LES PRÉCURSEURS
Fondation et 6tabllsaement de l'figllae.
L'homme avait reçu du Créateur une intelligence ''^f,*"^ droite, ilavaitétéfavorisédecommunieationsdivines;mais ^^®™p*'<»°il avait été fait libre, et partant sujet à Terreur (A). En effet, du jour où il échangea le sentiment intime de sa ressemblance avec Dieu contre la prétention de devenir son égal, il pécha par orgueil et désobéissance, et la tâche de cette faute fut transmise par la génération du premier couple à toute sa descendance, à peu près comme la maladie de la racine passe dans les branches et dans les fruits de la plante. Cette transmission, il est vrai, constitue le plus profond des mystères, mais c'est faute de l'avoir accepté que l'homme voit se multiplier les mystères. Alors s'obscurcit la vérité qu'il avait reguepar l'immédiate intuition
de Dieu en même temps que la parole ; rintelligence, la volonté et le pouvoir ne sont plus d'accord; et la race humaine, tombant de la hauteur où elle avait été placée, a perdu la i^eine connaissance du vrai et la pratique du bien. Cependant elle ne cessa point d"y aspirer ; mais poor rétablir l'accord rompu, la raison est insuffisante, et il faut la conscience appuyée sur la foi, que la révélation peut seule donner. Cette révélation, un peuple élu l'avait conservée dans une tradition orale et dans les livres saints. On y promettait un rédempteur ou médiateur, qui rétablirait dans leur état primitif les rapports entre l'éternelle justice et la créature pécheresse. Quel autre qu'un Dieu pouvait opérer ce rapprochement ?
:egii8e Lorsque arriva la plénitude des temps prédite par
mmence
ivec la les prophètes et figurée par tant de faits et de sym-
mae de
i»-chri»t. boles, dans des livres conservés par ceux-là mêmes qui devaient être s^ plus implacables ennemis, le Christ Fils de Dieu naquit d'une Vierge, dans un pays cultivé et riche, à deux heures de la ville la plus fameuse de l'Orient S dans l'âge le plus brillant de Rome, l'Age d'or de la littérature. C'est ainsi que du Dieu existant en luimême et caché, on passait au Dieu sensible, manifesté aux hommes et conversant avec eux ; à l'Emmanuel, c'està-dire Dieu avec nous. Le dogme de Tincamation, établissant l'union personnelle de la nature divine et de la nature humaine dans l'Homme-Dieu, montrait coaune la fin de l'homme cette union avec Dieu : étape essentielle de l'humanité sur le chemin qui h ramène à Dieu.
Le Christ était la lumière dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise ; il vint au milieu des siens, et
(1) LoDge clarissima urbium Orientis, non Judaeœ modo. (Punb, BitUrire nafiireUe, T, nv.)
ÉTABLISSEMEHT DE L'ÉGLISE. 3
168 siens ne l'ont point reçu ; les hypocrites et les intrigants te poorsolTirent ; ils déchaînèrent la haine ordinaire aux hommes corrompus contre quiconque veut les régénérer; et après l'avoir fait dénoncer par l'opinion publique, c'est-à-dire par les blaq[)hémateurs de la rue, comme un disputeor et un séducteur, ils triomphèrent, lorsqu'ils le virent condamné légalement à une mort ignominieuse, dont il ressuscita ensuite plus fort qu'auparavaU.
Venu en ce monde pour rétablir l'harmonie de la science et de Tamour, de l'intelligence et de l'action, que le péché avait troublée, il lui apportait la rédemption, et en conséquence la loi religieuse. Tout était enseigné à tous, et le mystère n'était plus une partie de la croyance, caché au vulgaire et découvert aux seuls savants, mais il s'imposait également à chacun, parce qu'il dépasse les forces de la raison humaine, soit cultivée, soit privée d'instruction*-
Le Christ conféra à ses ministres le pouvoir de lier et de sa délier les péchés par l' effusion de la grâce , et cet autre pouvoir mystérieux de sacrifier au Père le Fils, victime incessamment immolée pour les péchés des hommes, sous les apparences du pain et du vin, où est renfermé le Dieu incarné, comme l'idée dans la parole (si tant est qu'une image humaine puisse faire concevoir le mystère), adn que ce sacrement, offert par les fidèles en mémoire de lui, rappelât la faiblesse des hommes, en même temps qu'elle leur communiquait la force qui vient de Dieu.
Il n'écrivit rien, et le Christ de l'histoire ne nous est connu que par tradition ; quelques-uns de ceux qui l'a-
(1) Le surnaturel dépasse la nature, mais il n'y répugne pas, autrement il serait fEiox. Dire que Dieu peut en môme temps faire qu'une chose soit ou ne soit pas, serait établir une proposition contraire à la natare; dire que trois dieux font un seul Dieu, serait une absurdité.
valent entendu, recueillirent ses paroles et ses actes ; puis les consignèrent en partie par écrit, en ajoutant qu'ils gardaient le silence sur beaucoup d'autres. De peur que la vérité ne redevint obscure, le Christ établit l'Eglise comme un flambeau vivant et indéfectible ; TÉglise, vivifiée par TEsprit-Saint qui réside toujours en elle, comme l'âme dans le corps pendant la vie, a conservé intact le dépôt des véritéB révélées et ne cesse de remplir dans le monde une double mission.
La première consiste à transmettre infailliblement à ceux qu'elle régénère par l'action insensible de son enseignement la vérité vivante et ce même esprit dont elle vit, à peu près comme la mère, faisant passer dans son enfant sa propre vie et la nature humaine, le nourrit de sa propre substance et l'instruit par le langage commun de la société (B). Personne ne prétend et ne peut se donner à soi-même l'être et la nature d'homme; chacun doit la re« cevoir du principe créateur, et la recevoii: telle qu'elle lui est donnée antérieurement à son propre jugement : car il serait absurde que l'enfant prétendit juger du lait de sa mère, et bien plus encore du germe qui Ta engendré; de même, nous devons recevoir l'essence et la nature de chrétien de notre Mère l'Église sans jugement préalable. Que si, pour maintenir sans altération la race humaine. Dieu a donné à la nature des lois inviolables pour transmettre dans son intégrité la vie chrétienne jusqu'aux dernières générations, il doit avoir fait l'Église infaillible. Sous ce premier aspect, on doit voir en elle la mère de tous les vivants, en possession d'une autorité qui n'étouffe point, qui n'enchafne point les consciences , mais qui au contraire les forme et les engendre. Elle est comme une mère qui n'entrave point son