, en 1535, le Levain du Ca/vititsm€,où elle raconte les sacrilèges et les maux dont les hérétiques se rendent coupables.
PIEMONT. LES TAI»M>1S SCBÀLPINS. 191
Quand les guerres civiles de la France éclatèrent, le comtat eut beaucouiUi souffrir; la ville eile-même fut attaquée pendant la nuit, mais un lambeau miraculeux fit le tour des mues en réveillant les sentinelles , et la surprise échoua. Depuis elle ftit défendue par les armes de Torquato Conti, et par les sermons de Félicien Capitoni de Nami.
C'est là qu'avait été envoyé Possevin comme préfet du collège des Jésuites ; mais, en 1569, il alla à Rome, et, quand il revint, on murmura que son voyage avait eu pour objet de dénoncer au pape un grand nombre d'hérétiques ; qu'il voulait introduire dans la ville l'Inquisition à la mode espagnole, et abolir les confréries des IHsciplins. En des temps de troubles, rien n'est aussi facile que de faire croire les contes les moins probables. Les exagérés poussât à l'exs^ération : la cité se soulève contre Possevin; le magistrat est contraint de calmer ces fureurs par un édit sévère contre les Jésuites ; mais le pape écrit en démentant les faits; les colères s'apaisent; tout rentre dans le repos.
Possevin nons a laissé un curieux récit de sa mission au milieu des Vhudois ', durant laquelle il réunit une assemblée générale à Chivasso, mais sans résultat. C'est en allant jusqu'à les menacer des galères et du gibet qu'on «mpécha l'exercice public du culte et les prédications des Barbes ; de sorte que Scipion Lentulo, Napolitain d'une grande science *, et Simon Fioriîlo, qui s'étaient réfugiés dans ces vallées, allèrent prêcher dans la Valteline, où
(i) Édité par Zaocaria^ Ittr Ulerarium per ItoRam, y partie, op. XJU.
(2) Il a décrit sÙDoUeusement tes câreonstanoes de cette guerre dans des lettres aux ministres de Genève , qui sont reproduites par Léger, tome D, p. 687-96.
DjSGOoas vm.
nous ies ênM ttonfés. D'autres aassi abandoimërent ce refuge; pois, ks rigueurs croissant, les Vaudois disculèreai enire eux la question de savoir s'il était licite de
PO
résister les armes à la main. Quelques Barbes soutenaient « qu*on ne doit pas résister au prince, pas même pour défendre savie, surtout dans notre cas, puisque nous pouvons nous retirer avec nos biens dans des montagnes plus recalées » ; les autres disaient : c Ouij vous avez le droit de vous servir des armes, non contre le prince , mais contre le pape. » Les uns adoptent la première opinion, les autres se lancent dans une rébellion ouverte.. Pour les ap^ser, le duc proposa une conféroice; mais le pape n'aimait pas que, dans Fltalie même et sous ses yeux, on discutât sur son indiscutable autorité : il déclara que, si ces peuples avaient besoin d'instruction, il enverrait des théologiens et coem un légat avec pleine autorité de les absoudre , mais sans ^SSSSSt S^^^^^^ espérance , connaissant l'opiniâtreté des hérétiques qui, dans chaque mesure prise pour les persuader, voyaient une preuve d'impuissance à les réprimer.
Les ducs de Savoie publièrent mi grand nombre d'édits pour ramener à l'ordre ou pour comprimer les Vaudois ; chez eux paraissaient souvent des inquisiteurs et des missionnaires, et on usait de la persuasion et de la prière. Les malheurs du pays, où l'ambition incessante de Charles ni avait attiré la domination française, donnérent une nouvelle impulsion aux mouvements antireligieux, jusqu'à ce qu'Emmanuel-Philibwt (1SS3-1S80), qui avait acquis une grande renommée guerrière au service de l'empereur par les victoires de Gravelines et de Saint-Quentin, eût recouvré par la paix de Cateau-Cambrésis pour prix de ses services les domaines de ses aïeux. Il chercha à se rendre indépendant de la France et fort,
PIEMONT. LES VAUDOIS SUBALPINS. 493
en faisant la guerre, en supprimant les représentations des provinces, en acca1)lant ses sujets d'impôts, pendant qu'il les déliait des liens de ^rvitude personnelle et de mainmorte. 11 comprit que les intérêts de sa maison devaient se transporter en Italie, et il y établit sa capitale ; mais il n'abendomiait pas pour cela les idées de ses pères, et rêvait un royaume allobroge, limité par la' Provence et le Dauphiné, par le Lyonnais ei par la Bresse, pai'la Suisse française et par tes provinœs subalpines. C'est à quoi le poussait le sénateur Joly d'Allery en 186i dans un écrit qui, comme les opuscules de Napoléon HT, répandu par milliers de copies , devait ou faire , ou tromper, ou tàter l'opinion publique. Mais, pour assurer des partisans à ces desseins, il lui suggérait de se concilier les Huguenots de France, les princes et les cantons protestants, en embrassant leur doctrine, comme il l'avait fait, lui le sénateur ioly, en établissant une Ëglise évangélique à Chambéry.
Cette proposition de Joly devait fure horreur, et on lui fit un procès ; il confessa que l'agrandissement de la Savoie était l'ambition de tous les sujets ; quant à la religion, il ne désirait que vou* publier non les doctrines de Calvin ou de Farel, mais l'Évangile. . Condamné à une peine très-légère, il rentra promptement en gr&ce auprès du duc, dont il avait flatté les ambitions.
Certainemrat, s'il avait apostasie, Emmanuel-Philibert aurait écarté l'opposition que faisaient à ses conquêtes Lesdiguières, Genève, Berne, et attiré à lui les Huguenots de France qui, tenant plus à la religion qu'à la nationalité, et tendant la main à l'Angleterre et à la Hollande, se seraient ralliés au chef des Yaudois.
Mais le besoin qu'il avait de l'Espagne et du pape, sa piété
494 DISCOI7B3 nu.
personnelle' et le désir de conserver VuDiié de croyance parmi ses sujets, lui firmt préférer les armes, qui étalent son métier, d'autant plus que beaucoup de Français accouraieni dans ces yallèes pour aider leurs coreligionnaires» ce qui lui donnait à craindre qu'ils ne remissent en danger Tindépendance nationale. Si expédia donc des troupes qni» dans la difficile guerre de mcmtagnes, essuyèrent et fir^t essuyer d'énormes pertes. Voyant h difficulté dn succès et l'inopportunité des moyens, et de plus sept mille honunes de la Savoie ayant éjHrouyé une défaite sanglante à Saint<^ermain, ce qui rendit cœur aux insurgés, le duc vint aux accords ; il pardonna aux Yaudois et leur pennit de se réunir et de prêeker en des lieux déterminés ; ailleurs ils ne pourraient que consoler les infirmes et accomplir certains rites; les fugitifs poavaient rentrer; le duc aurait le pouvoir d'exclure les prédicateurs qui ne lui conviendraient pas, mais ils poui^ raient en choisir d'autres ; ils ne passeraient pas leurs confins et ne proscriraient pas les rites des Catholiques ( 5 juin i960}. Le bourg de Torre, démantelé par Caraeciolo, fut de nouveau fortifié, et il devint le siège du gouvernement de la vallée.
Proies Avec cela Emmanuel*Philibert se rendit agréable à la ronl^^^x. cour de Rome (B), qui «^interposa pour lui &ire céder parla France les forteresses qu'elle teuait en^deçà des Alpes. Mais le duc, qui aida la France contre les Huguenots (C), resta en
(1) Boldù) ambassadeur de Venise, raconte que, étapt à la veUle de se diriger avec son armée vers Hesdin en Flandre, Emmanuel- Philibert sortit sur la brtme» aocorapaghé d*un seul serviteur. Ceux qui le virent crurent qu*il allait proodre congé d$ quoique sienne amie^ Au lieu de cela, il alla au monastère de Saint-Paul, y passa toute la nuit. Le lendemain, il se confessa et communia, se recommanda à Dieu, puis retourna à ses devoirs de général.
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mauvais renom auprès des novateurs, soit à cause de ces me* sures préveJQtives, soit à cause des procès qu'il fit contre les hérétiques» Le 30juin 1556, sur la place duChâteau àTurin, on avait mis à mort BartlioloméÂctor ; onTavait arrêté au moment où il arrivait de Genève portant des lettres et des livres hétérodoxes dans le val San-Martino. D*autres condamnations eurent lieu les années suivantes, et Mainardi écrivait de Chiavasina, le 7 mai 1563, à Fabriclus Montanus : « Ceux qui viennent ici du Piémont rapports tent que le dpc de Savoie a.élé fait par le pape capitaine « de TËgUsQ, ou gonfalonier; et il reçoit chaque année un c traitement de soixante mille écus. » Et Vergerio écrivait au duc Albert, le 5 avril 1562 : Cum natus fuerit filius ilL Sabaudisd duci^ ille non modo antichrUtumx sed quinque pagos Helveikos acerbi$simos purioris evangelii bosles ascivit Mi in susoq^oreSy seu compaires, quod non obscuram
dat signiûcationem quod advermm nos aUquid^ molicUur.
Fabricius ^Ferrari « résident de Toscane à Milan , écrivait, le 3 février 1566 : < En Piémont , on dit que cha- « que jour on découvre de nouveaux partisans des Hu- <c guenots, et que le duc a beaucoup de difficulté à renié- /« dier à cela, craignant surtout que son épouse et presque « tous ses ministres n'aient du pochant pour eux. Plaise à a Dieu d'y mettre la main» car la moindre étincelle qu'on tt jetterait parmi ces peuples, ça général très-mécontents, « c'est-à-dire parmi les Huguenots et leurs pareils du « duché, ferait redouter d'allumer dans ces vallées un « autre incendie \ 2»
Au contraire le père Ladçrchî» à l'année .1668, insinue
(i) Conesponlince de MééUcis aux Archives diplomatiques de Florence.
496 DISGOUES YIU.
que Margucrife de Valois, fille de François !•' et sœur d'Henri II, avait adopté les erreurs de la fameuse Marguerite de Navarre, et qu'elle avait protégé Gamesecchi à la recommandation de Flanrinio. Devenue réponse de PhiUbcrt de Savoie , elle avait amené avec elle desr lettrés et des érudits infectés de calvinisme; par son influence, ajoute rhîstorien, et avec Taide de ces derniers, elle avait engagé son époux à résister à Tautorité du pape à laquelle, à Texemple de ses aïeux, il avait été très-docile. Les ministres du duc avaient imposé aux habitants de Verua et d'autres lieux dépendant de l'Église d'Asti l'obligation de payer un tribut, de fournir des soldats, et d'acheter à leurs frais certaines armes. Cette restriction de liberté parut injuste au pdpe; il fit voir au duc combien son nom en souffrait; il l'exhortait à retirer ces ordres, ou, s'il croydt avoir des raisons, à les lui faire connaître. De graves reproches furent adressés par le pape à Tévéque d'Asti Gaspard Caprio, qui avait donné son assentiment à ces impositions extraordinaires; il allait en informer le duc, lorsqu'il tomba d'un escalier et mourut. Il avait été lent à persécuter les hérétiques, qui à l'occasion de la guerre étaient venus en grand nombre dans ce diocèse, et il laissa beaucoup à faire à son successeur, le frère Dominique Délia Rovere, déjà inquisiteur. Celuici sut avec fermeté amener le duc à renancer aux usurpations diverses qu'il avait commencées contre les immunités ecclésiastiques*
Le 30 décembre 1569, Pie V écrivait à Honoré de Savoie, comte de Tende , omnium hœreticorum hostem acerriminn^ qull eût à arrêter Antoine Planca, ce scieur de bois dont nous avons parié ci-dessus, et qui était retombé dans l'hérésie après rétractation; Innocent Guino, ditUnieta,
PIÉMONT. LKS VAUPOIS SUBALPINS. 497
et d'autres dont il lui transmettait les noms, et que vite et secrètement il les livrât à Tévêque de Vintimille. Le pape demandait aussi à Emmanuel-Phi^bert, le 2 avril 1870, qu'il livrât an Saint-Ofiice Jean Toma» bernique et apostat, enfermé dans les prisons de Turin, et dont il es* pérait obtenir des révélations sur ses complices. On. dit aussi qu'à cette époque il y eut des édits» des condamnations, des réactions, soit dans ces vallées, soit dans le Daupbiné, qu'on détruisit des églises, qu'on massacra des curés, ce qui fut attribué par les uns aux Vaudois, par les autres aux Huguenots^ réunis dans la vallée de Pragelât. Le frère TJbomas Giacomello de Pignerol, mort en 1569, inquisiteur général à Turin, puis évéque de Toulon, et auteur de deux traités De auetoritatê pap» et contra Valdenses, prit le chef des Barbets, et le livra au bras séculier. ■ ^
Saint François de Sales s'illustra dans la conversion des Vaudois (1K67*1622 ). Il avait été élève de Panciroli à l'Université de Padoue, où il fut reçu docteur le 5 sep* tembre 1591 ; durant [ses études il avaU connu le pieux et doux jésnite Possevin qu'il prit pour directeur de sa conscience, et peut*ètre est-ce de lui qu'il tira cette douceur qui le caractérise. Il professsdt une dévotion spé« ciale pour la fôenheureuse Vierge, et il le 4t voir dans son pèlerinage à la sainte maison de Lorette. A Rome, il ne trouva que sainteté, là où Luther n'avait vu qu'abomination ; devenu prêtre, il se consacra tout entier à la conversion des hérétiques, et fut fait évéque de Genève. Allant à Milan pour vénérer le corps de saint Charles, et, pendant son voyage, ayant eu connaissance de la congrégation des Barnabites instituée depuis peu, il logea près d'eux dans des chambres qui avaient déjà servi à ce saint
Saint FranQois de Sales
et la Savote^
498 DISCOUBS YllI.
alors qu'il allait y Caire des exercices spirituels» et il les pria de venir régir le collée d^Ânnecy^ fondé par Eustache Cbappuy, qui avait été au service de Charles- Quint. En eflet, avec le conseutement de Frédéric Borromée * . le frère Juste Goérin y alla ; et ce fut lui qui succéda au saint dans révécbé de Genève, et qui établit à Annecy les prêtres de la mission.
anHet> Alors régnait le duc de Savoie Cbarks-Emmanuel {i S80- 1630), dit le Grand parce qu*il se mêla à toutes les querelles de cette époque avec une ardeur infatigable et parce qu'il chercha à agrandir le Piémont sous le prétexte d'unifier ntalie et d'en chasser les étrangers, tandis que par ses mesures il les y attirait. Il envoya prier saint François de venir à Turin, pour discuter les moyens de ramener le Chablais dans le bon chemin ; le saint, persuadé que la scission du pays avait eu pour cause principale l'ignorance de la vraie religion, proposa d'y envoyer des missionnaires zélés , capables de dissiper les préventions et de réfuter les calomnies ; on exclurait de la Savoie les ministres calvinistes; aux livres hérétiques on en substi* tuerait de bons; on introduirait les Jésuites pour élever les jeunes gens et soutenir les controverses. Pourtant, parmi les ministres mêmes de Charles-Emmanuel , un grand nombre inclinaient pour les nouvelles doctrines ; et saint François de Sales eut trop à exercer sa modeste majesté et sa douce persuasion pour renouveler les rites catholiques dans la Savoie, dont enfin les calvinistes furent exclus.
Le duc aidait le saint à convertir les Savoyards ; il les attirait à son chftteau de Thonon, les accueillait avec courtoisie, et leur exposait les arguments les plus efficaces pour démontrer l'unité de la foi et de l'Église. Un grand
PIEMONT. LES VAUDOIS SUBALPINS. 499
nombre d'entre eux répondirent à son empressement, et, quand il sortait, le peuple Teotourait en criant : « Vive Son Altesse royale ! Vive TÉglise romaine ! Vive le pape (D) 1 »
Christine de France, devenue l'épouse du prince de Piémont , voulut avoir François de Sales pour aumônier; mais il n^accepta qu'après de longues instances, et à la condition de ne pas quitter sa résidence. Elle lui tit présent d*un beau diamant, le saint s'empressa de le vendre; alors elle le rempaça par un autre; mais le saint lui donnant à entendre qu'il ne pouvait conserver de bijoux tant qu'il y aurait des pauvres, die le pria de ne pas le vendre, mais de le mettre en gage, ajoutant qu'elle-même le rachèterait. Voilà le communisme des saints!
Charles-Emmaauel, dans son insatiable ambition de s'agrandir et baMIe à profiter de toute occasion, en vit une dans les guerres religieuses de France ; il s'allia avec Philippe n, et grftce à son appui enleva Saluces aux Français, assurant quil le faisait pour soustraire ce pays au danger de tomber dans les mains des Huguenots (1888). Se donnant le titre de champion du catholicisme, il appelle toute l'Europe à son secours, attaque la Provence, tente d'enlever Marseille par surprise, emploie tour à tour les menées et les violences, jusqu'à ce que, fatigué, Henri IV lui déclare la guerre.
Lesdiffuières prit le commandement des Protestants du Lesdiguièrcs
® ^ , , et Heori IV.
Dauphiné, qui alors se répandirent dans le marquisat de SaluceS; dans San-Germano, à PramoUo; et avec eux en 189Î il prit les châteaux de Perosa, Cavour, Bricherasio, et d'autres, ce qui le fit surnommer l'Écumeur des Alpes, Le fort de Sainte-Catherine, qui des confins de la Savoie menaçait toujours Genève, frit donné à cette ville; on l'enleva au duc, qui céda aussi, lors de la paix.
500 DISGOUBS YIII.
les pays qui entourent le lac Léman, mais qui garda Saluées.
Gharles-EmmamieU disposé à tourner casaque toutes les fois qtt*il y trouverait son avantage, s'associa aux proiestan(s allemands, et, par le moy«i du comte Ernest de Mansfeld et de Christian d'Anhalt, offrit de les secourir dans la guerre de Trente ans ; il espérait ainsi arriver à l'empii-e, mais il ne put y réusâr \ Il se ménagea des intelligences avec Lesdiguières, i qui il avait toujours fait la guerre comme chef des Huguenots, et il pensait^ conquérir le Milanais, leMontferrat,la Corse et le paysde Gènes dont il devait céder la capitale et la rivière du Levant à la France, pour qu'elle eût un passage libre vers Tltalie. Mécontent de son insuccès en Italie et de sa honteuse expédition contre Genève, après avoir ruiné son pays pour en acquérir d'autres, il noourut de chagrin.
Dans une requête adressée au duc en 1S8S^ les Vaudois disaient qu'ils professaient leur culte secrètement depuis un certain nombre d'années, et ouvertement depuis trente ans; ils vantaient leurs droits à la tolérance; ils voulaient pactiser avec leurs propres souverains, et ils envoyaient des ambassadeurs aux >souverains étrangers. En iS93j lorsqu'Henri IV était prêt à abjurer, ils lui écrivirent : « Sire, Dieu vous a fait maître de la Gaule tran- « salpine ; la cisalpine aussi sera vôtre, pour peu que vous « la vouliez. Le marquisat de Saluces vous reviendra ainsi c que Milan. Déjà les vallées de Luserne, de Perosa, de < Saint-Martin vous appartiennent, et serviront de bastions
(1) Un mémoire de lui adressé à Mansfeid est imprimé dans VJrchivinm vnUO'profestanticum de 1628, et illustré par B. Erdmansdorfer, Herzog C. Emmanuel ron Saroyen und die deuisrhe Kaiserwal von 1619.
Leipzick, 18C2.
pi£mokt. lbs taudois subalpins. 501
« à votre Dauphiné, bastions construits par le souverain « Architecte et élevés jusqu'au ciel. Cela est beaucou")), <r mais ce n'est pas tout, car avec ces murailles hautes et « crénelées vous aurez des remparts et des châteaux forts. « Ils sont vos peuples^ Sire, ceux qui habitent le cœur de « ces vallées ; ce sont des combattants invincibles par leur « nature et dont la renommée remonte aux temps anti- « qiies ; consacrés maintenant et toujours au service de
< Votre Majesté, ils vous ont offert leurs biens ; ils sa-
< crifieront sur votre autel leurs corps et leurs vies ; eux « et leurs fils ont vécu pour vivre et mourir sous votre « règne. En un mot ils sont à vous \ »
Il n'est donc pas vrai, ainsi qu'on l'a tant répété jusqu'à ce jour, qu'Henri lY Voulut agrandir la maison de Savoie en Italie : il est notoire que, dans son fameux Plan de république chrétienne^ il mettait à la tète de la confédération italienne le souverain pontife , et qu'il ne tolérait en Italie que la religion catholique '.
(1) Capefigue (fi[lstoire de la Réforme et de la Uguef tome YI, p. 310) reproduit cette lettre, qa'il a trouvée à la Bibliothèque impériale.
(2) V. la note H du DUc, IX, t. UT, p. 4 83. On sait, du reste, que quand Henri IH, reyenant ou s'enfayant de Pologne, passa par la Savoie, on lui demanda la cession, pour une][somme d'argent, des villes de Pignerol'et de Savigliano, et qu'il y consentit. Peu après le duc, voyant Henri 111 engagé dans la guerre dvile, envahit le marquisat de Saluées, tout en protestant de son intention de le rendre : en attendant, il destitua les fonctionnaires français et fit frapper une médaille avec un centaure qui foule aux pieds une couronne et le root opportune^ pour indiquer qu'il avait su saisir roccasion. Après le meurtre de Henri UI, il occupa d'autres lieux de la Provence : pour l'arrêter, Henri lY fit envahir la Savoie, et firapper une médaille avec un Hercule terrassant le centaure, et le mot opportunius. Ces faits sont rappelés dans la Première et seconde Savoisienne, pamphlets publiés à l'époque où Henri lY obligea le duc de Savoie à lui céder le marquisat de Saluccs. Clément YHI seul parvint à calmer Henri, auquel tous les hommes politiques, et surtout le cardinal d'Ossat, conseillaient de garder la. Savoie et le Piémont pour
502 iMSCOUBs ym.
e» loquet DaBs SCS întrigues avec Lesdiguières, il se laissa ^•'âm:!. amener par celui-ci à accorder aux Vaudois un édit de grâce en 1617. Parcel èdit, < les très-fidèles et très-humc Ues sujets et serviteurs de Son AUesse,'qui font profesc siop de la religion réformée selon TËvioigile de lésasc Christ dans les vallées de Luseme, Perosa, Saint-Hartin, c Roecapiatta, Saint-Barthélémy» Taluco, Xeana, Matti et c dans le marquisat de Saluées » eurent une longue paix. Ils s'en servirent pour repasser le Peljice^ qui était leur limite prescrite» et pour se répandre dans les vallées de Suse et de Saluées, pour construire des temples, et célébrer des pàques solennelles avec une si grande afflueuce que l'évèque de Saluées accourut, la même semaine, afin de redonner quelque splendeur à son église abandonnée'. Ils profanèrent aussi des églises et des cimetières, et commirent des crimes que Tbistoire ne doit relater qu'avec de grandes précautions, convaincue qu'elle est des calomnies que les partis ont coutume de se lancer mutuellement.
Les Vaudois avaient continué à vivre dans le Marquisat, même après sa soumission à la France. Lorsque^ au mois d'août 1572, survint à Paris le déplorable massacre des Huguenots, on envoya de cette ville Tordre à Louis Birago, gouverneur de Saluces, de faire massacrer aussi dans sa province les dissidents. 11 rassembla les magistrats et les'principaux ecclésiastiques» et tous d'un commun accord prirent une délibération en vertu de laquelle on devait refuser obéissance. Yoilà des gens qui comprenaient jusqu'où doit s'arrêter l'obéissance.
Mais, en 1621, on vit se renouveler les persécutions^
•punir le perfide duc : Henri, plus génweux que prudent, restitua tout à Charles-Emmanuel.
(l)MosTON, Histoire des Vaudois des vallées dn Piémont ^ 1834.
PIEMONT. LES YAUDOIS SUBALPINS. 503
les confiscations et les incendies, en sorte que les per^ sécutés se réfugièrent dans les vallées des Alpes et en Suisse, ce qui amena la dépopulation de ces forteresses, et l'abandon pendant plusieurs années de ces terrains qui restèrent incultes; aussi après 1633 ne tarouve-t-on plus d'hérétiques dans la vallée du Pô. Les émigrés y paraissent seulement de temps à autre pour recueillir les fruits provenant des fermes dont ils avaient été injustement dépossédés, mais quelques-uns furent arrêtés et envoyés aux galères*.
Le 24 janvier 16S4, Charles-Emmanuel ordonnait la démolition de six nouveaux temples, et le renvoi d'un maître; il envoyait aux Vaudois des édits qui ressemblaient à des lettres pastorales; il leur défendait de parler dans l'église d'autre Chose que du culte ; il élevait des forteresses contre leur humeur turbulente ) il expédiait des capucins et des jésuites, qui tenaient des conférences publiques. Une d'elles eut lieu en 1598 à San-Germano entre le capucin Philippe Ribotti de Pancalieri et le ministre'Davîd Rostagno, à la suite de laquelle divers capitaines embrassèrent le catholicisme; en 1602 l'archevêque de Turin donnait un sauf-conduit aux Barbes pour venir discuter avec lui à Perosa.
En 1896, l'archevêque Broglia visitait les vallées vaudoises, à la têle des missionnaires, capucins et jésuites, et fit de nombreuses conversions, en commençant par les menaces, puis en accueillant avec une grande charité les néophytes. A Festonea seulement, près De monte, les hérétiques continuèrent à se montrer insolent
(1) MuLÉTTi, Storîa di Saluzzo, e de' suoi marchesi; Saluces, 1833. Voir aux diverses années, et à l'appendice.