JULES II
bien plus de quelles prodigieuses erreurs nous sommes inondés par ce déluge de livres, d'opuscules et d^écrits de tous genres, dont la déplorable éruption a répandu l'abomination sur la surface de la terre. » (E.)
Sur ces entrefaites, Léon X et François I*' faisaient un concordat à Bologne (1515), qui dérogeait à une foule de privilèges que la cour de France prétendait exercer dans les élections des prélats conformément a la pragmatique sanction; concordat qui, comme un nouveau triomphe de l*£glise romaine, fut aussitôt approuvé par le concile de Latran.
Ce concile avait donc, para!t-il, atteint le but qu'il s'était proposé, puisque le schisme n'existait plus, que la France était rentrée sous l'obéissance du pape et que les réformes avaient été entreprises : aussi se sépara-t-il le 16 mars 1517. Mais le cardinal de Yio, général des Dominicains, sentant comme un tourbillon dans l'air, insistait pour que les prélats ne se séparassent pas.
Ceux qui ne pourront nier ces faits, pourront répéter cette phrase que la lâcheté des hommes de nos jours a prononcée si souvent : « Trop tard. »
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS
(A) — - n n'est pai jusqu'à Voltaire, le calomniateur par excellence, qui ne reproche à Guichardin d'avoir trompé l'Europe sur les circonstances de la mort d'Alexandre VI, et d'avoir trop écouté $a haine personnelle. Ainsi, lisons-nous dans Isl Dissertation fur la mort de Henri /F, où il oppose non pas aux assertions, mais aox insinuations de Bembo, de Paul Jove , de Tommasi et de Guichardin les arguments du bon sens : c Le pape avait quatre-vingtsept ans, il était très-rich? , il lui importait de se conserver l'amitié des cardinaux, plutôt que de s'attirer leur inimitié, en ayant recours à un empoisonnement qui devait soulever bien des clameurs; et en définitive, ce charlatan de Burckard n'en dit pas mot. >
(B — Les entreprises de Jules II excitèrent la bile d'Ulrich de Huttcn :
Hoc mens illa hominum, partim sortita Deorum, Et pars ipsa Dei patitur se errore teneri ? Ut scelere iste latro pollutus Julius omni, Gui velit occludat cœlum, rursusque recludat Gui velit, et possit momento quemque beatum Efficere aut contra, quantum quiscumque bene egit, Et vixit bene, si lubeat, detrudere possit Ad stygias pœnas, et Averni Tartara ditis. Et quod non habet ipse, aliis divendere cœlum.... Et nunc ille vagus sparsit promissa per orbem Qui cedem et furias, scelerataque castra sequantur Se duce, ut his cœlum pateat. Qua fraude, tôt urbe> Et tôt perdidit ille duces, tôt millia morti Tradidit, et puisa induxit bella acria pace, Tranquillumque diu discordibus induit armis Et scelere implevit mundum, fas omne nefasque Miscuit
NOTES BT ÉCLAIRaSSEMim'S AU DISCOURS Xn. 493
Nauihiga direpti finxit matrimonia Pétri
Vindice se bello asserere, atque nlciscier armis.
(G)—- Tous les hommes pieux en éprouvèrent du déplaisir. Qua in re adverses pêne habuit cunctorum ordinum homines, et prassertim cardinales, non quod novam non cuperent basilicam magnificentissimam extrui, sed quia antiquam toto terrarum orbe venerabilem, tôt sanctorum sepulcris augustissimam, tôt celeberrimis in ea gestis insignem, funditus deleri ingemiscant. {Panvinio^ ap. Fea^ Note concernant Raphaël, 41 .)
(D) — Mandantes omnibus ut evangelicam veritatem et sanctam Scripturam, juxta declarationem, interpretationem et ampliationem doctorum, quos Ecclesia vel usus diuturnus approbavit, legendosque hactenus recepit , et in posterum recipiet, praedicenty explanent : nec quidquam ejus proprio sensui contrarium ant dissonum adjiciant, sed illis semper insistant quœ ab ipsius sanctsB Scriptural verbis et prsBfatorum doctonim interpretationibus, rite etsane intellectis, non discordant.
CE) — Encyclique Mirari vo$ de Grégoire XVI. Ges précautions n'étaient point inconnues à Tantiquité païenne. Valère Maxime (lib. VI, cap. m) raconte que, Archiloque ayant publié des poèmes qui offensaient la pudeur, les Spartiates les firent transporter loin de la ville, pour empocher une lecture plus propre à corrompre les mœurs qu^à orner les intelligences. Gicéron disait de certains poètes : c Voyez quels maux ils occasionnent: ils amollissent les âmes ; ils étouffent tout penchant à la vertu ; » Ovide lui-môme dissuadait de lire les livres obscènes : c Eloquar invitus ; teneros ne tange poetas. > Plus tard Marc, Ulpien a dit : f Lorsque dans un legs testamentaire on trouve des livres dangereux, le juge doit, sur l'avis d'un homme prudent et honnête, faire disparaître ce qui deviendrait une source de corruption. On peut voir d'autres exemples dans Gretser, D$ jure et more prohihendi libros t/ioIos. On peut consulter aussi F. A. Zaccaria, Storia polemica délia proibixiohe de libri, Roma 1797.
DISGOUBS XIII.
Uboxk X. Splendeur pro£Biie da pontifloat.
A eette entrevue de Bologne eotre Léon X et François I", jsjunm»
^ de Bologne
outre les hommages qu*on a coutume de rendre au saintpère, tels que de baiser sa mule, de lui tenir rétrier« de conduire son cheval par la bride, et même de porter la queue de sa robe, le roi de France se tint à genoux tout le temps de la messe, à laquelle Léon X communia de sa main les gentilshommes français de la suite du roi. Mais la foule de ceux-ci était si considérable, qu'un officier s'écria : < Saint-père, puisque je ne puis vous faire entendre ma confession, ni recevoir la communion de vos mains, je m'accuserai publiquement d'avoir combattu de toutes mes forces contre Jules IL 9 Le roi ajouta qu'il se trouvait dans le même cas ; mais il chercha à s'en excuser, en disant que ce pontife avait été un des plus grands adversaires qu'eût jamais eu leur nation. Tous les Français s'accusèrent ainsi à haute voix de la même faute, et le pape leur donna à tous l'absolution.
Ce roi chevalier, qui eut pour champions des dievaliers comme Gaston de Foix et Bayard sam peur et sans reproches^ avait rendu volontairement au pape la ville de Modène, et lui avait cédé par suite des vicissitudes de la guerre Parme et Plaisance, en sorte que le domaine temporel de la papauté comprenait les légations de Pé-
496 DISCOURS xm.
rouse (Ombrie)y de la Romagne, de Bologne, de Spolète avec la Marche d'Ancdne, et le duché de Bénévent enclavé dans le royaume de Naples; en résumé les plus belles contrées de lltalie depuis le Pô jusqu'à Terracine. Ces pays fertiles, bien que quelques-uns d'entre eux fussent infectés par la malaria^ étaient à l'abri des attaques de l'étranger et enrichis par les produits agricoles, par les mines et par l'alun ; sans compter le conmierce, dont le siège était principalement à Ancône; ils l'étaient en outre par rafDuence des étrangers qui y répandaient l'or. Le pape ne retirait pas de ses États plus de 18 000 écus d'or, et pourtant il pouvait y lever cinq mille fantassins et quatre mille chevaux, outre les recrues que devaient lui fournir ses vassaux, et douze galères : aussi l'autorité, désormais organisée pour contenir dans le respect les feudataires et les petits tyrans des diverses cités, ne se sentait plus embarrassée dans sa marche, et n'était plus jalousée, parce qu'elle laissait aux communes leur libre activité.
Il est bien vrai qu'Alexandre YI, en voulant soumettre les petits tyrans de la Romagne, s'était fait de chacun d'eux un ennemi, qui, en la personne du souverain de la Romagne, blasphémait le chef de TËglise; puis Jules II par ses prétentions hautaines avait suscité des résistances sérieuses et des railleries insolentes ; mais elles n'étaient guère plus gênantes que ne le sont aujourd'hui les oppositions de nos parlements modernes. Le pape possédait en outre le comtat Venaissin en Provence et la ville d'Avignon ; les rois de Naples et de Sicile lui faisaient hommage de leur couronne, et le pontife empêchait leur réunion à l'empire pour ne pas mettre en danger l'indépendance italienne. Qui pourrait calculer l'argent qui arrivait à
e toutes les parties du monde, soit pour dispenses, r déchéances, réserves, expectatives et revenus de ^ (A), soit pour expéditions de bulles et investi- Dit enfin pour l'élection de presque tous les prédevait être le spectacle qu'offrait Rome, lorsqu'elle spiwwieur acée au sommet de la société chrétienne par ses ^*^°«- TB et par ses grandeurs; alors qu'elle était pour ire la seconde patrie de tous, le point de départ itoire de chaque nation? On peut en juger, auui que, restée en arrière de la civilisation convenle d'autres pays, elle montre encore Fori^namœurs et du caractère, la fierté chez le peuple, la jusque dans les écarts, et en même temps la 'amour de la famille, et une noble simplicité, qui lent un ensemble inexplicable, en face duquel une victorieuse ou la révolution subversive n'ose pas ir les murailles de la Ville éternelle. Que devaitre alors que les idées du moyen Age étaient en vigueur? On savait que de Rome étaient partis isionnaires pour conquérir au christianisme et à la tion l'Europe tout entière et le nouveau monde ; Stait d'elle qu'étaient venus les décrets qui romles châtiées de la servitude; d'elle enfin que pro- Qt les aumônes pour toute espèce de besoins, pouvait satisfaire grâce aux revenus qui lui arride tous les pays.
née sainte du jubilé de 1500 fut célébrée avec une I sans pareille : le pape démolit de sa main la porte , après que durant trois jours toutes les cloches de ) eurent fait entendre leurs carillons de fête ; d'in- *ables pèlerins vinrent de France, d'Allemagne et de
I— sa
498 Disoooms xm.'
Bohàme pour demander Fabsoliition des œntoreB qa'ib avaient eocounies» pour amir adopté les hérésies des Huflsites et autres semblables. On dut, pour suffire à ladrculatioQ des pieux étrangers qui accouraient en foule i la basilique Vaticane, ouvrir une nouvelle rue qu'on appelle encore le BorgonuovOj et, le concours ne cessant pasy on fut amené à prolonger le temps des indolgenoes. Les plus grandes solennités qui sont eacore en usage pour cette fonction sacrée datent de ce jubilé, ainsi que l'usage de l'accorder Tannée suivante à tout ronivers catholique.
Sur ces entrefaites, on découvrit, avec un nouveau passage vers Textréme Orient, l'Amérique et les lies de rOcéan ; le premier or qu'on en tira , fert envoyé à Rome, à titre de prémices pour la divinité, et le pape le fit employer à dorer le plafond de la basilique libérienne. On profita du second voyage de Christophe Colomb pour expédier une colonie de bénédictins, chargés d'annoncer la foi aux peuples nouveaux; bientôt après, Alexandre Giraldini d'Amelia fut envoyé comme premier évéque à Saint-Domingue; et on apportait aux populations dès pays nouvellement découverts une notification où, après avoir déclaré que les nations soDt sœurs comme étant sorties d'une même souche, on exposait que Dieu avait établi saint Pierre comme le chef de la rdce humaine, « avait soumis à sa juridiction le monde entier, lui avait ordonné de fixer son siège h Rome, et lui avait accordé le pouvoir d'étendre son autorité sur toutes les antres parties du monde, de gouverner et de juger tous les Chrétiens, les Hébreux, les Maures, les Gentils, les hommes de toute croyance; qu'enfin ce chef est nommé pape, ce qui veut
dire père commun des fidèles , et leur défensem* : il représente cette puissance admirable, qui se perpétuera dans tous les siècles des siècles. »
Gomme il pouvait nattre un conflit entre les deux nations qui avaient participé aux déconyertes, sur le point de démarcation entre les possessions de l'une et celles de l'autre dans les régions nouvelles , cette importante décision fut déférée au pape Alexandre VI y qui traça de sa propre main sur la carte une méridienne, assignant à l'Espagne les domaines situés à l'occident de cette ligne, et au Portugal ceux situés au levante Sublime conception I le pontife qui divise le monde pour empêcher la guerre, ou qui, à la suite de ces audacieux explorateurs^ de ces avides négociants, de ces sanguinaires conquérants, envoie une milice sans armes, chargée de faire des missions, de convertir, de baptiser, de civiliser. Plus tard, au tempsdeLéon X,de pauvres dominicains venaient à Rome pour dénoncer au père des fidèles les barbares traitements que les conquérants faisaient endurer aux Indiens, et réclamer pour ceux-ci les droits de frères en Jésus- Christ.
Restaurateur du saint empire romain, dont il devait fondre les deux puissances dans la commune sujétion à la loi divine; rempart opposé à l'invasion de l'Islam, ayant pour mission de faire respecter la morale étemelle, le Saint-Siège était parvenu à sauver l'inviolabilité du mariage et la dignité de la famille du danger que leur avaient fait courir les caprices voluptueux des rois; il avait pu également affermir la discipline sacerdotale,
(1) On qpnserve cette carte au musée Borgia, avec la linea vatiecna tncée de la main même d'Alexandre VI.
500 DISCOURS xm.
compromise sous le régime féodal par le contact et le mélange avec les intérêts des seigneurs, mais quant aux relations d'Ëtat à État, et à celles de l'Étit avec rËglise,il n'avait pu les établir sur une base solide et incontestée, grâce aux empêchements que lui suscitèrent la hiérarchie féodale, l'oligarchie des communes, et les coutumes du Nord qui avaient généralement prévalu. Il restait donc un défaut dans la forme contingente de ce christianisme pratique, tout puissant dans la vie, profondément humain, propagateur de Fart, doué d'une expansion pleine de sentiments, ami de la pauvreté, de l'obéissance et de la fidélité; qui reconnaît dans le monde le gouvernement de la Providence, et sait inspirer aux hommes, outre la confiance en Dieu, la confiance envers le prochain; de ce christianisme qui proclame, qui croit qu'un aliment mortel peut être transformé en une nourriture et en un breuvage de vie éternelle.
L*Ëglise n'étoufiait pas l'activité de la pensée et l'exercice de la raison ; mais elle protégeait les dogmes, et l'on ne tarda pas à reconnaître qu'avec eux elle protégeait la vérité et le droit. I^ longue durée est l'ennemi inévitable de toutes les institutions : on oublia que le christianisme avait guéri les désordres impies de la civilisation antique, on jugea à propos d'y revenir; le dogme tint bon, mais l'autorité ne put empêcher les évolutions de la société. De rage croyant on passa à l'âge politique, malgré les eflbrts quefit Rome pour s'y opposer, en concentrant ses pouvoirs. Mœurs On voyait alors assis sur la chaire de Saint-Pierre Léon X, rejeton d'une famille de marchands, possédant de grandes richesses, habituée à de larges dépenses, et i déployer une grande pompe, non moins qu'à protéger les sciences et les lettres. Lui-même, élève de Politien, de
deLéoDX.
Démétrius Cbalcondyle, de Bolzani, à la fleur de l'âge, d'une intelligence cultivée, d'un caractère aimable, aspirant aux voluptés de l'esprit, aimait à se voir entouré de visages satisfaits, et à entendre tout le monde célébrer les félicités de son règne. Pour son exaltation, on dépensa 100000 écus à orner les rues de riches tentures; pareille somme fut consacrée à venir en aide aux pauvres. Ayant pris les habitudes des cours et des camps, il a de la peine à se faire au maintien ecclésiastique, il déconcerte son maître de cérémonies, en sortant sans rochet et quelquefois même avec des bottes; Cervetri et la villa Magliana sur le Tibre le voient souvent chasser à cheval pendant des journées entières, et Bolsena le voit pêcher; chaque année le pape fait venir de Sienne la compagnie des artistes dramatiques des Rozzi pour représenter des comédies ; il fait de la musique, et suit à mi-voix l'air que Ton chante. Il a pour convives habituels un fils de Poggio, un chevalier Brandini, un frère Mariano, qui d'une bouchée vous avale un pigeon, et absorbe jusqu'à quarante œufs dans le même repas ; il a aussi d'autres joyeux compagnons qui inventent des bons mots et des mots bizarres, et qui se prêtent de bonne grâce à tous les mauvais tours que leur jouent le pape et ses familiers. Un Florentin de la famille des Nobili, surnommé le Maure, c grand Ji)Oufron, le plus gourmand et le plus grand mangeur de son temps, avait reçu du pape à titre d'entrée en charge une rente de 200 écus pour le récompenser de sa gloutonnerie et de son bavardage » (Ser. Cambi). Après souper, le pape gardait avec lui six ou sept cardinaux de ses plus intimes amis, avec lesquels il jouait aux cartes, et soit qu'il gagnât, soit qu'il perdît, il jetait des poignées de florins aux spectateurs.
502 DISCOURS xm.
U aime les lettres ; mais au lieu de les respecter oomme des matrones, il les caresse comme des courtisanes; il décerne le titre d'archipoëte à l'improyisateur Camille Quemo, grand mangeur, grand buveur, qui s'était présenté à lui avec son poème de vingt mille vers, YAle$' siade^ et qui était chargé de le dif ertir pendant les repas par ses jeux de mots. Yoit-il quelqu'un pris de vanité? Il renfle encore davantage en l'accablant d'honneurs et de démonstrations respectueuses, jusqu'à ce que le vaniteux soit devenu la risée universelle, comme U advint à son vieux secrétaire Tarascon, auquel il avait fait croire qu'il était devenu tout à coup grand musicien; celui-ci se mit en conséquence à débiter des théories extravagantes, et mourut fou. De même, Barabello, abbé de Gaëte, fut tellement accablé de compliments sur son talent poétique qu'il se crut un nouveau Pétrarque, et Léon voulut le couronner. 11 le fit monter sur un éléphant que lui avait donné Emmanuel de Portugal, avec la toge palmée et le laticlave des triomphateurs, et l'envoya ainsi parcourir les rues de Rome toute parée comme pour une fête; on n'épargna dans cette circonstance aucune dépense pour ce méchant poëte qui reçut au Capitole des honneurs qu'on ne rendit pas à l'Arioste. Le pape se divertissait d'une autre façon avec les poètes Jean Gazzoldo et Jérôme Britonio; ce dernier reçut un jour la bastomiade par son ordre pour avoir fait de mauvais vers.
Ces divertissements et autres semblables, auxquels Léon X prenait plaisir, ont été décrits par Paul Jove, évêque de Nocera, avec une gaieté, qui est encore caractéristique dans la personne d'un prélat; de même nous de^ vous remarquer la conclusion à laquelle il arrive, à savoir que c ces manières sont dignes d'un prince nobie et A^u-
LÉon X. 503
nmwiéiu douéj bien que les gens anaéères tes désapproiH yent dans un pape. >
La cour se modelait sur ce type . Le cardinal Bibfena se fit bâtir sur k Vatican une petite villa, où Raphaël peignit des fresques voluptueuses; il était le surintendant des pompes de la cour ; il présidait aux réjouissance» dli carnaval, aux mascarades; ce fut encore lui qui persuada au pape de faire représenter la Mandragore de MacbiaT^l, et sa propre comédie, intitulée la Calandra (l'Alouette), véritables scènes de mauvais lieux, auxquelles assistèfenl dans une loge séparée Léon X, Isabelle d'Esté et les dames les plus élégantes de l'Italie (B). Qui, plus que le cardinal Bibiena, compromit dans des folies les plus sérieux personnages? (G) H se félicitait que Julien de f Médids eût amené à Rome la princesse sa femme, et « Dieu soit loué maintenant, dit toute la ville, car il ne manquait plus qu'une cour de dames, et en voici une dans la personne de cette princesse, qui fera de la cour de Rome une perfection ^ » ^
A côté d'eux, monseigneur Jean délia Casa composait , * Ug^ des chapitres d'une monstrueuse lubricité, et demandait* *| ^ le chapeau de cardinal, non pas pour ses vertus person- t
nelles, mais c en récompense de la fidélité constante et ^
du dévouement sincère et exclusif qu'il avait montré • comme très-humble serviteur des Farnèse. > Conséquents avec leurs écrits, ces mêmes hommes, et Bembo (D) et le cardinal Hlppolyte d'Esté, avouaient publiquement leurs enfants naturels.
C'est ainsi que la société ecclésiastique badinait avec le scepticisme qui faisait invasion de toutes parts, ne s'aper-
(î) lett. di Prineipi a Principii vol. I, 46 .
L'amoar dobeia piéraat
mr l'àmoar da biea.
504 DISCOURS zm.
cevant pas de l'abîme qu'elle creusait elle-même sons ses pieds. On ne permettait pas alors qu'aucune gène, qu'aucun bruit vint troubler les fêtes de l'art; c'est ainsi que jadis les Corybantes dansaient autour de Jupiter enfant pour qu'on n'entendit point ses vagissements. L'autorité croyait puiser la force dans la beauté, en s'appuyant sur Raphaël et Michel-Ânge, sur l'Ârioste et sur Bembo.
Modèle de cet épicuréisme raffiné et de cette recrudescence païenne , que nous avons attribués à son époque, Léon X voyait s'éclipser dans l'éclat du beau le sentiment du juste. < Considérant que l'Arioste a écrit en prose et en vers dans le langage vulgaire un ouvrage intitulé le Roland furieux^ auquel il a donné une forme badine, mais en lui consacrant de longues études, de longues réflexions et de nombreuses veilles ; considérant la magnificence de son génie, et sa piété envers sa famille, » Léon X trouve tout naturel que l'auteur soit assuré de son gain, et puisse en faire tirer d'autres éditions après l'avoir corrigé (E) : de telle sorte qu'il menace de l'excommunication quiconque réimprimerait ce poème, dont il ac- ^pte la dédicace, ainsi que celle de Y Itinéraire de Rutilias Numatianus*, un des derniers représentants acharnés du paganisme contre le christianisme naissant ; il juge favorablement les annotations d'Érasme sur le Nouveau Testament, qui furent plus tard mises à l'index, et accepte la dédicace du livre de Hutten sur la donation de Constantin, ouvrage dans lequel Luther prétend avoir puisé
(1) Cet Itinéraire ou récit en vers élégiaques d'un voyage de Rome dans les Gaules, fait et public au Y* siècle, respire en effet Tamour de la vieille Rome cl la haine contenue du christianisme; nous ne possédons que le premier livre et soixante-deux vers du second. L'auteur, né à Toulouse ou à Poitiers, fut maître des offices, puis préfet de Rome sous HoQorius, en 417. (Note des traducteurs.)
tout son courage; enfin il concède à Aide Manuce le privilège d'éditer les insolentes EpistokB obscurorum virorum de Hutten.
Cette idolâtrie pour le beau et pour une littérature toute sensuelle et sans aucune tendance spiritualiste, était en faveur dans toute la cour. Quand le poète Âccolti, surnommé Y Unique, récitait des vers, à Rome on fermait les boutiques ; lorsqu'on exhuma au jardin de Titus un groupe, que Sadolet reconnut bientôt pour être le Laocoon, décrit par Pline, toutes les cloches furent mises en branle, et Ton conduisit à travers les rues de Rome cette statue avec les cérémonies qu'on réservait jadis pour l'accompagnement des insignes reliques, en y faisant intervenir les décorations de feuillage, les sons de la musique et les chants des poètes. On improvisait des fêtes à l'occasion des guerriers et des artistes, des prélats et des princes, des courtisanes et des saints. Jean Coriccio, chaque année le jour de Sainte-Anne, réunissait dans sa maison des poètes qui récitaient des tensons ^ , en l'honneur de cette sainte, de sa fille et du Christ. L'Arioste était tout joyeux, parce qu'à cette cour
Al Bembo, al Sadoleto, al dotto Giovio, al Cavallo, al Blosio, al Molza, al Vida Potrà ogni giorno e al Tibaldeo far motto *.
Là était Paul Jove, le gazetier menteur de son époque, et Yalerianus le patient investigateur des fastes égyptiens; là aussi, Castiglione et délia Casa, les maîtres du bon ton.
(1) Terme d'ancienne poésie qui se disait d'une dispute galante entre deux poètes, en italien gara, {Note des traducteurs,)
(2) Parce que dans cette cour on pouvait tous les jours s'entretenir avec Bembo, Sadolet, le docte Paul Jove, Cavallo, Blosio, Molza, Vida et Tibaldeo (Sat. vii).
506 DISCOURS xm.
Celio Galcagnini composait en latin et en grec, lisùt mère et les prophètes dans l'original, et soutenait que le ciel est Immobile tandis que la terre tomne. Thésée Ambrogio de la famille des comtes d'Albonèse, chanoine de Saint- Jean de Latran, parlait le grec comme Musorus de CSrète, et le latin comme Érasme, sans compter qn'ilajqurit senl toutes les autres langues, et sut s'en servir ayec les étrangers venus au concile de Latran; il enseigna le chaldéen à Bologne, et traduisit de cette langue la lituigie oHentale ; il songeait à composer une grammaire polyglotte, et avait préparé plusieurs ouvrages, qui furent perdus au sac de Rome.
Léon X envoie Faust us Sabœus, le savant bibliophile, à la recherche des livres rares dans les abbayes de France, d'Allemagne et de Grèce ; il expédie dans le même but en Allemagne et en Danemark Jean Heytmers, et dans les provinces vénitiennes Beazzano : il accorde des encouragements et des privilèges à François de Rosside Ravenne, qui alla à la recherche des manuscrits grecs et arabes en Orient et spécialement en Sjrrie * ; il paye 500 sequins un manuscrit de Tacite plus complet que celui qu'on avait imprimé à Milan, et promet une large récompense à celui qui lui apportera des œuvres antiques inédites; il fonde un collège grec, par les soins de Démétrius Lascaris, de Benoit Lampridius et de Favorinus.
On connaît la célébrité des riches bibliothèques des cardinaux Sadolet et Bembo, celle de Pio de Garpi, qui possédait le Virgile revu au v* siècle par le consul Rufus, celle de Grimani dont le bréviaire forme aujourd'hui le joyau de la bibliothèque Marciana de Venise.
(1) Sadoleti, Ep, xxii du liv. XVII.
Ghigii le fermier des mines d'alun et le protecteur de Raphaël, arait monté une imprimerie, présidée par Las* caris, d'où sortirent les tragédies de Sophocle, les sdiolies d'Homère, les opuscules de Porphyre, les œuvres de Ptolémée, de Pindare, de Tbéocrite, et d'autres éditions trèsappréciées encore de nos jours.
L'italien s'employait désormais généralement en place du latin, dont se lassaient les hommes de bon goût, depuis qu'ils avaient étudié les classiques. Des personnages dont Tesprit s'ouvrait aussi facilement aux méditations philosophiques qu'aux fantaisies poétiques, maniaient l'analyse et le calcul comme la discussion des affaires; et à toutes les conquêtes de la philologie et des sciences ils joignaient un goût exquis. Rome, en un mot, était le centre de la civilisation , et c'est à bon droit que Zanchi put chanter :
Omnia romanaB cedunt miracnla terr», Natura hic posuit quidquid ubique fuit.
Il est vrai que les éludes ecclésiastiques étaient bien ^g^jjj* moins prisées que les études littéraires ; aussi le cardinal n'ont^qw Pallavicini lui-môme reproche-t-il à Léon X de les avoir "^SmôSÏ négligées : cependant, nous voyons que dans le programme "^••"^•*^ de Tarchigymnase romain, pubUé par monseigneur Marini, la théologie occupe une belle part, qu'elle ccnnpte des professeurs illustres et bien rétribués. Le pape fit imprimer, à ses frais, les œuvres de Pagnini ; c'est à lui que fut dédiée la Bible polyglotte du cardinal Ximénès; à lui, la grammaire hébraïque du Calabrais Guidacerio; à lui, la traduction de l'arabe de la philosophie mystique d'Aristote par François Rossi de Ravenne; à lui, les trois ouvrages de Paul de Middlebourg, de Basile Lapi, etd*An-
508 DISCOURS xm.
tonias Dalciatus sur la réforme da calendrier. Dans le palais de Léon X, nous rencontrons un cardinal GajetanS un des théologiens les plus profonds ; un Egidius, qu*il alla chercher au fond d'une forêt de la province de Viterbe pour le décorer de la pourpre; un Paul Emile GesiOy qui disait qu'il valait mieux manquer du nécessaire que de laisser souffrir les autres ; un Boniface Perreri de Verceil, qui bâtit à ses frais un collège à Bologne; Sadolet, que nous aurons souvent occasion de louer; enfin Giberti, surnommé le père des pauvres et des lettrés»
Que si Léon X embrasse TAriosteet fait fête au cardinal de Bibiena^ il ne faut pas oublier que c'est le même pape qui indique à Tévéque Vida le sujet de la Christiade; le même qui se félicite avec Sannazar, le chantre du poème intitulé de Partu Virgînis^ qu'on ait pu trouver un David qui tuera Goliatli ; le même enfin qui reconnut les dispositions favorables de Flaminius de Vérone, et lui fit faire des études qui le mirent à même de traduire en vers latins les psaumes, beaucoup mieux que ne l'avait fait en français Marot.
Sous son règne furent aussi appelés les plus grands artistes, qui exécutèrent des saints et des madones, construisirent et ornèrent des églises. Michel-Ange, cette forte individualité, qui gémissait sur les misères de son temps, et désirait « ne rien voir, ne rien entendre, tant que dureraient l'injustice et la honte, > s'insurge contre les traditions académiques, et veut que chacune de ses œuvres porte le cachet et l'originalité de son génie; il
(1) Thomas de Vio, né à Gaëte, et dont le surnom tiré de sa patrie a prévalu dans Tbistoire, ainsi q«i'il est arrivé pour plusieurs autres, sur le nom de famille. 1469-1534. (Sole des traducteurs,)
conçoit le nu de manière à ce que la pudeur puisse le regarder sans rougir, des sibylles viriles, des prophètes au type idéal ; il élève la plus grande coupole du monde, et réalise dans son Moïse le chef-d'œuvre de la sculpture. Sébastien del Piombo mettait tout son talent à retracer la sainteté ; avec frère Angélique et Raphaël la peinture venait d'arriver à un degré d'expression et de beauté qu'elle n'atteindra jamais. Raphaël , d*après les ordres de Jules II, peignit à fresque jdans la salle de la Signature un poëme grandiose, représentant la vie intellectuelle dans ses quatre manifestations, la théologie, la philosophie, la poésie et la jurisprudence; dans le premier de ces sujets, il représentait l'apothéose de l'Eucharistie environnée de tous ceux qui furent les plus illustres interprètes et docteurs de la science divine; ce fut Léon X lui-même qui lui commanda le jugement de Léon III, le couronnement de Gharlemagne, la défaite des Sarrasins à Ostie, le miracle de Bolsène, et l'incendie du Bourg. Raphaël eut pu, s'il l'avait voulu, devenir cardinal, ou épouser une nièce de cardinal; mais il mourut à la fleur de l'âge, et laissa par son testament 1000 écus pour célébrer douze messes par an pour le repos de son âme ; le legs était hypothéqué sur une maison de la rue des Catinari, qui exista jusqu'en 1805, époque à laquelle, le gage ayant été détruit dans les vicissitudes politiques, on reconstruisit la maison.
Outre que ces artistes personnifiaient en quelque sorte la protestation contre la réforme iconoclaste des Allemands, ils prouvent bien qu'on ne manquait à cette époque ni d'études sérieuses ni de sentiments religieux. Nous avons vu les soins que Léon X donna au concile et à la réforme de l'Église; il s'appliqua à eflfacer les der-
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nien vestige de Thérésie des Hnssites , en Bohème; il propagea le christianisme chez les Moscovites encore barbares ; il fit tous ses efforts pour faire sortir dn schisme les Syriens et les Abyssiniens; il fonda de nouvelles irises en Amérique ; il mit fin à Finterminable et scandaleux procès sur la question de savoir si les monts-depiété constituaient un fait d'usure ou des œuvres de miséricorde, en déclarant qu'il n*y voyait rien d'illicite et d'usuraire, et il introduisit au palais pontifical la iitorgie ri émouvante de la Semaine sainte. Il suivait^ pour la collation des bénéfices, les règles de l'intégrité la plus parfaite, recommandant à ses favoris de ne pas l'entraîner à accorder des grAces dont il devrait plus tard avoir à se repentir ou même à rougir de honte; aussi préférait-il satisfaire de ses propres deniers aux supplications des solliciteurs. Toujours sobre au milieu de tant de délicatesses, au milieu de tant de poètes et d'hommes sensuels qui célébraient ses actions, et de cuisiniers qui s'efforçaient de perfectionner les mets friands qu'ils servaient sur sa table, ce pape s'abstenait de viandes le mercredi, le vendredi ne se nourrissait que de légumes et de fruits, le samedi retranchait le souper, et ne buvait toujours que de Teau. Ces détails nous sont attestés par Hiistorien Jove, dont les éloges d'ailleurs ont nui à sa mémoire (F), tandis que Luther, son grand détracteur, ne trouvait pas matière à le blâmer.
Lorsque la croyance est vive, la piété se confond avec l'enthousiasme du beau ; mais on n'était plus au temps des croyances naïves, et Léon X, ébloui par la splendeur du beau, crut que l'imagination et le cœur jouaient dans l'intelligence humaine le même rôle que la raison. U pensa sans doute, ainsi que cela fut soutenu par d'autres,
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que k poésie et rirt en théodicée valaient mieux que la jdiilosophie; il faisait des digilités ecclésiastiques la récompense, non pas du zèle remarquable et de la bonté exemplaire » mais souvent celle du génie» quelle que fût son application. Il se risqua dans une politique de capriée, dépourvue de conceptions élevées; semblable à un parvenu, il dissipa au sein de la paix les trésors accumulés par Jules II au milieu des guerres ; il chercha à s*€n procurer de nouveaux, en faisant vendre les indulgences, ou en imposant des taxes onéreuses; il engagea les joyaux de Saint-Pierre, et vendit les statues des douze apôtres dont lui avait fait présent l'Ordre Teutonique ; il nomma d'un seul coup trente et un cardinaux, parmi lesquels deux étaient ûls de ses sœurs, les princesses Orsini et Golonna, tandis que depuis un certain temps on avait eu soin de ne pas accroître par des dignités la puissance dangereuse de ces familles; il inventa tant de charges destinées à être vendues, qu'il éleva les dépenses annuelles de l'Église jusqu'à la somme de 40000 sequins, et avec tout cela il avait tout dévoré lorsqu'il mourut.
Léon fut enlevé à la fleur de l'âge; à sa mort on ût cou- Mort
do Léon X<
rir une épigranune, qui disait que le pape n'avait pu recevoir les sacrements parce qu'il les avait vendus K Ne suivons point dans leurs exagérations les détracteurs de sa mémoire, mais n'acceptons pas non plus certaines apologies% dans lesquelles se sont trop complus quelques-uns de nos contemporains pour faire contrepoids aux viles
(1) Sacra sub extrema si forte requiritis hora Cur Léo non potuit sumere, yendiderat.
On a attribué ce distique à Sannszar.
(2) Àndin, Vie de Léon X.
51S DISCOURS XIU.
calomnies de nos pères. Bon mattre, comme pape et comme prince son éloge est difficile à faire ; sa place eût été bien plutôt sur tout autre trône que sur celui de Rome; il aurait pu succéder à Laurent le Magnifique, mais non à Pierre Barjona; il f oyait dans le saint-siége non pas une chaire, mais un trône, non pas un phare pour illuminer le monde, mais un piédestal pour sa grandeur personnelle ; il semblait moins disposé à rappeler les égarés au Calvaire q\fk inviter les divinités de l'Olympe à réjouir le Vatican de leur présence.
Cette renaissance du paganisme faillit se réaliser complètement, pendant la vacance du siège apostolique. Une peste violente ayant éclaté tout à coup, la plupart des cardinaux s'enfuirent de Rome, où les ravages s'étaient accrus par suite du désordre qui survient d'ordinaire pendant l'interrègne ; le peuple consterné se laissa emporter à des scènes de violences. Un certain Démétriusde Sparte voulut ressusciter des cérémonies de la superstition antique; ayant couronné de fleurs un bœuf, et lui ayant attaché les cornes avec une corde légère, il le conduisit à travers les rues de Rome, puis le mena à l'amphithéâtre, où il le sacrifia. Ce n'était là qu'une de ces mille charlataneries qu'on voyait pulluler dans des époques de grands désastres, et ce Spartiate ne faisait que seconder les allures de la société d'alors, en réveillant des souvenirs païens. Il y eut pourtant des gens qui prétendirent voir, dans ce fait, des opérations magiques et une sorte de culte rendu aux démons ; si bien que le peuple redoutant une recrudescence dans les malheurs publics, voulut qu'on fit de solennelles eipiations ; on vit une foule d'hommes et d'enfants à moitié nus aller en procession d'église en église, se flagellant le corps en criant miséri-
corde ; ils étaient suivis par de longues files de matrones, tenant chacune un cierge à la main, elles aussi dans une attitude de suppliantes et d'affligées. C'était pour le brillant pontificat de Léon X un lugubre lendemain (6).
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS
(A) — L' usage dos aimâtes est si ancien, que nous lisons daus le code de Justinien, à la nov. GXXIII, cap. xvi, ce qui suit : c Neque clericum cujuscumque gradus dare aliqufd ei a quo ordinatur, aut alii cuilibet personas pcrmittimus ; scias autem praebere euin con:>uetijdines iis qui ordinantium ministrantes sunt, ex consuetudinc accipientibus, unius anni cmolumenta non transcendentem. ^
(B) — On a extrait dernièrement des archives de Modène une lettre du secrétaire ducal Paolucci, écrite de Rome, le 8 mars 1519, au duc de Fer rare, dans laquelle il lui faisait la description d'une comédie représentée quelques jours auparavant^ la Cour du pape. Léon X se tenait lui-môme à la porte du théâtre, indiquant par sa bénédiction ceux qui pouvaient entrer. Puis il alla s'asseoir sur un fauteuil placé sur une estrade au milieu d'un amphithéâtre de spectateurs, et on représenta les Supposés de l'Arioste. Les Français en furent scandalisés ; le nonce Spinola « se plaignait quen présence d'une si grande majesté, on prononçât des paroles qui ne fussent pas honnêtes; » mais le pape regardait avec son lorgnon, et riait beaucoup. Il y eut des concerts, des danses moresques, un souper; enfin un combat de taureaux, où trois honmies restèrent morts sur place et quatre autres blessés. Un moine récita une autre comédie; mais comme elle déplut, le pape fit sauter ce religieux par-dessus une couverture et donner un grand coup sur le parquet de la scène ; il lui lit ensuite couper ies bretelles de sa culotte, et celle-ci ayant glissé jusqu'au talon, il lui ordonna de monter à cheval dans cet état; ce jauvre moine fut tellement courbaturé, qu'il dut garder le ht plusieurs jours de suite. Cette moresque excita chez le papo une grande hilarité, i (Voir Atti e memorie delta Deputazione di storia patria ptr le provincie Modenesi e Parmensi^ vol. 1. p. 128.)
HOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS Xin. 515
i(C) — Accesserat et fiibiene cardinalis ingeniam, cum ad arduas res tractandas peracre, tam maxime ad movcndos jooos acc<NaimodatiuD. Poeticœ enim et etrusc» linguœ studiosus, oeonoBdias malto sale, multisque facetiis refertas componebat, iogentios juYenes ad histriooicam hortabatar, et scenas in VaticaDO spatiosis in conclavibus instiiuebat. Proptorea, quum forte Otûmdram a mollibus argutisque leporibus perjucundam per nobiles comœdos agere statiiisset, prccibus impetravit ut ipso pontifox e conspicuo loco despectarot. £rat enim Bibiena miras artifez hominibus s&tate vel profossione gravibus ad insaniam impellendis, que génère hominum pontifex ad o oblectabatar, ut landando, ac mira eis persuadendo donandoquc, plures ex stolidis stultissimos et maxime ridiculos ofOoere consuevisset.
(JOTE.)
CD) — Dans le Recueil tTopusculcs scierUipqties et phihlogiqws de Càlo^erà^ tom. XXIX, Venise 17{i3, on trouve une Apologie du cardinal D. Bembo, faite par l'abbé G. B. I^risotti, où il le défend surtout contre Lansio, qui, dans son discours contra Italiam <Amsterdam, 1637), avait dit que c epistolas omnes Pauli pnlam ooademnavit, easque, deflexo in contameliam vocabulo, epistolaœias est ansas appellare.
(E.)—cGom libres vemaculo sermone et carminé, quos Orlmndi Fwrûm titulo inscripsisti, ludicro more, lon^o tamen stsÉb et cogitatione, multisque vigiliis confeceris, easque conductis abs te impressoribus ac librariis edere cupias, cnm ut cura diligentiaque tua emendationes exeant, tum ut si quis fructus ea de eawa percipi possit, is ad te potius, qui conficiendi laborem tuKsti, quam ad alienos deferatur, volumus et mandamus ne qais, te vivente, eos tues libros imprimere aut imprimi faoere , aut impressos venundare, vendendosve tradere ullis in locis audcat, sine tuo jussu et conccssione. >
(F) — Vita Leonis X. Les relations des ambassadeurs vénitiens à Rome nous manquent jusqu'à l'année 1533; mais nous en avons un résumé dans le journal de Marin Sanuto. Léon X y est toujours cité comme un bomme bon et vertueux, mais à l'esprit jovial. 1 C'est un amateur de lettres, un savant en humanités et en droit canon, et par-dessus tout un très-excellent musicien; et lorsqu'il chante avec quelqu'un, il lui fait donner 100 ducats et plus. > (Pag. 86, Relazioni^ Firenze.) < 11 est savant et aime les savants, bon religieux, mais voulant vivre à sa guise et satisfaire ses goûts, surtout ceux de la chasse, i (Pag. 6(i.) c il