ETABLISSEMENT DE L'ÉGLISE
petit enfanty et comcne la racine qui laisse aox branches leur libre développement. Un est le chef dont tout le corps tire la vie ; une est la racine d'où germe toute la plante ; une est la mère d'une postérité si nombreuse ; BOUS naissons de son sein, nous sommes nourris de son laity animés de son esprit (G) ; tous les chrétiens sont des rejetons de la racine apostolique et de l'Église (D).
L'autre mission de l'Église consiste à maintenir dans l'unité ceux qui, s'ils suivaient leur propre arbitre, seraient entraînés aux variations et à l'erreur. C'est en cela que l'Église, établie pour régner sur les consciences, fiiit sentir son pouvoir : pouvoir auquel il appartient de résoudre tous les douteSyde fixer les croyances, sans autres armes que la persuasion, la grâce venue d'en haut sur elle et l'infaillibilité que lui a promise Celui qui a prié dans le ciel pour que la foi de Pierre ne défaille point.
Ainsi, l'Évangile, promulgué par témoignage divin, s«
soprémttio
devait être conservé et transmis par témoignage indéfec-* i^JfuJSJi^^ tible. Sans cette institution infaillible, il n'y a pas de conservation certaine de la vérité révélée : partant ni dogme fixe, ni devoir déterminé, ni possibilité de la vie chrétienne. L'Eglise est la synthèse de l'incarnation ; elle se développe dans l'exercice d'une religion dont les éléments sont, de la part de Dieu, la révélation ; de la part de l'homme, la foi.
Écoute et regarde : écoute la voix qui est en toi ; regarde la bouche qui te répond. Il n'est pas nécessaire que tous connaissent les démonstrations et les réfutations, c'est-à-dire que tous aient pesé l'histoire : il suffit qu'ils regardent le présent, les caractères de l'Église actuelle, pour être certains de son passé et de son avenir, de son histoire et de sa destination. C'est pourquoi le Christ a
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dit à son Église : c Qui vous écoute m'écoute % parce que < je suis avec vousS et qui résiste à votre voix résiste à la « mienne'. » Le Christ est ainsi clairement avec TEglise, en sorte qu'elle doit se considérer comme une preuve de la révélation ; et par l'éclat de ses caractères elle est à elle-même l&premier motif de crédibilité.
On petit demander à tout homme de bonne foi : « Vous reconnaissez que tous ont soif de la félicité et de la vie, horreur de la mort : vous voulez vivre heureux» et toujours au fond de votre cœur il y a un penchant invincible vers la vie future. » Mais qu'est-ce donc que cette vie future ? Que peuvent vous en dire les autres honunes? Le regard de l'âme n'y pénètre pvp, l'expérience ne nous en dit rien ; relativement à DieB, aux choses invisibles, rhonune ne veut écouter que Dieu. £n fait de religion, la raison demande la foi divine. Et c'est pourquoi la foi est un fait aussi général que la raison. Toujours l'humanité pensa que Dieu ne l'a pas jetée sur la terre sans l'instruire de sa fin et de la loi qu'elle doit suivre pour l'atteindre. Ce témoignage divin, la raison humaine ne lecherche pas dans une voix morte, dans un livre borné; elle ne s'en fait pas un objet d'étude, elle l'accepte comme un mattre, une autorité vivante et parlante. Maintenant, où est cette autorité divine, enseignante, autorité distincte des autorités humaines, marquée au coin du sceau divin ? Elle ne peut point varier ; elle ne peut enseigner aujourd'hui le oui , demain le non. Elle doit donc être une, perpétuelle, uni-
(1) s. Luc, X, 16. — (2) S. Matthieu, xivii, 20.
(3) S. Luc, ib. ; S. fflaltliieu, zviii, 17.
Nota. " Pour ces passages de rËTangile, comme pour tous ceux que nous reproduirons dans le présent ouvrage, nous adoptons la traduction de Bossuet éditée par M. Wallon, chez Ad. le Clere. {Sote det traducteurs.)
ÉTABUSSEimiT DB L'ÉGLISE. %
fersdle, infaillible : ainsi le veut la conscience humaine. C'est à ces caractères qu'elle la reconnaît, dès qu'elle se montre. Et la conscience et Tbistoire nous attestent qu'une autorité divine est maniiiestement nécessaire à l'homme conune à la société.
Llnyestigation des textes, la comparaison des systèmes ne sont pas d)ordables aux masses, et cependant l'homme a besoin de certitude. En dehors du cathcdicisme, aucune Église ne peut prètaiidre ni à Tinfaillibilité, ni à runiversâlitè.
Gem qui recommandent la Bible, k seule Bible, sup- ^V^ppf]^ posent l'infaillibilité de tons , ce qui est èYidonment ab- i^, ^ra^j^^ surde. Les protestante eux-mêmes n'y croient pas» et cela ^^^ est si Trai qu'ils prêchent. Le christianisme avait la mis- sainte^* sion de réintégrer dans le monde l'unité morale et religieuse; il lui fallait pour la remplir Fautorité, et non pas la raison individuelle, qui est une source et une cause étemelle de dissensions. Si, aux premiers moments, tout homme avait pu interpréter à sa fantaisie les saintes Ecritures, et appliquai les préceptes évangéliques, chacun aurait eu s(m système propre^ mais personne n'aurait pu proclamer : c Ceci est l'erreur, » ni dire comme saint Paul : « Un seul Christ, un seul baptême, une seule foi. > Dès l'origine, saint Ignace fait cette recommandation : « Soyez soumis à « l'autorité établie par le Christ. Restez unis à Dieu, à Jé- « suspGhrist, aux éréques et à la doctrine des apdtres K » Et saint Clémost dit aux Corinthiens : « Le Christ est venu « ici*bas pour établir la communion des cœurs comme c celle des esprits; en conséquenoa, il faut Tunité. Mais
(1) <» ut unitatem manifestaret, unitatis ejusdem originem ah uno incipientem sua auctoritate (Christus) disposuit. » (S. Cyprien, De Unit, Eeeles,)
< Tunité , Tordre» rharmonie réclament une soumission
< absolue aux lois divines ; et sans l'humilité il n'y a pas • de*soumission. » L'évéque a des charges particulières ; le prêtre, le lévite a ses devoirs, le laie a ses obligations de laïc ^
L'Église a un but surnaturel ; par suite son pouvoir devait venir d'en haut, et la forme de gouvernement la mieux appropriée à son essence devait être la forme monarchique (E). A l'origine, cette forme nécessaire se réalisa dans la personne du Christ. Mais après sa vie mortelle, quand il cessa d'exercer sa mission d'une mnière sensible, il dut laisser quelqu'un qui continu&t à la remplir visiblement. Aussi avait-il dit à Pierre : « C'est sur toi « que je b&tirai mon Église, » et aux apôtres : « Allez et c enseignez à toute la terre. » Donc Pierre devait proclamer la vérité; les autres devaient la propager; et TËglise visible, vivifiée par une vertu surnaturelle et invisible, obtenait ainsi le bienfait de l'unité dans le gouvernement (F).
Pierre lui-même avait renié le Christ ; aussi, bien loin d'être supérieur aux faiblesses humaines, il représente en sa personne l'humanité peccable. Pierre établit d'abord son siège à Antioche, où il applique aux nouveaux croyants la dénomination de chrétiens. Il passe ensuite à Rome et y fixe sa résidence : c'est là un fait que les hétérodoxes nieraient volontiers, pour nier par cela même l'institution apostolique du siège romain, devenu le siège principal du monde catholique ; mais ce fait est prouvé par un grand nombre d'arguments. Nos apologistes ont vu un miracle providentiel dans la chute des églises de Jéru-
(1) Bpist, I ad CorirUh., cap. il.
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Salem, d'Antioche, d'Alexandrie, fondées dès l'origine du christianisme, et dont on connatt les commencements, tandis que Rome seule offre une série d'évéques qui n'a jamais été interrompue au milieu de tant de vicissitudes . et de calamités.
Lorsque Pierre subit le martyre, on eût pu croire le christianisme mort avec lui:Il semblait qu'il n'y eût plus que deux adversaires en présence, le polythéisme dominant par la force et par le génie, et le mosaïsme par les miracles et la loi. Aucun domaine temporel ne soutenait la papanlf, et le monde pouvait ne voir encore qu'un petit nombre de visionnaires disséminés sur la surface du globe. Cependant les rayons de lumière qui jaillissaient de rétable de Bethléem et des catacombes de Rome se répandaient par toute la terre. On vit alors commencer cet enchaînement de prodiges surprenants, o£i celui qui lit l'histoire découvre le miracle, et rien de plus.
Paul, de persécuteur des chrétiens devenu apôtre, répandit l'Ëvangile au milieu des nations par la prédication et par ses épîtres, où il com|)at les idées des Hébreux qui exigeaient des miracles, et l'opinion des Gentils qui voulaient à toute force l'enchaînement logique des idées. Homme de la raison, il discute et développe dans toutes ses parties les vérités universelles, tandis que saint Pierre, même quand il écrit, est l'homme de l'autorité qui proclame le devoir et la soumission. < Il faut que « personne ne s'appelle disciple de Pierre ou de Paul, « mais seulement du Christ; > aussi Paul dit-il : « Trac vaillez avec soin à conserver entre vous l'union de l'es-
< prit par le lien de la paix ; vous êtes tous un même « corps mystique, vous avez tous reçu le même esprit,
< vous avez tous la même espérance du bonheur éternel.
c TOUS avez tous un même Sauveur, une oftéme foi, le « même Dieu qui est le père de vous tous, et dcuit la pro- « vidence embrasse toutes choses ^ »
Cependant saint Matthieu avait écrit le premier l'histoire du Christ la plus abondante en faits» et cda parœ que, Bé en Palestine, il en fut le témoin inomédiat. Marc, disciple de Pierre, nous transmit en grec ce qu'il avait entendu, et Loi c, originaire d'Ântioche, homme d'un esprit plus cultivé, d'un rang supérieur, qui est aussi Fauteur des Actes des apôtres, récit sublime dans sa simplicité, écrivit son Évangile dans la même langue.
Jean, de race juive, joua un grand rôle dans le drame de la rédemption : il fut plus tard évoque et martyr. Voyant se répandre une foule d'erreurs sur la nature divine du Rédempteur, il écrivit, le dernier, son Évangile, dans lequel il se préoccupe moins de répéter les faits déjà consignés par ses prédécesseurs que de combattre les doctrines gnostiques. Devenu plus tard, de simple chroniqueur, rhonune des cantemplations, il dévoila dans son
Apocalypse ses visions surnaturelles, où lui furent rêvé-
lées les persécutions et les victoires de l'Église,, la destruction du monde et les joies de la Jérusalem céleste.
U a paru d'autres évaingiles,épttres et constitutions^ que l'Église ou réprouva ou ne reconnut point ; cependant par leur antiquité ils peuvent servir de témoignage, de même que la tradition constante qui résulte des monuments historiques attribue à certaines vérités le caractère d'apostoliques, bien qu'elles n'aient pas été écrites d'abord (G).
Quant au symbole dit apostidique, premier abrégé de la théologie chrétienne, il n'est pas certain qu'il ait été
(1) Ad£jiàei.,iy»4.
ÉTABLISSEBISIfT DE L'ÉGLISE. il
compose par les apôtres avant leur séparation ; cependant une tradition constante le yeut ainsi. Il se peut qu'on y ait fait des additions postérieures, bien qu'il ne paraisse pas probable qu'on ait ajouté à cette formule baptismale quelque nouvel article au fur et à mesure qu'une nouvelle hérésie rendait nécessaire une protestation. Le fait est qu'il est conçu d'une manière si générale que même les dissidents les plus prononcés purent le conserver (H). Ce qui distingua bientôt le christianisme de toutes les uniTerMdit
da
autres religions et des écoles philosophiques, ce fut qu'il christiuiisn prétendit de suite à l'universalité* Jusqu'alors on ne connaissait que des religions nationales ou d'Etat : chaque peuple avait ses divinités, son culte particulier ; la religion servait à distinguer un peuple d'un autre peuple. Le christianisme, le premier, brisa ces barrières, se déclara fait pour tout le monde, capable d'embrasser tous les peuples, quel que fût leur degré de civilisation ; capable de satisfaire à tous les besoins religieux et de fonder une Eglise de l'humanité, un règne de Dieu indépendant des frontières géographicpies ou gouvernementales. Nulle part il ne se présente au monde comme l'application d'une théorie particulière, il ne demande appui à aucune école, et ne recherche aucune alliance; il oppose franchement la folie de la croix aux observances judaïques comme à la beauté grecque et à la légalité romaine, si bien qu'à son début il est considéré comme un foyer d'impiété, d'ignorance, de rébellion, comme la négation de Dieu, de la science, de la loi : en un mot, comme l'ennemi du genre humain ^ L'œuvre du christianisme était de préparer un monde
(1) Voir Ghuneh, De odio humant generis. Christianisa Romanis objtelo, Cobourg, 1756.
t* DISCOURS I.
Douveiu» et d'en consolider la base, c'est-à-dire la foi, foi supérieure à tous les obstacles. Aussi le premier siècle dut-il être plutôt pratique que spéculatif, un siècle d'action plutAt que de parole : la doctrine était perpétuée par une tradition orale et vivante ; elle était condensée dans quelques paroles graves et simples. La foi se prouvait par le témoignage de ceux qui avaient entendu et vu en personne THomme-Dieu ; les divergences qui pouvaient naître étaient effacées par l'explication d'un disciple. La grande justification consistait dans la rénovation du monde, et la dédaralionde foi dans l'excommunication de l'Église, prononcée contre tout individu qui avait une autre croyance, c'est-à-dire qui mettait à la place d'une vérité générale une restriction de son jugement particulier.
Ici-bas le hien et le mal sont en lutte perpétuelle ; le christianisme dut combattre, d'abord par le martyre, et ensuite par le raisonnement, l'érudition, l'éloquence. Alors commence le spectacle de la controverse, dans laquelle les apologistes qui avaient été philosophes, inaugurèrent cette lutte de l'erreur contre la vérité qui Gnira seulement avec les siècles, et dans laquelle le christianisme, en combattant les Hébreux et les Gentils, parle à la raison et à l'intelligence. L'exégèse biblique est créée ; une école chrétienne se fonde à côté des écoles de l'époque alexandrine.
Saint Justin, dans son Apologie^ décrit les usages, les assemblées, les cérémonies des premiers chrétiens. < Les « oraisons achevées, on présente à celui qui préside du « pain et une coupe remplie de vin et d'eau . Après les avoir « pris, il glorifie le Père au nom du Fils et du Saint-Es- « prit, rend grâces de ces dons, et les diacres font la dis- « tribution de ce pain, de ce vin, de cette eau. Cette nour-